Ce diable de mai 1968





 
 
 
 

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Tout ce que vous avez raté (ou presque)

On vous avait promis un week-end fantastique pour la réouverture de l’Athénée après un an de travaux : on ne vous avait pas menti.

Il y a eu la réinterprétation excitante de La Symphonie fantastique par Le Balcon,

une arrivée littéralement en fanfare,

un bis héroïque,

des bars cachés partout,

une boîte de nuit au dernier étage,

un studio photo juste en-dessous,

une dédicace de CD,

un quizz musical complètement barré,

des gens dansant dans le parterre de la grande salle au son des cuivres,

un clip tourné dans la rue

et des interviews à base de bière.

 

Pour la première fois, l’Athénée Théâtre Louis-Jouvet était aussi présent en direct sur le réseau Périscope, où vous pouviez voir ce qui se passait au Théâtre en temps réel.

Si vous n’étiez pas là, ou que vous étiez là mais que vous avez envie de revivre cette soirée fantastique, voici un montage des vidéos diffusées en direct sur Périscope : c’est à regarder à ce lien (ou sur celui-là).

Pour les plus courageux (ou les retraités) toutes les vidéos du direct sont aussi disponibles ici : https://www.periscope.tv/theatreathenee

 

Bisous bisous, et à très vite pour la suite avec Philippe Caubère et Clémence Massart !

Clémence Hérout


Champaaaaaaagne !!!

Quand je suis passée à l’Athénée hier, Florent Derex du Balcon « cherchait ses petits ».

(excusez-moi)


Bon en fait, les petits de Florent, c’est plutôt ça :


Ou ça.


 
Parce que Florent Derex s’occupe de la projection sonore de La Symphonie fantastique :


dans la version du Balcon recréée par Arthur Lavandier (si vous avez raté un épisode, c’est par là), chaque musicien est en effet sonorisé individuellement.


 
Le violoncelle n’a pas le même micro que le piano, qui n’a pas le même micro que la trompette, qui n’a pas le même micro que la clarinette.
Les micros choisis par Florent et son équipe dépendent de l’instrument, mais aussi de sa place dans l’orchestre et des instruments autour : il y a évidemment des micros plus adaptés à la voix et d’autres aux timbales, et chaque micro possède sa directivité (entre autres, parce qu’on m’a sans doute épargné beaucoup de détails à base de courbe de réponse en fréquence et de pression acoustique), c’est-à-dire que l’un va capter le son à l’avant mais pas à l’arrière, l’un uniquement sur ses côtés, l’autre sur 360 degrés…


C’est ainsi que, lorsque Florent sonorise une trompette, il fera en sorte que le micro ne capte pas le son du tuba avec.


  

Le son enregistré de chaque instrument est évidemment rediffusé dans la salle : vous verrez donc ces deux lines array en haut de la cage de scène, que l’on réserve habituellement plutôt aux concerts de rock.


 
Il s’agit d’enceintes empilées qui envoient le son frontalement et non en sphère. La forme en grappe permet de couvrir la salle de manière homogène, ce qui n’est pas évident dans un théâtre à l’italienne.

Si vous êtes observateur, vous apercevrez aussi dans la salle une multitude de petites enceintes très discrètes, parce qu’elles sont assorties au théâtre : elles diffusent de la réverbération qui vous enveloppera dans le son.
 


 
Quant à Augustin Muller, qui porte un tee-shirt « j’aime beaucoup ce que vous faites », il est en charge de l’informatique musicale : c’est lui qui intervient dès qu’il y a besoin d’informatique dans la musique (vous êtes bien avancés). Il est créateur sonore et responsable des spatialisations sonores complexes. Pour La Symphonie fantastique, il est intervenu sur les effets sonores et les sons de synthétiseurs.
 


Sinon, il faut vous imaginer que, pendant toute cette conversation, on a vu un fleuriste se balader avec des bouquets de fleurs, Aline épousseter la balustrade, Dominique passer les sièges en revue, un peintre faire les dernières retouches pendant qu’un autre terminait les indications, et des ouvriers accrocher la signalétique.



 
 
 
 

Mais on sera prêts pour vous accueillir ce soir, en espérant que vous resterez aussi après le concert pour la fête orchestrée par Le Balcon : à ce soir pour notre réouverture fantastique !
 
Clémence Hérout


Tu vas te faire appeler Arthur

Arthur Lavandier a moins de trente ans : c’est lui qui a transcrit / réorchestré / arrangé / réécrit (bref, vous verrez) la Symphonie fantastique de Berlioz dont je vous parlais hier et que vous entendrez samedi et dimanche pour la réouverture de l’Athénée. Il a bien voulu nous raconter comment il travaille :
 
