Flash-back

La saison 2008-2009 de l’Athénée s’est terminée avec Les Mains sales et Les Justes (ou Les Mains justes, pour ceux qui voudront aller plus vite), mais vous souvenez-vous des spectacles qui ont habité l’Athénée et ce blog depuis septembre dernier?
Flash-back (ou analepse, pour ceux qui préfèrent éviter les anglicismes) très subjectif:

 

Le texte oublié sur le banc de Rêve d’automne
de Jon Fosse mis en scène par David Géry.



«Il y a quelque chose qui pourrait toucher à la pornographie dans l’opéra.»
Paul-Alexandre Dubois, le metteur en scène de L’Opéra de quatre notes de Tom Johnson en entretien sur le blog.

Extrait du Tribun/Finale de Mauricio Kagel mis en scène par Jean Lacornerie:
«La police, c’est vous!»

 

La seule photo que j’avais réussi à prendre de Claus Peymann/Sik Sik,
le spectacle double de Carlo Cecchi.

 

«Si tu veux essayer de plaire à tout prix, tu pleures dès que tu en entends un tousser dans la salle! Si je peux te donner un conseil : pense à ta grand-mère et fais une œuvre!»
Céline Sallette, actrice dans après la répétition d'Ingmar Bergman mis en scène par Laurent Laffargue, à des étudiants en art venus voir le spectacle.

 

Le Magazine, l’émission de Lionel Esparza diffusée sur France Musique en direct de l’Athénée à l’occasion des voix d’Olivier Messiaen.

 

«Cette compagnie est un véritable collectif, une troupe où on travaille dans le sens de l'œuvre et non dans celui des individualités. C'est un dialogue constructif où tout le monde va dans la même direction.»
Jean-Philippe Salerio, le metteur en scène de l’opérette La Cour du Roi Pétaud, en entretien sur le blog.

 

Les bouts de bois que l’on frappe l’un contre l’autre dans
La Puce à l’oreille de Georges Feydeau mis en scène par Paul Golub pour faire un bruit de claque.

 

Les enfants partant du premier concert de Claire-Marie Le Guay, pianiste en résidence à l’Athénée: un deuxième concert a suivi, et vous pourrez la retrouver l’année prochaine!

 

Le lustre magnifique de l’opéra Les Enfants terribles de Jean Cocteau et Philip Glass mis en scène par Paul Desveaux.

 

«Dans En attendant Godot, chaque réplique ouvre mille portes…»
Patrick Zimmermann, comédien dans En attendant Godot de Samuel Beckett mis en scène par Bernard Levy, en entretien sur le blog.



La traduction française de la morale de Cosi fan tutte, l’opéra de Mozart et Da Ponte mis en scène par Yves Beaunesne et dirigé par François Bazola:
«Heureux celui qui, malgré les ennuis, arrive à prendre la vie du bon côté…»

 

Chantal et Gérard: c’est le prénom des deux spectateurs qui, après avoir vu Riders to the Sea de Ralph Vaughan Williams d’après John Millington Synge à l’Athénée, ont décidé de se rendre sur les îles d’Aran où se déroulait l’action de l’opéra.

Un concentré (et une sélection!) des effets sonores que l’on pouvait entendre dans La Cantatrice chauve, un opéra de Jean-Philippe Calvin d’après Eugène Ionesco mis en scène par François Berreur.
(Retrouvez la vidéo ici sur YouTube)

 


«À quel monde meilleur rêvez-vous? Et comment allez-vous le construire?»
étaient les questions posées pour le cinquième forum de discussion des jeunes organisé par l’Athénée: le 15 mai dernier, quatre cents lycéens ont ainsi pu débattre à l’Athénée avec Daniel Cohn-Bendit, François Durpaire, Susan Georges et Bruno Rebelle.

 

Après trois ans de résidence et quatre concerts cette saison à l’Athénée Théâtre Louis-Jouvet, le Quatuor Psophos tire sa révérence avec le concert de clôture, Brahms/Strauss, dans le décor des Mains sales.



«Le théâtre de l’engagement, c’est peut-être vouloir défendre le texte dans un monde où les paroles sont sommées de laisser la place à l’image, où le fond cède à la forme. Mais quand il n’y a plus de paroles, c’est le début de la barbarie! C’est ce que nous combattons.»
Guy-Pierre Couleau, le metteur en scène des Mains sales de Jean-Paul Sartre et des Justes de Camus, en entretien sur le blog.

La troupe des Justes d’Albert Camus mis en scène par Guy-Pierre Couleau salue pour sa dernière représentation à l’Athénée.

Le public de la présentation de la saison 2009-2010 de l’Athénée commençant à sortir du théâtre: si vous n’avez pas pu y assister, cliquez ici pour découvrir les spectacles que vous propose l’Athénée à partir de septembre prochain!

