le blog de l'athénée

Ils bloguent pour l'Athénée
D'hier à aujourd'hui

À bientôt

Posté le : 21 juin 2017 06:05 | Posté par : Clémence Hérout
Catégorie :

Patrice Martinet, le directeur de l’Athénée Théâtre Louis-Jouvet, vient de recevoir un prix.



(c) Mirco Magliocca

 
 
Personnellement, je voulais lui décerner le prix de la plus belle interprétation du professeur Bergamotte dans Les Sept Boules de cristal, mais je n’ai pas été entendue : l’association professionnelle de la critique, qui est composée de critiques professionnels en théâtre, danse et musique, vient de lui accorder le prix de la « personnalité musicale de l’année » pour « la richesse et la diversité de sa programmation musicale ».

Jean-Philippe Desrousseaux a été de son côté récompensé comme « meilleur créateur d’éléments scéniques » pour son Pierrot Lunaire avec marionettes programmé à l’Athénée en mars dernier. Vous pouvez trouver l’intégralité du palmarès ici.

Il faut dire que l’Athénée a pris depuis quelques années un virage musical ambitieux à base de résidence d’un orchestre inconnu dirigé par un trublion de 25 ans à Converse (on sait ce que le Balcon et Maxime Pascal sont devenus depuis), d’opéras baroques ou bouffes rarement joués ailleurs, de créations contemporaines ou de musiques électroniques.

Cette saison 2016-2017 fut donc celle de la réouverture après travaux par une recréation de la Symphonie fantastique de Berlioz par le jeune compositeur Arthur Lavandier, de la création de l’opéra contemporain Je suis un homme ridicule de Sébastien Gaxie d’après Dostoïevski, d’une version en vidéo live, peinture et théâtre d’objets de La Petite Renarde rusée de Janacek par Louise Moaty, d’un Pierrot Lunaire pour marionnettes par Jean-Philippe Desrousseaux, de la poursuite des lundis musicaux ou encore d’un imposant Dracula de Pierre Henry par Le Balcon en point d’orgue il y a trois semaines.

On y aura aussi vu Philippe Caubère et Clémence Massart, Toni Servillo, Adriana Asti, la troupe des Brigands, une trilogie des éléments pour voix et machine ou encore un opéra à suspense et un autre inspiré de Pierre Loti.


La saison 2017-2018 comptera six spectacles dramatiques, cinq spectacles musicaux et trois opéras, soit onze créations sur les quinze spectacles programmés.
Vous y retrouverez des créations du Balcon, des Brigands et de Philippe Caubère, les lundis musicaux ou encore une reprise de La Cantatrice chauve mise en scène par Jean-Luc Lagarce (avec les mêmes comédiens qu’à la création en 1991 !).
Vous y verrez aussi Fanny Ardant, Denis Lavant, un festival colombien, une comédie musicale de Chostakovitch, une redécouverte de Carmen, deux spectacles d’Alfredo Arias, un « opéra des cités », un tout nouvel orchestre nommé Les Apaches, une création par la jeune compagnie Phosphore, du Sade ou encore le compositeur contemporain Michaël Levinas.


L’abonnement vous permet de bénéficier de 50% de réduction dès cinq spectacles. La vente des places à l’unité sera ouverte à partir du 4 septembre.

Le blog prend quant à lui ses congés estivaux avant de revenir en septembre pour sa DIXIÈME SAISON (youhouuuuuu !). Merci de votre fidélité et bel été à tous.
 
Clémence Hérout

D'hier à aujourd'hui

"Connards ! Merde ! C'est une honte !"

Posté le : 01 juin 2017 19:30 | Posté par : Clémence Hérout
Catégorie : Dracula | + d'infos sur athenee-theatre.com

Vous connaissez Pierre Henry. Il a une tête de tragédien grec de mauvaise humeur
 
(c) Anne Selders
 
(ne lui en voulez pas : s’il souriait, il ressemblerait au père noël), mais surtout sa musique a beaucoup été utilisée dans la culture populaire. À tout hasard, sa Messe pour le temps présent, qui a été chorégraphiée par Maurice Béjart, et qu’on a entendue partout ensuite :
 
Si vous ne voyez pas la vidéo, elle est ici sur YouTube : https://www.youtube.com/watch?v=7K4RuQDxUaI
 
 
Né en 1927, il étudie la musique avec Pierre Boulez et Nadia Boulanger au Conservatoire national supérieur de musique. Pianiste et percussionniste, il commence rapidement à « préparer » des pianos, c’est-à-dire à y placer des objets pour en altérer le son, mais aussi à fabriquer ses instruments.

Il n’a même pas trente ans lorsqu’il commence à proposer des œuvres où se mêlent la musique électronique, les voix, les instruments et les sons du quotidien captés avec un micro — il se constitue d’ailleurs un dictionnaire des sons, qu’il qualifie de « dictionnaire de Babel ».

