Flash-back

La saison 2008-2009 de l’Athénée s’est terminée avec Les Mains sales et Les Justes (ou Les Mains justes, pour ceux qui voudront aller plus vite), mais vous souvenez-vous des spectacles qui ont habité l’Athénée et ce blog depuis septembre dernier?
Flash-back (ou analepse, pour ceux qui préfèrent éviter les anglicismes) très subjectif:

 

Le texte oublié sur le banc de Rêve d’automne
de Jon Fosse mis en scène par David Géry.



«Il y a quelque chose qui pourrait toucher à la pornographie dans l’opéra.»
Paul-Alexandre Dubois, le metteur en scène de L’Opéra de quatre notes de Tom Johnson en entretien sur le blog.

Extrait du Tribun/Finale de Mauricio Kagel mis en scène par Jean Lacornerie:
«La police, c’est vous!»

 

La seule photo que j’avais réussi à prendre de Claus Peymann/Sik Sik,
le spectacle double de Carlo Cecchi.

 

«Si tu veux essayer de plaire à tout prix, tu pleures dès que tu en entends un tousser dans la salle! Si je peux te donner un conseil : pense à ta grand-mère et fais une œuvre!»
Céline Sallette, actrice dans après la répétition d'Ingmar Bergman mis en scène par Laurent Laffargue, à des étudiants en art venus voir le spectacle.

 

Le Magazine, l’émission de Lionel Esparza diffusée sur France Musique en direct de l’Athénée à l’occasion des voix d’Olivier Messiaen.

 

«Cette compagnie est un véritable collectif, une troupe où on travaille dans le sens de l'œuvre et non dans celui des individualités. C'est un dialogue constructif où tout le monde va dans la même direction.»
Jean-Philippe Salerio, le metteur en scène de l’opérette La Cour du Roi Pétaud, en entretien sur le blog.

 

Les bouts de bois que l’on frappe l’un contre l’autre dans
La Puce à l’oreille de Georges Feydeau mis en scène par Paul Golub pour faire un bruit de claque.

 

Les enfants partant du premier concert de Claire-Marie Le Guay, pianiste en résidence à l’Athénée: un deuxième concert a suivi, et vous pourrez la retrouver l’année prochaine!

 

Le lustre magnifique de l’opéra Les Enfants terribles de Jean Cocteau et Philip Glass mis en scène par Paul Desveaux.

 

«Dans En attendant Godot, chaque réplique ouvre mille portes…»
Patrick Zimmermann, comédien dans En attendant Godot de Samuel Beckett mis en scène par Bernard Levy, en entretien sur le blog.



La traduction française de la morale de Cosi fan tutte, l’opéra de Mozart et Da Ponte mis en scène par Yves Beaunesne et dirigé par François Bazola:
«Heureux celui qui, malgré les ennuis, arrive à prendre la vie du bon côté…»

 

Chantal et Gérard: c’est le prénom des deux spectateurs qui, après avoir vu Riders to the Sea de Ralph Vaughan Williams d’après John Millington Synge à l’Athénée, ont décidé de se rendre sur les îles d’Aran où se déroulait l’action de l’opéra.

Un concentré (et une sélection!) des effets sonores que l’on pouvait entendre dans La Cantatrice chauve, un opéra de Jean-Philippe Calvin d’après Eugène Ionesco mis en scène par François Berreur.
(Retrouvez la vidéo ici sur YouTube)

 


«À quel monde meilleur rêvez-vous? Et comment allez-vous le construire?»
étaient les questions posées pour le cinquième forum de discussion des jeunes organisé par l’Athénée: le 15 mai dernier, quatre cents lycéens ont ainsi pu débattre à l’Athénée avec Daniel Cohn-Bendit, François Durpaire, Susan Georges et Bruno Rebelle.

 

Après trois ans de résidence et quatre concerts cette saison à l’Athénée Théâtre Louis-Jouvet, le Quatuor Psophos tire sa révérence avec le concert de clôture, Brahms/Strauss, dans le décor des Mains sales.



