Flash-back

La saison 2008-2009 de l’Athénée s’est terminée avec Les Mains sales et Les Justes (ou Les Mains justes, pour ceux qui voudront aller plus vite), mais vous souvenez-vous des spectacles qui ont habité l’Athénée et ce blog depuis septembre dernier?
Flash-back (ou analepse, pour ceux qui préfèrent éviter les anglicismes) très subjectif:

 

Le texte oublié sur le banc de Rêve d’automne
de Jon Fosse mis en scène par David Géry.



«Il y a quelque chose qui pourrait toucher à la pornographie dans l’opéra.»
Paul-Alexandre Dubois, le metteur en scène de L’Opéra de quatre notes de Tom Johnson en entretien sur le blog.

Extrait du Tribun/Finale de Mauricio Kagel mis en scène par Jean Lacornerie:
«La police, c’est vous!»

 

La seule photo que j’avais réussi à prendre de Claus Peymann/Sik Sik,
le spectacle double de Carlo Cecchi.

 

«Si tu veux essayer de plaire à tout prix, tu pleures dès que tu en entends un tousser dans la salle! Si je peux te donner un conseil : pense à ta grand-mère et fais une œuvre!»
Céline Sallette, actrice dans après la répétition d'Ingmar Bergman mis en scène par Laurent Laffargue, à des étudiants en art venus voir le spectacle.

 

Le Magazine, l’émission de Lionel Esparza diffusée sur France Musique en direct de l’Athénée à l’occasion des voix d’Olivier Messiaen.

 

«Cette compagnie est un véritable collectif, une troupe où on travaille dans le sens de l'œuvre et non dans celui des individualités. C'est un dialogue constructif où tout le monde va dans la même direction.»
Jean-Philippe Salerio, le metteur en scène de l’opérette La Cour du Roi Pétaud, en entretien sur le blog.

 

Les bouts de bois que l’on frappe l’un contre l’autre dans
La Puce à l’oreille de Georges Feydeau mis en scène par Paul Golub pour faire un bruit de claque.

 

Les enfants partant du premier concert de Claire-Marie Le Guay, pianiste en résidence à l’Athénée: un deuxième concert a suivi, et vous pourrez la retrouver l’année prochaine!

 

Le lustre magnifique de l’opéra Les Enfants terribles de Jean Cocteau et Philip Glass mis en scène par Paul Desveaux.

 

«Dans En attendant Godot, chaque réplique ouvre mille portes…»
Patrick Zimmermann, comédien dans En attendant Godot de Samuel Beckett mis en scène par Bernard Levy, en entretien sur le blog.



La traduction française de la morale de Cosi fan tutte, l’opéra de Mozart et Da Ponte mis en scène par Yves Beaunesne et dirigé par François Bazola:
«Heureux celui qui, malgré les ennuis, arrive à prendre la vie du bon côté…»

 

Chantal et Gérard: c’est le prénom des deux spectateurs qui, après avoir vu Riders to the Sea de Ralph Vaughan Williams d’après John Millington Synge à l’Athénée, ont décidé de se rendre sur les îles d’Aran où se déroulait l’action de l’opéra.

Un concentré (et une sélection!) des effets sonores que l’on pouvait entendre dans La Cantatrice chauve, un opéra de Jean-Philippe Calvin d’après Eugène Ionesco mis en scène par François Berreur.
(Retrouvez la vidéo ici sur YouTube)

 


«À quel monde meilleur rêvez-vous? Et comment allez-vous le construire?»
étaient les questions posées pour le cinquième forum de discussion des jeunes organisé par l’Athénée: le 15 mai dernier, quatre cents lycéens ont ainsi pu débattre à l’Athénée avec Daniel Cohn-Bendit, François Durpaire, Susan Georges et Bruno Rebelle.

 

Après trois ans de résidence et quatre concerts cette saison à l’Athénée Théâtre Louis-Jouvet, le Quatuor Psophos tire sa révérence avec le concert de clôture, Brahms/Strauss, dans le décor des Mains sales.



