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Coulisses

Le voyage intérieur

Posté le : 21 févr. 2017 06:00 | Posté par : Clémence Hérout
Catégorie : Je suis un homme ridicule | + d'infos sur athenee-theatre.com

Je vous ai raconté la semaine dernière comment l’idée de composer un opéra à partir d’une nouvelle de Dostoïevski est née chez le comédien et metteur en scène Volodia Serre et le compositeur Sébastien Gaxie.

Une fois le projet lancé, Volodia Serre s’attelle à l’écriture du livret de ce qui deviendra l’opéra Je suis un homme ridicule, à l’Athénée à partir de samedi prochain.


Si c’est Volodia Serre qui écrit le livret à partir de la nouvelle de Dostoïevski, il n’en discute pas moins beaucoup avec le compositeur Sébastien Gaxie dans un processus qui prendra plusieurs années.

« La première version du livret n’a rien à voir avec celle qui va être représentée. J’ai commencé par créer un point de départ, à partir duquel Sébastien Gaxie et moi avons confronté nos visions de la nouvelle, parlé de Dostoïevski, de son rapport à la foi et de son mysticisme. Nous avons beaucoup échangé et mené de nombreux essais qui ont souvent abouti à des impasses. »



Croquis de la scénographie (c) Stephan Zimmerli
 
 
Le texte de Dostoïevski est en effet une nouvelle écrite à la première personne, où un homme raconte le voyage qu’il fait en rêve jusqu’à une nouvelle planète.
Deux difficultés majeures apparaissent rapidement : d’abord créer les habitants de cette planète, qui n’existent dans la nouvelle qu’à travers le regard du narrateur qui ne comprend ni leur langue ni leurs rites. Et donner à entendre le dialogue intérieur du narrateur, dont on suit les pensées dans le texte de Dostoïevski.

Volodia Serre explique : « L’adaptation nous donne une grande permissivité, mais il est très difficile d’inventer une matière qui ne figure pas dans un texte déjà dense et bien construit, mais qui lui manque à mon avis pour en faire un opéra.



 Croquis de la scénographie (c) Stephan Zimmerli
 
 
Nous avons d’abord ajouté un double au narrateur, qui permet de faire dialoguer l’homme avec lui-même et créer une dichotomie intérieure. Cela s’est d’autant plus imposé que le fil conducteur de la nouvelle est un voyage intérieur, et que Dostoïevski écrit qu’une ombre vient chercher l’homme pour partir en voyage.
C’est aussi un clin d’œil au roman Le Double de Dostoïevski. Ce double est comme Virgile pour Dante dans La divine Comédie : il est là pour guider le narrateur dans sa mémoire et son expérience. Sur scène, le narrateur de la nouvelle est donc joué par deux interprètes. »

Il faut aussi représenter la planète où arrive le narrateur au terme de son voyage : « Ce qui nous intéressait était la rencontre entre l’homme et ce monde inconnu — qui est probablement un monde intérieur, c’est-à-dire sa vision propre d’une sorte de paradis.
 
 

Croquis de la scénographie (c) Stephan Zimmerli
 
 
Pour le raconter, il faut nécessairement représenter cette planète, la communauté qui y vit, la manière dont elle chante, ou encore la façon dont ils communiquent avec l’homme… Dostoïevski le fait simplement décrire par le narrateur : mais là où le narrateur peut simplement dire que les habitants de cette planète parlent une langue qu’il ne comprend pas, il faut que le spectateur les voie ! Comment ces personnages chantent-ils, et dans quelle langue ? Après de très nombreuses tentatives, nous avons pensé qu’il fallait qu’ils parlent une langue que presque personne ne connaît. »

 
Photo de répétition prise par Sébastien Gaxie
 
 
C’est presque par hasard que Volodia Serre trouve la langue qu’il utilisera finalement :
« J’avais écrit des chants en français correspondant à plusieurs moments de la journée. Sur une idée de Sébastien Gaxie, ces chants étaient destinés à se répéter dans l’opéra jour après jour pour raconter l’éternité, dans une sorte de temps suspendu où une journée idéale se répète sans cesse.
 
