Flash-back

La saison 2008-2009 de l’Athénée s’est terminée avec Les Mains sales et Les Justes (ou Les Mains justes, pour ceux qui voudront aller plus vite), mais vous souvenez-vous des spectacles qui ont habité l’Athénée et ce blog depuis septembre dernier?
Flash-back (ou analepse, pour ceux qui préfèrent éviter les anglicismes) très subjectif:

 

Le texte oublié sur le banc de Rêve d’automne
de Jon Fosse mis en scène par David Géry.



«Il y a quelque chose qui pourrait toucher à la pornographie dans l’opéra.»
Paul-Alexandre Dubois, le metteur en scène de L’Opéra de quatre notes de Tom Johnson en entretien sur le blog.

Extrait du Tribun/Finale de Mauricio Kagel mis en scène par Jean Lacornerie:
«La police, c’est vous!»

 

La seule photo que j’avais réussi à prendre de Claus Peymann/Sik Sik,
le spectacle double de Carlo Cecchi.

 

«Si tu veux essayer de plaire à tout prix, tu pleures dès que tu en entends un tousser dans la salle! Si je peux te donner un conseil : pense à ta grand-mère et fais une œuvre!»
Céline Sallette, actrice dans après la répétition d'Ingmar Bergman mis en scène par Laurent Laffargue, à des étudiants en art venus voir le spectacle.

 

Le Magazine, l’émission de Lionel Esparza diffusée sur France Musique en direct de l’Athénée à l’occasion des voix d’Olivier Messiaen.

 

«Cette compagnie est un véritable collectif, une troupe où on travaille dans le sens de l'œuvre et non dans celui des individualités. C'est un dialogue constructif où tout le monde va dans la même direction.»
Jean-Philippe Salerio, le metteur en scène de l’opérette La Cour du Roi Pétaud, en entretien sur le blog.

 

Les bouts de bois que l’on frappe l’un contre l’autre dans
La Puce à l’oreille de Georges Feydeau mis en scène par Paul Golub pour faire un bruit de claque.

 

Les enfants partant du premier concert de Claire-Marie Le Guay, pianiste en résidence à l’Athénée: un deuxième concert a suivi, et vous pourrez la retrouver l’année prochaine!

 

Le lustre magnifique de l’opéra Les Enfants terribles de Jean Cocteau et Philip Glass mis en scène par Paul Desveaux.

 

«Dans En attendant Godot, chaque réplique ouvre mille portes…»
Patrick Zimmermann, comédien dans En attendant Godot de Samuel Beckett mis en scène par Bernard Levy, en entretien sur le blog.



La traduction française de la morale de Cosi fan tutte, l’opéra de Mozart et Da Ponte mis en scène par Yves Beaunesne et dirigé par François Bazola:
«Heureux celui qui, malgré les ennuis, arrive à prendre la vie du bon côté…»

 

Chantal et Gérard: c’est le prénom des deux spectateurs qui, après avoir vu Riders to the Sea de Ralph Vaughan Williams d’après John Millington Synge à l’Athénée, ont décidé de se rendre sur les îles d’Aran où se déroulait l’action de l’opéra.

Un concentré (et une sélection!) des effets sonores que l’on pouvait entendre dans La Cantatrice chauve, un opéra de Jean-Philippe Calvin d’après Eugène Ionesco mis en scène par François Berreur.
(Retrouvez la vidéo ici sur YouTube)

 


«À quel monde meilleur rêvez-vous? Et comment allez-vous le construire?»
étaient les questions posées pour le cinquième forum de discussion des jeunes organisé par l’Athénée: le 15 mai dernier, quatre cents lycéens ont ainsi pu débattre à l’Athénée avec Daniel Cohn-Bendit, François Durpaire, Susan Georges et Bruno Rebelle.

 

Après trois ans de résidence et quatre concerts cette saison à l’Athénée Théâtre Louis-Jouvet, le Quatuor Psophos tire sa révérence avec le concert de clôture, Brahms/Strauss, dans le décor des Mains sales.



«Le théâtre de l’engagement, c’est peut-être vouloir défendre le texte dans un monde où les paroles sont sommées de laisser la place à l’image, où le fond cède à la forme. Mais quand il n’y a plus de paroles, c’est le début de la barbarie! C’est ce que nous combattons.»
Guy-Pierre Couleau, le metteur en scène des Mains sales de Jean-Paul Sartre et des Justes de Camus, en entretien sur le blog.

La troupe des Justes d’Albert Camus mis en scène par Guy-Pierre Couleau salue pour sa dernière représentation à l’Athénée.

Le public de la présentation de la saison 2009-2010 de l’Athénée commençant à sortir du théâtre: si vous n’avez pas pu y assister, cliquez ici pour découvrir les spectacles que vous propose l’Athénée à partir de septembre prochain!

