Le changement, c'est maintenant

C’est une période inédite qui commence. Après les doutes, les inquiétudes et la réflexion, il a bien fallu faire un choix. Nous entrons aujourd’hui dans une nouvelle phase, diversement envisagée selon les intervenants : 

les travaux commencent ce jour à l’Athénée !
(qui a dit “enfin” ?)

 

C’est le moment de revenir sur l’histoire du bâtiment. Si vous êtes un lecteur attentif, fidèle et doté d’une excellente mémoire, vous vous souviendrez de cet article du 19 novembre 2008 où je vous expliquais les différents changements de noms de l’Athénée et par-là même ses modifications architecturales.
Si vous êtes un lecteur normal, vous serez sans doute ravi d’un retour sur l’histoire du bâtiment augmenté de données architecturales. Dans les documents présentant les travaux actuels en effet, le cabinet d’architectes Fabre/Speller a rédigé une notice architecturale détaillant les diverses modifications du lieu.


L’actuel Athénée n’est que ce qui reste d’un énorme ensemble, une sorte de Disneyland du spectacle, nommé Eden et inauguré en 1883
. L’édifice est inspiré de l’Eden Théâtre de Bruxelles, construit pour le Cinquantenaire de la Belgique en 1880 et aujourd’hui disparu. Conçu par les architectes Klein et Duclos, il est construit à la place d’un hôtel particulier donnant rue Boudreau, dans le 9e arrondissement de Paris.

Le projet s’inscrit contre la hiérarchisation des théâtres : les billets des spectacles sont vendus à prix unique et les spectateurs peuvent profiter de nombreux espaces de déambulation et de bars.
Le bâtiment peut accueillir quatre mille personnes : il se compose d’une grande salle de mille deux cents places, d’un jardin d’hiver, d’une cour indienne (dont quelques restes de décor sont visibles ici), d’un foyer, de galeries de promenade et d’un vélodrome.
Pour réaliser les décors, des structures métalliques légères ont été posées puis recouvertes de staff et de plâtre.

Sauf que financièrement, c’est un bide. Pour essayer de sauver les meubles, une plus petite salle est aménagée en partie dans la fameuse cour indienne. La salle est construite en 1893 au coeur du bâtiment et inaugurée sous le nom de Comédie Parisienne. Elle donne sur la rue Boudreau.

Deux ans plus tard, le Crédit Foncier mène un réaménagement complet du quartier : dessiné par l’architecte Fouquiau, le projet prévoit le prolongement de la rue Boudreau et la création d’une impasse (l’actuelle zone piétonne nommée Square de l’Opéra Louis-Jouvet et Square Édouard-VII) bordée d’immeubles de rapport.
Le trajet de l’impasse passe en plein milieu de l’Eden dont la démolition est alors décidée, ainsi que le morcellement de sa parcelle. La Comédie Parisienne est épargnée, sans doute du fait de son emplacement au sein de la zone. Son accès est cependant basculé de la rue Boudreau au Square de l’Opéra, avec démontage et remontage de la jolie façade vitrée, toujours existante, à l’endroit de cette nouvelle entrée.
On imagine que c’est à peu près à cette période que le décor intérieur que nous connaissons est réalisé. C’est en tout cas en 1899 que le théâtre est renommé Athénée.

Des travaux sont ensuite conduits à l’intérieur de l’Athénée au cours du 20e siècle, mais sont mal documentés. On sait que la fosse a été comblée, les baignoires du parterre supprimées, la moitié des cloisons formant les loges abattues à la corbeille, les loges latérales réduites au balcon, la régie aménagée en galerie, l’éclairage modifié, et les fauteuils du parterre remplacés.

En 1996, Patrice Martinet initie une importante campagne de travaux de restauration, dont je vous parlais récemment (rendez-vous ici).

Rendez-vous la semaine prochaine pour la suite de l’histoire en train de s’écrire !

Bonne journée

Clémence Hérout


Piège à son

Puisque vous êtes sans doute nombreux à préférer être sourds plutôt que d’écouter les informations en ce moment, je vous propose de parler acoustique.

L’acoustique est en effet primordiale dans un théâtre qui ne s’adresse pas (seulement) aux spectateurs dotés d’un sonotone. Une attention toute particulière y est donc prêtée sur les travaux, dont la notice acoustique rédigée par le cabinet d’architectes Fabre/Speller a, quand on n’y connaît rien, presque l’air d’un poème surréaliste.