«Le théâtre de l’engagement, c’est peut-être vouloir défendre le texte dans un monde où les paroles sont sommées de laisser la place à l’image, où le fond cède à la forme. Mais quand il n’y a plus de paroles, c’est le début de la barbarie! C’est ce que nous combattons.»
Guy-Pierre Couleau, le metteur en scène des Mains sales de Jean-Paul Sartre et des Justes de Camus, en entretien sur le blog.

La troupe des Justes d’Albert Camus mis en scène par Guy-Pierre Couleau salue pour sa dernière représentation à l’Athénée.

Le public de la présentation de la saison 2009-2010 de l’Athénée commençant à sortir du théâtre: si vous n’avez pas pu y assister, cliquez ici pour découvrir les spectacles que vous propose l’Athénée à partir de septembre prochain!

 

 

Et vous, qu’avez-vous retenu de cette saison 2008-2009 de l’Athénée Théâtre Louis-Jouvet? Pour nous le dire, cliquez ici et laissez un commentaire sur le blog!

Bon début de semaine à tous.


PS : des commentaires au billet de jeudi se sont ajoutés pendant le week-end, promis, je vous réponds aujourd’hui! Le sondage sur votre lecture du blog est toujours actif.

 


La police, c'est vous !

Les Parisiens se souviendront peut-être des affiches qui lançaient en ce début de saison : "La police, c'est vous !" : aviez-vous reconnu de quelle pièce la phrase était tirée? C'est au choix parmi Rêve d'automne, L'Opéra de quatre notes, Le Tribun/Finale et Claus Peymann/Sik Sik.

Quant à "Nous allons attaquer le mur de l'intimité", d'où provient-elle à votre avis? après la répétition, 2x4 du Quatuor Psophos, Les voix d'Olivier Messiaen ou La Cour du Roi Pétaud ? Vous évoque t-elle quelque chose de particulier?

Avec des affiches moins explicites, des programmes de salle d'auteur et ce blog, un nouveau mode de communication se met en marche à l'Athénée : pour y participer il suffit de prendre cinq minutes en cliquant sur "ajouter un commentaire" en bas de ce billet. En espérant vous lire très bientôt, je vous souhaite un bon mardi!


Sous vos applaudissements

Le Tribun/Finale appelait manifestement à réaction, et sur le blog les commentaires ne se sont pas fait attendre. Il y eut débat sur l'idée d'oeuvre conceptuelle, sur la démagogie, sur le discours, mais également un, en apparence plus anecdotique, sur la question des applaudissements : étaient-ils nourris, seulement polis, enthousiastes ou carrément glacés? L'appréciation de la tonalité des applaudissements variait selon l'auteur de chaque commentaire et pouvait servir de justification à un avis que l'on préfère toujours voir partagé : "j'ai aimé, mais je n'étais pas le seul, souvenez-vous des applaudissements tonitruants!"

Il y aurait beaucoup à dire sur l'origine des applaudissements dont l'usage remonterait à l'empereur Auguste cherchant à réguler les cris saluant une représentation, et l'on renvoie le lecteur intéressé à l'abécédaire de Vincent Borel, Un Curieux à l'opéra, édité chez Actes Sud en 2006. Ils tendent aujourd'hui à se répandre hors des sociétés occidentales, même si les applaudissements japonais sont souvent très mesurés voire inexistants et que beaucoup de Maliens, s'ils battent volontiers des mains pendant le spectacle, le font rarement à la fin : éventuellement question de pudeur chez les premiers et de vision communautaire d'un art intégré au quotidien chez les seconds, les applaudissements sont en tout cas révélateurs de codes sociaux et d'organisations de société qu'il serait vain de vouloir traiter en quelques mots.

Revenons donc au cas de l'Athénée, car on n'applaudit pas de la même manière après Le Tribun qu'après Finale, après un concert du Quatuor Psophos qu'après L'Opéra de quatre notes, après Rêve d'automne qu'après Claus Peymann.../Sik Sik (quoique dans ce cas précis, pour l'instant je fabule, car Claus Peymann.../Sik Sik ne commence que demain). La façon dont on applaudit dépend certes de son appréciation personnelle du spectacle mais aussi de bien d'autres facteurs.