 

 

Et vous, qu’avez-vous retenu de cette saison 2008-2009 de l’Athénée Théâtre Louis-Jouvet? Pour nous le dire, cliquez ici et laissez un commentaire sur le blog!

Bon début de semaine à tous.


PS : des commentaires au billet de jeudi se sont ajoutés pendant le week-end, promis, je vous réponds aujourd’hui! Le sondage sur votre lecture du blog est toujours actif.

 


La police, c'est vous !

Les Parisiens se souviendront peut-être des affiches qui lançaient en ce début de saison : "La police, c'est vous !" : aviez-vous reconnu de quelle pièce la phrase était tirée? C'est au choix parmi Rêve d'automne, L'Opéra de quatre notes, Le Tribun/Finale et Claus Peymann/Sik Sik.

Quant à "Nous allons attaquer le mur de l'intimité", d'où provient-elle à votre avis? après la répétition, 2x4 du Quatuor Psophos, Les voix d'Olivier Messiaen ou La Cour du Roi Pétaud ? Vous évoque t-elle quelque chose de particulier?

Avec des affiches moins explicites, des programmes de salle d'auteur et ce blog, un nouveau mode de communication se met en marche à l'Athénée : pour y participer il suffit de prendre cinq minutes en cliquant sur "ajouter un commentaire" en bas de ce billet. En espérant vous lire très bientôt, je vous souhaite un bon mardi!


Noms d'oiseaux

La semaine dernière, petit exercice avec Sylvie Dabek, opératrice de billetterie à l'Athénée : combien d'oiseaux connaissons-nous?

Seule chez moi, j'en retrouve trente et un : faucon, caille, mésange, colombe, perruche, corbeau, perdrix, étourneau, aigle, geai, corneille, pigeon, héron, buse, fauvette, hirondelle, pic-vert, perroquet, alouette, merle, cigogne, grive, vautour, pinson, canard, pélican, rossignol, tourterelle, albatros, goéland, mouette.

Olivier Messiaen, dont la semaine dédiée vient de se terminer à l'Athénée, en connaissait plus de quatre cents dont il avait retranscrit les chants.

Mais j'y pense, le martinet, c'est aussi un oiseau, non? Cela fait donc trente-deux : merci au directeur de l'Athénée de faire dans l'ornithologie par sa généalogie… Il existe le martinet à collier blanc, le martinet de Sibérie, le martinet ramoneur ou encore le martinet épineux : je ne jugerai pas du caractère piquant (ou compliqué) du directeur mais une chose est sûre, on a trouvé le martinet à lunettes!!!

(Si vous ne trouvez pas de message de moi demain matin, c'est que Patrice Martinet m'aura virée)

Bon début de semaine à tous en attendant la pétaudière qui commencera dès jeudi!


Papa Schultz

Monsieur Claude Samuel, délégué général de l'association Messiaen 2008, est un monsieur très courtois qui, malgré son emploi du temps chargé en cette année de centenaire, m'accorda un long entretien auquel il arriva de surcroît à l'heure (le comble du luxe pour la blogueuse désormais familière du pied de grue).
Morceaux choisis :

"_ Alors, cette année Messiaen, qu'est-ce que cela donne?
_ Il est encore trop tôt pour se prononcer définitivement : il reste encore quelques semaines et nous n'avons pas recueilli toutes les informations. Mais nous en sommes à 1500 concerts Messiaen dans le monde pour cette année 2008! Il y a évidemment pas mal de manifestations en France, mais aussi en Grande-Bretagne, en Hollande, au Canada, en Allemagne, au Japon, en Hongrie, en Islande, en Nouvelle-Calédonie, aux Etats-Unis, en Malaisie…
Aujourd'hui, il y aurait dû y avoir un concert à Pékin, malheureusement annulé au dernier moment à cause du refroidissement des relations franco-chinoises suite à la rencontre entre Nicolas Sarkozy et le Dalaï-Lama…

_ Pourquoi ce centenaire Messiaen a t-il tant de succès?
_ Parce que cela répond à une demande du public! La musique de Messiaen utilise un langage extrêmement complexe, mais son grand pouvoir expressif et son caractère romantique, qui la mettaient d'ailleurs à contre-courant de son temps, la rend accessible. Il était en outre très attaché à la pédagogie et a eu énormément d'élèves comme Pierre Boulez, Karlheinz Stockhausen, Georges Tremblay… Beaucoup de compositeurs ont travaillé avec Messiaen : quand il est arrivé au Conservatoire en 1941…

