le blog de l'athénée

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Pleins feux

Soyez bon et le monde changera en bien

Posté le : 07 janv. 2011 07:07 | Posté par : Clémence Hérout
Catégorie : Phi-Phi

Phi-Phi, l'opérette actuellement à l'Athénée, raconte l'histoire du sculpteur Phidias à qui l'on passe commande d'une statue sur le thème : "l'Amour et la Vertu fondent le bonheur domestique". Le personnage d'Ardimédon sera chargé de personnifier l'Amour, Aspasie représentera la vertu.

Dans sa mise en scène, Johanny Bert a prêté à la marionnette d'Ardimédon un grand corps d'homme musclé taillé en V, tandis qu'Aspasie arbore une poitrine généreuse et une taille de guêpe.
Dans l'entretien que j'ai eu avec Johanny Bert, je lui posais justement cette question de la représentation de la vertu, ce à quoi il a répondu par une autre question : qu'est-ce que la vertu ?

Bonne question.

Il semblerait que le mot "vertu" provienne du latin "virtus" qui, d'après le dictionnaire latin-français Gaffiot, signifie : "qualités qui font la valeur de l'homme, moralement et physiquement". Un autre dictionnaire précise qu'il s'agit de la « force virile, de vir, "homme" » (détail amusant lorsqu'on voit que la notion de "vertu" s'applique souvent aux femmes, ou en tout cas de manière particulière, comme on va le voir plus bas).


Le dictionnaire Trésor de la Langue Française donne plusieurs définitions de la vertu :

- Courage physique ou moral

- Disposition habituelle, comportement permanent, force avec laquelle l'individu se porte volontairement vers le bien, vers son devoir, se conforme à un idéal moral, religieux, en dépit des obstacles qu'il rencontre

- Retenue, chasteté, fidélité conjugale
Enfin, cela concerne surtout les femmes, d'après l'exemple cité en illustration, à savoir Louis Ménard dans Rêveries d'un païen mystique : "la chasteté, pour la femme, est synonyme de vertu, comme pour l'homme la justice et le courage, car le milieu de l'homme est la cité, le milieu de la femme est la famille".
Ce qui est confirmé par l'emploi des expressions développées ensuite dans l'article, telles que "femmes de petite vertu" ou "une vertu" qui signifie "femme qui constitue un modèle de chasteté, de fidélité amoureuse"

- Propriété d'un corps, de quelque chose à quoi on attribue des effets positifs. Exemple : les vertus d'une plante, les vertus d'un dialogue.

- En vertu de  : par le pouvoir de. Exemple : "en vertu des pouvoirs qui me sont conférés".

L'on se rapproche ainsi du sujet de Phi-Phi , comme l'expliquait le musicologue Philippe Cathé dans sa présentation du spectacle avant-hier à l'Athénée (voir ici pour un compte-rendu), souffle un vent de libération des mœurs, en particulier féminines.

En philosophie, la notion de vertu est assez éloignée des questions de mœurs et de la morale puritaine. On pourrait consacrer plusieurs livres à la question, mais voici quelques repères brefs (en toute modestie).

Chez Platon, puis dans l'épicurisme et le stoïcisme, les vertus sont des dispositions qui concourent à une vie bonne. Les vertus cardinales (ou vertus fondamentales pour construire la perfection morale) sont la sagesse, la tempérance, la prudence et la justice.
En ce sens, une vie bonne est aussi une vie heureuse, et la vertu est liée au bonheur.
Spinoza s'inscrit dans cette filiation en définissant la vertu comme ce qui nous pousse à agir conformément à la raison, mais Kant introduit une nuance en la dissociant du bonheur : la vertu ferait partie de la force de la volonté mais, dans le sens où elle pousserait à agir contre les penchants de la sensibilité, pourrait ne pas conduire à une vie heureuse.

Chez Aristote, le sens de "vertu" est différent mais se rapproche finalement du sens que développera ensuite Spinoza : c'est la qualité qui accomplit la nature d'un être. La vertu d'un cheval serait de bien courir, tandis que celle de l'homme serait d'agir sous la conduite de la raison.

Dans Phi-Phi, les femmes sont autant de petites vertus que les hommes, et chacun semble agir selon les penchants de sa sensibilité pour accéder au bonheur dans la bonne humeur, car les deux vertus principales de l'opérette sont sans doute son caractère corrosif et son pouvoir de faire rire.

En conclusion, comme le disait un graffiti aperçu sur un mur lyonnais il y a quelques mois, "soyez bon et le monde changera en bien".

Phi-Phi se joue jusqu'à dimanche ! Bon week-end.

Perspective

L'évolution des moeurs

Posté le : 06 janv. 2011 14:02 | Posté par : Clémence Hérout
Catégorie : Phi-Phi

Hier soir, Philippe Cathé, musicologue, est venu au foyer-bar de l'Athénée pour donner quelques clés de compréhension sur Phi-Phi, créé le lendemain de l'armistice de 1918.

