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Coulisses

La tête et les jambes

Posté le : 22 mars 2017 06:00 | Posté par : Clémence Hérout
Catégorie : Pierrot lunaire | + d'infos sur athenee-theatre.com

Vendredi commence Pierrot Lunaire, une oeuvre d’Arnold Schönberg sur vingt-et-un poèmes d’Albert Giraud (1884). Il sera présenté à l’Athénée dans une version pour marionnettes.

Jean-Philippe Desrousseaux, son metteur en scène, nous explique pourquoi : « marionnettiste à la base, je construis mes dramaturgies et scénographies avec des marionnettes. J’ai choisi plus précisément les marionnettes du bunraku japonais, car non seulement le japonisme était très présent en Europe à l’époque de la composition de Pierrot Lunaire, mais en plus il me semble que l’expressionnisme allemand de Schönberg rejoint l’esprit du théâtre japonais. ».

Le bunraku est l’une des grandes formes théâtrales japonaises née au 16e siècle de l’association de conteurs et marionnettistes.

Donnant d’abord à voir des récits épiques faits de légendes guerrières ou d’hagiographies, il prend une dimension plus proprement théâtrale à la fin du 17e siècle sous l’impulsion de l’écrivain Chikamatsu qui écrit des drames bourgeois critiquant la société de son époque et exaltant le sentiment amoureux. Texte et musique y sont intimement liés, donnant à entendre du parlé, du récitatif et du chanté.

Au 18e siècle, les poupées à manchon utilisées jusqu’à présent deviennent de grandes marionnettes d’environ 1 mètre 30 dotées de mécanismes permettant d’animer le visage et les mains.
Le marionnettiste Yoshida Bunzaburo introduit alors la manipulation à trois personnes : un opérateur anime la tête et le bras droit, un autre le bras gauche et le troisième les jambes.

Menacée de disparition, la tradition du bunraku survit grâce à la création d’une salle dédiée à Osaka en 1872, avant la fondation du théâtre national du bunraku en 1984.

Pour en avoir un aperçu, rendez-vous du 24 au 31 mars pour le Pierrot Lunaire de Schönberg dans une direction musicale de Takénori Némoto et une mise en scène de Jean-Philippe Desrousseaux.

Bonne semaine !
 
Clémence Hérout
 
Article écrit grâce aux textes de Patrick De Vos sur le bunraku.

Coulisses

Une ruse rusée

Posté le : 13 mars 2017 21:42 | Posté par : Le Tone
Catégorie : La Petite Renarde rusée | + d'infos sur athenee-theatre.com


 
 
 
 

Coulisses

La petite renarde filmée

Posté le : 10 mars 2017 15:55 | Posté par : Clémence Hérout
Catégorie : La Petite Renarde rusée | + d'infos sur athenee-theatre.com

Mercredi commence La petite Renarde rusée, un opéra de Janacek mis en scène par Louise Moaty et dirigé par Laurent Cuniot.
 
L’opéra est en fait une adaptation d’un feuilleton illustré que Janacek avait lu dans un journal : c’est parce que l’image et le paysage sont au cœur de l’œuvre que Louise Moaty a souhaité en faire de même dans sa mise en scène, s’inscrivant aussi dans la continuité de ses concerts optiques.
 
Le spectacle que vous verrez est donc conçu comme un film en direct dans lequel les chanteurs sont filmés et incrustés dans un paysage dessiné où ils rencontrent des objets et marionnettes —il faut dire que les personnages de La petite Renarde rusée sont d’abord des animaux : renards, basset, poules, coq, blaireau, chouette, pivert, mouches, grillons, sauterelles…
Je vous conseille de regarder la bande-annonce du spectacle ici pour en avoir une idée plus précise.
 
Louise Moaty n’a pas pour autant souhaité évacuer le côté théâtral du spectacle : si de nombreux objets techniques sont utilisés, notamment le logiciel d’incrustation en direct et les caméras, elle a voulu montrer les choses en train de se faire.
« Je souhaite atteindre une dimension poétique dans cette forme d’artisanat : on voit ce qui se passe tout en étant lié à dimension humaine de la fabrication du spectacle. Dans la façon dont la technologie est utilisée, c’est finalement la main de l’homme qui est prépondérante. Je voulais assumer la représentation théâtrale comme telle, tout en introduisant du merveilleux dans cette fabrication artisanale à vue. L’énigme de la représentation existe déjà dans l’œuvre au départ. »
 
Difficulté supplémentaire : Louise Moaty voulait absolument que le film se réalise en direct, alors qu’on aurait pu imaginer créer une vidéo en amont.
« Cela me semblait plus intéressant de proposer une réalisation en direct du film, donc sans décalage entre les interprètes et leur image. Je voulais qu’on tourne un film de l’histoire de La petite Renarde rusée et qu’il se voie en direct. Quand on voit un homme à l’écran, il est en train de chanter. Nous avons mis beaucoup de temps avec Benoît Labourdette (conseil et collaboration vidéo) pour trouver la solution technique nous permettant un réel direct : sinon, il y a souvent un délai d’une seconde qui n’est pas gênant au théâtre, mais qui l’est en musique. »
 
À très vite sur le blog pour vous raconter le travail concret mené pour monter ce spectacle hors norme, et à mercredi pour la première ! 
 