Dans le cas du Tribun, on est à l'entracte qui précède Finale, et l'on a tendance à se réserver pour la fin -Finale récolte donc les applaudissements pour deux, mais je ne dis pas ça pour créer un conflit entre Bernard Bloch et l'Ensemble 2e2m, évidemment (hum). Avec le Quatuor Psophos, l'on entre dans le monde feutré de la musique classique où il est sacrilège d'applaudir entre deux mouvements d'une même oeuvre et inélégant de hurler "bravooooooo !!!!!" à gorge déployé, sauf exceptions notables comme les festivals ou maisons d'opéra internationales où se pressent professionnels exigeants et amateurs passionnés. Musique aussi du côté de L'Opéra de quatre notes, mais surtout spectacle plein d'humour qui provoque le rire, et l'on est toujours plus enclin à applaudir avec enthousiasme après avoir hurlé de rire pendant une heure et demie : l'émotion n'a pas été retenue durant le spectacle et les acclamations arrivent ainsi comme une suite logique de la représentation. Rêve d'automne aurait pu connaître l'effet inverse si celui-ci n'avait pas été contrebalancé par la présence d'acteurs connus au générique : après un spectacle intime à l'ambiance peuplée de non-dits et de sensations en demi-teinte, des applaudissements bruyants paraissent vite inappropriés voire inconvenants, et il est toujours délicieux de savourer ce moment de silence plus ou moins long qui suit la dernière réplique et précède les premiers claquements.

Et quid du non-applaudissement? Imaginez-vous un spectacle suivi d'un grand silence, comme devraient l'être les représentations de Parsifal pour lesquelles Wagner interdît le moindre signe d'adhésion afin de n'en pas briser la spiritualité? On applaudit souvent, même lorsqu'on n'est pas content (le claquement se faisant alors mou et peu enthousiaste) : les applaudissements font ainsi office de rituel permettant le passage du monde du spectacle au monde réel.

Nouvel avatar du nocher Charon ou manifestation d'opinion, les applaudissements qui viendront saluer Claus Peymann.../Sik Sik auront sans doute eux aussi leur coloration singulière. Il y a fort à parier que nous serons nombreux cette semaine à prendre en compte la nationalité italienne des artistes dans nos applaudissements en voulant particulièrement remercier des gens qui n'ont pas hésité à venir de loin juste pour notre contentement.

Bon mardi !


L'album de quatre notes

L'Opéra de quatre notes termine son montage technique

Opera de quatre notes 6
(Denis Chouillet, Jean-Christophe, Jean-Noël De Marcovitch, Baptiste)


L'Opéra de quatre notes s'échauffe la voix
Opera de quatre notes 7
(Anne Marchand, Denis Chouillet et Paul-Alexandre Dubois)


L'Opéra de quatre notes part dans l'ultraviolet
Opera de quatre notes 8
(Denis Chouillet)


"Le metteur en scène, c'est celui qui crie plus fort que tout le monde"
(Définition de Paul-Alexandre Dubois qui n'engage que lui)
Opera de quatre notes 9
(Denis Chouillet, Eva Gruber, Paul-Alexandre Dubois)


L'Opéra de quatre notes délocalise ses perruques à la billetterie.
Opera de quatre notes 10
(Alexandra Maurice et Eglantine Desmoulins)


Le sèche-cheveux géant est un danger souvent ignoré.
Opera de quatre notes 11
(Lola Gruber, Florence Cognacq, Estelle Laurentin, moi-même en cherchant bien, Alexandra Maurice)

Le compositeur et librettiste de L'Opéra de quatre notes, Tom Johnson, sera présent après la représentation de demain à 15h. Je ne pourrai pas assister à ce qui promet d'être un grand moment d'humour mais j'espère que certains d'entre vous pourront me raconter!