 

 

Et vous, qu’avez-vous retenu de cette saison 2008-2009 de l’Athénée Théâtre Louis-Jouvet? Pour nous le dire, cliquez ici et laissez un commentaire sur le blog!

Bon début de semaine à tous.


PS : des commentaires au billet de jeudi se sont ajoutés pendant le week-end, promis, je vous réponds aujourd’hui! Le sondage sur votre lecture du blog est toujours actif.

 


La police, c'est vous !

Les Parisiens se souviendront peut-être des affiches qui lançaient en ce début de saison : "La police, c'est vous !" : aviez-vous reconnu de quelle pièce la phrase était tirée? C'est au choix parmi Rêve d'automne, L'Opéra de quatre notes, Le Tribun/Finale et Claus Peymann/Sik Sik.

Quant à "Nous allons attaquer le mur de l'intimité", d'où provient-elle à votre avis? après la répétition, 2x4 du Quatuor Psophos, Les voix d'Olivier Messiaen ou La Cour du Roi Pétaud ? Vous évoque t-elle quelque chose de particulier?

Avec des affiches moins explicites, des programmes de salle d'auteur et ce blog, un nouveau mode de communication se met en marche à l'Athénée : pour y participer il suffit de prendre cinq minutes en cliquant sur "ajouter un commentaire" en bas de ce billet. En espérant vous lire très bientôt, je vous souhaite un bon mardi!


Sous vos applaudissements

Le Tribun/Finale appelait manifestement à réaction, et sur le blog les commentaires ne se sont pas fait attendre. Il y eut débat sur l'idée d'oeuvre conceptuelle, sur la démagogie, sur le discours, mais également un, en apparence plus anecdotique, sur la question des applaudissements : étaient-ils nourris, seulement polis, enthousiastes ou carrément glacés? L'appréciation de la tonalité des applaudissements variait selon l'auteur de chaque commentaire et pouvait servir de justification à un avis que l'on préfère toujours voir partagé : "j'ai aimé, mais je n'étais pas le seul, souvenez-vous des applaudissements tonitruants!"

Il y aurait beaucoup à dire sur l'origine des applaudissements dont l'usage remonterait à l'empereur Auguste cherchant à réguler les cris saluant une représentation, et l'on renvoie le lecteur intéressé à l'abécédaire de Vincent Borel, Un Curieux à l'opéra, édité chez Actes Sud en 2006. Ils tendent aujourd'hui à se répandre hors des sociétés occidentales, même si les applaudissements japonais sont souvent très mesurés voire inexistants et que beaucoup de Maliens, s'ils battent volontiers des mains pendant le spectacle, le font rarement à la fin : éventuellement question de pudeur chez les premiers et de vision communautaire d'un art intégré au quotidien chez les seconds, les applaudissements sont en tout cas révélateurs de codes sociaux et d'organisations de société qu'il serait vain de vouloir traiter en quelques mots.

Revenons donc au cas de l'Athénée, car on n'applaudit pas de la même manière après Le Tribun qu'après Finale, après un concert du Quatuor Psophos qu'après L'Opéra de quatre notes, après Rêve d'automne qu'après Claus Peymann.../Sik Sik (quoique dans ce cas précis, pour l'instant je fabule, car Claus Peymann.../Sik Sik ne commence que demain). La façon dont on applaudit dépend certes de son appréciation personnelle du spectacle mais aussi de bien d'autres facteurs.

Dans le cas du Tribun, on est à l'entracte qui précède Finale, et l'on a tendance à se réserver pour la fin -Finale récolte donc les applaudissements pour deux, mais je ne dis pas ça pour créer un conflit entre Bernard Bloch et l'Ensemble 2e2m, évidemment (hum). Avec le Quatuor Psophos, l'on entre dans le monde feutré de la musique classique où il est sacrilège d'applaudir entre deux mouvements d'une même oeuvre et inélégant de hurler "bravooooooo !!!!!" à gorge déployé, sauf exceptions notables comme les festivals ou maisons d'opéra internationales où se pressent professionnels exigeants et amateurs passionnés. Musique aussi du côté de L'Opéra de quatre notes, mais surtout spectacle plein d'humour qui provoque le rire, et l'on est toujours plus enclin à applaudir avec enthousiasme après avoir hurlé de rire pendant une heure et demie : l'émotion n'a pas été retenue durant le spectacle et les acclamations arrivent ainsi comme une suite logique de la représentation. Rêve d'automne aurait pu connaître l'effet inverse si celui-ci n'avait pas été contrebalancé par la présence d'acteurs connus au générique : après un spectacle intime à l'ambiance peuplée de non-dits et de sensations en demi-teinte, des applaudissements bruyants paraissent vite inappropriés voire inconvenants, et il est toujours délicieux de savourer ce moment de silence plus ou moins long qui suit la dernière réplique et précède les premiers claquements.