« — Peux-tu expliquer comment tu as travaillé concrètement ? Tu es parti de la partition de Berlioz avant d’ajouter, réécrire, couper… Ou tu as écouté Berlioz avant d’écrire complètement autre chose  ?
— J’ai d’abord longuement regardé la partition d’origine et beaucoup écouté la Symphonie, dans des versions différentes. J’ai ensuite essayé de dégager des grandes idées d’arrangement en me servant de l’argument littéraire de la Symphonie comme base de réflexion : c’est ainsi l’idée du décalage qui a guidé mon travail. J’aime bien commencer à écrire assez rapidement, à tout de suite entrer dans la partition et, une fois les doigts dedans, beaucoup jeter, transformer, partir dans des extrêmes… J’ai travaillé sur les mouvements dans l’ordre, avec des allers-retours constants entre Maxime Pascal [le directeur musical du Balcon]. Une fois la direction artistique définie, beaucoup de choix comme la guitare électrique, les sons synthétiques ou les instruments amateurs se sont facilement imposés. Il faut aussi préciser que le projet est né de Bruno Messina [qui, en tant que directeur du Festival Berlioz, a commandé cette version de La Symphonie fantastique], Maxime Pascal et moi-même : il s’agit donc d’un arrangement que j’ai écrit, mais que je n’ai pas fait tout seul.
L’effectif est très différent de celui souhaité par Berlioz : il est similaire car organisé sur scène de la même manière avec les cordes devant et les percussions derrière en gros, mais très différent car j’ai ajouté des instruments et choisi de mettre un soliste par instrument. Une importante partie du travail a consisté à régler cette distance par rapport à l’original en termes de sons, de timbres… Avec cette question centrale : est-ce que j’essaie de créer un son qui ressemble au son original ou est-ce que je vais ailleurs -et, dans ce cas, très loin ailleurs ? Si j’essaie de me rapprocher du son original, est-ce que j’utilise des effets pour faire masse, ou est-ce je choisis le parti de la musique de chambre ? Toutes ces questions se sont posées régulièrement et ont influencé le choix des instruments ou leur quantité, par exemple.
J’ai aussi réalisé des choix plus radicaux en coupant des passages de Berlioz pour en ajouter à moi, car je trouvais que cela fonctionnait beaucoup mieux par rapport à l’arrangement que j’étais en train de faire. Le dialogue avec l’œuvre de Berlioz était constant : je ne pouvais pas m’en détacher complètement, même dans la partie la plus libre de la création. C’est sans doute dû au fait qu’il s’agit d’une œuvre étonnante, puissante, très à part, et avec laquelle j’entretiens un certain rapport de fascination.
 
— En quoi considères-tu la Symphonie fantastique comme une œuvre à part ?
— C’est une symphonie qui arrive très tôt dans le 19e siècle et fait appel à des effets que l’on retrouvera plus tard dans l’orchestre (ou alors bien plus tôt dans l’histoire de la musique) : notamment le fait de considérer l’orchestre comme un espace, c’est-à-dire avec des distances, mais aussi comme une scène de théâtre. L’œuvre symphonique n’est pas seulement conçue comme de la musique pure et a des liens avec le théâtre. La Symphonie fantastique raconte en effet une histoire, mais les effets instrumentaux, la masse orchestrale ou la construction de l’œuvre expriment également des aspects dramatiques à l’époque réservés à l’opéra. Berlioz ouvre le concert vers autre chose.
C’est en outre un geste de jeunesse : il n’a pas encore trente ans et n’a qu’une dizaine de pièces derrière lui. Cette partition est le témoignage d’un souffle créatif très puissant, surtout à l’époque. Berlioz a ouvert beaucoup de portes, posé des questions, créé un espace de liberté -il ne suit d’ailleurs pas certaines règles qu'il s’était pourtant fixées, et fait preuve d’une grande irrévérence sur les plans techniques, harmoniques, mélodiques, orchestraux…
 
— Pourquoi sortir le son de l’orchestre au quatrième mouvement ? [vous comprendrez ce week-end]
– Sortir le son de l’orchestre en faisant en outre appel à un ensemble amateur [qui sera à l’Athénée l’Académie de musique de rue Tonton a faim] s’est fait naturellement : cela fonctionne dramaturgiquement, car le personnage est amené à l’échafaud par un orchestre militaire. Le travail avec des amateurs est également partie intégrante de l’engagement du Balcon et de Maxime Pascal, qui dirige aussi un orchestre amateur qui s’appelle l’Impromptu.
 
– Peux-tu en dire davantage sur le cinquième mouvement ? Dans un texte de présentation, tu as écrit que ce mouvement, c’était « tout en même temps »…
– Chaque mouvement pose un degré supplémentaire de distance par rapport à l’oeuvre originale. Le premier mouvement est très proche de la musique de Berlioz, le deuxième navigue de style en style, le troisième s’accorde beaucoup de libertés harmoniques et s’éloigne de l’original, et l’orchestre change au quatrième. Je ne rajoute pas de palier dans le cinquième mouvement, mais je me permets tout ce que je ne me suis pas permis avant, aussi parce qu’il raconte une fête macabre et hallucinée.
 
