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Pleins feux

La musique pour l'éternité (mais du 1 au 3 juin)

Posté le : 31 mai 2017 08:00 | Posté par : Le Tone
Catégorie : Concert Le Balcon | Dracula | + d'infos sur athenee-theatre.com


 
 

Pleins feux

Fuir la vie importune

Posté le : 22 mai 2017 06:05 | Posté par : Clémence Hérout
Catégorie : Duparc, chansons tristes | + d'infos sur athenee-theatre.com

Ce soir, c’est le dernier lundi musical de la saison à l’Athénée !

Le ténor Damien Bigourdan (que vous avez vu à l’Athénée en metteur en scène du Balcon, mais aussi en chanteur dans Ariadne auf Naxos ou Les Chevaliers de la table ronde) ainsi que la soprano Élise Chauvin (aussi vue à l’Athénée dans Le Balcon, Avenida de Los Incas 3518 ou Ariadne auf Naxos) seront accompagnés du pianiste Alphonse Cemin (qui est le directeur artistique des lundis musicaux et que vous avez tellement vu à l’Athénée que je n’ose même plus tout citer) pour plusieurs mélodies du compositeur français Henri Duparc, décédé en 1933.

Henri Duparc a composé dix-sept mélodies pour piano et voix, sur des poèmes de Sully-Prudhomme, Théophile Gautier, Thomas Moore, François Coppée ou Charles Baudelaire. Vous les entendrez presque toutes ce soir, ainsi qu’un morceau pour piano seul intitulé Feuilles volantes.

Chanson triste fut la première mélodie de Henri Duparc, et c’est elle qui donne son nom au récital de ce soir. Composée en 1868, son texte est de Jean Lahor :
 
 
 
« Dans ton cœur dort un clair de lune, 
Un doux clair de lune d'été, 
Et pour fuir la vie importune, 
Je me noierai dans ta clarté.

J'oublierai les douleurs passées, 
Mon amour, quand tu berceras 
Mon triste cœur et mes pensées 
Dans le calme aimant de tes bras. 

Tu prendras ma tête malade, 
Oh ! Quelquefois, sur tes genoux, 
Et lui diras une ballade 
Qui semblera parler de nous ; 
Et dans tes yeux pleins de tristesse, 
Dans tes yeux alors je boirai 
Tant de baisers et de tendresses 
Que peut-être je guérirai. »

 

Vous entendrez aussi L’Invitation au voyage de Charles Baudelaire, que vous connaissez sans doute (« Là, tout n'est qu'ordre et beauté / Luxe, calme et volupté. »), ou encore Théophile Gautier, qui a inspiré Henri Duparc pour trois de ses mélodies :
 
« Au pays où se fait la guerre
Mon bel ami s'en est allé.
Il semble à mon coeur désolé
Qu'il ne reste que moi sur terre.

En partant au baiser d'adieu,
Il m'a pris mon âme à ma bouche...
Qui le tient si longtemps, mon Dieu?

Voilà le soleil qui se couche,
Et moi toute seule en ma tour
J'attends encore son retour.

Les pigeons sur le toit roucoulent,
Roucoulent amoureusement,
Avec un son triste et charmant;
Les eaux sous les grands saules coulent...

Je me sens tout près de pleurer,
Mon coeur comme un lys plein s'épanche,
Et je n'ose plus espérer,
Voici briller la lune blanche,
Et moi toute seule en ma tour
J'attends encore son retour...

Quelqu'un monte à grands pas la rampe...
Serait-ce lui, mon doux amant?
Ce n'est pas lui, mais seulement
Mon petit page avec ma lampe...

Vents du soir, volez, dites-lui
Qu'il est ma pensée et mon rêve,
Toute ma joie et mon ennui.

Voici que l'aurore se lève,
Et moi toute seule en ma tour
J'attends encore son retour. »
 
 
Citons enfin Soupir, de René-François Sully-Prudhomme :
 
Ne jamais la voir ni l’entendre,
Ne jamais tout haut la nommer,
Mais, fidèle, toujours l'attendre,
Toujours l'aimer.

Ouvrir les bras et, las d'attendre,
Sur le néant les refermer,
Mais encor, toujours les lui tendre,
Toujours l'aimer.

Ah ! Ne pouvoir que les lui tendre,
Et dans les pleurs se consumer,
Mais ces pleurs toujours les répandre,
Toujours l'aimer.

Ne jamais la voir ni l'entendre,
Ne jamais tout haut la nommer,
Mais d'un amour toujours plus tendre
Toujours l’aimer. »
 
 
 
Je vous souhaite un lundi plein d’amour !
 