_ 1941? J'avais compris qu'il était resté prisonnier de guerre jusqu'en 1944 et que le poste de professeur lui avait été proposé à la fin de la guerre ?
_ Il y a parfois des difficultés à établir des faits précis de certains pans de la vie de Messiaen, car c'était un homme de l'hyper secret. L'année Messiaen est d'ailleurs très bénéfique pour cela, car en plus de jouer ses œuvres, on s'est également interrogé sur lui. J'ai fait un nombre d'entretiens incroyable avec lui, et je peux vous dire que s'il pouvait passer des heures sur certains sujets comme l'ornithologie, il restait muet sur d'autres.
Par exemple, au moment de la création de La Nativité du Seigneur en Grande-Bretagne, on lui avait demandé de rédiger sa biographie en anglais : et lui, qui avait un père professeur d'anglais traducteur de Shakespeare, répondit qu'il ne parlait pas anglais, pour ensuite parler dans sa biographie de sa mère, la poétesse Cécile Sauvage, sans même mentionner son père! Il avait sans nul doute un problème avec son père, mais il n'en a jamais parlé. Sa correspondance avec sa femme, la pianiste Yvonne Loriod, serait sans doute très précieuse, mais elle a demandé à ce que celle-ci soit détruite après sa mort : on verra si ses volontés seront respectées ou non...
En ce qui concerne votre question de chronologie, il a été fait prisonnier dans un stalag en Silésie en juin 1940, et il a continué à composer de la musique là-bas. Il a été libéré en mars 1941 et a été nommé professeur au Conservatoire au printemps 1941. En fait, c'est au stalag qu'il a composé (et créé d'ailleurs, dans des conditions qu'on imagine difficiles!) le fameux Quatuor pour la fin du Temps joué avant-hier à l'Athénée par l'ensemble Aréthuse.

_ On s'est souvent trompé sur le titre de ce Quatuor pour la fin du Temps
_ Parce qu'il l'a composé alors qu'il était prisonnier, beaucoup l'ont effectivement uniquement relié à la guerre. Alors que pour Messiaen, ce titre relevait du domaine de la spiritualité. Il avait une vision joyeuse de la mort qui, pour lui, signifiait être hors du temps et hors de l'espace.

_ Qu'est-ce qui explique que l'œuvre d'Olivier Messiaen ait été tant sujette à polémique?
_ Tout d'abord, sa musique possède un côté lyrique et romantique là où le 20e siècle a eu tendance à rejeter l'expressivité pour privilégier la musique dite objective. Les textes qu'il rédigeait pour accompagner ses œuvres étaient également assez mal reçus : beaucoup trouvaient cela complètement inutile. C'est aussi une musique de la démesure, et en cela la comparaison avec Berlioz me paraît très pertinente. Enfin, sa musique était difficile à cerner même si l'on pouvait y voir quelques influences de Debussy : tout simplement, c'était une œuvre qui ne se reconnaissait pas."

Les voix d'Olivier Messiaen continue à l'Athénée jusqu'à la fin de la semaine! Ce soir, demain puis dimanche, les solistes de l'Atelier Lyrique de l'Opéra National de Paris vous offriront l'intégrale de ses cycles vocaux en trois parties avec également des œuvres de Mozart, Debussy, Berlioz et Moussorgski.

Demain à 14h, vous pourrez assister gratuitement à une masterclass autour des Poèmes pour mi d'Olivier Messiaen : elle sera donnée par Christiane Eda-Pierre, créatrice en 1983 à l'Opéra Garnier du rôle de l'ange dans Saint François d'Assise.

Bon week-end à tous et à lundi!


Résumé des épisodes précédents

Les Voix d'Olivier Messiaen continue à l'Athénée! Si vous êtes restés chez vous hier, voici ce que vous avez manqué :

1. Une émission sur France Musique en direct de l'Athénée Théâtre Louis-Jouvet : Le Magazine de Lionel Esparza avec la collaboration d'Emilie Munera.

En partant du bas pour tourner dans le sens des aiguilles d'une montre, on trouve Emilie Munera, Claude Samuel, Lionel Esparza, Michel Fano, Patrice Martinet et un collaborateur de Lionel Esparza.

 

2. Une interprétation de La Mort du Nombre d'Olivier Messiaen

De gauche à droite : Tiziano Circosta (piano), Gaëtan Tesse (violon), Clémence Olivier (soprano) et Bernard Aguirre (ténor).

 

3. Des extraits des Poèmes pour Mi d'Olivier Messiaen

Toujours Tiziano Circosta au piano, et Sarah Laulan en soprano.

 

4. Les pupitres de l'Ensemble Aréthuse dans l'attente du début du Quatuor pour la fin du Temps d'Olivier Messiaen.

 

5. Les pupitres de l'Ensemble Aréthuse cachés par l'Ensemble Aréthuse après le Quatuor pour la fin du Temps d'Olivier Messiaen.