Et quid du non-applaudissement? Imaginez-vous un spectacle suivi d'un grand silence, comme devraient l'être les représentations de Parsifal pour lesquelles Wagner interdît le moindre signe d'adhésion afin de n'en pas briser la spiritualité? On applaudit souvent, même lorsqu'on n'est pas content (le claquement se faisant alors mou et peu enthousiaste) : les applaudissements font ainsi office de rituel permettant le passage du monde du spectacle au monde réel.

Nouvel avatar du nocher Charon ou manifestation d'opinion, les applaudissements qui viendront saluer Claus Peymann.../Sik Sik auront sans doute eux aussi leur coloration singulière. Il y a fort à parier que nous serons nombreux cette semaine à prendre en compte la nationalité italienne des artistes dans nos applaudissements en voulant particulièrement remercier des gens qui n'ont pas hésité à venir de loin juste pour notre contentement.

Bon mardi !


Les photos/finales

Le Tribun/Finale s'est terminé samedi, et les équipes de l'Ensemble 2e2m, de la compagnie Ecuador et du Réseau (théâtre) ont quitté les lieux pour laisser la place aux artistes et techniciens de Claus Peymann compra un paio di pantaloni e viene a mangiare con me / Sik Sik l'artefice magico (que nous nous appellerons dorénavant Claus Peymann.../Sik Sik pour davantage de commodité). J'ai toutefois pu glaner quelques photos avant le départ définitif :

Tribun/Finale

Ce paquet gris et rouge, ici à la lumière d'une ampoule nue, rappellera sans doute quelque chose aux spectateurs du Tribun/Finale : l'orateur avait en effet un cadeau pour nous (il nous voulait du bien, souvenez-vous).

 

Tribun/Finale

Un autre cadeau, moins tendancieux celui-ci : les fleurs que l'Athénée a offert aux artistes pour la première.

 

Tribun/Finale

Le percussionniste avait beaucoup à faire, en particulier dans Finale : voilà un petit aperçu de son espace de travail…

 

Tribun/Finale

Les pupitres désormais vides des musiciens de l'Ensemble 2e2m.


Claus Peymann.../Sik Sik commence ce mercredi : pour en savoir un peu plus sur ce spectacle qui mêle textes de Thomas Bernhard et d'Eduardo de Filippo, n'hésitez pas à vous rendre ce soir à 19h à l'Institut Culturel Italien, 50 rue de Varenne à Paris, pour y rencontrer Carlo Cecchi, metteur en scène du spectacle, Huguette Hatem, traductrice d'Eduardo De Filippo, et Patrice Martinet, directeur de l'Athénée.

Bon début de semaine à tous!


L'histoire de Monsieur Sommer

Entretien avec Jean Lacornerie

Jean Lacornerie, le metteur en scène du Tribun/Finale, est un petit homme à l'air tout à la fois inquiet et souriant qui ressemble à Boris Vian, ou à un tableau d'Edward Hopper, ou à un dessin de Sempé, ou aux trois à la fois. Conversation assis sur un canapé dans un couloir, avant une répétition de l'Ensemble 2e2m.


Ensemble 2e2m

L'Ensemble 2e2m. De dos, Christian Loret, directeur technique de l'Ensemble.


"_ Comment mettre en scène la musique ?
_ Vous avez raison, la musique se met effectivement en scène. Elle apporte au théâtre quelque chose d'essentiel, une émotion qu'on ne peut atteindre avec les mots : la musique emmène ailleurs, d'autant que le geste des musiciens en train de jouer est toujours spectaculaire. Concernant la mise en scène de la musique, tout dépend du compositeur, de l'oeuvre en question et surtout de son équilibre entre théâtre et musique. Chez Mauricio Kagel, toute la pensée musicale est spectaculaire : le spectacle fait partie de la musique, et tout a été conçu ensemble. En fait, la mise en scène existe déjà dans le dispositif de Kagel : c'est souvent le cas aussi avec l'opéra où le compositeur a déjà une idée du spectacle, où théâtre et musique ne sont pas indépendants. Je cherche à monter des oeuvres musicales où la théâtralité est intéressante, où le théâtre et la musique sont au même niveau, comme chez Kurt Weill par exemple."


Ensemble 2e2m

C'est très animé, dans ce couloir : les musiciens de l'Ensemble 2e2m vont et viennent en se préparant pour leur répétition.