«Le théâtre de l’engagement, c’est peut-être vouloir défendre le texte dans un monde où les paroles sont sommées de laisser la place à l’image, où le fond cède à la forme. Mais quand il n’y a plus de paroles, c’est le début de la barbarie! C’est ce que nous combattons.»
Guy-Pierre Couleau, le metteur en scène des Mains sales de Jean-Paul Sartre et des Justes de Camus, en entretien sur le blog.

La troupe des Justes d’Albert Camus mis en scène par Guy-Pierre Couleau salue pour sa dernière représentation à l’Athénée.

Le public de la présentation de la saison 2009-2010 de l’Athénée commençant à sortir du théâtre: si vous n’avez pas pu y assister, cliquez ici pour découvrir les spectacles que vous propose l’Athénée à partir de septembre prochain!

 

 

Et vous, qu’avez-vous retenu de cette saison 2008-2009 de l’Athénée Théâtre Louis-Jouvet? Pour nous le dire, cliquez ici et laissez un commentaire sur le blog!

Bon début de semaine à tous.


PS : des commentaires au billet de jeudi se sont ajoutés pendant le week-end, promis, je vous réponds aujourd’hui! Le sondage sur votre lecture du blog est toujours actif.

 


La police, c'est vous !

Les Parisiens se souviendront peut-être des affiches qui lançaient en ce début de saison : "La police, c'est vous !" : aviez-vous reconnu de quelle pièce la phrase était tirée? C'est au choix parmi Rêve d'automne, L'Opéra de quatre notes, Le Tribun/Finale et Claus Peymann/Sik Sik.

Quant à "Nous allons attaquer le mur de l'intimité", d'où provient-elle à votre avis? après la répétition, 2x4 du Quatuor Psophos, Les voix d'Olivier Messiaen ou La Cour du Roi Pétaud ? Vous évoque t-elle quelque chose de particulier?

Avec des affiches moins explicites, des programmes de salle d'auteur et ce blog, un nouveau mode de communication se met en marche à l'Athénée : pour y participer il suffit de prendre cinq minutes en cliquant sur "ajouter un commentaire" en bas de ce billet. En espérant vous lire très bientôt, je vous souhaite un bon mardi!


Sous vos applaudissements

Le Tribun/Finale appelait manifestement à réaction, et sur le blog les commentaires ne se sont pas fait attendre. Il y eut débat sur l'idée d'oeuvre conceptuelle, sur la démagogie, sur le discours, mais également un, en apparence plus anecdotique, sur la question des applaudissements : étaient-ils nourris, seulement polis, enthousiastes ou carrément glacés? L'appréciation de la tonalité des applaudissements variait selon l'auteur de chaque commentaire et pouvait servir de justification à un avis que l'on préfère toujours voir partagé : "j'ai aimé, mais je n'étais pas le seul, souvenez-vous des applaudissements tonitruants!"

Il y aurait beaucoup à dire sur l'origine des applaudissements dont l'usage remonterait à l'empereur Auguste cherchant à réguler les cris saluant une représentation, et l'on renvoie le lecteur intéressé à l'abécédaire de Vincent Borel, Un Curieux à l'opéra, édité chez Actes Sud en 2006. Ils tendent aujourd'hui à se répandre hors des sociétés occidentales, même si les applaudissements japonais sont souvent très mesurés voire inexistants et que beaucoup de Maliens, s'ils battent volontiers des mains pendant le spectacle, le font rarement à la fin : éventuellement question de pudeur chez les premiers et de vision communautaire d'un art intégré au quotidien chez les seconds, les applaudissements sont en tout cas révélateurs de codes sociaux et d'organisations de société qu'il serait vain de vouloir traiter en quelques mots.

Revenons donc au cas de l'Athénée, car on n'applaudit pas de la même manière après Le Tribun qu'après Finale, après un concert du Quatuor Psophos qu'après L'Opéra de quatre notes, après Rêve d'automne qu'après Claus Peymann.../Sik Sik (quoique dans ce cas précis, pour l'instant je fabule, car Claus Peymann.../Sik Sik ne commence que demain). La façon dont on applaudit dépend certes de son appréciation personnelle du spectacle mais aussi de bien d'autres facteurs.

