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Perspective

L'ex infirmière Marine G. a été mise en examen à Paris

Posté le : 28 juin 2018 05:55 | Posté par : Clémence Hérout
Catégorie : les p'tites michu | + d'infos sur athenee-theatre.com

« C’est un énorme scandale qui agite en ce moment différents hôpitaux français. L’ex-infirmière Marine G. a été mise en examen à Paris : la police la soupçonne d’avoir échangé plus 9 000 bébés dans plusieurs services de maternité à travers l’hexagone » : largement diffusée au printemps 2017, l’information horrifie de nombreux internautes… bien crédules.

L’article provient en effet du site parodique secretnews, qui publie des articles comme « “Tu m’appelles ‘Votre Majesté’ et pas ‘Wouf’ –Emmanuel Macron recadre et humilie son chien Nemo” ou “Nutella : 27 personnes se sont suicidées, car elles n’ont pas eu leur pot à 1,40 € chez Intermarché”.

Las, de très nombreux pages Facebook et sites putaclics (les plus polis d’entre vous diront piège à clic), voire BFM.tv, que je vous laisse libres de définir, reprennent au premier degré l’article sur l’infirmière dite diabolique. Et même si le texte de l’article lui-même est rédigé sur le mode du canular, beaucoup commentent et partagent de bonne foi ce qu’ils prennent pour un vrai scandale.

L’émotion provoquée par cette fausse information et le caractère massif de sa diffusion pointent sans doute la fascination provoquée par ce type d’histoire, qui réveille les notions d’impuissance souvent ressentie par les patients (et la nécessaire confiance à accorder au corps médical et soignant), les liens de filiation ou la place de l’éducation, sans parler de l’éternelle dialectique entre nature et culture.

La part consacrée par la fiction à ce thème (voir mon dernier article sur les films dont c’est le sujet) et le nombre de légendes urbaines qui circulent sur cette question ne doivent pas occulter pour autant les cas bien réels.

En 2015, le procès des bébés échangés a ainsi lieu à Grasse : en 1994, deux nouveau-nés atteints de jaunisse sont installés dans la même couveuse de la maternité privée de Cannes faute de matériel disponible.
À leur sortie, l’auxiliaire de puériculture confond les deux bébés, mais, lorsque les parents émettent des doutes, ils se voient répondre que ce sont les UV des couveuses qui ont modifié la couleur de peau et la longueur de cheveux de leurs filles.

L’une des deux familles ayant accepté de s’exprimer publiquement témoigne ensuite des rumeurs de tromperie circulant dans le village face au manque de ressemblance entre la fille et son père. Celui-ci, séparé de la maman, ayant décidé d’arrêter de verser la pension alimentaire au motif que cet enfant de dix ans ne serait pas le sien, un test ADN est réalisé.
Résultat : l’enfant n’est pas la fille de son père. Ni de sa mère, en fait.

Après trois mois d’enquête, la gendarmerie retrouve l’autre enfant. Les deux familles se rencontrent, mais ne parviennent pas à établir de véritable lien. Elles portent cependant l’affaire en justice et, plus de vingt ans après la naissance de leur enfant, obtiennent à elles deux près de deux millions d’euros en réparation du préjudice subi.
Lors du procès, la défense de la maternité et de son assurance n’exprimera aucune excuse et essaiera même de rejeter la faute sur les deux mères en les accusant d’avoir manqué de discernement...

Dans Les P’tites Michu actuellement à l’Athénée, c’est aussi un échange de bébés qui est à l’honneur, mais dans un genre plus léger, puisque tout le monde est content à la fin — même le public, paraît-il. Il vous reste encore demain pour voir le dernier spectacle de la saison !

Clémence Hérout

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