 

La fosse d’orchestre est évidemment visée en premier lieu par les traitements acoustiques. Il est d’abord prévu la pose de panneaux absorbants sous le redent (le décrochement) de la fosse, de type “Organic twin de 35 mm d’épaisseur des établissements Knauf. Les coefficients d’absorption alpha sabine doivent être supérieurs ou égaux aux valeurs suivantes : 

 

(c) Fabre/Speller

 

NB : l’alpha sabine est la mesure de l’absorption acoustique (mais ne me demandez pas davantage de détails).

Les murs latéraux de la fosse d’orchestre seront également doublés de dix centimètres de bois, laine minérale et mousse acoustique, afin de “créer une diffusion des réflexions acoustiques tout en contrôlant le niveau d’énergie réfléchie”.

Un ensemble de “rideaux à velours lourd plissé à 50 % en panneaux sur double patience” sera enfin installé en fond de fosse.

Voici le plan des principes acoustiques de la fosse :

(c) Fabre/Speller




Des dispositions spécifiques sont également prévues pour le gros oeuvre : “Le béton doit avoir une masse volumique de 2 300 kg/m3 au minimum pour les parois verticales, 2 400 kg/m3 au minimum pour les planchers.”. Les plots anti-vibratoires des dalles flottantes auront quant à eux l’obligation de faire l’objet d’un “essai de fatigue de 3 millions de cycles avec un rapport entre la raideur dynamique avant et après l’essai inférieur ou égal à 1,25. La vitesse de fluage des produits utilisées doit être inférieure ou égale à 2% de la hauteur libre du plot non chargé”.

De même, à chaque passage de gaine, “un espace net de 25 millimètres doit être ménagé entre la gaine et la structure du bâtiment. Un fourreau élastique traversant d ’environ 50 mm de part et d'autre de la paroi traversée doit être installé avant rebouchage”. Par ailleurs, pour les traversées de murs et dalles, “le garnissage / bourrage des traversées de paroi dans les fourreaux résilients est réalisé en laine minérale, incombustible, résistant à l’eau, aux moisissures et aux parasites”.


L’entreprise chargée de la rénovation de l’électricité devra également veiller à l’endroit où les câbles passeront, mais aussi à leur isolation afin de ne pas détériorer la performance acoustique des parois auxquels ils seront intégrés.


En dernier lieu, et c’est le plus long dans la notice acoustique, un nouveau système de chauffage et de ventilation sera créé : si cela vous empêchera enfin de crever de chaud dans la salle, il ne doit pas pour autant générer de nuisances sonores. C’est pourquoi “les systèmes de soufflage à basse vitesse seront privilégiés.” En outre, “les niveaux de bruit ambiant à deux mètres des sources ne devront pas dépasser les valeurs suivantes” : 42 décibels le jour, 36 décibels la nuit.

“Les exigences en termes de niveaux de pression acoustique normalisé maximal des installations de traitement d’air (soufflage + reprise) et de chauffage dans les locaux” sont également fixés en termes de noise rating et de décibels, avec des niveaux différents en fonction des endroits du Théâtre (scène, salle, bureaux, locaux techniques...). “Le temps de réverbération à prendre en compte pour la normalisation des mesurages de réception de la Grand Salle est de 1,2 seconde, et ce salle vide.”

Les matériaux eux-mêmes utilisés pour le système de ventilation et chauffage doivent répondre à des exigences acoustiques : “pour tous les réseaux à basse vitesse, les gaines seront en tôle 10/10 mm minimum. Pour des sections supérieures à 1 500 mm, l’épaisseur minimale de la tôle sera de 12/10 mm. Les gaines seront de préférence de section rectangulaire”. “Le revêtement absorbant interne des gaines et plénums sera composé de panneaux en laine de verre d’une densité égale ou supérieure à 30 kg/m3 surfacés et rebordés par un épais tissu de verre noir.”
Le mastic doit être “résilient” et, pour les percements non classés pare-feu, “de type polysulfide non durcissant”.  Les plots antivibratiles, à ressorts ou élastomère, les suspentes à ressort ou en élastomère, l’interphonie, l’encoffrement, les grilles de diffusion d’air, le traitement acoustique absorbant des locaux techniques accueillant les centrales, le traitement antivibratoire des équipements (extracteurs, armoires électriques, raccordements des canalisations...) doivent aussi suivre des caractéristiques précises.