Dans le cas du Tribun, on est à l'entracte qui précède Finale, et l'on a tendance à se réserver pour la fin -Finale récolte donc les applaudissements pour deux, mais je ne dis pas ça pour créer un conflit entre Bernard Bloch et l'Ensemble 2e2m, évidemment (hum). Avec le Quatuor Psophos, l'on entre dans le monde feutré de la musique classique où il est sacrilège d'applaudir entre deux mouvements d'une même oeuvre et inélégant de hurler "bravooooooo !!!!!" à gorge déployé, sauf exceptions notables comme les festivals ou maisons d'opéra internationales où se pressent professionnels exigeants et amateurs passionnés. Musique aussi du côté de L'Opéra de quatre notes, mais surtout spectacle plein d'humour qui provoque le rire, et l'on est toujours plus enclin à applaudir avec enthousiasme après avoir hurlé de rire pendant une heure et demie : l'émotion n'a pas été retenue durant le spectacle et les acclamations arrivent ainsi comme une suite logique de la représentation. Rêve d'automne aurait pu connaître l'effet inverse si celui-ci n'avait pas été contrebalancé par la présence d'acteurs connus au générique : après un spectacle intime à l'ambiance peuplée de non-dits et de sensations en demi-teinte, des applaudissements bruyants paraissent vite inappropriés voire inconvenants, et il est toujours délicieux de savourer ce moment de silence plus ou moins long qui suit la dernière réplique et précède les premiers claquements.

Et quid du non-applaudissement? Imaginez-vous un spectacle suivi d'un grand silence, comme devraient l'être les représentations de Parsifal pour lesquelles Wagner interdît le moindre signe d'adhésion afin de n'en pas briser la spiritualité? On applaudit souvent, même lorsqu'on n'est pas content (le claquement se faisant alors mou et peu enthousiaste) : les applaudissements font ainsi office de rituel permettant le passage du monde du spectacle au monde réel.

Nouvel avatar du nocher Charon ou manifestation d'opinion, les applaudissements qui viendront saluer Claus Peymann.../Sik Sik auront sans doute eux aussi leur coloration singulière. Il y a fort à parier que nous serons nombreux cette semaine à prendre en compte la nationalité italienne des artistes dans nos applaudissements en voulant particulièrement remercier des gens qui n'ont pas hésité à venir de loin juste pour notre contentement.

Bon mardi !


Les feuilles mortes

L'équipe de Rêve d'automne laisse l'Athénée à partir de ce week-end pour partir en tournée à Valenciennes, Chalon-sur-Saône et Amiens. En guise d'adieu, voici une courte revue photographique de leur présence pendant plus de deux mois dans les vieux murs de Louis Jouvet. De votre côté, il vous reste encore trois représentations pour leur dire en revoir de vive voix...

Des pas sur la moquette

Dans les coulisses, des traces de pas sur la moquette.

 

Répétitions Rêve d'automne

Lors des répétitions, la table de travail installée pour David Géry, metteur en scène,
et son assistante Stéphanie Leclerq.

 

Banc Rêve d'automne

Un texte oublié sur le banc et une couronne mortuaire en arrière-plan.

 

Chaussettes Rêve d'automne

Le genre de choses dont l'habilleuse s'occupe aussi.

 

Lumières Rêve d'automne

Des lumières, certes, mais vues à travers quoi? Je vous laisse chercher !

Bonne fin de semaine à tous !


Vous avez dit journalisme ?

Je faisais une erreur le 7 octobre en vous parlant de la place de Rêve d'automne dans les médias : certes, le spectacle a été beaucoup cité, mais plus à coups d'annonces et d'interviews que de véritables critiques de journalistes ayant vu la pièce -même si Rêve d'automne a été plutôt bien loti par rapport à d'autres. A ce jour, quelques critiques, donc : une dépêche AFP un peu fouillée, un article dans Le Figaroscope, une critique sur le blog amateur Théâtre du blog et un billet d'humeur sur le blog d'Armelle Héliot, journaliste au Figaro. Pour l'instant, rien, ou presque, du côté de la presse traditionnelle.