Il dirige également lui-même la diffusion de ses œuvres dans l’espace des salles de concert, assimilant les haut-parleurs à des musiciens. Il commence une collaboration avec le chorégraphe Maurice Béjart en 1955, et transforme également ses concerts en spectacle : en 1967, il donne par exemple un « concert couché » où il régit le son dans un ring de boxe, entouré du public allongé sur des matelas.

Préférant travailler des sons plutôt que des notes, ses concerts sont des théâtres sonores, qu’il considère comme une cérémonie dont il dirige tous les aspects. Ses œuvres sont données à la fois dans des lieux de musique contemporaine et des salles de concert comme l’Olympia. Il est considéré comme le père du sampling et du remix, et comme un inspirateur de beaucoup de musiques électroniques.
Il n’a pas cependant pas toujours eu une grande reconnaissance du milieu musical académique — et d’ailleurs, il n’a été bénéficiaire d’aides publiques qu’à partir de 1982 alors qu’il a commencé sa carrière en 1951.

Orchestre sonorisé proposant des concerts spatialisés, Le Balcon ne pouvait pas passer à côté de lui. Demain, il donnera ainsi Dracula à l'Athénée, composé par Pierre Henry en 2002 à partir de la tétralogie de Wagner, spatialisé et orchestré par Othman Louati et Augustin Muller.

Un avant-goût ici : 

La vidéo est là sur YouTube : https://www.youtube.com/watch?v=P1-e9jUw2A8
 
 
 
Il sera précédé par Déserts d’Edgard Varèse (1883-1965), une œuvre mixte composée dans les années 1950 pour une vingtaine d’instrumentistes (dont cinq percussionnistes jouant quarante-sept instruments à percussion) et des bandes magnétiques.
Sa création au théâtre des Champs-Élysées en 1954 avait donné lieu à l’un des plus grands scandales musicaux du 20e siècle, dont l’on peut entendre une petite partie grâce à l’INA (ici)

Il est également raconté par Julien Mathieu dans son article (publié sur Cairn) Un mythe fondateur de la musique contemporaine : le « scandale » provoqué en 1954 par la création de Déserts d’Edgard Varèse, dont je vous propose quelques extraits :

« L’orchestre commence à jouer. […] peu à peu, quelques bavardages épars se font entendre. Un rire fuse alors qu’un son sourd de scie circulaire sort des haut-parleurs, puis quelques sifflets, discrets, se font entendre. […] C’est alors qu’un homme hurle : "À l’asile !", tandis que d’autres insultes, issues manifestement de bouches différentes, fusent : "Bande de salauds !", "C’est un scandale !", "Décadence !". Des "chut" répétés ramènent péniblement le calme alors que l’orchestre succède aux sons synthétiques. […] un homme crie : "Arrêtez, quoi !" .
 
Un brouhaha s’ensuit, des gens s’insultent ("connards !", "merde !", "c’est une honte !"), certains crient, quelques timides vagues d’applaudissements tentent de submerger le tumulte puis tout se calme un peu […]. certains membres de l’auditoire tentent d’imiter les sons étranges qu’ils entendent en les assimilant à des cris d’animaux : l’un caquète, l’autre siffle pendant qu’un dernier aboie, le tout agrémenté de rires féroces.
Le scandale s’installe alors : un auditeur s’exclame, par exemple : "Pendez-le !", beaucoup s’invectivent, discutent ferme de l’utilité d’écouter une telle musique. […]
 
Enfin, lorsque les sons agressifs de la troisième interpolation résonnent dans les haut-parleurs, ce sont des cris, des hurlements, des applaudissements qui, au fur et à mesure, couvrent presque la bande magnétique, jusqu’au retour de l’orchestre (qu’on entend à peine) et l’achèvement de l’œuvre, salué par un mélange "apocalyptique" (selon le terme de Iannis Xenakis) de sons humains tendant soit vers l’injure, soit vers l’ovation quelque peu forcée ».


Du coup, j’ai hâte de savoir ce que vous ferez demain : Dracula et Déserts se joueront demain et samedi à 20 h, et c’est le dernier spectacle de la saison !
 
 
Clémence Hérout

D'hier à aujourd'hui

Le jour est gris

Posté le : 26 avr. 2017 05:55 | Posté par : Clémence Hérout
Catégorie : The Lighthouse | + d'infos sur athenee-theatre.com

Résumé de l’épisode précédent :

Nous sommes sur une île minuscule au nord de l’Écosse en décembre 1900. Le gardien de phare Joseph Moore est de retour après deux semaines de congé pour relever l’un de ses trois collègues restés sur l’île. Son approche à bord du bateau chargé du ravitaillement est retardée par une tempête. À leur arrivée, non seulement le phare est éteint, mais le quai n’a pas été préparé pour l’amarrage et aucun gardien ne sort malgré les sirènes déclenchées par le bateau.