Bon vendrely (en hommage au Gérard du même nom) et à lundi!


La jupette 51 en forme de banane fait fondre les gélatines à 6000 degrés Kelvin

La première de L’Opéra de quatre notes a bien eu lieu hier soir, et dans la bonne humeur (j’avoue, les rires de certains spectateurs sont tellement caractéristiques que parfois je ne savais plus si ce qui me faisait rire était sur scène ou dans la salle, mais je m’égare).
Bref disais-je, ceux qui étaient présents ont pu entr’apercevoir ce qui fait les coulisses d’un opéra sur le principe de la mise en abyme, mais plutôt côté chanteurs. Pour ma part, lors des diverses répétitions et montages, j’ai aussi vu le côté technique et son petit vocabulaire, employé dans un certain contexte et pas toujours défini de manière orthodoxe. Voici donc ce que l'on a pu entendre ces derniers jours :

"_ Tu peux pivoter le projecteur de ce côté-là ?
_ Non, si je fais ça, je vais retourner la banane."
Définitions compilées de Gérard Vendrely, créateur lumières de L'Opéra de quatre notes, et de Denis Léger, directeur technique de l'Athénée : "le projecteur diffuse une lumière de forme oblongue. Ou, plus exactement, le rond de lumière qui apparaît au sol est plus intense dans une partie centrale en forme d'ovale, et c'est cette partie que l'on appelle banane."
Confidence de Dominique Lemaire, directeur technique de l'Athénée adjoint : "franchement, on appelle ça comme ça, mais ça n'a pas du tout une forme de banane, ou alors tu manges vraiment des bananes bizarres"

Voix d'homme : "_ Qu'est-ce que tu penses de ma jupette?
_ Pardon, c'est vrai que je ne t'ai rien dit sur ta jupette alors qu'elle est très bien, cette jupette."
Définition de Denis Léger : "une jupette est une bande de tissu servant à cacher quelque chose."
Précision de Dominique Lemaire : "c'est exactement comme pour les filles, en fait."

"_Elles sont bien ces lumières, ça me fait penser au 51.
_ Oui c'est vrai, ça me rappelle des souvenirs."
Définition de Denis Léger : "Le 51, c'est le rose mistinguette qui donne bonne mine"
Remarque indispensable de Dominique Lemaire : "Alors que le bleu 17, c'est la lumière du jour."
Prise de conscience de Denis Léger : "Dominique, je crois qu'elle comprend rien, là."
Effort de Dominique Lemaire : "on peut mettre des filtres sur les projecteurs afin de donner des couleurs à la lumière, et chaque couleur a son nuancier avec un numéro pour chaque teinte. Le bleu 17 et le rose 51 correspondent aux nuanciers des gélatines, ces petites feuilles translucides de couleur que tu mettais sur les projecteurs."
La petite pédagogie de Denis Léger : "le problème des gélatines, c'est qu'elles ne résistaient pas à la chaleur et fondaient sur les projecteurs. On utilise donc aujourd'hui des filtres, qui sont plus fins, durent plus longtemps et présentent beaucoup plus de nuances de couleurs que les gélatines. Le rose 51 et le bleu 17 n'existent donc plus en tant que tels."
Je sens que Dominique Lemaire cherche à m'embrouiller : "il y a également des filtres correcteurs qui te permettent de modifier la température de chaque nuance de couleur afin de créer une couleur beaucoup plus fine. Plus la température est élevée, plus c'est bleu. Plus elle est basse, plus c'est rouge. Par exemple, la lumière du matin est à 6000 degrés, alors que la lumière du coucher de soleil est à 2500 degrés. Je te parle en degrés Kelvin, bien sûr.
Complément de Denis Léger, qui lui aussi, cherche manifestement à m'embrouiller : "on ne parle pas en degrés Fahrenheit ni Celsius, effectivement."
Dominique Lemaire a raté une carrière de professeur : "Kelvin est un scientifique irlandais extrêmement brillant qui a mis au point une mesure de la température. C’est lui qui a inventé le zéro absolu : en fait, quand la température monte, les électrons s’agitent autour de l’atome. Le zéro absolu, c’est quand les électrons s’arrêtent complètement autour de l’atome : cela correspond à -273,15 degrés celsius, mais c’est une température que l’on n’a jamais pu atteindre sur terre, c’est l’un des grands défis de la physique !"