Alors quoi? Attachée de presse et chargés de communication de l'Athénée feraient-ils mal leur boulot? Non, et la question est plutôt très mal posée, car le problème vient d'ailleurs et serait plutôt à chercher du côté de la crise de la presse. Comme les intervenants  (dont votre serviteur) d'une table ronde organisée  mardi dernier par la revue Mouvement au Point Ephémère le disaient, la rubrique "Arts et Culture" s'est transformée en "sortir" ou "loisirs", beaucoup d'articles ressemblent étrangement à des dépêches AFP à peine retouchées, le journalisme d'investigation semble en voie de disparition, bref, tout semble en oeuvre pour confirmer les propos de Michaël Schudson lorsqu'il décrit la réalité de la presse en ces termes cruels : "les représentants d'une bureaucratie recueillent une information fabriquée par les représentants d'une autre bureaucratie" (il me semble que c'était dans l'ouvrage collectif Mass Media and Society, mais j'ai un doute).

Pour diverses raisons éthiques, politiques, sociologiques et économiques, beaucoup de journalistes, de leur plein gré ou non, se retrouvent donc souvent à recycler conférences de presse, dossiers de presse et autres communiqués de presse (pourquoi forcément "de presse", d'ailleurs?) et proposent ainsi peu d'analyse ou de mise en perspective. Beaucoup pointent la concurrence d'internet et ses sites ou blogs dits alternatifs en oubliant que non seulement la plupart des sites internet ne proposent pas forcément une information différente, mais en outre que ceux qui prétendent davantage à l'analyse sont justement nés d'une déception face au journalisme institutionnel.

Il y aurait encore beaucoup à dire, et le format du billet quotidien m'oblige à abréger sur un sujet aux ramifications complexes. Pour en revenir à la critique d'art, vous pouvez pallier les défaillances des journalistes culturels (ou plutôt l'absence des journalistes culturels, parce qu'on commence à les chercher) en écrivant vos propres critiques, comme l'ont fait certains blogueurs dont j'aurai l'occasion de reparler. Ecrire sur un spectacle que l'on a vu est un exercice intéressant pour soi, un peu difficile au début certes, mais assez salutaire en ces périodes où les arts et la culture confinent au produit de luxe qu'on aime ou non -et point barre, on ne va quand même pas développer sur un bête spectacle....

L'idée n'est pas de piétiner des journalistes déjà à terre dans une concurrence absurde et démagogique entre amateurs et professionnels ou élite et voix du peuple mais plutôt de vous poser en spectateurs actifs : ce blog et ses commentaires vont sont ouverts! Et si vous voulez pousser la réflexion, lisez le dossier sur la critique paru dans la revue Mouvement de ce trimestre en prenant soin toutefois d'oublier certains articles moins pertinents…

Pour ceux qui préfèrent discuter plutôt qu'écrire, je vous rappelle qu'aujourd'hui se tient une rencontre sur le thème "Mettre en scène la musique" avec David Jisse, Patrice Martinet, Thibault Perrine, François Bazola et Paul Desveaux. Rendez-vous à 18h30 à l'auditorium Colbert du site Richelieu de la Bibliothèque nationale de France, 2 rue Vivienne dans le 2e arrondissement de Paris.

Bon jeudi!


C’est grave

Vendredi dernier, dans "L'argent n'a pas d'odeur", je vous parlais des possibilités offertes par l'Athénée Théâtre Louis-Jouvet en terme de location de salle pour des événements privés : c'est dans ce cadre qu'hier soir, le pianiste Olivier Chauzu donnait un concert rassemblant des extraits d'Ibéria d'Albéniz, une sonate de Dukas et La grande Humoresque de Schumann. Dans l'après-midi, j'entendis marmonner sur la scène "Il a fait la guerre ou quoi ce piano? J'ai l'impression qu'il a connu un bombardement". Des coulisses, je n'ai pas pu voir qui parlait : lui-même, l'accordeur ou un technicien. Une chose est sûre en tout cas, les graviers de Rêve d'automne ont l'air de laisser assez de poussière blanche pour donner à un piano tout propre des airs de vestige des années 1940.

