Et la vie poursuit son cours

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Entretien avec Philippe Caubère!

Philippe Caubère joue sa Danse du diable à l’Athénée jusqu’à dimanche. Je l’ai rencontré dans sa loge (derrière le rideau rouge, si vous avez bien suivi) avant une représentation.


« Vous avez déclaré dans une interview n’avoir jamais vraiment quitté La Danse du diable, créée en 1981, et que tous les spectacles que vous avez faits ensuite en étaient une déclinaison. Que vouliez-vous dire ?

– Je ne parlerais pas de déclinaison, mais plutôt que tous mes spectacles suivants sont nés de cette Danse du diable qui ne m’a jamais quitté : La Danse du diable, le Théâtre du Soleil, Clémence Massart, l’enfance... Je ne quitte pas. Je suis enraciné dans les choses et cela me va très bien –ce qui ne veut pas dire que je ne vis pas dans le présent. Tout est né de La Danse du diable. Le Roman d’un acteur, par exemple, vient du fait qu’à l’époque je n’avais pas osé y jouer Ariane (Mnouchkine…).  


– Je crois que c’est le décès de votre mère qui a déclenché La Danse du diable...

– Ma mère est morte pendant le tournage du film Molière : je n’ai pas vraiment eu le temps de “vivre sa mort”, comme on dit, car j’étais embarqué dans le tournage. Cela m’est resté sur le cœur et l’estomac. Je n’avais pas du tout prévu qu’elle apparaîtrait dans La Danse du diable, qui ne devait parler que de ma relation intime avec le théâtre. Je ne la voyais pas liée à cela. Le hasard des improvisations a révélé des choses imprévues : elle est apparue et a pris beaucoup de place, presque toute la place. J’ai eu une histoire d’amour et de haine très forte avec ma mère. Mais je n’aurais jamais osé faire une pièce sur elle vivante, car je ne pense pas que ça lui aurait plu, et cela m’aurait fait trop peur. Ceci dit, je voulais faire du théâtre pour jouer des héros romantiques ou comiques, pas pour interpréter des gens de ma vie. Me retrouver à écrire, à être seul en scène et à jouer ma vie et celle des autres, cela a été une totale surprise.


– Vous avez critiqué à plusieurs reprises le théâtre actuel, dans lequel vous ne vous reconnaissez pas.

– Je souhaite nuancer mes propos, car j’y vais finalement assez peu : mon jugement me paraît donc un peu trop sommaire. Mais c’est vrai que je me sens plus en phase avec ce qui se fait dans les livres ou au cinéma qu’avec ce que j’aperçois du théâtre de mon époque, qui ne m’a pas donné d’émotion forte depuis longtemps. Je n’aime pas le théâtre abstrait, le théâtre verbeux, -ce qu’on appelle le théâtre « littéraire » ; pas plus que la performance, d'ailleurs - j’aime quand ça joue la vie et que ça représente les choses. J’ai aussi une aversion très ancienne pour le théâtre de la mort ou qui se contente de cultiver les images de la mort, -ce qui me paraît être le cas pour la plus grande partie du théâtre public d’aujourd'hui. Cela m’ennuie, je n’y crois pas. La mort sans la vie ne veut rien dire.
Et puis, j’aime avant tout les acteurs et les actrices au théâtre. Or le théâtre aujourd’hui met surtout le metteur en scène en avant, alors que c’est ce qui m’intéresse le moins. Je voulais être metteur en scène, mais plutôt comme Jean Vilar ou Louis Jouvet, -ou Peter Brook à mon époque- afin de me consacrer essentiellement à la direction d’acteurs. Le fait d’être sur scène et de jouer ma vie y est lié : loin de n’être qu’une raison ou un choix personnel, j’ai été contraint à cela par la situation même du théâtre qui ne me permettait pas et ne m’aurait jamais permis de faire le théâtre que je voulais. Les projets que je cherchais à monter n’étaient pas acceptés, car il s’agissait de projets d’acteur-metteur en scène.
Je voulais aussi écrire des comédies, des choses qui font rire, ce qui n’est toujours pas compris, ni seulement respecté. Je crois que beaucoup de spectacles actuels sont plombés par l’esprit de sérieux. On a la liberté de penser ce qu’on veut au théâtre, mais l’esprit de sérieux, c’est celui des faiseurs qui prennent des poses. Le grand art, l’art véritable, ne connaissent pas l’esprit de sérieux.


– Qu’est-ce qui a changé à l’Athénée depuis vos première venue en 1994 puis en 2000 ?

– L’équipe a beaucoup changé, évidemment. Elle a considérablement rajeuni et me paraît très performante. Les travaux ont embelli le Théâtre, dont la cage de scène en particulier est devenue magnifique. On a bien sûr l’impression que Louis Jouvet est toujours là, comme on sent toujours la présence de Jean Vilar et Gérard Philippe à la Cour d’honneur du Palais des Papes, en Avignon. Et j’espère bien qu’il est là. J’ai l’impression de jouer ma Danse du diable dans le théâtre de Louis Jouvet, et je suis sûr que tous les gens qui passent ici doivent avoir ce sentiment. Un lieu de théâtre est toujours habité par celui qui l’a habité lui-même par ses créations. Surtout si c’est un aussi grand artiste. »


La Danse du diable se joue jusqu’à dimanche!

Clémence Hérout


Quand c'est fini, c'est fini

FIN 1

Fin2


Champagne et moquette

L’autre jour, alors que nous regardions les spectateurs entrant en salle pour La Danse du diable de Philippe Caubère, Patrice Martinet, directeur de l’Athénée, m’a raconté une anecdote qui m’a fait hurler de rire.

Philippe Caubère est déjà venu à l’Athénée : la première fois, c’était en septembre 1994 pour Le Roman d’un acteur.

À la fin des représentations, pour saluer l’énorme succès du spectacle, l’Athénée avait décidé de commander un nabuchodonosor.
“C’est quoi, un nabuchodonosor ?” vous demandez-vous peut-être (en tout cas, moi, c’est ce que j’ai demandé à Patrice) : eh bien, c’est une bouteille de champagne de 15 litres. Elle équivaut à vingt bouteilles ordinaires, mesure 75 cm (mais oui, jusqu’à vos mi-cuisses si vous faites la même taille que moi) et pèse plus de 10 kilos.

Bref, tout le monde était réuni à la fin de la dernière représentation autour de l’énorme bouteille, quand quelqu’un a émis l’idée festive (mais stupide, comme vous le verrez par la suite) de la sabrer. L’employée du fournisseur de champagne a bien essayé de s’y coller, mais un ami de Philippe Caubère a insisté pour prendre les choses en main.

Dominique, le directeur technique de l’Athénée, a pensé à intervenir pour arrêter l’opération : mais, comme il me l’a raconté un peu plus tard, il n’en a pas vraiment eu le temps. Le monsieur à gros bras s’était déjà mis en position avec un petit sabre et, dans un grand mouvement, a.... explosé la bouteille.

C’est ainsi que cinquante personnes se sont retrouvées debout, en cercle, à regarder en silence quinze litres de champagne détremper nonchalamment la moquette.

Il se trouve que l’Athénée avait également commandé de la nourriture japonaise pour accompagner le champagne. Dans le silence hébété, on a donc pu entendre la voix de Jano, régisseur général, prédire sur un ton consterné : “oh là là, mes pauvres, vous allez avoir beaucoup de sushis”. Mais je ne sais pas si beaucoup de gens ont ri.


Clémence Hérout


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