Je vous passe ensuite les développements qui ont suivi sur l’accélérateur de particules et le thermomètre à confiture (cette fois c’est sûr, il voulait vraiment m’embrouiller).

Pour L’Opéra de quatre notes, c’est jusqu’à samedi, et je vous souhaite un bon jeudi!


Quatre notes et des lumières

Entretien avec Paul-Alexandre Dubois

Paul-Alexandre Dubois est chanteur et metteur en scène de L'Opéra de quatre notes, et c'est en regardant Marie-Noëlle Bourcart, régisseure générale à l'Athénée, s'attelant à la mise en place des projecteurs avec Gérard Vendrely, créateur des lumières, que nous avons pu avoir une conversation entrecoupée de "c'est ce projecteur-là ou pas? Ah non celui-ci il faut juste le remettre de face" ou "tu veux pas que je te desserre la poignée?".

Opéra de quatre notes 1

L'Opéra de quatre notes commence dans une cave de Besançon. Une aide de l'Arcadi permet de jouer le spectacle en Île-de-France tout en menant des interventions pédagogiques dans les écoles afin de sensibiliser à ce qu'est l'opéra.

"_ On vous pose donc la question, Monsieur Dubois, qu'est-ce que l'opéra ?
_ C'est un théâtre où la façon de parler est traitée majoritairement dans une optique musicale.
_ Ce qui est une définition très claire pour un élève de CE2.
_ Oui bon, c'est un spectacle où le texte est plus souvent chanté que parlé, c'est mieux là?

(Pendant ce temps, Marie-Noëlle Bourcart monte tranquillement vers les projecteurs)

Opéra de quatre notes 2

_ Au-delà des définitions, je veux que le maximum de gens se sentent invités. Il y a encore de gros clichés sur l'opéra, et parce que c'est marqué "opéra", beaucoup de gens refusent de venir au spectacle. On ne peut pas reprocher à quelqu'un d'être ignorant, en revanche ce genre d'attitude m'agace lorsque je la trouve chez les personnes qui sont dans une position d'éducateur : certains ne veulent pas connaître l'opéra pour ne pas avoir à le transmettre…

(j'ai le mal de mer pour Marie-Noëlle)

Opéra de quatre notes 3

_ Et vous avez choisi un opéra sur l'opéra dans l'espoir de conjurer ce mauvais sort?
_ Je l'ai surtout choisi parce que je le trouvais drôle et parce que cette oeuvre contient en elle-même à la fois l'amour et la critique de l'opéra.

_ Qu'est-ce qui est critiquable, dans l'opéra?
_ Il y a quelque chose qui pourrait toucher à la pornographie dans l’opéra (plus tard, Paul-Alexandre Dubois gémira : "non mais quand je pense qu'elle a réussi à me faire parler de pornographie !"). Ce que je veux dire, c'est que le chant extériorise quelque chose d'intérieur, une matière intime, et que cette extériorisation apparaît parfois comme obscène. Et le pire, c'est qu'en plus le chanteur fait comme s'il ne chantait pas! Car l'opéra est fondé sur cette convention incroyable : on chante en faisant comme si de rien n'était. Pourtant le chanteur lyrique ne parle pas, il chante, et il chante d'une manière qui peut faire peur -j'ai déjà fait pleurer des enfants comme ça!

(Moi, c'est Marie-Noëlle qui commence à me faire peur avec son projecteur)


Opéra de quatre notes 4


_ Rassurez-moi, vous ne comptez pas faire pleurer tout le monde demain soir?
_ Ah non! Certes, c'est un opéra qui parle de lui-même, du temps et de l'art, et je crois même que, quelque part, Tom Johnson l'a écrit pour déplaire. Mais malgré la gravité fondamentale du sujet, c'est une oeuvre pleine d'humour qui se moque aussi d'elle-même."