De gauche à droite : Nicolas Royez (pianiste), Dorothée Royez (violoniste), Christophe Davezac (violoncelliste) et Rozenn Le Trionnaire (clarinettiste).

 

Ce soir, l'Ensemble Itinéraire offre un aperçu de la succession du maître avec Génération Messiaen où, outre ses Oiseaux exotiques, vous pourrez entendre des œuvres de Gérard Grisey, Betsy Jolas et Michaël Levinas.
Avec le Triple Duo d'Elliott Carter, c'est l'occasion de fêter également le centenaire de ce compositeur américain, qu'à part la date de naissance beaucoup de choses séparent de Messiaen.

Bon jeudi en musique!


L'Athénée se tape l'affiche (1)

Nous avions évoqué le 13 octobre dernier les correspondances entre un événement culturel et sa communication mais n'avons pas parlé des modes en matière de graphisme. Vous avez vu lundi une affiche de 1949 au graphisme que nous définirons comme spartiate -il faut dire qu'à l'époque, on parlait davantage de maquettistes.

Les photos que Dominique Lemaire a prises des affiches de l'Athénée depuis 1982 nous donnent un petit aperçu de l'évolution de la communication visuelle avec le temps :

Mai 1982 : l'Athénée est le "rendez-vous des compagnies théâtrales subventionnées" et vous sert du Bouillon le cœur sur la main.

 

Février 1983 : l'Athénée aimait déjà le rose et avait manifestement déjà embauché quelqu'un pour espionner la vie de ses coulisses.

 

Septembre 1983 : et pourtant, Pierre Desproges n'avait pas encore déclaré son vibrant "Je hais les cintres. Le cintre agresse l'homme! Par pure cruauté!"

 

Février 1985. A cette époque, le texte était apparemment déjà central à l'Athénée Théâtre Louis-Jouvet.

 

Octobre 1985. Une affiche qui parle à tout le monde.

 

Octobre 1986 : le premier spectacle que Patrice Martinet, aujourd'hui directeur, vit à l'Athénée, avec sa deuxième version en 1987 :

 

La communication de l'Athénée a donc toujours eu la bougeotte, et vous aurez la suite des années 80 au prochain épisode!

Les voix d'Olivier Messiaen continue jusqu'à dimanche : ce soir, émission en direct sur France Musique suivie d'un concert gratuit donné par des élèves de conservatoires de Paris! Bon mercredi.


PS à ceux qui ne comprennent pas le titre : il fallait être plus jeune.
(Pardon, il fallait que je me venge, je n'étais même pas née au moment des quatre premières affiches...)


En direct de Radio France

C'est ce soir que commence la semaine dédiée à Olivier Messiaen à l'Athénée avec le Programme Jeune France. Demain soir, après l'émission en direct sur France Musique, des élèves de conservatoires parisiens donneront un concert gratuit de musique de chambre composée par Messiaen.

Rozenn Le Trionnaire a 23 ans, est élève au Conservatoire à Rayonnement Régional de Paris (ex CNR) tout en préparant une licence de musicologie à la Sorbonne, et est clarinettiste dans l'ensemble Aréthuse qui joue demain soir le Quatuor pour la fin du temps.

"_ Pourquoi cumuler deux formations? La licence que tu prépares à l'université, c'est une sécurité?
_ Non, la sécurité c'est pour au cas où tu ne parviens pas à faire ce que tu veux, et je compte bien arriver à ce que je veux faire! La fac est complémentaire du Conservatoire en me permettant d'écouter de la musique, de faire de l'histoire de la musique de l'an 900 à aujourd'hui ou de l'analyse d'œuvres, ce que tu n'as pas le temps de faire en cours d'instrument. Je ne le vois pas du tout comme un filet de sécurité mais bien comme une ouverture supplémentaire.

_ Aviez-vous déjà joué le Quatuor pour la fin du temps de Messiaen?
_ Le quatuor Aréthuse s'est formé spécifiquement pour travailler cette œuvre, sur invitation de l'un de nos professeurs. Nous l'avons déjà joué deux fois, au Conservatoire et lors d'un festival. Et commencer à travailler ensemble sur ce quatuor, c'était un peu difficile…

