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Pleins feux

La responsabilité de ne plus aimer quelqu'un

Posté le : 18 nov. 2017 06:00 | Posté par : Clémence Hérout
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Actuellement à l’Athénée, Notre Carmen explose l’opéra de Bizet tout en y réintégrant de nombreuses références, Carmen ayant donné lieu à de nombreuses adaptations et avatars.

Franziska Kronfoth, la metteure en scène, considère que « la fascination pour l’œuvre de Bizet vient aussi de ses adaptations. Mais l’opéra lui-même est déjà un opéra très moderne, dont la complexité reflète autant la situation de l’opéra que celle de l’amour à cette époque. C’est un opéra très fascinant dans le sens où il raconte un vrai drame musical tout en jouant avec le fait de raconter le drame. »

Si le spectacle Notre Carmen ne donne pas à entendre l’intégralité de l’opéra, Franziska Kronfoth estime en avoir conservé l’esprit, en particulier sur la forme « opéra-comique », qui allie texte et musique : « Nous nous inscrivons dans l’intention originale de proposer une œuvre alliant dialogue et musique. Nous avons écrit de nouveaux dialogues qui racontent tous les univers de pensée autour de notre Carmen.

Nous avons appelé le spectacle Notre Carmen sur une idée du directeur de l’Athénée, Patrice Martinet, parce que nous proposons l’œuvre dans une version très personnelle : elle ne se situe pas à l’extérieur de nous. Il n’y a pas une Carmen : le rôle de Carmen est joué par plusieurs acteurs et actrices, car on ne voulait pas faire de ce personnage une femme si particulière. Carmen étant un personnage hors de la société, nous aimerions nous situer hors du monde. C’est une expérience personnelle que chacun de nous conduit ».



(c) Denis Guéville
 

La dramaturge et comédienne Maria Buzhor ajoute : « Carmen n’était pas proche de nous, au départ. Elle est devenue de plus en plus proche au fur et à mesure que nous avons travaillé dessus. Finalement, il n’y a pas tant de choses dans l’intrigue, laissant beaucoup de place aux questions de l’intimité, des relations amoureuses, de la place dans la société…. Carmen ne les questionne pas directement, mais nous, nous pouvions le faire : qu’est-ce que cela signifie de trahir quelqu’un, ou de ne plus l’aimer ? C’est une question très effrayante… Je trouve très effrayant de devoir éventuellement porter un jour la responsabilité de ne plus aimer quelqu’un. »

 

 (c) Denis Guéville
 
 
Pour parler d’amour à l’Athénée, c’est encore ce soir et demain avec Notre Carmen et L’Aile déchirée, qui se jouent respectivement dans la grande et la petite salle. Bon week-end.
 
Clémence Hérout

Pleins feux

La musique pour l'éternité (mais du 1 au 3 juin)

Posté le : 31 mai 2017 08:00 | Posté par : Le Tone
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Pleins feux

Fuir la vie importune

Posté le : 22 mai 2017 06:05 | Posté par : Clémence Hérout
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Ce soir, c’est le dernier lundi musical de la saison à l’Athénée !

Le ténor Damien Bigourdan (que vous avez vu à l’Athénée en metteur en scène du Balcon, mais aussi en chanteur dans Ariadne auf Naxos ou Les Chevaliers de la table ronde) ainsi que la soprano Élise Chauvin (aussi vue à l’Athénée dans Le Balcon, Avenida de Los Incas 3518 ou Ariadne auf Naxos) seront accompagnés du pianiste Alphonse Cemin (qui est le directeur artistique des lundis musicaux et que vous avez tellement vu à l’Athénée que je n’ose même plus tout citer) pour plusieurs mélodies du compositeur français Henri Duparc, décédé en 1933.

Henri Duparc a composé dix-sept mélodies pour piano et voix, sur des poèmes de Sully-Prudhomme, Théophile Gautier, Thomas Moore, François Coppée ou Charles Baudelaire. Vous les entendrez presque toutes ce soir, ainsi qu’un morceau pour piano seul intitulé Feuilles volantes.