Bon week-end.

Clémence Hérout

Coulisses

Créer le chaos

Posté le : 27 févr. 2017 12:15 | Posté par : Clémence Hérout
Catégorie : Je suis un homme ridicule | + d'infos sur athenee-theatre.com

L’opéra Je suis un homme ridicule a commencé samedi. Après la genèse du projet et l’écriture du livret, place à la composition de la musique par Sébastien Gaxie.

Sébastien Gaxie nous l’expliquait il y a dix jours : il part généralement du réel pour composer ses œuvres dans un processus ressemblant à une décalcomanie musicale.
« Là par exemple, vous ponctuez mes explications de “oui” ou “hmm”. Si vous écoutez quelqu’un dire “oui” dans une conversation, vous verrez qu’il y a une infinité de “oui” et que chacun est très explicite. Il s’agit de la même unité de sens, mais l’intonation donne plus d’informations : cela m’intéresse d’objectiver cela, de le montrer dans la musique ».

Pour Je suis un homme ridicule, Sébastien Gaxie enregistre le texte du livret dit par l’un des interprètes du spectacle avant de littéralement coudre de la musique dessus :
« j’ai d’abord travaillé avec Lionel Gonzalez, qui a été très important dans la constitution du matériau, puisqu’il a enregistré tout le texte, qui est très dense pour un opéra. Nous nous sommes vus une dizaine de fois en travaillant de façon spécifique sur chaque passage. Lionel Gonzalez a été très disponible, et ce moment de constitution du matériau très fertile pour moi : je lui suis vraiment redevable.
 

Lionel Gonzalez photographié en répétition par Sébastien Gaxie 
 

Une fois le texte enregistré par Lionel Gonzalez, j’essaie de changer le moins de choses possible : je prends chaque phrase et décide d’un tempo avant de placer les mots et décaler chaque unité de phrase pour faire en sorte qu’elle s’inscrive dans le tempo choisi. Quand cette mise en rythme et ce placement des mots de façon cohérente sur le tempo sont finalisés, je mène un travail obsessionnel et fastidieux qui consiste à associer une note à chaque phonème. »

Pour vous donner une idée plus concrète, voici un aperçu de cette première phase de travail. Il ne s’agit pas du résultat final, mais bien d’une matière première : on entend le texte dit par Lionel Gonzalez, calqué sur un tempo choisi par Sébastien Gaxie, qui y a également accolé des notes au piano suivant la mélodie de la voix.
 
Si vous ne voyez la vidéo, vous pouvez cliquer ici : https://youtu.be/lHBevBv3Feg
 

Notons le caractère inédit de l’expérience pour l’interprète, qui créera donc le rôle sur scène, mais à partir d’un matériau qui lui sera familier puisqu’il aura pris une grande part à sa constitution première.

Nous avions également parlé la semaine dernière avec Volodia Serre, le librettiste et metteur en scène, des chants des habitants de la planète où se rend le narrateur : puisqu’ils devaient parler une langue inconnue (ou presque), il a été choisi de les faire s’exprimer en Hopi, une langue parlée par des Amérindiens de l’Arizona. Sauf que plus le narrateur reste, et plus leur langue est corrompue pour se transformer en français.

 
Photo de répétition prise par Sébastien Gaxie 
 
 
Sébastien Gaxie explique ce qui se passe du côté musical : « en pensant à Jacques Derrida, j’ai essayé d’interroger son idée d’un deuil que nous devons accepter en sentant les forces qu’il mobilise en nous -comme une injonction existentielle où le deuil est une force positive et vivante. À ce moment de l’opéra, une donnée initiale se désagrège, car la présence de l’homme crée le chaos chez cette humanité idéale. Musicalement, j’introduis une sorte de pourrissement du matériau.
Pour la première journée passée sur la planète, j’ai cherché à créer un moment grandiose et onirique. Les journées suivantes, ce matériau s’altère : en plus de l’intrusion de mots en français, j’introduis une dissonance progressive où les mots français se placent sur des notes étrangères à l’harmonie initiale. À la fin, ils chantent ainsi dans une harmonie inverse à celle du premier jour. »

Le compositeur s’amuse aussi à incorporer des détails loufoques pour jouer avec l’histoire musicale ou réintroduire un peu de premier degré dans un spectacle très porté sur le rêve : si les plus musiciens d’entre vous reconnaîtront ainsi l’accord de Parsifal de Wagner à la fin de Je suis un homme ridicule, tous les autres entendront quelques bruits incongrus et même une chanson paillarde revisitée.
 
 

Extrait de la partition de Je suis un homme ridicule
 

Pour Sébastien Gaxie, « nos divergences à Volodia Serre et moi donnent de l’épaisseur au spectacle et sont au final au bénéfice de l’œuvre. De même, le chef d’orchestre Pierre Roullier a apporté des changements : je ne suis pas toujours d’accord avec ses choix, mais il fallait des positions radicales pour le bien de l’ensemble. L’intervention du chef d’orchestre est nécessaire ».

Vous avez jusqu’à samedi pour voir Je suis un homme ridicule, d’après Dostoïevski ! Bonne semaine.

Clémence Hérout

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