(Quand j'ai dû laisser Paul-Alexandre Dubois se préparer, Marie-Noëlle et Gérard Vendrely en étaient là:

Opéra de quatre notes 5


Soeur Marie-Noëlle voyait-elle quelque chose venir? Une chose est sûre, les lumières de L'Opéra de quatre notes sont maintenant prêtes et les sièges n'attendent plus que vous! A ce soir, et bon mercrely.)


Une porte peut être ouverte ou bleue

L'étymologie du mot "ouvreur" n'est pas clairement établie : un sens attesté en 1572 le définit comme un ouvrier qui ouvre la soie pour devenir, après la première révolution industrielle, une machine à éplucher le coton. Mais dès 1611, on parle également de celui qui ouvre les portes, dont les portes des loges de salles de spectacle.

On ne sait donc pas réellement si le mot provient d'ouvrier ou d'ouvrir : c'est de toutes façons un ouvrier qui vous ouvre, d'où, peut-être, les salopettes dessinées par Agatha Ruiz de la Prada pour les ouvreurs de l'Athénée -certains spectateurs ne se sont en effet pas privés de faire remarquer la dimension "travailleur manuel" des tenues en question, qu'elle leur plaise ou non.

Habillés par de grands couturiers, les ouvreurs de l'Athénée ne sont donc pas tout-à-fait des ouvriers comme les autres. Ils sont là pour vous accueillir, vous donner un programme, vous placer, vous renseigner et, parfois écouter vos confidences ou coups de colère : donc les portes s'ouvrent, et les spectateurs aussi.

Ici, les ouvreurs vont sont offerts : pas de pourboires à donner, ils sont rémunérés par l'Athénée. Plus ou moins initié par Jean Vilar en tant que directeur du Théâtre National Populaire de Chaillot à Paris, ce principe de gratuité est partagé par tous les théâtres publics français, et il est ainsi hors de question que vous payiez autre chose que votre place, vos consommations au bar et votre trajet jusqu'au théâtre, tout cela dans l'idée de faciliter l'accès de tous à la culture.

La salle à l'italienne de l'Athénée, toute en dorures et en velours rouge, jure étrangement avec cette gratuité, et l'on oublie souvent qu'ici, le vestiaire n'est pas à payer. Je vous en parlais le 26 septembre, le principe de la salle à l'italienne ne s'inscrit pas franchement dans les principes d'égalitarisme républicain et de démocratisation théâtrale : une salle à l'italienne est conçue pour que les spectateurs soient vus, là où les salles frontales construites dans la deuxième moitié du vingtième siècle sont censées permettre à tous de voir le spectacle de la même manière. L'Athénée ne manque pas de charme, mais la visibilité est parfois bien peu optimale : l'équipe du théâtre essaierait donc de se faire pardonner en vous offrant les programmes et douze ouvreurs dirigés par Aline, directrice de salle...

Si vous venez mercredi à L'Opéra de quatre notes, vous les verrez en costumes de première. Si vous voulez contempler les salopettes, c'est pour la suite des représentations qui auront lieu jusqu'à samedi!

Bon mardi.

 

PS : J'emprunte mon titre et son jeu de mots à la spiritualité indubitable (si si) à Pierre Desproges dans son spectacle de 1988.

 

PS du 26 février 2009 : une interview d'Agatha Ruiz de la Prada est parue sur ce blog le 24 février! Pour la lire, cliquez ici.


"Nous pouvons tous avoir une vie belle et libre mais nous l'avons oublié."

La sortie du Chanteur de jazz (Jazz Singer) en 1927 fait passer le cinéma du côté du parlant -ou plutôt du chantant, car le film est une comédie musicale avec peut-être une minute de passages parlés au total. Neuf ans plus tard, Charles Chaplin sort lui aussi du cinéma muet par la chanson : c'est dans Les Temps Modernes où il entonne un air aux paroles inintelligibles -entrer dans le présent par une langue inconnue était sans doute le plus approprié pour un Charlot devenu universel.