Chanson triste fut la première mélodie de Henri Duparc, et c’est elle qui donne son nom au récital de ce soir. Composée en 1868, son texte est de Jean Lahor :
 
 
 
« Dans ton cœur dort un clair de lune, 
Un doux clair de lune d'été, 
Et pour fuir la vie importune, 
Je me noierai dans ta clarté.

J'oublierai les douleurs passées, 
Mon amour, quand tu berceras 
Mon triste cœur et mes pensées 
Dans le calme aimant de tes bras. 

Tu prendras ma tête malade, 
Oh ! Quelquefois, sur tes genoux, 
Et lui diras une ballade 
Qui semblera parler de nous ; 
Et dans tes yeux pleins de tristesse, 
Dans tes yeux alors je boirai 
Tant de baisers et de tendresses 
Que peut-être je guérirai. »

 

Vous entendrez aussi L’Invitation au voyage de Charles Baudelaire, que vous connaissez sans doute (« Là, tout n'est qu'ordre et beauté / Luxe, calme et volupté. »), ou encore Théophile Gautier, qui a inspiré Henri Duparc pour trois de ses mélodies :
 
« Au pays où se fait la guerre
Mon bel ami s'en est allé.
Il semble à mon coeur désolé
Qu'il ne reste que moi sur terre.

En partant au baiser d'adieu,
Il m'a pris mon âme à ma bouche...
Qui le tient si longtemps, mon Dieu?

Voilà le soleil qui se couche,
Et moi toute seule en ma tour
J'attends encore son retour.

Les pigeons sur le toit roucoulent,
Roucoulent amoureusement,
Avec un son triste et charmant;
Les eaux sous les grands saules coulent...

Je me sens tout près de pleurer,
Mon coeur comme un lys plein s'épanche,
Et je n'ose plus espérer,
Voici briller la lune blanche,
Et moi toute seule en ma tour
J'attends encore son retour...

Quelqu'un monte à grands pas la rampe...
Serait-ce lui, mon doux amant?
Ce n'est pas lui, mais seulement
Mon petit page avec ma lampe...

Vents du soir, volez, dites-lui
Qu'il est ma pensée et mon rêve,
Toute ma joie et mon ennui.

Voici que l'aurore se lève,
Et moi toute seule en ma tour
J'attends encore son retour. »
 
 
Citons enfin Soupir, de René-François Sully-Prudhomme :
 
Ne jamais la voir ni l’entendre,
Ne jamais tout haut la nommer,
Mais, fidèle, toujours l'attendre,
Toujours l'aimer.

Ouvrir les bras et, las d'attendre,
Sur le néant les refermer,
Mais encor, toujours les lui tendre,
Toujours l'aimer.

Ah ! Ne pouvoir que les lui tendre,
Et dans les pleurs se consumer,
Mais ces pleurs toujours les répandre,
Toujours l'aimer.

Ne jamais la voir ni l'entendre,
Ne jamais tout haut la nommer,
Mais d'un amour toujours plus tendre
Toujours l’aimer. »
 
 
 
Je vous souhaite un lundi plein d’amour !
 
Clémence Hérout

Pleins feux

Chercher le garçon

Posté le : 16 mai 2017 13:30 | Posté par : Clémence Hérout
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Après les deux spectacles Ismène et Phèdre, la trilogie des éléments continue avec Ajax, qui commence demain ! Nous avions vu que si c’était le compositeur Georges Aperghis qui avait écrit la musique d’Ismène, l’interprète et co-conceptrice du spectacle Marianne Pousseur avait finalement décidé de prendre en charge la musique de Phèdre et Ajax.
 