Voici par exemple le plan du principe de traitement acoustique dans les locaux techniques : 

 

(c) Fabre/Speller


Il faudra également prévoir des pièges à son (avec un S! un S!). Je vous copie-colle le paragraphe qui les décrit, car je ne comprends tellement rien que je trouve ça rigolo :
“Les enveloppes externes seront en tôle acier galvanisée d’une épaisseur minimale de 1,2 mm, avec joints longitudinaux en pliage accordéon scellés au mastic. Les panneaux absorbants seront formés d’un cadre en acier galvanisé d’une épaisseur minimale de 0,8 mm. Le remplissage se fera en laine minérale d’au minimum 60kg/m3. La rétention du remplissage sera faite par tôle en acier galvanisé perforé sur toutes les faces (taux de perforation entre 25 % à 40 %), et d’une épaisseur d’au moins 0,8 mm. Les pièges à son montés en coude seront construits selon les mêmes spécifications que les pièges à son linéaires, hormis que les panneaux absorbants devront être continus et construits en angle. La longueur totale d’un piège à son en coude sera celle qui suit l’axe central de l’appareil. Dans le cas où des pièges à son seraient composés de blocs modulaires, il doivent au moins être conformes, voire dépasser, les spécifications techniques des silencieux mono-modulaires quant à la perte par insertion, à la perte de charge et au bruit auto-généré.” 

Sachez par ailleurs qu’il existe des pièges à son primaires (dans les locaux techniques où la centrale est installée) et secondaires (dans les locaux visés par la ventilation et le chauffage). Je vous épargne toutes les spécifications du piège à son qui se détaillent sur plusieurs pages et qui me donnent envie de rédiger moi aussi des modes d’emploi de pièges à son, mais avec un C.

 

Bonne semaine quand même.

 

Clémence Hérout

PS : écrit et publié lundi sur le blog, ce texte ne vous est parvenu que mercredi dans vos boîtes mails en raison d'un problème technique dont nous nous excusons bien bas. :-)


Impression pénétrante

Revenons un peu à l’Athénée, car il y a du neuf : les travaux commenceront le 14 décembre ! Croyez bien que je serai au taquet avec mon appareil photo et un casque de chantier antibruit (mais oui, j’ai ça chez moi) pour photographier les opérations.

Je vous avais présenté le détail des travaux portant sur la fosse d’orchestre et les fauteuils. Il existe également des chantiers d’ordre purement esthétique, comme la restauration des décors.

Dans la salle, la nouvelle fosse d’orchestre et le nouveau cadre de scène ne seront évidemment pas laissés en bois ou plâtre bruts. Sur le bois massif et les panneaux de particules, MDF, contreplaqués et panneaux de fibres dures, les opérations suivantes sont attendues :
- brossage et impression des ouvrages
- raccords d’impression aux emplacements dégradés
- rebouchage
- ponçage
- enduit repassé poncé
- couche intermédiaire
- révision
- couche de finition

Sur les éléments en plâtre lissé ou staff, on procèdera plutôt aux étapes suivantes :
- époussetage
- impression pénétrante (miam)
- rebouchage
- enduit repassé poncé
- couche intermédiaire
- révision
- couche de finition

La peinture de finition devra être d'aspect identique à la peinture de la fosse actuelle, avec patine à effets moucheté ou pointillé.

 

Côté public, les décors et tissus devront être entièrement dépoussiérés et/ou lessivés : on parle ici des cariatides, des rives des balcons, des colonnes, des murs, des plafonds... En gros, tout sauf les fauteuils et la moquette.

 Athénée Clémence Hérout salle Croquefer

Photo prise au spectacle Croquefer / L'île de Tulipatan de la compagnie des Brigands

 

Les peintures et décors des halls d’entrée et du foyer bar, là où vous retirez votre billet, attendez votre pote en retard parce qu’il s’est perdu dans le quartier ou prenez un verre avant ou après la représentation seront également entièrement rénovés, ce qui implique par exemple les opérations suivantes :
- la réfection complète des murs et plafonds (moulures et corniches comprises) comprenant notamment un lessivage, les ouvertures de fissures, les reprises sur angles, les opérations de rebouchage et de ponçage, les finitions par laque mate deux couches et l’effet décoratif approprié
- l'entoilage, l’enduit et le ponçage des linteaux
- la remise en peinture de l'ensemble des portes vitrées, contremarches de l’escalier et garde-corps des escaliers.

