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Coulisses

Les bras ouverts

Posté le : 12 mars 2018 05:55 | Posté par : Clémence Hérout
Catégorie : 'elle' | + d'infos sur athenee-theatre.com

Nous avions vu la semaine dernière comment, en septembre, l’équipe du spectacle ‘Elle’ avait investi le plateau de l’Athénée pour y poser des lumières et du vert : c’est parce que, dans ‘Elle’, des vidéos sont projetées directement SUR le metteur en scène et acteur Alfredo Arias.



 

 
 
Ce sont en effet des images qui habillent Alfredo, y compris lorsqu’il est en mouvement : après traitement par l’équipe, les vidéos créées ces deux jours de septembre apparaissent sur lui pendant le spectacle.
 

 
 
 
Il fallait donc le filmer en costume dans d’innombrables postures et mouvements : sachant déjà avec précision ce qu’il allait jouer et comment, Alfredo avait identifié avec son équipe une vingtaine de séquences à tourner.

 

Après l’installation et tous les tests le mardi, l’équipe a donc passé son mercredi à tourner les séquences nécessaires, chacune durant un temps déterminé entre trente secondes et quelques minutes. Chaque séquence était déjà bien identifiée et définie : « face debout salutations mains jointes », « face debout bras ouverts », « face accroupi », « dos debout bras ouverts… »
 

 
 
 
Pour Alfredo Arias, l’exercice était particulièrement difficile, puisqu’il a consisté à mémoriser toutes les séquences et à les reproduire ensuite en respectant à la fois l’espace délimité, le rythme fixé et l’exactitude du geste visé.

Installé sur le fond vert, filmé par Alejandro et Flavio, maquillé par Pauline, habillé par Pablo et chronométré par Olivier, Alfredo a ainsi passé sa journée à lever les bras, tourner sur lui-même, joindre les mains ou baisser la tête.




 

Pour avoir un aperçu du résultat, il faut attendre l’article de la semaine prochaine — ou aller voir le spectacle : ‘Elle’ de Jean Genet mis en scène par Alfredo Arias se joue jusqu’au 24 mars.
Je vous souhaite une bonne semaine à tous depuis ma maison temporaire où c’est encore l’hiver !
 
 

Clémence Hérout

Coulisses

Elle se prépare

Posté le : 06 mars 2018 06:00 | Posté par : Clémence Hérout
Catégorie : 'elle' | + d'infos sur athenee-theatre.com

Demain commencera 'Elle' de Jean Genet mis en scène et interprété par Alfredo Arias, que vous avez déjà pu voir à l’Athénée en 2000 dans Les Bonnes du même Genet et Circo Equestre Sgueglia de Raffaele Viviani en 2015.

En septembre, toute l’équipe du spectacle 'Elle' était à l’Athénée, mais pas pour les répétitions artistiques, essais techniques ou réunions administratives plus ou moins habituelles.

Dans l’une des loges, Alfredo se faisait maquiller par Pauline…



 
 
tandis qu’Alejandro, Flavio et l’équipe technique de l’Athénée installaient projecteurs et bâches sur le plateau,
 

 
 

ou qu’Olivier préparait chronomètre et bloc-notes.
 

 
 

Parce qu’'Elle' n’est peut-être pas que du théâtre : rendez-vous demain soir à l’Athénée pour en voir davantage, ou ici la semaine prochaine pour la suite !

En attendant, Alfredo Arias sera l’invité d’Édouard Baer sur Radio nova aujourd’hui à partir de 8 h 10. Courage avec la météo, c’est bientôt la fonte des glaces !
 

 
 
Clémence Hérout

D'hier à aujourd'hui

Quartier des cerises

Posté le : 15 févr. 2018 05:00 | Posté par : Clémence Hérout
Catégorie : moscou paradis | + d'infos sur athenee-theatre.com

Moscou Paradis se joue à l’Athénée jusqu’à demain : je vous racontais la semaine dernière combien son compositeur, Chostakovitch, avait été persécuté par le régime stalinien, entravant considérablement son travail artistique.

Ainsi a-t-il seulement achevé trois drames musicaux : Le Nez, Lady Macbeth du district de Mtsensk, et ce Moscou Quartier des cerises, adapté à l’Athénée par Opéra Louise sous le titre de Moscou Paradis.
 

 (c) Magali Dougados
 
Dénonçant les problèmes de logement et la corruption, cette opérette s’attaque à l’URSS de son époque en jouant avec les limites de la censure. Créée en début 1959, elle répond en fait à une commande du Théâtre d’opérette de Moscou.
Outre les critiques à peine voilées du régime dans l’esprit mordant de Chostakovitch donnant ici exceptionnellement dans la musique légère, on y décèle des pastiches et allusions musicaux, en particulier à Borodine, Soloviov-Sedoï ou Tchaïkovski, mais aussi à des chants populaires russes.
L’une des chansons du premier acte est d’ailleurs reprise du film Contre-plan, sorti en 1932 et dont Chostakovitch lui-même avait déjà composé la musique.