Le Dictateur continue la révolution en faisant presque table rase : Charles Chaplin s'installe dans le cinéma parlant en même temps qu'il abandonne le personnage de Charlot qui a fait sa renommée. Chaplin interprète à la fois le dictateur et un barbier, et Charlot est toujours présent par petites touches dans ce dernier avant de définitivement s'effacer dans le discours final : c'est la première fois que Charles Chaplin parle, et c'est la dernière fois que Charlot apparaît.

Appel au réveil des démocraties autant que charge violente contre la dictature, le discours paraîtrait naïf aujourd'hui si l'on oubliait le contexte du film, sorti en 1940 à une époque où les Etats-Unis se tiennent à l'écart des troubles européens et où la France et la Grande-Bretagne sortent à peine de la "drôle de guerre" : Charles Chaplin ne parlerait jamais pour ne rien dire...

Son film suivant, Monsieur Verdoux, continue donc dans le parlant en évoquant la crise financière : Henri Verdoux, employé de banque parisien réduit au chômage après la crise de 1929, décide de gagner sa vie en épousant de riches dames âgées qui meurent rapidement après les noces -pour surmonter la crise actuelle, vous savez ainsi ce qu'il vous reste à faire.

Le Dictateur et l'Athénée donc, quel rapport? Après L'Opéra de quatre notes joué à partir de mercredi, c'est Le Tribun / Finale qui prendra la relève la semaine prochaine.
Dans le style du théâtre musical, ces deux pièces écrites et composées par Mauricio Kagel (Le Tribun en 1978, Finale en 1981) n'hésitent pas entre texte et musique pour lier indissolublement les deux. Posant également la question de la tyrannie et de la soumission, Le Tribun et Finale opèrent, pour reprendre les mots de Bernard Bloch, l'acteur unique des deux pièces, une "déconstruction poétique du politique" en montrant combien la démagogie et le populisme sont aussi fondés sur la musique d'un discours.

Le théâtre musical de Mauricio Kagel monté par Jean Lacornerie résonne ainsi étrangement avec Le Dictateur de Charles Chaplin : le film est projeté ce soir à 20h30 au cinéma Le Balzac, situé rue Balzac dans le 8e arrondissement de Paris. Seront présents à cette projection l'acteur et les musiciens du Tribun et de Finale, Bernard Bloch et L'Ensemble 2e2m.

Bon film, bon lundi et, pour la première de L'Opéra de quatre notes, à mercredi!


La nuit américaine

Dans un article intitulé "Explaining my music : Keywords",  Tom Johnson, le compositeur de L'Opéra de quatre notes qui sera joué à l'Athénée la semaine prochaine, lance les mots indispensables à la compréhension de sa musique. J'en retiendrai deux : autobiographie et vérité (c'est moi qui traduit, cette fois sans logiciel automatique : la leçon du 9 octobre a été retenue).

Le mot d'autobiographie est cité en négatif, car Tom Johnson est contre toute forme de subjectivité personnelle du compositeur. Non que la musique n'ait rien à exprimer, mais plutôt qu'elle doive aller chercher son expressivité ailleurs que dans l'intériorité du compositeur lui-même. Ce que Tom Johnson veut, c'est trouver la musique et non la composer : laissons la musique dire ce qu'elle, elle veut dire.