(c)  Marco Sallese
 
 
 
Enrico Bagnoli, qui a conçu la trilogie avec Marianne Pousseur en créant également la mise en scène et les lumières, m’expliquait ce matin qu’il leur avait paru impossible d’imaginer la suite de la trilogie sans musique :

« notre théâtre est un théâtre où les disciplines se rencontrent : musique, texte et arts plastiques. Cela n’aurait pas eu de sens de renoncer à une possibilité d’expression, d’autant que Marianne Pousseur se situe entre la parole et le chant, ce qui fait d’elle une interprète unique.
Lorsque Georges Aperghis a indiqué qu’il ne souhaitait pas continuer après le premier volet, nous avons pensé que c’était une bonne chose, car cela nous évitait de risquer de copier Ismène. Nous avons rencontré d’excellents compositeurs, mais qui souhaitaient tous que nous leur proposions un livret sur lequel ils composeraient un opéra que nous mettrions en scène. Ce n’est pas du tout notre méthode, qui est au contraire celle de l’expérimentation totale, sans hiérarchie dans le temps ou entre les disciplines.
C’est le plateau qui décide. Notre façon de travailler consiste à accumuler du matériel dramatique susceptible de créer une émotion avant de faire notre choix pour parvenir à une alchimie rare. Nous ne pouvions pas du tout imaginer un projet où l’on nous livrerait une partition à mettre en scène en deux mois. Nous avons toujours réclamé du temps, de la recherche. »
 
 

(c) Marco Sallese
 
 
Pendant la première d’Ismène, les spectateurs à côté de moi se sont retournés : et pour cause, car on avait parfois l’impression que le son provenait soudainement de derrière.
Marianne Pousseur, Enrico Bagnoli et le spécialiste du son Diederik de Cock ont en effet créé un univers sonore diffusé par des haut-parleurs placés partout dans la salle.
Pour Enrico Bagnoli, que le spectateur soit entouré par le son constituait en effet « la base. Certains haut-parleurs sont même posés au milieu sur la scène pour que le public ait l’impression que le son sort de Marianne. Le système sonore permet de passer de la parole au chant et d’exprimer une gamme d’expressions allant du chuchotement au cri.

Pour Phèdre ou Ajax, Marianne Pousseur est seule, mais entourée de machines célibataires, qui font du son. Cela pourrait être bizarre d’avoir un opéra sans orchestre, mais il y a du son tout le temps, produit par une machine ou par Marianne directement (il y a sa voix bien sûr, mais aussi le reste de son corps : lorsqu’on entend du vent dans Ajax, c’est en fait le souffle de Marianne). Pour la cohérence du projet, il y a Marianne, et rien d’autre. »

 

(c) Anthony Malamatenios 
 
 
C’est ainsi que Marianne Pousseur se retrouve donc à interpréter un personnage masculin : après Ismène et Phèdre, Enrico Bagnoli et Marianne Pousseur avaient peur d’une redondance en optant pour un troisième personnage féminin.

« Nous avons donc choisi de chercher la partie féminine d’Ajax : nous sommes persuadés qu’il existe une partie masculine et une partie féminine en chacun de nous, qui ne sont pas toujours acceptées. Celui qui ne se retrouve pas dans le schéma est souvent mis à l’écart : toute cette séparation entre le masculin et le féminin est d’origine sociale… Yannis Ritsos, qui est l’auteur du texte, pose aussi la question du militarisme : c’est un sujet important dans notre époque : la violence est-elle liée à cette opposition du masculin et du féminin ?
 
Cette vision du féminin dans Ajax est très importante, d’autant qu’il opère un changement complet de réflexion : il déclare ainsi que "ce n’est qu’en perdant tout que j’ai compris les choses". C’est en assumant une partie de lui qu’il avait toujours en lui qu’il comprend tout. Son rôle dans la société n’est plus possible mais, là où Phèdre s’en allait en rage, il s’en va en paix ».
 
Ajax commence demain et se joue jusqu’à samedi !
 
 
Clémence Hérout

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