 

 Plan du quartier Tcheriomouchki (c) Panther
 
Le titre russe, Tcheriomouchki, fait même directement référence à un véritable district du sud-ouest de Moscou qui se caractérise par un ensemble résidentiel d’envergure construit à la fin des années 1950.
Dirigé par un groupement de jeunes architectes répondant à la demande de Khrouchtchev de résoudre la crise du logement via des immeubles préfabriqués, le projet propose de concevoir des microquartiers. Des immeubles de quatre étages s’organisent ainsi autour d’espaces verts et d’équipements comme des écoles ou des magasins. Les appartements sont proposés déjà meublés. Expérimental, le quartier devient le symbole de la modernité architecturale de l’époque au point que son nom, Tcheriomouchki, est devenu un nom commun.

 
Vue du quartier en 1964 (c) John William Reps
 
 
Pour découvrir cette œuvre aussi rare dans le travail de Chostakovitch que sur les scènes européennes, c’est à l’Athénée jusqu’à demain dans une mise en scène de Julien Chavaz et une direction musicale de Jérôme Kuhn.

En attendant, bien le bonjour d’une contrée presque sibérienne !
 

 
Clémence Hérout

D'hier à aujourd'hui

Tous savaient qu'on allait m'anéantir

Posté le : 09 févr. 2018 17:10 | Posté par : Clémence Hérout
Catégorie : moscou paradis | + d'infos sur athenee-theatre.com

« Le 28 janvier 1936, nous allâmes à la gare acheter le dernier numéro de La Pravda. Je l’ouvris, et j’y vis l’article “Un galimatias musical” [aussi traduit par “La confusion remplace la musique” NDLR]. Cette journée est restée à jamais gravée dans ma mémoire. Cet article, en troisième page de La Pravda, modifia toute ma vie.
Il était publié sans signature, comme un éditorial, ce qui voulait dire qu’il reflétait l’opinion du Parti. Mais en réalité, il reflétait l’opinion de Staline. Et c’était beaucoup plus grave. […]
 
Il y avait une phrase dans cet article disant que tout cela “pouvait mal se terminer”. Et tous attendaient précisément le moment où cela allait mal se terminer. À présent, tous savaient parfaitement qu’on allait m’anéantir. Et l’attente de cet événement notable – notable pour moi, tout au moins – ne devait plus jamais me quitter. » (1)

 

 
 
Contrairement à beaucoup d’autres comme le poète Ossip Mandelstam, l’homme de théâtre Vsevolod Meyerhold ou l’écrivaine Marina Tsvetaïeva, le compositeur Dimitri Chostakovitch n’a pas été déporté en Sibérie ni assassiné par le régime stalinien. Il n’en a pas moins subi une oppression aussi insidieuse qu’elle était inconstante, Staline s’employant à souffler le chaud et le froid : ainsi Chostakovitch reçoit-il six prix Staline entre 1941 et 1952 tout en endurant, entre autres, deux campagnes de dénigrement particulièrement violentes en 1936 et 1948.

Déclaré « ennemi du peuple » en 1936, Chostakovitch vit dans la terreur. Contraint de manœuvrer à vue entre l’expression de son génie et la politique culturelle du Parti, il se résigne à des concessions dans sa musique (il compose même des œuvres de propagande au début de sa carrière) ou abandonne carrément certains projets, notamment lyriques, par crainte de représailles. Les représentations de certaines de ses œuvres, comme Lady Macbeth du district de Mtsensk, sont parfois purement et simplement arrêtées en cours d’exploitation.

Le contexte s’améliore lentement après la mort de Staline, particulièrement après 1956 lorsque Khrouchtchev dénonce ses crimes à l’occasion du Congrès du parti. Réhabilité en 1958 par décret, Chostakovitch renoue avec la composition en créant aussi bien un concerto pour violoncelle, des quatuors à corde, une comédie musicale et une symphonie en moins de deux ans.

 

 
 
L’œuvre de Chostakovitch reste en effet particulièrement protéiforme, d’abord sur les styles abordés : il a ainsi produit des musiques de films, ballets, chants solos, quatuors à cordes, concertos, symphonies, opéras, suites pour orchestre, chants populaires, musiques de scène, œuvres pour piano seul, oratorios ou réorchestrations, même si ce sont souvent ses symphonies et quatuors à cordes que l’on retient surtout aujourd’hui.
Chostakovitch avait d’ailleurs prévu de composer vingt-quatre quatuors, chacun dans une des vingt-quatre tonalités existantes. S’il est mort avant d’achever le cycle complet qu’il projetait, les quinze quatuors qu’il a laissés sont tous composés dans une tonalité différente, dont l’ordre suit une logique précise.
Sur la forme ensuite, sa musique allie l’avant-garde et la tradition classique. Souvent sombre, elle laisse poindre des touches de sarcasme et multiplie les allusions politiques.

Son opérette Moscou Quartier des cerises se distingue aussi par ce mélange des genres et de tons : composée en 1959 à l’époque du dégel, elle commence à l’Athénée ce soir dans une direction musicale de Jérôme Kuhn et une mise en scène de Julien Chavaz. Les douze heures du montage du décor sont à regarder  ici dans un condensé de deux minutes.

Vous pourrez retrouver aussi Julien Chavaz ce soir à 18 h en direct (à voir sur les pages Facebook et Twitter de l’Athénée) avec ma collègue Caroline Châtelet, qui prend ma relève pendant mon séjour au pays du froid.
 
 

 
À bientôt !
 
 
Clémence Hérout


(1) Extrait de Témoignage : mémoires de Dimitri Chostakovitch, propos recueillis par Solomon Volkov, paru chez Albin Michel, Paris, 1980 (l'exactitude des propos soi-disant rapportés par Volkov est contestée)

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