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Posté le : 16 mai 2017 13:30 | Posté par : Clémence Hérout
Catégorie : Ismène | + d'infos sur athenee-theatre.com | Phèdre | + d'infos sur athenee-theatre.com | Ajax | + d'infos sur athenee-theatre.com

Après les deux spectacles Ismène et Phèdre, la trilogie des éléments continue avec Ajax, qui commence demain ! Nous avions vu que si c’était le compositeur Georges Aperghis qui avait écrit la musique d’Ismène, l’interprète et co-conceptrice du spectacle Marianne Pousseur avait finalement décidé de prendre en charge la musique de Phèdre et Ajax.
 

(c)  Marco Sallese
 
 
 
Enrico Bagnoli, qui a conçu la trilogie avec Marianne Pousseur en créant également la mise en scène et les lumières, m’expliquait ce matin qu’il leur avait paru impossible d’imaginer la suite de la trilogie sans musique :

« notre théâtre est un théâtre où les disciplines se rencontrent : musique, texte et arts plastiques. Cela n’aurait pas eu de sens de renoncer à une possibilité d’expression, d’autant que Marianne Pousseur se situe entre la parole et le chant, ce qui fait d’elle une interprète unique.
Lorsque Georges Aperghis a indiqué qu’il ne souhaitait pas continuer après le premier volet, nous avons pensé que c’était une bonne chose, car cela nous évitait de risquer de copier Ismène. Nous avons rencontré d’excellents compositeurs, mais qui souhaitaient tous que nous leur proposions un livret sur lequel ils composeraient un opéra que nous mettrions en scène. Ce n’est pas du tout notre méthode, qui est au contraire celle de l’expérimentation totale, sans hiérarchie dans le temps ou entre les disciplines.
C’est le plateau qui décide. Notre façon de travailler consiste à accumuler du matériel dramatique susceptible de créer une émotion avant de faire notre choix pour parvenir à une alchimie rare. Nous ne pouvions pas du tout imaginer un projet où l’on nous livrerait une partition à mettre en scène en deux mois. Nous avons toujours réclamé du temps, de la recherche. »
 
 

(c) Marco Sallese
 
 
Pendant la première d’Ismène, les spectateurs à côté de moi se sont retournés : et pour cause, car on avait parfois l’impression que le son provenait soudainement de derrière.
Marianne Pousseur, Enrico Bagnoli et le spécialiste du son Diederik de Cock ont en effet créé un univers sonore diffusé par des haut-parleurs placés partout dans la salle.
Pour Enrico Bagnoli, que le spectateur soit entouré par le son constituait en effet « la base. Certains haut-parleurs sont même posés au milieu sur la scène pour que le public ait l’impression que le son sort de Marianne. Le système sonore permet de passer de la parole au chant et d’exprimer une gamme d’expressions allant du chuchotement au cri.

Pour Phèdre ou Ajax, Marianne Pousseur est seule, mais entourée de machines célibataires, qui font du son. Cela pourrait être bizarre d’avoir un opéra sans orchestre, mais il y a du son tout le temps, produit par une machine ou par Marianne directement (il y a sa voix bien sûr, mais aussi le reste de son corps : lorsqu’on entend du vent dans Ajax, c’est en fait le souffle de Marianne). Pour la cohérence du projet, il y a Marianne, et rien d’autre. »

 

(c) Anthony Malamatenios 
 
 
C’est ainsi que Marianne Pousseur se retrouve donc à interpréter un personnage masculin : après Ismène et Phèdre, Enrico Bagnoli et Marianne Pousseur avaient peur d’une redondance en optant pour un troisième personnage féminin.

« Nous avons donc choisi de chercher la partie féminine d’Ajax : nous sommes persuadés qu’il existe une partie masculine et une partie féminine en chacun de nous, qui ne sont pas toujours acceptées. Celui qui ne se retrouve pas dans le schéma est souvent mis à l’écart : toute cette séparation entre le masculin et le féminin est d’origine sociale… Yannis Ritsos, qui est l’auteur du texte, pose aussi la question du militarisme : c’est un sujet important dans notre époque : la violence est-elle liée à cette opposition du masculin et du féminin ?
 
Cette vision du féminin dans Ajax est très importante, d’autant qu’il opère un changement complet de réflexion : il déclare ainsi que "ce n’est qu’en perdant tout que j’ai compris les choses". C’est en assumant une partie de lui qu’il avait toujours en lui qu’il comprend tout. Son rôle dans la société n’est plus possible mais, là où Phèdre s’en allait en rage, il s’en va en paix ».
 
Ajax commence demain et se joue jusqu’à samedi !
 
 
Clémence Hérout

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