_ Parce que le Quatuor pour la fin du temps est particulièrement dur à jouer?
_ Oui, c'est une œuvre complexe qui demande énormément de travail : les phrases musicales sont extrêmement longues et le langage de Messiaen est vraiment particulier. Rien ne ressemble à du Messiaen, c'est une écriture inédite qui n'est même pas typique à une époque. Jouer ce quatuor demande beaucoup de recherche et de travail, et la satisfaction arrive après beaucoup de temps : on ne peut pas filer l'œuvre entièrement et ensuite la travailler dans le détail, on est obligé de travailler petit à petit… Au final, on a mis six mois avant de pouvoir jouer l'œuvre en entier! Rien ne vient tout seul, c'est comme décrypter un parchemin.
En plus, les indications sont très figurées : Messiaen est très attaché au visuel et emploie des mots qui relèvent plus de la peinture que de la musique. Donc tu oublies les indications telles que "Allegro" ou "chanté" pour essayer de comprendre "granitique", "en poudroiement harmonieux", "comme un oiseau", "bronzé", "cuivré", "ensoleillé", "impalpable"… Il faut s'approprier cette œuvre, tenter de comprendre ce qu'il veut dire et le faire bien : cela demande beaucoup de travail et de réflexion pour être "un oiseau" ou jouer de manière "granitique", et en plus tu n'es même pas sûr de toucher à la vérité.

_ Les œuvres de Messiaen sont donc difficiles à appréhender pour un musicien, le sont-elles autant pour les auditeurs?
_ Non, je ne pense vraiment pas. Je crois que tout le monde peut être touché par la musique de Messiaen, et quel que soit le milieu d'où tu viens. Par exemple, mes parents n'écoutent pas du tout de musique classique et encore moins de la musique contemporaine : ils ont été très émus par ce qu'ils ont entendu, et je ne pense pas que c'était parce que j'étais sur scène… C'est vraiment une œuvre touchante. Et concernant le travail fourni par les musiciens dont je te parlais, il est important qu'il ne se voie pas. C'est une grande difficulté, d'interpréter une œuvre en se détachant des répétitions pour faire oublier au public tout le travail dur et parfois ingrat qu'il y a derrière. Au moment du concert, il faut saisir l'instant et donner quelque chose, oublier les automatismes et ne pas jouer ce que l'on a tout bien préparé… Sinon il ne se passe rien.

_ Est-ce qu'interpréter de la musique de chambre te plaît particulièrement?

_ Je n'ai pas de préférence, j'aime autant jouer en orchestre qu'en soliste ou en petite formation. Chaque expérience apporte des choses différentes et j'ai besoin de tout cela.

_ La formation quatuor est-elle aussi fusionnelle qu'on le dit souvent, en particulier pour le quatuor à cordes?

_ Nous sommes une formation assez spéciale qu'on appelle formation hétérogène par opposition au quatuor à cordes qui est une formation homogène: nous sommes composés d'un violon,  Dorothée Royez, d'un violoncelle, Christophe Davezac, d'un piano, Nicolas Royez, et d'une clarinette, à savoir moi.
Mais c'est vrai que contrairement à l'orchestre où les musiciens sont exécutants pendant que le chef est aux commandes, dans le cas de la musique de chambre il faut savoir élaborer une démarche à quatre. C'est effectivement un rapport un peu fusionnel où il faut aller vers une complicité musicale sans pour autant éviter de se dire des choses difficiles. Nous avons encore évidemment beaucoup de chemin à parcourir, car nous nous sommes rencontrés en janvier seulement, et il y a toujours quelques disputes...

_ D'ailleurs, d'où vous vient votre nom, Aréthuse?
_ C'est Nicolas, notre pianiste, qui nous l'a proposé. Aréthuse, c'est une nymphe de la mythologie grecque qui a donné son nom à deux fontaines dont la plus connue est près de Syracuse. Il y a plusieurs légendes propres à Aréthuse, mais Ovide raconte dans Les Métamorphoses que le dieu-fleuve Alphée s'était épris d'elle ; Artémis la transforma en source, permettant aux eaux d'Alphée et d'Aréthuse de se mêler pour rejaillir à la fontaine d'Ortygie, près de Syracuse. On aimait bien l'idée de courants différents qui finissent par couler ensemble.

_ C'est effectivement très représentatif de ce à quoi peuvent tendre des musiciens, surtout en musique de chambre! Dernière question : es-tu déjà allée à l'Athénée?
_ Non, mais on m'en a beaucoup parlé, il paraît que c'est un théâtre à l'italienne superbe avec plein de petits couloirs et des loges pas aux normes… C'est ça?

_ Les loges sont aux normes mais dans l'esprit, oui, c'est ça. Comment imagines-tu l'acoustique?
_ J'ai vraiment besoin d'utiliser la résonance de la salle, alors j'espère que ce n'est pas bourré de lourds velours rouges qui étouffent le son : sinon je risque de me sentir un peu seule sur scène même s'il paraît que côté public, l'acoustique est très bien."


Nous laisserons Rozenn et ses camarades vérifier que l'acoustique de l'Athénée est effectivement bonne (moi, je le sais déjà). De votre côté, n'oubliez pas de profiter des concerts Messiaen qui auront lieu quotidiennement jusqu'à dimanche!