Je voulais un paysage pour chaque moment de la journée, comme si chaque moment correspondait à un endroit de la planète et que la communauté avait des bottes de sept lieues lui permettant de passer d’un paysage de montagne à la forêt, puis à la mer, puis dans le désert…
  Photo de répétition prise par Sébastien Gaxie
 
 
En lien avec le travail de scénographie avec Stephan Zimmerli et Marc Lainé, je me suis inspiré des images de la trilogie Qatsi de Godfrey Reggio, qui se compose de trois films : Koyaanisqatsi (1982), Powaqqatsi (1988) et Naqoyqatsi (2002). Les titres de ces trois films sont en Hopi, une langue parlée par moins de sept mille Amérindiens du nord-est de l’Arizona.
 
En étudiant cette tribu, j’ai trouvé une ressemblance étonnante entre leur société, leurs mœurs, leur métaphysique et ce qui est décrit des habitants de la planète inconnue dans la nouvelle de Dostoïevski. Le texte raconte aussi le processus d’acculturation provoquée par l’arrivée de cet homme, rappelant la colonisation subie par les Amérindiens.
 
 
Photo de répétition prise par Sébastien Gaxie

 
Nous avons donc décidé de les faire s’exprimer en Hopi, d’autant que cette langue se prête très bien au chant. Tous les chants que j’avais écrits en français ont été traduits en Hopi — sachant que je l’ai fait moi-même : le résultat ferait sans doute rire les Hopis s’ils l’entendaient…
 
Au fur et à mesure que la journée idéale et ses chants se répètent, des mots en français sont introduits dans le Hopi et déstructurent l’harmonie initiale. Ces hommes déchantent progressivement jusqu’à arriver au chant français. Il fallait trouver des mots français qui ressemblent phonétiquement au Hopi, mais qui signifient quelque chose, pour montrer cette corruption de la communauté par l’arrivée de l’étranger.
 
Photo de répétition prise par Sébastien Gaxie
 
 
L’opéra s’achemine donc vers un chaos final, qui est selon Dostoïevski l’expression du monde contemporain. C’est ce que raconte la nouvelle : cet homme fait vivre en accéléré l’Histoire du monde à cette communauté jusqu’à les ramener à sa propre temporalité. »


Suite la semaine prochaine avec le travail mené par Sébastien Gaxie pour la composition de l’opéra. Je suis un homme ridicule de Sébastien Gaxie et Volodia Serre d’après Dostoïevski commence samedi !

 
Clémence Hérout

Coulisses

Un festin pour les oreilles

Posté le : 17 févr. 2017 11:59 | Posté par : Clémence Hérout
Catégorie : Je suis un homme ridicule | + d'infos sur athenee-theatre.com

Samedi prochain, c’est le début de l’opéra Je suis un homme ridicule, adapté d’une nouvelle de Dostoïevski.

La musique a été composée par Sébastien Gaxie et le texte écrit par Volodia Serre, que vous avez pu voir à l’Athénée dans Les trois Sœurs de Tchekhov.


Cela fait plus de quinze ans que la nouvelle de Dostoïevski trotte dans la tête de Volodia Serre, qui a cependant l’impression que quelque chose manque au texte pour exprimer toutes ses dimensions dans une adaptation sur scène : la nouvelle raconte en effet le rêve d’un homme qui voyage sur une autre planète.

D’après Volodia Serre, « pour raconter cette vision d’extase, cette sensation d’une harmonie d’un monde idéal, il semblait inévitable d’utiliser la musique. Il ne peut pas y avoir d’harmonie, de paix partagée sans musique. Cela me paraissait aller de soi. Dostoïevski écrit que le personnage ne comprend pas les paroles des habitants de la planète où il arrive, mais qu’il en comprend le sens, car il passe dans la musique de la langue. C’est un élan musical qui l’amène vers la planète, et la révélation de l’harmonie s’opère par la musique. C’est sous doute pour cela que j’avais l’impression que quelque chose manquait dans les adaptations théâtrales de la nouvelle que j’avais vues. »


Photo prise par Sébastien Gaxie en répétition

 
Volodia Serre partage ses réflexions avec le compositeur Sébastien Gaxie, qui raconte :

« Volodia et moi nous connaissons depuis longtemps puisque nous étions ensemble au collège… Nous avons travaillé ensemble sur A Feast For The Ears, une pièce musicale radiophonique que j’ai composée sur la cuisine du chef Pierre Gagnaire : j’avais choisi de mettre des micros à son restaurant rue Balzac, à la fois dans la cuisine et en salle, à une table où mangeaient des comédiens, dont Volodia Serre.
 