Quant au terme de vérité, le compositeur semble surtout l'utiliser pour éviter de parler de beauté : non pas qu'il soit contre (!), mais parce que le concept le met bien mal à l'aise, et on le comprend. La vérité donc, c'est plus clair, enfin c'est ce qu'il dit. En fait, Tom Johnson, et cela va avec son refus de la subjectivité, recherche la perfection dans la composition et l'interprétation de sa musique.
Utilisant des formules mathématiques lorsqu'il écrit ses oeuvres, il semble aussi très mal à l'aise avec l'idée que sa musique soit interprétée par des musiciens : l'erreur est manifestement trop humaine, et l'idée qu'un violoniste puisse manquer une note ou mal compter une mesure éloignerait sans doute la musique de Tom Johnson de la vérité à laquelle il tend -Igor Stravinski, qui avait fait l'expérience de faire jouer sa musique par des instruments mécaniques avant d'ailleurs d'y renoncer, ne renierait sans doute pas ce genre d'idées.

Dans ces conditions, la composition de L'Opéra de quatre notes apparaît comme un joli pied de nez. Car de quoi parle-t-on dans cette oeuvre? Des chanteurs, de leurs erreurs, de leur idée de la musique, de l'interprétation musicale et de ses aléas, de la composition et de ses défauts : bref, c'est un opéra qui parle de lui-même et du spectacle en train de se faire. Pour quelqu'un qui voulait éviter l'auto-réflexivité et l'imperfection, on est, pour le coup, en plein dedans. L'oeuvre échapperait donc à son auteur, à moins que celui-ci choisisse de nous égarer pour mieux se retrouver...

Le metteur en scène lui-même n'est d'ailleurs jamais sûr de ses effets : comme l'explique Paul-Alexandre Dubois, à la fois metteur en scène et chanteur de L'Opéra de quatre notes, "il paraît que ce spectacle associe le divertissement, l'humour et une grande rigueur conceptuelle et formelle… N'ayant jamais pu le voir, je ne sais pas si c'est vrai."

Bonne journée!


PS : la référence du titre est à chercher dans la filmographie de François Truffaut...


C’est grave

Vendredi dernier, dans "L'argent n'a pas d'odeur", je vous parlais des possibilités offertes par l'Athénée Théâtre Louis-Jouvet en terme de location de salle pour des événements privés : c'est dans ce cadre qu'hier soir, le pianiste Olivier Chauzu donnait un concert rassemblant des extraits d'Ibéria d'Albéniz, une sonate de Dukas et La grande Humoresque de Schumann. Dans l'après-midi, j'entendis marmonner sur la scène "Il a fait la guerre ou quoi ce piano? J'ai l'impression qu'il a connu un bombardement". Des coulisses, je n'ai pas pu voir qui parlait : lui-même, l'accordeur ou un technicien. Une chose est sûre en tout cas, les graviers de Rêve d'automne ont l'air de laisser assez de poussière blanche pour donner à un piano tout propre des airs de vestige des années 1940.

Car en fait, toute personne qui loue la salle de l'Athénée se retrouve confrontée au décor de la pièce en représentation à ce moment-là, et je dois dire que voir un piano à queue posé sur des graviers blancs dans un décor de cimetière renvoyait une image franchement troublante, même si les trois pierres tombales furent finalement retirées pour le concert : on veut bien mélanger théâtre et musique, mais laisser planer la mort sur l'exécution de La grande Humoresque de Robert Schumann rappelle peut-être trop les troubles dépressifs d'un compositeur qui, après avoir essayé d'écrire une oeuvre gaie, avouait que c'était peut-être ce qu'il avait "fait de plus déprimé".

C'était oublier les graviers et leur proximité homonymique (et peut-être étymologique) avec  le mot anglais "grave" qui signifie "tombe"… Le théâtre n'est pas près de vous lâcher (la mort non plus, d'ailleurs) : pour approfondir les liens entre théâtre et musique et vous préparer aux représentations de L'Opéra de quatre notes qui commenceront la semaine prochaine, rendez-vous ce jeudi 16 octobre à 18h30 sur le site Richelieu de la Bibliothèque nationale de France pour une rencontre autour de "mettre en scène la musique". Vous trouverez plus d'informations ici.

En attendant et pour ceux qui n'ont pas encore vu Rêve d'automne, voici quelques fameux graviers dans la main de Dominique Lemaire, l'un de nos deux directeurs techniques. La photo est de lui aussi.

Bon mardi.




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