Bon mardi.


Le fantôme de l'Athénée

Après la répétition s'est terminé samedi soir, et l'Athénée Théâtre Louis-Jouvet se passe de spectateurs pour deux journées. Voici donc à quoi ressemble le théâtre lorsque vous n'y êtes pas :

Lorsqu'il n'y a ni montage ni répétition, la grande salle est entièrement éteinte : on n'aperçoit ces quelques fauteuils que grâce à la lumière du couloir filtrant par une porte entrouverte.

 

La même photo vue de dos : par la porte cette fois grande ouverte, on aperçoit une affiche datant de 1949.

 

Naguère croquée par des étudiants en beaux-arts, la grande salle éclairée est aujourd'hui désertée.

 

Les lustres sont allumés au rez-de-chaussée pour vous, spectateurs qui venez prendre vos places à la billetterie ouverte tous les après-midis du lundi au samedi.

 

Les festivités reprendront en musique dès demain soir avec la semaine consacrée à Olivier Messiaen…

Les voix d'Olivier Messiaen commence donc ce mardi avec l'Ensemble vocal Sequenza 9.3 et son Programme Jeune France.

Mercredi soir, venez au concert gratuit précédé d'une émission en direct sur France Musique! Pour y assister, rendez-vous au foyer bar de l'Athénée de 18h à 19h30. Et pour l'écouter, c'est à la même heure, mais d'où vous voulez.
Le concert gratuit Quatuor pour la fin du temps débutera ensuite à 20h.

Bon début de semaine à tous!


Place à l'initiative

Alexandra Maurice, qui vole des perruques pour ensuite se retrouver derrière les barreaux, sait aussi montrer le bon exemple à notre jeunesse : c'est ainsi que, le mardi 25 novembre dernier, elle avait organisé la venue à l'Athénée d'étudiants du lycée l'Initiative situé dans le 19e arrondissement de Paris.

Aéo, Alison, Charles, Clémence, Iolani, Jean-François, Lily, Marie, Romain, Sidonie, Valentine

On vous l'a dit, Alexandra Maurice est responsable des invitations et chargée des relations avec le public scolaire : elle est là pour accompagner les professeurs souhaitant faire découvrir le théâtre à leurs élèves, sensibiliser les jeunes au spectacle et organiser des rencontres entre artistes et étudiants. Comme on peut aussi approcher le théâtre par une stratégie du détour, pour reprendre la formule de Jean-Pierre Sarrazac, les élèves du lycée l'Initiative sont d'abord venus pour dessiner l'Athénée et le décor d'après la répétition avant d'aller voir le spectacle le soir.

C'est ainsi qu'une quinzaine de jeunes déambulèrent, appareil photo et crayon en main, pour capter pendant une heure et demie les lignes et l'esprit de l'Athénée habité par la pièce de Bergman mise en scène par Laurent Laffargue. Pendant ce temps, leur professeur, Monsieur Jean-Luc Parthonnaud, m'accorda un petit entretien tout en prenant de temps en temps ses élèves en photo.

Monsieur Jean-Luc Parthonnaud, Marie, Aurélie, Justine.

"_ Qui sont vos élèves? Et vous d'ailleurs, vous êtes professeur de quoi?
_ Mes élèves sont des jeunes qui préparent les écoles des beaux-arts. Ils sont le plus souvent issus de CAP, de bac pro ou de bac STI et le lycée l'Initiative est comme une passerelle qui les prépare aux concours très difficiles des écoles de beaux-arts de Paris, Strasbourg, Rennes, Cergy, Saint-Etienne, et caetera, avec en moyenne 90% de réussite. Ce sont souvent des gamins en échec scolaire que l'on a mis dans des formations de communication visuelle et de graphisme, qui ont été formatés par l'Education Nationale et qu'il faut absolument sortir du moule de la pensée dominante. Officiellement, je suis leur professeur de français, mais mon rôle est bien de développer leur culture, leur faire faire des découvertes, leur apprendre à argumenter et leur donner des références artistiques. Pour réussir à ces concours, il ne suffit pas d'être bon techniquement, il faut aussi avoir une culture artistique et savoir en parler.

