Voyage sur la lune

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Vous n'êtes ni masculin, ni féminin, mais neutre

Il y a quelques jours, Benjamin Lazar, metteur en scène et interprète de L’Autre monde ou les états et empires de la lune, participait à une rencontre à la librairie L’Autre Monde, située dans le 6e arrondissement de Paris.

Arrivée en retard à cause du RER B (les habitués comprendront) et repartie plus tôt à cause d’un train, j’ai quand même eu la chance d’entendre Benjamin Lazar lisant un extrait du Pédant joué, une pièce écrite par Savinien de Cyrano de Bergerac, l’auteur de L’Autre monde ou les états et empires de la lune (j’en parlais dans mon article d’avant-hier)

Il s’agit d’un échange pour le moins véhément où le personnage de Granger s’en prend à Chateaufort dans des termes très... disons... grammaticaux.

En voici un extrait, que je réécris en français moderne :

Vous n’êtes ni masculin, ni féminin, mais neutre. (...) Vous êtes de ceux dont le sexe femelle
Ne peut ouïr le nominatif
À cause de leur génitif
Et souffre mieux le vocatif
De ceux qui n’ont point de datif
Que de ceux dont l’accusatif
Apprend qu’ils ont un ablatif.
J’entends que le diminutif
Qu’on fit de vrai trop excessif
Sur votre flasque génitif
Vous prohibe le conjonctif.
Donc puisque vous êtes passif,
et ne pouvez plus être actif,
Témoin le poil indicatif
Qui m’en est fort persuasif ;
Je vous fais un impératif
De n’avoir jamais d’optatif
Pour aucun genre subjonctif
De nunc, jusqu’à l’infinitif
Ou je fais sur vous l’adjectif
Du plus effrayant positif
Qui j’aimais eut comparatif :
Et si ce rude partitif
Dont je serai distributif,
Et vous le sujet collectif,
N’est le plus beau superlatif,
Et le coup le plus sensitif
Dont Homme soit mémoratif :
Je jure par mon jour natif
Que je veux pour ce seul motif
Qu’un sale et sanglant vomitif,
Surmontant tout confortatif,
Tout lénitif, tout restrictif,
Et tout bon corroboratif,
Soit le châtiment primitif,
Et l’effroyable exprimitif,
D’un discours qui serait fautif.
Car je n’ai le bras si chétif
Ni vous le talon si fuitif
Que vous ne fussiez portatif
D’un coup bien significatif.”

Vous pouvez réécouter l’intégralité de la rencontre ici !

Et pour continuer à découvrir l’humour et l’impertinence de Savinien Cyrano de Bergerac, c’est à l’Athénée jusqu’au 8 juin !

Bon jeudi.


Clémence Hérout


Rideau sur les secrets

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L'effronté

“C'est un roc !… C'est un pic !… C'est un cap !… Que dis-je, c'est un cap ?… C'est une péninsule!

Voilà souvent à quoi l’on pense lorsqu’on entend le nom “Cyrano de Bergerac” : la pièce Cyrano de Bergerac écrite par Edmond Rostand est sans doute l’une des plus connues du répertoire français, à tel point qu’elle en a éclipsé sa source première d’inspiration.

Car Savinien Cyrano de Bergerac, avant d’être un personnage de Rostand, était un écrivain français qui a vécu au 17e siècle.

Né en 1619, Savinien de Cyrano de Bergerac n’est, pour la petite anecdote, pas du tout originaire de Bergerac, qui est en fait le nom d’une terre possédée par sa famille en actuelle Île-de-France.

D’abord militaire de carrière, il se consacre ensuite à l’écriture et publie aussi bien des pièces de théâtre que des romans ou des lettres.
S’il est peu connu du grand public aujourd’hui, il a influencé de nombreux artistes, à commencer par Molière qui s’en est beaucoup inspiré : il emprunte par exemple au Pédant joué, un texte de Cyrano, la fameuse réplique “Mais que diable allait-il faire dans cette galère” que l’on retrouve dans Les Fourberies de Scapin et qui est aujourd’hui passée dans le langage courant.

Certaines de ses œuvres poil à gratter feront scandale par leurs remises en cause à peine voilées de l’ordre établi, surtout lorsqu’il est religieux : citons à cet égard la pièce La Mort d’Agrippine qui s’attire les foudres à sa création en 1653.

Impertinentes, les œuvres de Cyrano de Bergerac mettent en effet le doigt là où ça fait mal, mais toujours l’air de rien et dans très grande liberté de style.
C’est particulièrement le cas du roman L’Autre monde ou les états et empires de la lune où, non content de créer le genre de la science-fiction avant l’heure en racontant l’histoire d’un voyage sur la lune, Cyrano de Bergerac parvient avec élégance à questionner la physique traditionnelle, le point de vue anthropocentriste qui met l’homme au centre du monde ou l’organisation sociale de son époque, tout en introduisant des sous-entendus homosexuels et anti-religieux.

Pour écouter l’insolence des textes de Savinien Cyrano de Bergerac, c’est à l’Athénée jusqu’au 8 juin dans la mise en scène et l’interprétation de Benjamin Lazar, accompagné en musique par L’Ensemble La Rêveuse.

Bonne journée !


Clémence Hérout


Un autre monde avec mon stylo

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