Une petite embarcation est mise à la mer pour que le quatrième gardien débarque accompagné de deux autres marins. Mais à leur arrivée, le phare est vide.
Tout est en ordre, à part quelques détails : une chaise a été renversée, une tasse est cassée, l’horloge ne fonctionne plus, des restes d’un repas sont retrouvés sur la table et le canari est très amaigri. Deux cirés et deux paires de bottes sur les trois manquent.

Les marins se précipitent pour fouiller les rochers de la petite île. Le quai ouest est endommagé certes, mais aucune trace des trois gardiens. Et s’il y a eu une forte tempête, il est de toute façon peu probable qu’ils se soient aventurés sur la jetée.

 
 
Joseph Moore et le commandant du bateau reviennent examiner le journal de bord des trois gardiens de phare James Ducat, Thomas Marshall et Donald McArthur. Les derniers jours, il avait été tenu par Thomas Marshall.


« 12 décembre
Coup de vent du nord quart nord-ouest. Mer démontée. Isolés par la tempête.

21 heures. Jamais vu un tel ouragan. Vagues très hautes, se brisant sur le phare. Tout est en ordre. Ducat irritable.

Minuit. La tempête fait toujours rage. Le vent ne mollit pas. Isolés, ne pouvons sortir. Un navire passe en actionnant sa sirène de brume. Je peux voir les lumières des cabines. Ducat tranquille. Mc Arthur pleure.


13 décembre
L’ouragan a continué toute la nuit. Le vent hale l’ouest quart nord-ouest. Ducat tranquille. McArthur prie.

Midi. Le jour est gris. Moi, Ducat et MacArthur avons prié.


15 décembre. 13 heures.
Tempête terminée. Mer calme. Dieu est au-dessus de tout. »


Le journal s’arrête là, dix jours avant l’arrivée du bateau sur l’île.
Sauf qu’aucune tempête n’a été signalée mi-décembre au large de l’Écosse. Et que Joseph Moore a certifié n’avoir jamais vu ses camarades, qui étaient des marins aguerris, ni prier ni pleurer.

Malgré l’enquête dépêchée par les autorités britanniques, on n’a jamais su ce qui était arrivé aux trois gardiens du phare d’Eilean Mòr.


Le compositeur Peter Maxwell Davies a imaginé leurs derniers jours dans son opéra The Lighthouse : c’est à l’Athénée jusqu’à après-demain dans une mise en scène d’Alain Patiès et une direction de Philippe Nahon.
 
Clémence Hérout

D'hier à aujourd'hui

La disparition des gardiens du phare

Posté le : 18 avr. 2017 18:45 | Posté par : Clémence Hérout
Catégorie : The Lighthouse | + d'infos sur athenee-theatre.com

Il n’y a plus âme qui vive sur les îles Flannan.

Ces quelque cinquante hectares rocailleux situés dans l’archipel des Hébrides au nord-ouest de l’Écosse sont d’ailleurs à peine visibles sur une carte :

 
 




 
 
On décide d’y ériger un phare à son point culminant, situé sur l’île Eilean Mòr : cela signifie « grosse île » en gaélique écossais, bien qu’elle fasse à peine cent cinquante mètres de long.
 
Il n’y a rien sur l’île, alors il faut construire les quais, escaliers et petite voie ferrée qui permettront d’acheminer les matériaux de construction, qui ont dû être remorqués directement depuis les bateaux par-dessus les falaises. Le chantier dure cinq ans, et le phare est terminé en décembre 1899.
 
Quatre marins retraités sont choisis pour garder le phare par équipe de trois : chacun passe six semaines dans le phare avant de partir en congé pour deux semaines à tour de rôle. C’est le navire Hespérus qui vient les chercher ou les ramener, apportant également le courrier et les vivres. Trois gardiens sont donc présents en permanence sur Eilean Mòr.



 
 
En décembre 1900, soit un an après la mise en service du phare, le quatrième gardien Joseph Moore revient sur Eilean Mòr après ses deux semaines de congé. Mais, pris dans une tempête, le navire Hespérus peine à approcher les îles Flannan.

Le 24 décembre, alors les rochers sont enfin en vue, les marins se rendent à l'évidence : le phare est éteint.
Il leur faut attendre encore deux jours pour que le navire réussisse à rejoindre le quai est de l’île : mais là, rien n’a été préparé pour assurer l’amarrage de l’Hespérus. Malgré la sirène déclenchée sur le navire, personne ne sort du phare.
 
Pour connaître la suite de l’énigme de la disparition des îles Flannan, il faut aller voir The Lighthouse, un opéra de Peter Maxwell Davies inspiré de cette histoire vraie. À partir de vendredi à l’Athénée.
 
Bonne soirée !
 
 
Clémence Hérout

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