Clémence Hérout

Pleins feux

Chercher le garçon

Posté le : 16 mai 2017 13:30 | Posté par : Clémence Hérout
Catégorie : Ismène | + d'infos sur athenee-theatre.com | Phèdre | + d'infos sur athenee-theatre.com | Ajax | + d'infos sur athenee-theatre.com

Après les deux spectacles Ismène et Phèdre, la trilogie des éléments continue avec Ajax, qui commence demain ! Nous avions vu que si c’était le compositeur Georges Aperghis qui avait écrit la musique d’Ismène, l’interprète et co-conceptrice du spectacle Marianne Pousseur avait finalement décidé de prendre en charge la musique de Phèdre et Ajax.
 

(c)  Marco Sallese
 
 
 
Enrico Bagnoli, qui a conçu la trilogie avec Marianne Pousseur en créant également la mise en scène et les lumières, m’expliquait ce matin qu’il leur avait paru impossible d’imaginer la suite de la trilogie sans musique :

« notre théâtre est un théâtre où les disciplines se rencontrent : musique, texte et arts plastiques. Cela n’aurait pas eu de sens de renoncer à une possibilité d’expression, d’autant que Marianne Pousseur se situe entre la parole et le chant, ce qui fait d’elle une interprète unique.
Lorsque Georges Aperghis a indiqué qu’il ne souhaitait pas continuer après le premier volet, nous avons pensé que c’était une bonne chose, car cela nous évitait de risquer de copier Ismène. Nous avons rencontré d’excellents compositeurs, mais qui souhaitaient tous que nous leur proposions un livret sur lequel ils composeraient un opéra que nous mettrions en scène. Ce n’est pas du tout notre méthode, qui est au contraire celle de l’expérimentation totale, sans hiérarchie dans le temps ou entre les disciplines.
C’est le plateau qui décide. Notre façon de travailler consiste à accumuler du matériel dramatique susceptible de créer une émotion avant de faire notre choix pour parvenir à une alchimie rare. Nous ne pouvions pas du tout imaginer un projet où l’on nous livrerait une partition à mettre en scène en deux mois. Nous avons toujours réclamé du temps, de la recherche. »
 
 

(c) Marco Sallese
 
 
Pendant la première d’Ismène, les spectateurs à côté de moi se sont retournés : et pour cause, car on avait parfois l’impression que le son provenait soudainement de derrière.
Marianne Pousseur, Enrico Bagnoli et le spécialiste du son Diederik de Cock ont en effet créé un univers sonore diffusé par des haut-parleurs placés partout dans la salle.
Pour Enrico Bagnoli, que le spectateur soit entouré par le son constituait en effet « la base. Certains haut-parleurs sont même posés au milieu sur la scène pour que le public ait l’impression que le son sort de Marianne. Le système sonore permet de passer de la parole au chant et d’exprimer une gamme d’expressions allant du chuchotement au cri.

Pour Phèdre ou Ajax, Marianne Pousseur est seule, mais entourée de machines célibataires, qui font du son. Cela pourrait être bizarre d’avoir un opéra sans orchestre, mais il y a du son tout le temps, produit par une machine ou par Marianne directement (il y a sa voix bien sûr, mais aussi le reste de son corps : lorsqu’on entend du vent dans Ajax, c’est en fait le souffle de Marianne). Pour la cohérence du projet, il y a Marianne, et rien d’autre. »

 

(c) Anthony Malamatenios 
 
 
C’est ainsi que Marianne Pousseur se retrouve donc à interpréter un personnage masculin : après Ismène et Phèdre, Enrico Bagnoli et Marianne Pousseur avaient peur d’une redondance en optant pour un troisième personnage féminin.

« Nous avons donc choisi de chercher la partie féminine d’Ajax : nous sommes persuadés qu’il existe une partie masculine et une partie féminine en chacun de nous, qui ne sont pas toujours acceptées. Celui qui ne se retrouve pas dans le schéma est souvent mis à l’écart : toute cette séparation entre le masculin et le féminin est d’origine sociale… Yannis Ritsos, qui est l’auteur du texte, pose aussi la question du militarisme : c’est un sujet important dans notre époque : la violence est-elle liée à cette opposition du masculin et du féminin ?
 
Cette vision du féminin dans Ajax est très importante, d’autant qu’il opère un changement complet de réflexion : il déclare ainsi que "ce n’est qu’en perdant tout que j’ai compris les choses". C’est en assumant une partie de lui qu’il avait toujours en lui qu’il comprend tout. Son rôle dans la société n’est plus possible mais, là où Phèdre s’en allait en rage, il s’en va en paix ».
 