Dans mon travail, je prends des éléments du réel que j’enregistre avant de les transcrire en musique. Si j’enregistre une voiture ou un téléphone, je vais coudre un instrument sur le bruit de cette voiture ou de ce téléphone, comme une décalcomanie musicale de la réalité. Pour A Feast For The Ears, j’avais choisi un ensemble de jazz en salle et un de musique contemporaine en cuisine, dans une alternance musicale et théâtrale de deux lieux qui se répondent. Le projet s’est bien passé, nous avons même gagné le prix Italia à Turin.

Volodia Serre a eu l’intuition que cela serait bien de se confronter à un texte. Nous nous sommes retrouvés au restaurant du théâtre du Rond-Point en fin 2013 ou début 2014, où j’ai naturellement parlé de Dostoïevski, car je sais qu’il aime la littérature russe et moi aussi. C’est là qu’il m’a sorti la nouvelle Le Rêve d’un homme ridicule, dont il voulait me parler… »
 


Photo prise par Sébastien Gaxie en répétition

 
Si Volodia Serre a pensé à Sébastien Gaxie en effet, c’est d’abord pour son travail sur la voix parlée :

« La langue de Dostoïevski est extrêmement théâtrale : tout le texte induit la scène. C’est parce que la parole y est logorrhéique qu’il fallait un compositeur capable de s’en s’emparer.
Les livrets d’opéra sont généralement très courts, puisqu’on a tendance à y réduire le matériau textuel à quelques éléments, qui servent seulement de support à l’expression du sens. Par exemple, notre livret fait 80 pages alors que le livret d’un opéra de cette durée en ferait habituellement plutôt 20. Même si je dois dire que Sébastien Gaxie n’a pas arrêté de me dire qu’il y avait trop de texte ! Nous avons mené un important travail linguistique sur le texte, et Sébastien Gaxie a travaillé directement à partir de la voix des interprètes. »


Nous verrons dans un prochain billet comment Sébastien Gaxie et Volodia Serre ont concrètement travaillé à la création de l’opéra. Je suis un homme ridicule commence le samedi 25 février !
Clémence Hérout

Coulisses

Ce que je pourrai faire

Posté le : 02 janv. 2017 06:00 | Posté par : Clémence Hérout
Catégorie : Oh-la-la oui oui | + d'infos sur athenee-theatre.com

Après les photos d’Oh-la-la oui oui côté techniciens et côté musiciens, je vous propose aujourd’hui d’aller chez les deux chanteurs du spectacle, Emmanuelle Goizé et Gilles Bugeaud, accompagnés des paroles de la chanson Ce que je pourrai faire qui, à la période des bonnes résolutions, vous apprend à bien gérer votre budget.

Elle est extraite de l’opérette Un soir de réveillon de Raoul Moretti et Albert Willemetz (1932). Et bonne année bien sûr !


« - Quand on s’établit en ménage, il faut établir son budget.
- Monsieur, c’est en effet très sage, exposez-moi tous vos projets.
- Je ne suis pas, j’estime, ni ladre, ni grigou...
- Mais je vois que pour vous cinq centimes ça fait tout de même un sou
- Il ne faut pas, je le soutiens, vivre au-delà de ses moyens !… Eh bien !
 
 

 
- Voilà ce que je pourrai faire...
- Dites ce que vous pourrez faire.
- J’ vous donn’rai trois mill’ francs par mois...
- C’est beaucoup, trois mill’ francs pour moi !
- Mais vous devrez payer, ma chère, la blanchisseuse, la couturière, le gaz et l’électricité.
- Enfin tous les petits à-côtés !
- Vous ferez vos robes vous-même.
- Je ferai mes robes moi-même.
- Vous ferez aussi vos chapeaux.
- Je peux très bien sortir sans chapeau !
 