— Est-ce que tu as senti des résistances au projet dans le milieu de la musique classique  ?
— S’attaquer au méga tube de Berlioz expose évidemment aux critiques. J’avais naturellement peur de me faire crucifier par le public du festival Berlioz où a été créée l’œuvre, mais me suis posé aussi un certain nombre de questions : qui suis-je par rapport à Berlioz pour me permettre un tel travail ? Suis-je en train de faire une énormité sans m’en rendre compte ?
Nous n’avons finalement eu que des bons retours, car je crois que nous sommes restés dans l’esprit berliozien : on nous a aussi dit que Berlioz aurait sans doute aimé cet arrangement. C’est enfin un projet vivant, que nous avons envisagé comme une fête : le rapport avec l’œuvre tient du respect, mais aussi de la convivialité et du partage très fort. L’œuvre s’ouvre du fait qu’elle est divertissante et que nous avons travaillé avec un orchestre amateur. On le ressent à chaque fois qu’on joue : il y a une joie communicative, l’ambiance dans la salle est géniale. C’est cela que nous avons cherché à faire. »
 
 
Venez danser au son de la Symphonie fantastique dans une salle sans sièges samedi et dimanche : pour les places debout, tarif spécial de 10 € en vente le jour même 1h avant le concert. Il reste encore quelques places assises disponibles à la réservation. À samedi !
 
Clémence Hérout


C'est fantastique

Tourné en pleine Occupation, le film La Symphonie fantastique de Christian-Jaque raconte la vie d’Hector Berlioz avec Jean-Louis Barrault dans le rôle-titre, mais aussi Bernard Blier, Lise Delaware et Renée Saint-Cyr.
 
Après s’être fait renier par sa mère (en toute simplicité, à base de « tu es mort pour nous », « ma malédiction te suivra partout » et « nous n’avons plus d’enfant ») et repousser par l’actrice irlandaise dont il est tombé amoureux après l’avoir vu jouer à l’Odéon mais qui, elle, ne l’a pas remarqué (et on peut la comprendre), le personnage de Berlioz commence à composer sa Symphonie fantastique dans cette scène hallucinée, suivie de sa réception chez des éditeurs peu séduits.



Si vous ne voyez pas la vidéo, retrouvez-la ici sur YouTube :
https://youtu.be/EAgdF-rLHxs?t=26m30s

 
Nous sommes en 1830 : Hector Berlioz a moins de trente ans, il vient d’abandonner ses études de médecine et n’a composé qu’une dizaine d’autres œuvres. Comme Le Tone vous l’a raconté la semaine dernière, La Symphonie fantastique est teintée de théâtre puisqu’il suit une histoire, que Berlioz avait fait publier séparément quelques jours avec sa première audition.
Un jeune musicien tombe amoureux d’une femme et se laisse aller à ses rêveries. Partout où il se rend, la pensée de sa bien-aimée s’impose à lui. Un soir, alors qu’il se promène dans les champs, son idée fixe trouble une jolie scène pastorale. Le musicien rêve ensuite qu’il a tué cette femme et qu’on le mène à l’échafaud : il s’imagine enfin à ses propres funérailles où se déroule un sabbat.
 
De cette influence du théâtre dans la musique de Berlioz, le compositeur Paul Dukas écrit dans La Revue Hebdomadaire en 1894 : « La première conviction qui s’impose après l’audition de la musique de Berlioz, quel que soit le sujet auquel elle s’applique, quelle que soit la forme particulière qu’elle revête, c’est celle de la nature dramatique du style de son auteur. Tout, avec Berlioz, […] devient drame. […] Une telle compréhension de la musique est avant tout dramatique, et l’on peut dire que Berlioz est compositeur dramatique, même quand il n’écrit pas pour la scène. »
 
Si la puissance expressive de La Symphonie fantastique fait en grande partie son caractère singulier, il faut y ajouter son souffle mélodique, sa créativité rythmique et son exploitation complète des possibilités des instruments de l’orchestre.
C’est ainsi que le compositeur Edgard Varèse déclarait par exemple « Berlioz est le créateur de la symphonie dramatique et l’inventeur de l’orchestre moderne. S’il vivait aujourd’hui, il serait certainement un des premiers à déplorer la stagnation de la musique et à vouloir de nouveaux instruments et de nouveaux moyens sonores » (cité par Fernand Ouellette).
 

 
C’est la raison pour laquelle on peut imaginer que Hector Berlioz ne renierait pas la transcription/réorchestration/arrangement de sa Symphonie fantastique par Arthur Lavandier, qui d’ailleurs a moins de trente ans lui aussi.
On espère vous voir samedi ou dimanche pour fêter la réouverture de l’Athénée et découvrir cette version inédite de La Symphonie fantastique !
 
Bonne journée
 
Clémence Hérout
 
 
Sources
La Symphonie fantastique, film de Christian-Jaque sorti en 1942
Paul Dukas, Roméo et Juliette d’Hector Berlioz, Revue hebdomadaire no 31, décembre 1894
Fernand Ouellette, Edgard Varèse, éditions Seghers, Paris, 1966.
Article consacré à Berlioz dans Guide de la musique symphonique, François-René Tranchefort (direction), Fayard, Paris, 1986.


La Rentrée Fantastique


 
 

 
 
 

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