Il a d'abord expliqué que l'opérette avait été inventée par Hervé (nom de naissance : Florimond Ronger) et non par Offenbach comme on l'imagine souvent. Né en 1825, Hervé nous a laissé des œuvres comme Don Quichotte et Sancho Pança, L'Œil crevé, Chilpéric ou Le Petit Faust (qui parodiait le Faust de Gounod).

Philippe Cathé a ensuite évoqué le rôle primordial de la première guerre mondiale dans l'économie du spectacle : avec la Grande Guerre et les années qui l'ont suivie, la jeunesse a été décimée et les nouveaux riches sont apparus.
Plus vieux, moins aristocratique, ayant envie de s'amuser, ce nouveau public qui a le pouvoir et l'argent guide le spectacle vers des opérettes légères, drôles et plus faciles à comprendre que l'opéra.

La première guerre mondiale a également changé la place des femmes : le travail des femmes inauguré en temps de guerre devrait-il s'arrêter alors que l'on connaît une importante pénurie d'hommes après la guerre ? Donc non seulement les femmes travaillent désormais, mais l'on préfère en plus épouser une femme qui travaille plutôt qu'une femme qui possède des biens, ces derniers perdant leur valeur avec l'inflation galopante des années d'après-guerre.

L'évolution des mœurs des femmes prend ainsi la forme d'une certaine autonomie que l'on retrouve dans Phi-Phi où souffle une liberté correspondant pleinement à l'esprit des années folles, même si la société n'était pas forcément prête à accepter un tel vent de changement : à ce titre, le scandale provoqué par le roman La Garçonne écrit en 1922 par Victor Margueritte (où l'on découvre l'histoire d'une femme prenant de multiples amants) montre que l'on ne plaisantait pas encore complètement avec les mœurs de ces dames...
Phi-Phi est ainsi un bon indicateur de la place des femmes dans la société des années folles, d'autant plus que l'œuvre ne se clôt pas sur une fin bien rangée où tout le monde rentrerait dans le rang…

Philippe Cathé a conclu sur la richesse de Phi-Phi qui permet des mises en scènes très différentes, qu'elles jouent sur les anachronismes de la Grèce Antique ou en proposent une relecture radicale : de son point de vue, la mise en scène de Johanny Bert actuellement à l'Athénée est à la fois dans la fidélité et la relecture  décapante de l'œuvre, mais également dans la continuité du travail des Brigands qui proposent de voir autrement le répertoire de l'opérette.


Le prochain "d'abord", ces rencontres d'une demi-heure au foyer-bar vous proposant quelques clés de compréhension sur les œuvres, aura lieu le 14 janvier pour Le Journal d'un disparu, opéra pour piano (ou cycle de mélodies, selon la définition) de Janacek mis en scène par Christophe Crapez.

Demain, de 12h30 à 14h, vous pourrez assister à une conférence en musique sur le renouveau de l'opérette en France. C'est sur le site Richelieu de la Bibliothèque Nationale de France, 2 rue Vivienne dans le 2e arrondissement de Paris (plus d'informations en bas de cette page)

Phi-Phi se joue jusqu'à dimanche !



Merci à Philippe Cathé, en espérant ne pas avoir déformé ses propos

Coulisses

Grand chef (d'orchestre) et petite cuisine (interne)

Posté le : 05 janv. 2011 06:05 | Posté par : Clémence Hérout
Catégorie : Phi-Phi

Vendredi dernier, nous avons rappelé la définition du raccord, cette répétition d'environ une demi-heure qui a lieu avant chaque représentation de Phi-Phi pour retravailler quelques courts passages de l'œuvre.
Il s'agit donc d'une séance de travail très rapide qui intervient une fois que le spectacle est monté, et qui est vouée à caler certains détails à la demande du chef d'orchestre (en l'occurrence, Christophe Grapperon).

Mon projet de publier un montage vidéo montrant des extraits du raccord du 23 décembre a donné lieu à des discussions avec quelques membres de l'équipe de Phi-Phi : voir l'envers du décor et le travail quotidien des artistes et techniciens revêt-il un intérêt pour le public ? Est-ce facile pour une équipe artistique de voir sa petite cuisine interne mise au grand jour ?

Pour ma part, si je comprends la difficulté à avoir quelqu'un dans ses pattes qui enregistre et prend des photos pendant le travail sans avoir aucun contrôle sur ses publications autre que le droit à l'image, je reste convaincue que la vie des coulisses suscite l'intérêt et la curiosité de qui s'intéresse au spectacle vivant.
Et à l'heure où le travail artistique et intellectuel (ou social et de santé, d'ailleurs) est souvent dénigré ou nié, il me semble important de montrer la réalité du travail des artistes au jour le jour.