Car en fait, toute personne qui loue la salle de l'Athénée se retrouve confrontée au décor de la pièce en représentation à ce moment-là, et je dois dire que voir un piano à queue posé sur des graviers blancs dans un décor de cimetière renvoyait une image franchement troublante, même si les trois pierres tombales furent finalement retirées pour le concert : on veut bien mélanger théâtre et musique, mais laisser planer la mort sur l'exécution de La grande Humoresque de Robert Schumann rappelle peut-être trop les troubles dépressifs d'un compositeur qui, après avoir essayé d'écrire une oeuvre gaie, avouait que c'était peut-être ce qu'il avait "fait de plus déprimé".

C'était oublier les graviers et leur proximité homonymique (et peut-être étymologique) avec  le mot anglais "grave" qui signifie "tombe"… Le théâtre n'est pas près de vous lâcher (la mort non plus, d'ailleurs) : pour approfondir les liens entre théâtre et musique et vous préparer aux représentations de L'Opéra de quatre notes qui commenceront la semaine prochaine, rendez-vous ce jeudi 16 octobre à 18h30 sur le site Richelieu de la Bibliothèque nationale de France pour une rencontre autour de "mettre en scène la musique". Vous trouverez plus d'informations ici.

En attendant et pour ceux qui n'ont pas encore vu Rêve d'automne, voici quelques fameux graviers dans la main de Dominique Lemaire, l'un de nos deux directeurs techniques. La photo est de lui aussi.

Bon mardi.




"Où est la charrue, où sont les boeufs?"

Le 2 octobre dernier, à l'occasion du billet sur les bibles de l'Athénée (les programmes de salle, pour les distraits et non-souvenants), Adeline, graphiste pour le Théâtre, laissait un commentaire pour expliquer qu'elle ne pouvait pas lire ce qu'elle mettait en page : comme un texte que l'on relit en traquant les fautes pour se demander à la fin ce qu'il pouvait bien y avoir de marqué dedans.

Une discussion surprise il y a quelques jours entre le directeur de l'Athénée et son secrétaire général continuait le débat sans le vouloir. Il s'agissait justement d'un programme, de mots et de mise en page : la question était de savoir s'il fallait privilégier le texte ou le graphisme, la lisibilité ou l'esthétique. D'où cette phrase de Patrice Martinet, directeur de l'Athénée, que je reprenais en titre : faut-il servir le texte ou se servir du texte? Doit-on prendre le texte pour en faire une image ou toujours se soucier du contenu lui-même?

Cette interrogation d'un vendredi matin dépasse les seules bibles de l'Athénée et touche à la communication dans son ensemble : les lieux culturels qui offrent une programmation exigeante ne peuvent communiquer comme des supermarchés, sauf second degré éventuel. L'affiche est alors à l'image du produit qu'elle promeut et est censée représenter les qualités du spectacle concerné : beau et intelligent, quelque part (oui, venez me villipender pour me dire qu'un spectacle ce n'est pas que la beauté, et puis d'abord qu'est-ce que le beau, je vous le demande!).

On attend d'un théâtre qu'il soigne son image avec l'idée qu'on ne communique sur l'art qu'avec des oeuvres d'art. Mais c'est parfois au détriment du message à faire passer, d'autant qu'il est toujours difficile de connaître l'impact de la communication sur son public. Cela vous est-il déjà arrivé de trouver une affiche magnifique sans avoir la moindre idée du spectacle qu'elle vendait, ni même du théâtre d'où elle provenait?

Et pour les affiches de l'Athénée, où est-ce qu'on en est? Pour les écolos et pauvres habitant la capitale (les gens qui prennent le métro parisien, donc), vous avez sans doute vu les affiches qui vous clament "La police, c'est vous!", phrase tirée d'une pièce prochainement programmée à l'Athénée (je vous dirai bientôt laquelle). Cela interpelle sans doute, et c'est très beau sûrement, mais en termes de communication bête et méchante, est-ce que cela vous a donné envie d'acheter des billets ? Ces affiches dans le métro, de l'Athénée ou des autres, est-ce que vous les regardez, est-ce qu'elles vous donnent envie, est-ce que vous les tagguez à coups de "y en a marre de la pub" (ou, pour l'affiche actuelle, "nique la police") ?