Les circulations, comme les coursives et les escaliers, subiront aussi un grand nettoyage, quelques réparations (rebouchage) et une remise en peinture.

 

À très vite pour retrouver un théâtre plus doré que jamais !

Clémence Hérout


Mon théâtre des opérations

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C'est à la folie des hommes qu'il faut s'en prendre

Il y a quelques jours, j’ai rouvert le Dictionnaire philosophique de Voltaire. L’ouvrage est paru en 1764, mais son article sur le fanatisme, à l’heure de Beyrouth, Paris, Bamako ou la Syrie, semble avoir été écrit hier :

 

« Le fanatisme est à la superstition ce que le transport est à la fièvre, ce que la rage est à la colère. Celui qui a des extases, des visions, qui prend ses songes pour des réalités, et ses imaginations pour des prophéties, est un fanatique novice qui donne de grandes espérances ; il pourra bientôt tuer pour l’amour de Dieu. [...]

Il y a des fanatiques de sang-froid : ce sont les juges qui condamnent à la mort ceux qui n’ont d’autre crime que de ne pas penser comme eux ; et ces juges-là sont d’autant plus coupables, d’autant plus dignes de l’exécration du genre humain, que, n’étant pas dans un accès de fureur [...], il semble qu’ils pourraient écouter la raison.
Il n’est d’autre remède à cette maladie épidémique que l’esprit philosophique, qui, répandu de proche en proche, adoucit enfin les mœurs des hommes, et qui prévient les accès du mal ; car dès que ce mal fait des progrès, il faut fuir et attendre que l’air soit purifié.
Les lois et la religion ne suffisent pas contre la peste des âmes ; la religion, loin d’être pour elles un aliment salutaire, se tourne en poison dans les cerveaux infectés. Ces misérables ont sans cesse présent à l’esprit l’exemple d’Aod qui assassine le roi Églon ; de Judith qui coupe la tête d’Holopherne en couchant avec lui [...], etc. Ils ne voient pas que ces exemples, qui sont respectables dans l’Antiquité, sont abominables dans le temps présent : ils puisent leurs fureurs dans la religion même qui les condamne.
Les lois sont encore très impuissantes contre ces accès de rage : c’est comme si vous lisiez un arrêt du conseil à un frénétique. Ces gens-là sont persuadés que l’esprit saint qui les pénètre est au-dessus des lois, que leur enthousiasme est la seule loi qu’ils doivent entendre.
Que répondre à un homme qui vous dit qu’il aime mieux obéir à Dieu qu’aux hommes, et qui en conséquence est sûr de mériter le ciel en vous égorgeant ? Lorsqu’une fois le fanatisme a gangrené un cerveau, la maladie est presque incurable. [...]

Ce sont presque toujours les fripons qui conduisent les fanatiques, et qui mettent le poignard entre leurs mains ; ils ressemblent à ce Vieux de la montagne qui faisait, dit-on, goûter les joies du paradis à des imbéciles, et qui leur promettait une éternité de ces plaisirs dont il leur avait donné un avant-goût, à condition qu’ils iraient assassiner tous ceux qu’il leur nommerait. 

Il n’y a eu qu’une seule religion dans le monde qui n’ait pas été souillée par le fanatisme, c’est celle des lettrés de la Chine. Les sectes des philosophes étaient non seulement exemptes de cette peste, mais elles en étaient le remède ; car l’effet de la philosophie est de rendre l’âme tranquille, et le fanatisme est incompatible avec la tranquillité.
Si notre sainte religion a été si souvent corrompue par cette fureur infernale, c’est à la folie des hommes qu’il faut s’en prendre. »

Dictionnaire philosophique, Voltaire, 1764

 

J’espère que les événements nous laisseront parler davantage de l’Athénée la semaine prochaine : car les travaux se mettent en place doucement, mais sûrement !

Bonne semaine.

Clémence Hérout

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