Je remercie donc les artistes qui, depuis trois ans, ont accepté ma présence auprès d'eux et vous laisse à cette vidéo de six minutes où vous pourrez découvrir des extraits d'un raccord ayant lieu avant une représentation de Phi-Phi, en espérant qu'elle vous intéressera :

 

Si vous ne voyez pas la vidéo, elle est visible sur YouTube ici.

 

Remerciements particuliers à Christophe Grapperon

Phi-Phi interprété par la compagnie des Brigands (mise en scène : Johanny Bert. Direction musicale : Christophe Grapperon) se joue jusqu'à dimanche !

Entretien

Interview bidon

Posté le : 04 janv. 2011 09:48 | Posté par : Clémence Hérout
Catégorie : Phi-Phi

Phi-Phi, l'opérette actuellement jouée à l'Athénée, met en scène Phidias, un sculpteur grec qui a vraiment existé (voir une courte biographie ici) entouré de Périclès et d'Aspasie, qui ont vraiment existé aussi (leur courte biographie est ).

Que penseraient les véritables Phidias, Périclès et Aspasie de Phi-Phi ? Petite conversation avec les intéressés depuis leur tombe où ils se retournaient :

« — Quelle est la part de vérité dans Phi-Phi ?
Périclès : — Écoutez, Clémence du blog de l'Athénée, de vous à moi, cette histoire est totalement abracadabrantesque ! Je ne grince pas en marchant et j'ai toujours détesté les épaulettes.
Aspasie : — C'est sûr qu'en termes plastiques, ma silhouette est très proche de celle proposée dans la marionnette qui me représente : de ce point de vue, c'est très réussi. Je conteste cependant le libertinage qui m'est prêté : je n'ai jamais aimé que Périclès ! Enfin, la plupart du temps.
Phidias : — C'est un tissu de mensonges de bout en bout !!! Le fait que la Vénus de Milo n'ait pas de bras n'est absolument pas le résultat d'un accident mais bien celui d'une idée novatrice née dans mon cerveau d'artiste génial ! Qui a intérêt à dissimuler mon influence déterminante sur le surréalisme ? Encore un complot des béotiens, des Spartiates et des Texans ! Et parlons-en, de cette marionnette ! Je n'ai jamais eu de bide, vous m'entendez? Jamais !

— Mais tout de même, Monsieur Phidias, vous avez bien été marié, n'est-ce pas ?
— Cela ne vous regarde pas ! Dans tous les cas, elle ne m'aurait jamais trompé, et surtout pas avec cet impertinent de Comédon !

— Non, Ardimédon…
— C'est pareil ! Ce n'est qu'une vulgaire et insolente excroissance que j'aurais eu vite fait de chasser avec mes dix doigts !

— Monsieur Périclès, vous êtes un tel amoureux des arts que vous n'avez pas hésité à dépenser des sommes importantes pour favoriser la vie artistique de votre temps…

— C'est une excellente question, et je vous remercie de me l'avoir posée. Vous savez, Mademoiselle Clémence du blog de l'Athénée, je n'aime pas les contre-vérités. Je suis comme vous, j'aime qu'on parle franchement : si la Grèce d'en bas a été choquée par certaines de mes dépenses, c'est sans doute parce que je n'ai pas assez expliqué mes réformes ; je saurai désormais faire preuve de pédagogie. Franchement, Mademoiselle Clémence du blog de l'Athénée, de vous à moi, n'êtes-vous pas d'accord pour donner à la Grèce antique l'éclat qu'elle mérite ? Je ne trouve pas normal que l'on critique le Parthénon et les sculptures chryséléphantines, et je veux que cela cesse : je saurai à cet égard faire preuve de toute la bravitude qui me caractérise.

— Qu'aimeriez-vous dire à Monsieur Phidias, à qui vous disputez Aspasie dans Phi-Phi?
— Casse-toi, pauv'con !

— Madame Aspasie, votre rôle essentiel dans la vie intellectuelle athénienne n'est pas vraiment mis en avant dans Phi-Phi
— Eh oui camarade, comme d'habitude, on préfère que les femmes montrent leur corps plutôt que leurs capacités intellectuelles! Qu'importe, je préfère accéder à la sagesse qu'à la célébrité. Bon, c'est vrai que je suis sacrément canon aussi, alors je comprends qu'on en parle…

— Qu'aimeriez-vous dire aux spectateurs de Phi-Phi ?

— Que je cherche de nouveaux admirateurs fortunés pour élargir ma garde-robe. Les dons pécuniaires sont les bienvenus en loge n°4. »

Phi-Phi se joue jusqu'à dimanche ! Bon mardi.



Merci à LM et IS pour l'idée de l'interview-bidon et à JD pour les idées rhétoriques.

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