Tout cela restera entre nous, je ne voudrais pas être poursuivie en justice pour incitation à la haine sociale.

Bon début de semaine à tous.

PS 1 : je suis navrée que certains d'entre vous aient reçu mon billet trois fois de suite entre 17h et 19h vendredi alors que moi je l'avais publié comme d'habitude à 8h (en plus ça a fait planter le serveur de l'Athénée, ils doivent tous me détester là-bas). J'espère que cela ne se reproduira plus…

PS 2 : ceux qui étaient au concert du Quatuor Psophos samedi en présence de Jörg Widmann expliquant son oeuvre ont dû apprécier les talents de traductrice de Lisa Schatzman, premier violon bilingue allemand-français. Quand même, j'étais déçue qu'on n'y parle pas de cassoulet.
Et pour (re)voir Rêve d'automne, c'est jusqu'à la fin de cette semaine!

 


"J'avais envie de me mettre du rouge à lèvres jusqu'aux trous de nez"

Je ne sais pas si vous vous tenez au courant, mais Rêve d'automne a eu une jolie place dans les médias ces derniers temps. De toutes les chroniques et critiques, ma préférence va à l'entretien entre Laure Adler et Judith Magre qui tient le rôle de la mère dans le spectacle.

Judith Magre raconte qu'il fallait littéralement la pousser pour qu'elle entre en scène à ses débuts, s'énerve lorsqu'on lui dit que les personnages de Rêve d'automne ressemblent à des fantômes et refuse de lire le texte à l'antenne -mais ne reprend pas Laure Adler lorsqu'elle prononce "Jon Fosse" à l'américaine alors qu'il est norvégien, enfin bref.

Le plus singulier reste le moment où Judith Magre raconte comment lui est venue sa vocation de comédienne : là où certains parlent d'un désir ancré dès les couches-culottes ou d'une révélation sidérante devant Le Cid par Jean Vilar (ou Le Tartuffe par Jacques Lassalle, c'est surtout une question de date de naissance), elle vous répond avec son anti-langue de bois habituelle : "je ne sais pas, j'avais envie de me mettre du rouge à lèvres jusqu'aux trous de nez".

Une incroyable carrière de grande actrice ne tiendrait donc qu'à un étrange désir de révolutionner les techniques du maquillage en occident, permettez-moi de ne pas trop y croire… Les mots de Judith Magre auront au moins eu le mérite de souligner la trouble origine de l'obscur désir que nous inspire le spectacle : pourquoi venez-vous au théâtre? Pourquoi, pour certains, en avez-vous fait votre métier?
Je ne sais moi-même pas répondre à cette question : aujourd'hui, vous écrire depuis l'Athénée me paraît bien évident. Il n'empêche qu'il n'y a pas si longtemps, j'étais encore en pleine campagne normande à regarder Rox et Rouky sans savoir qui avait écrit Hernani...

En tout cas, si Judith Magre n'a pas raté sa carrière d'actrice, elle est peut-être passée à côté de celle du marketing, et la revoir présenter Rêve d'automne en vidéo sur le site de l'Athénée me rappellerait presque les slogans à lessive de mon billet d'hier :  "Trêve de parlotte! Venez voir la pièce, elle est magnifique, je joue avec des partenaires magnifiques, et j'ai un metteur en scène génial".

Je vous souhaite un bon mardi en espérant qu'il soit meilleur que ce lundi.


PS : L'entretien a été diffusé le 4 octobre sur France Inter et est toujours disponible sur le site de Radio France (si tout marche, vous avez juste à cliquer ici)


Que la lumière soit

Mardi soir, en revenant dans la salle vide après la représentation de Rêve d'automne, je trouvai sur l'un des sièges un programme de salle délicatement posé là : pas plié ni piétiné, il semblait patienter sur sa chaise en attendant le public du soir suivant. Son possesseur l'avait-il laissé là par inadvertance, désintérêt ou souci d'économiser du papier ? Autrement dit, l'a-t-il lu? Et s'il l'a lu, l'a-t-il fait avant ou après le spectacle?