Ajax commence demain et se joue jusqu’à samedi !
 
 
Clémence Hérout

Pleins feux

Inventer la musique

Posté le : 09 mai 2017 20:31 | Posté par : Clémence Hérout
Catégorie : Ismène | + d'infos sur athenee-theatre.com | Phèdre | + d'infos sur athenee-theatre.com | Ajax | + d'infos sur athenee-theatre.com

Après Ismène qui s’est terminée samedi, La Trilogie des Éléments de Marianne Pousseur et Enrico Bagnoli continue avec Phèdre, le deuxième spectacle qui commence demain.

Si la musique d’Ismène a été écrite par le compositeur contemporain Georges Aperghis, celle de Phèdre a été composée par Marianne Pousseur elle-même. Chanteuse lyrique, actrice et metteure en scène, Marianne Pousseur n’en est pas exactement à sa première œuvre musicale.

Elle m’expliquait ce matin avoir déjà composé « plusieurs petites choses », car elle faisait du jazz : « dans les groupes de jazz, tout le monde compose, avec une plus grande nonchalance que dans le milieu classique ».
En tant que chanteuse, Marianne Pousseur interprète surtout du répertoire contemporain, où la manière de travailler est souvent différente du répertoire plus classique : « ma créativité y a souvent été mise à contribution. Georges Aperghis a par exemple fait appel à ma part créative dans la partition d’Ismène. »


 Michel Boermans
 
 
Après Ismène, Marianne Pousseur et Enrico Bagnoli ont en tête de collaborer avec un compositeur différent pour chaque volet de la trilogie composée sur des poèmes de Yannis Ritsos.
Ils rencontrent « plusieurs compositeurs merveilleux », mais ont rapidement le sentiment que « ça allait coincer, en terme de méthodologie notamment ». Marianne Pousseur et Enrico Bagnoli répètent en effet chaque spectacle pendant un à deux ans par plusieurs sessions de quelques semaines et testent beaucoup de choses différentes : cela rend la collaboration avec un compositeur extérieur plus difficile.
Marianne Pousseur réalise que « la démarche de composition n’était pas si irréalisable dans le fond, et pouvait être conduite avec modestie. »

Composer la musique constitue même une aide pour Marianne Pousseur : « j’avais du mal avec le personnage de Phèdre, qui était dur. Composer la musique m’a permis de l’appréhender d’une autre manière qu’à travers le texte. Je dirais qu'inventer la musique m’a rapproché du personnage ».

 

 Michel Boermans
 
 
La première question que Marianne Pousseur s’est posée dans son travail d’écriture de la musique est celle de la langue : dans quelle langue Phèdre chante-t-elle ? Si Yannis Ritsos écrit en grec, Phèdre est crétoise et non grecque, donc étrangère. Parce que Phèdre est considérée par Hippolyte comme impure, Marianne Pousseur opte pour « une langue impure, une sorte de créole avec beaucoup de langues mélangées ». Elle part donc de la sonorité de cette langue, d’autant qu’il est dit qu’Hippolyte enfant « avalait les voyelles ».
À partir de ce point de départ, Marianne Pousseur et Enrico Bagnoli multiplient les allers-retours entre la partition et le plateau : la question de la séparation entre la composition et l’interprétation ne s’est ainsi pas vraiment posée, la partition évoluant au fil des répétitions.

Marianne Pousseur mène également de nombreuses recherches sur sa propre voix : « Phèdre parlant des fractures qu’elle ressent à l’intérieur d’elle-même, j’ai aussi exploré les fractures de ma voix ». C’est particulièrement « le désir que Phèdre éprouve pour Hippolyte et qui la met dans une situation impossible » que Marianne Pousseur cherche à exprimer dans la musique du spectacle : « plus exactement, son désir et la douleur qu’il engendre, car il ne reçoit aucune réponse ».
 

 Michel Boermans
 

Pour Ajax, le dernier volet de la Trilogie qui commencera la semaine prochaine, la musique écrite par Marianne Pousseur répond à deux perspectives : « d’un côté l’apprentissage de la communication et de la transmission par la voix, et de l’autre le cheminement vers l’apaisement ».

Rendez-vous demain pour Phèdre, le deuxième volet de La Trilogie des Éléments ! Ajax se jouera ensuite du 17 au 20 mai. 

Jeudi, j’aurai le plaisir d’animer une rencontre entre les spectateurs et l’équipe du spectacle : rendez-vous au foyer-bar après la représentation, vers 21 h 15.


Bonne soirée.


Clémence Hérout

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