_ En clair, vous êtes là pour former leur goût selon le sens qu'en donnait Hume dans Les Essais esthétiques, à savoir "un sens fort, uni à un sentiment délicat, amélioré par la pratique, rendu parfait par la comparaison, et clarifié de tout préjugé" ?
_ Oui, c'est un vaste programme culturel et humain que j'essaie de mener pendant mes cinq heures de cours hebdomadaires. Je les emmène au théâtre, à des expositions, voir des spectacles de danse… En ce moment, je les fais travailler sur les mythes, qui sont très présents dans l'art mais qui peuvent aussi se retrouver dans l'idéologie et l'exploitation, comme l'explique Roland Barthes. Ensuite, je passerai à Deleuze, Marx, Foucault…
C'est un travail qu'ils doivent d'ailleurs continuer pendant le week-end, car il est important qu'ils développent une sensibilité et un argumentaire personnels! Je suis là pour les aider à apprécier l'art contemporain et à former leur jugement. Cela les oblige à une grande remise en question, car plus on fait de découvertes artistiques plus le goût évolue, et c'est parfois difficile de se dire "mon dieu, comme c'était horrible ce que j'aimais avant!". Cela demande également une certaine implication financière, car il faut payer des places de spectacles ou des billets d'entrée aux expositions, mais on leur apprend que c'est surtout une question de choix et que c'est à eux de décider où dépenser leur argent.

Les étudiants continuent à parcourir le théâtre en silence et je suis, il faut bien le dire, assez étonnée de leur sérieux, de leur tenue et de leur implication manifeste.

Aéo, Sidonie, Romain, Aurélie, Marie

_ Ils sont en tout cas très agréables et souriants, et ils ont l'air contents d'être là, non?
_ Oui, ils comprennent qu'on ne se moque pas d'eux. Après des années à être passés à la moulinette de l'Education Nationale, ils se sentent valorisés ici. Ils voient que beaucoup de gens se démènent pour eux, qu'on les emmène dans des lieux prestigieux, que des artistes prennent le temps de les rencontrer et qu'on est là pour les amener à faire des découvertes. Et il y a de toutes façons une très bonne dynamique de groupe dans cette classe.

_ C'est la première fois que vous les emmenez au théâtre?

_ Cette classe-là, oui. Mais je suis un habitué de l'Athénée, je viens depuis 1978. Un de mes souvenirs le plus marquant se situe en 1997, lorsque j'avais emmené une classe de première pour L'Illusion comique mise en scène par Jean-Marie Villégier : il était venu leur apprendre à lire des passages de Corneille à la façon du 17e siècle!
_ Cela vous semble important, que vos élèves rencontre les artistes?
_ Définitivement oui, car ils ont des arguments d'autorité : si c'est moi qui leur explique qu'ils doivent travailler dur, je suis dans le rôle du vieux con. Si c'est un artiste, ils l'écoutent et cela accélère nettement leur compréhension et leur production. Je repense à Chantal Thomas, scénographe de Jacques ou la soumission et de L'Avenir est dans les oeufs, qui était venue leur expliquer son travail : elle avait amené tous les dossiers préparatoires à la création de la scénographie et avait détaillé tout le processus et le temps incroyable que cela lui avait pris… C'était le silence total dans la salle de classe, et je peux vous dire qu'après, ils ont travaillé comme des fous! D'ailleurs, Fanny Cottençon, actrice dans après la répétition, était venue au lycée à l'occasion de la sortie du film de Roger Coggio, Le Journal d'un Fou, dans lequel elle avait joué.

_ Pour vous, cela doit représenter un investissement énorme…
_ Oui, c'est épuisant, d'autant que l'on doit tout faire dans un laps de temps très court : les dates de concours avancent chaque année. Mais quel plaisir de les amener à faire des découvertes, de leur donner confiance, de les retrouver des années plus tard dans le public des salles de spectacles ou de voir qu'ils ont réussi leur vie professionnelle! J'ai d'ailleurs une ancienne élève qui va travailler avec Chantal Thomas et Laurent Pelly."

 

J'ai laissé Monsieur Parthonnaud et ses élèves terminer leur travail et assister à la représentation d'après la répétition, pour ensuite les retrouver après la pièce pour une rencontre avec Céline Sallette et Fanny Cottençon, actrices dans le spectacle. Morceaux choisis :

"_ Comment en êtes-vous venues à faire du théâtre?
Céline Sallette : _ J'étais amoureuse d'un type qui faisait du théâtre, alors à treize ans je me suis mise à en faire aussi.
Fanny Cottençon : _ Chacun doit trouver son propre moyen d'expression. Vous, ce sont les beaux-arts. Moi, ce sont les mots des autres.

_ Est-ce que vous avez joué dans des films?
Céline Sallette : _ Oui, plein, alors je te conseille d'aller voir sur le site de l'Internet Movie Database, ça ira plus vite.
Fanny Cottençon : _Il paraît qu'Allociné c'est bien aussi.

Le téléphone de Céline Sallette sonne :

_  Excusez-moi, ça doit être ma mère.