C'est l'une des caractéristiques des théâtres publics, et je rappelle que l'Athénée en fait partie, de proposer gratuitement des programmes destinés à préparer les spectateurs à la pièce qu'ils vont voir tout en leur donnant les renseignements pratiques de base. Disons que cela fait partie des missions des théâtres subventionnés : proposer une programmation de qualité en la rendant accessible au plus grand nombre -ce qu'Antoine Vitez appelait le "théâtre élitaire pour tous", et l'on en revient ici au grand mythe de la culture comme service public.

Ces textes, écrits à l'Athénée par Lola Gruber, participent donc de la démocratisation (enfin de la tentative de démocratisation, pour être complètement honnête) du théâtre. Comme toute action menée vers le public, leur impact est difficile à évaluer : certes, il n'y a eu mardi soir qu'un programme abandonné, mais combien sont aujourd'hui pliés en quatre dans des fonds de sac à dos pour se retrouver d'ici quelques jours dans une poubelle jaune (en supposant que vous faites le tri) au même titre qu'un vieux papier de Bounty et un ticket de caisse de Shopi? A moins que vous fassiez partie de ces gens méticuleux ou passionnés, ou les deux, qui gardent soigneusement tous leurs programmes de salle depuis 1972 (ou 1998 si vous n'étiez pas nés en 1972).

Dans la jargon cultureux, on appelle ces petits programmes des bibles : à vous de me dire si c'est parce qu'ils contiennent tout ce que l'on a besoin de savoir, vous apportent leurs lumières ou vous servent de la propagande. Toute autre interprétation sera la bienvenue, n'hésitez pas à venir nous offrir la vôtre…

Bon jeudi à tous.


Rêve d'absurde (2)

Dans les répétitions, c’est le début le plus drôle -surtout quand les comédiens mêlent leurs questions et hésitations aux répliques tout en continuant de jouer leur personnage sur le même ton. Rêve d’automne a commencé jeudi et, il y a quelques semaines, Jon Fosse passait pour un auteur absurde. Démonstration :

Judith Magre : _ Vous allez vous dire bonjour
C’est
sa nouvelle femme
Oui enfin vous allez faire sa connaissance
Simon Eine : _ Je suis peut-être entré trop tôt non, je n’ai pas vu le signal
Judith Magre : _ Non non c’est bien
Vous allez vous dire bonjour
C’est
sa nouvelle femme
Oui enfin vous allez faire sa connaissance
(les personnages de Simon Eine et Irène Jacob se serrent la main)
Irène Jacob
: _C’est trop rapide
David Géry : _ On reprend
(Silence)
Judith Magre
: _ Oui pardon, j’y vais
Vous allez vous dire bonjour
C’est
sa nouvelle femme
Oui enfin vous allez faire sa connaissance
(les personnages de Simon Eine et Irène Jacob se serrent toujours la main mais plus lentement que la première fois)
Judith Magre
: _ Oui il était temps que tu que nous que je qu’on fasse ta connaissance
Oui il était temps qu’on fasse ta connaissance
Irène Jacob : _ Oui
Judith Magre : _ Oui je le lui ai déjà dit
Vous pourriez bien venir nous voir
de temps en temps
Irène Jacob : _ Oui bien sûr
Je peux peut-être me rasseoir, là
(Silence)
Yann Collette
: _ On y a souvent pensé
Mais on n’a pas pu
(Silence)
Non
On y a souvent pensé
Mais l’occasion ne s’est pas présentée
Irène Jacob : _ Oui
C’est triste
Tout ça
Judith Magre : _ Oui
Irène Jacob : Mais elle était assez âgée (Simon Eine se lève)
Oui ça ne veut pas dire grand-chose”

Rassurez-vous, maintenant il n'y a plus d'hésitation -ou, plus exactement, elles ne se voient pas du tout. Après tout, on dit souvent que le charme du théâtre, c’est aussi que les représentations soient différentes à chaque fois… Après le traditionnel relâche du lundi, Rêve d'automne reprend ce soir : je serai là aussi, habillée en noir et blanc a priori!

Bon mardi.

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