 
 
- L’important, n’est-ce pas, c’est qu’on s’aime.
- L’important, surtout, c’est qu’on s’aime.
- On peut vivre heureux sans autos !
- À quoi servirait le métro !
- Nous aurons ménage modeste, une femme de journée le matin...
- Et c’est moi qui ferai le reste ; Ça m’occupera, c’est bien certain !
- Parfois, plaisir très rare, au théâtre nous irons...
- Nous irons voir jouer L’Avare, sûrement ça vous plaira !
- Il faut savoir être économe et dépenser le minimum… En somme !
 
 
 
- Voilà ce que je pourrais faire...
- Dites ce que vous pourrez faire...
- Vous recevrez un jour par mois...
- C’est beaucoup trop un jour pour moi !?
- Nous ferons avec des intimes un bridge, mais au quart de centime, le soir nous jouerons au loto...
- Mais pas de l’argent, des haricots !
- Nous déjeunerons le dimanche...
- Dans le bois de Meudon, sous les branches.
- Moi je pensais : chez mes parents !
- J’avoue que c’est beaucoup plus marrant !
 
 
- L’important, n’est-ce pas, c’est qu’on s’aime.
- L’important, surtout, c’est qu’on s’aime.
- Et que l’on s’entende très bien !
- Le divorce n’est pas pour les chiens ! »
 
Bonne année à tous, en vous souhaitant surtout beaucoup d'amour !...
 
Clémence Hérout

Coulisses

Deux pianos

Posté le : 29 déc. 2016 05:00 | Posté par : Clémence Hérout
Catégorie : Oh-la-la oui oui | + d'infos sur athenee-theatre.com

Oh-la-la oui oui, c’est un spectacle créé par deux chanteurs que vous avez pu voir dans plusieurs spectacles à l’Athénée, Emmanuelle Goizé et Gilles Bugeaud.
Ce sont aussi trois musiciens : Laurent Delaveau à la contrebasse, Gilles Parodi à la guitare et Laurent Zeller au violon.

Voici aujourd’hui quelques photos de leurs loges accompagnées des paroles de la chanson Deux pianos, extraite de l’opérette Yes de Maurice Yvain et Albert Willemetz (1928).


« Dans tout les concerts depuis Doucet et Wiiéner
Nouvelle méthode
Nouvelle mode
Pour accompagner Mistinguett ou Chevalier
Harry Pilcer Les Dolly Sisters
 
 
 
Il faut que l’on ait au lieu d’un piano
À présent deux pianos
C’est bien mieux car,
Au fond, deux pianos
C’est plus nouveau qu’un piano
 
 
 
 
Comme ça couvre la voix
Jamais le public ne voit
Si l’on chante juste ou faux
Si les couplets sont idiots
C’est pour ça qu’il faut
Que l’on ait au lieu d’un piano
Deux pianos !
 
 
 
 
C’qu’on aime aujourd’hui
C’est surtout beaucoup de bruit
De la musique cacophonique
Car la symphonie N, I, ni
C’est bien fini
 
 
 
 
 
Pour que Chopin fasse plus de potin
C’est vraiment beaucoup plus beau
Ça fait surtout bien plus nouveau
Car un piano c’est rococo
Puis ça manque d’écho
Pour faire du boucan il faut
Que l’on ait au moins deux pianos
 
 
 
La musique a plus de brio
Quand il y a deux pianos
La marche de Mendelsohn
Se transforme en Charleston
Faust et son air des bijoux
Se joue comme un Kinkajou
C’est pour ça qu’il faut
Que l’on ait au lieu d’un piano, deux pianos !
 
 
 
 
Convenez que quatre pianos
Ça vous fait deux fois deux pianos
Un jour on n’jouera plus d’piano
Qu’avec vingt-cinq pianos. »
 
Bon réveillon à tous !
 
 
Clémence Hérout

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