_ Comment vous préparez-vous pour entrer dans un personnage? Enfin, comment faites-vous pour dégager une émotion aussi sincère?
_ Quelles études avez-vous faites?
_ Madame Cottençon, comment fait-on pour jouer un personnage qui a bu?
_ Est-ce que cela vous a plus de jouer des actrices?
_ Est-ce que vous cherchez à plaire quand vous jouez?
Céline Sallette : _ Ah non, surtout pas! Tu imagines si tu veux essayer de plaire à tout prix, tu pleures dès que tu en entends un tousser dans la salle! Si je peux te donner un conseil : pense à ta grand-mère et fais une œuvre!
Fanny Cottençon : _ Si tu plais, tant mieux, c'est que quelque part tu as bien fait ton travail. Mais ce n'est pas en cherchant la reconnaissance que tu vas être bon!

_ Mais, finalement, enfin, après la fin de la pièce, ça se termine bien ou pas?
Fanny Cottençon : _ C'est à toi de l'imaginer. Pour toi, comment peut se poursuivre l'histoire après la fin?
_ Je ne sais pas, il n'y a pas vraiment de fin, alors je me disais que peut-être, vous, vous sauriez…"


Ces étudiants reviendront peut-être un jour à l'Athénée de leur propre initiative. En attendant, ils pourront toujours se souvenir de cette journée et remercier leur professeur de tant se démener : souhaitons-leur bonne chance pour leurs concours en espérant qu'un jour, c'est en tant que décorateurs ou scénographes qu'ils pourront déposer leur manteau sur les sièges du théâtre...


Après la répétition
se joue jusqu'à demain soir et laisse ensuite la place à une semaine consacrée à Olivier Messiaen. D'ici là, bon week-end à tous!


Question pour un champion (1)

Mon nom de famille comporte une voyelle à ne pas prononcer et j'ai un prénom d'arbre fruitier. Ma mère était une poétesse et j'ai mis l'une de ses œuvres en musique. J'ai brièvement habité au 67 rue Rambuteau à Paris.

Je suis tellement jeune lorsque je suis nommé organiste de l'Eglise de la Trinité qu'un journaliste de L'Instransigeant venu m'interviewer commence par me demander "il n'est pas là ton papa?". Pendant la deuxième guerre mondiale, étudier des partitions de Beethoven, Ravel et Stravinski m'est d'un grand réconfort et il est fort possible qu'on m'ait proposé un poste de professeur au Conservatoire alors que j'étais encore engagé dans l'armée.

Mes œuvres sont publiées chez le même éditeur que Claude Debussy et le premier cours d'harmonie que je donne au Conservatoire le 7 mai 1941 porte sur son Prélude à l'après-midi d'un faune. Le scandale provoqué par la création de l'une de mes œuvres a parfois été comparé à celui suscité par Le Sacre du Printemps de Stravinski.

On s'est souvent moqué de moi pour avoir fourni une sorte de mode d'emploi (en tout cas une sorte d'explication préalable) à mes œuvres. Je ne me définis pas comme un musicien mais davantage comme un ornithologue rythmicien. Je m'inspire beaucoup du chant des oiseaux pour composer ma musique au point de parfois déployer une énergie incroyable pour me faire envoyer des enregistrements de chants d'oiseaux en provenance de pays lointains.

J'ai été beaucoup invité dans des pays étrangers et suis rapidement devenu mondialement connu. Mes agendas se remplissent de plus en plus au fil de ma carrière et le nombre impressionnant de commandes que l'on me fait finit par en remplir les pages au point de les rendre quasiment illisibles. En 1971, Rolf Liebermann, directeur de l'Opéra de Paris, me passe commande d'un opéra que je n'accepte que parce qu'il m'en a fait la demande devant le Président de la République Georges Pompidou lors d'un dîner à l'Elysée : la composition en fut longue, laborieuse et me causa beaucoup d'angoisse, mais lorsqu'il fut achevé j'eus l'impression d'avoir composé l'œuvre de ma vie.

Ma foi catholique est très importante dans mon travail d'artiste et beaucoup de mes œuvres sont fondées sur des sujets religieux. Ma dernière œuvre créée de mon vivant est un hommage à Mozart commandé par le chef d'orchestre Marek Janowski à l'occasion du bicentenaire du compositeur.

Je suis décédé le 27 avril 1992 : on ne sait pas à quelle heure, mais ma femme, pianiste célèbre, retrouva sur la table de nuit ma montre arrêtée à 20h30.

J'ai composé une œuvre colossale parmi laquelle on peut citer Quatuor pour la fin du Temps, Turangalîla  Symphonie ou encore Saint François d'Assise. On fête cette année le centenaire de ma naissance et mille concerts de mes œuvres seront donnés dans trente-cinq pays. L'Athénée m'offre à cette occasion une semaine de concerts du 9 au 14 décembre. Je suis? Je suis?

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