"_ Aurait-il été envisageable d'utiliser une bande enregistrée pour Le Tribun?
_ Définitivement, non. La musique enregistrée n'apporterait rien. C'est la présence des instrumentistes qui est intéressante : ces types qui jouent cette espèce de marche militaire déglinguée font contrepoids à l'orateur qui déclenche les sons. La musique va peu à peu au-delà du martial, et cette étrangeté emmène le spectateur ailleurs que là où l'orateur aimerait le situer. Ainsi, Le Tribun porte un propos politique mais nous transporte aussi dans l'imaginaire. Il y a quelque chose de grotesque dans la figure de l'orateur que Kagel a très bien rendu : ils ont un culot effréné, et c'est ce caractère excessif où tout est permis qui fascine. Ecoutez parler n'importe quel homme politique, vous verrez qu'il y a quelque chose de ridicule."


Ensemble 2e2m

En plus d'être animé, ce couloir, il est près de la scène : on entend d'ici les musiciens  de l'Ensemble 2e2m discuter et s'accorder.


"_ Pourquoi avoir couplé Le Tribun et Finale ?

_ C'est une idée de Pierre Roullier, le directeur musical de l'ensemble 2e2m. Le chef d'orchestre est également une figure du pouvoir, et ses relations avec les membres de l'orchestre oscillent entre fascination et détestation : il était donc intéressant de mettre en regard cette incarnation de la puissance dans Finale avec celle du Tribun.

_ Vous avez été secrétaire général de la Comédie Française pendant deux ans : pourquoi avoir voulu vous occuper de communication et de relations avec le public ?
_ J'étais jeune à l'époque, et je n'étais pas encore sûr de vouloir faire de la mise en scène,  même si j'ai finalement quitté ce poste pour fonder ma propre compagnie à Lyon. Aujourd'hui je dirige le Théâtre de la Renaissance à Oullins, près de Lyon, et je crois que tout est lié, qu'il est important de voir ce qui se passe dans un théâtre à tous les niveaux. Une relation de longue durée s'instaure avec les équipes et les spectateurs, et cela donne du sens à ce que l'on fait."

Ensemble 2e2m

Pierre Roullier, chef d'orchestre de l'Ensemble 2e2m, est arrivé lui aussi : c'est parti!

Je vous laisse en compagnie de Nighthawks d'Edward Hopper… Lorsque je reviendrai lundi, les représentations du Tribun/Finale seront finies : il vous reste jusqu'à samedi!
Bon week-end et à lundi.

Nighthawks

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Elémentaire, mon cher Jouvet (2)

Certains se souviennent peut-être de la caverne d'Ali Martinet, directeur de l'Athénée Théâtre Louis-Jouvet, et de la promesse que je vous avais faite de vous montrer quelques objets.

Commençons plutôt par les choses qui n'y sont plus, car même si Patrice Martinet, à l'instar de Denis Léger, aime collectionner les objets, il sait aussi s'en débarrasser. J'en prends pour exemple cet énorme canapé légué par Pierre Bergé, ancien directeur de l'Athénée. Enorme machin à la structure défoncée et très peu élevée, ce canapé était si  bas et si confortable que personne ne semblait pouvoir un jour s'en relever. Et voilà notre Patrice Martinet condamné à supporter des rendez-vous interminables avec des interlocuteurs donnant l'impression qu'ils ne s'en iraient jamais.

Lassé de ces conversations au temps illimité car ayant un emploi du temps de directeur très occupé, Patrice Martinet prit un jour une décision raisonnée : se débarrasser du canapé. Il fut expatrié dans la coursive pour permettre aux techniciens de s'y reposer. Souvent, en fait, ils y dormaient.

Patrice Martinet fit ensuite un deuxième choix tranché : il fallait vendre ce canapé. On le mit donc sur E-Bay, mais il était tellement énorme que personne n'en voulait. C'est donc Yoann Perez, régisseur son à l'Athénée, qui l'a acheté. Pour son petit salon, le mastodonte semble vaguement démesuré, mais Yoann me dit sur un ton très enjoué : "non mais attends, il est très bien, ce canapé! C'est un endroit de squat où se reposer, et je suis très fier de posséder un canapé où tant de gens illustres ont pu poser leur fessier!".

Des photos suivront, je vous le promets. En attendant, ceux qui étaient à la première du Tribun/Finale hier sont invités à me dire ce qu'ils en ont pensé!

Bonne journée...


Apéro Tribun

Mauricio Kagel, l'auteur et compositeur des deux pièces Le Tribun et Finale qui seront jouées à l'Athénée à partir de ce soir, est décédé le 18 septembre dernier : les cinq représentations qui arrivent prennent ainsi une forme d'hommage à cet artiste germano-argentin empreint d'humour et d'intelligence. Extraits d'une conversation téléphonique avec Bernard Bloch, acteur du spectacle :

"_ Salut Stephen, c'est sympa de me rappeler si rapidement!
_ (silence puis gros éclat de rire) Raté, c'est Bernard Bloch !"
(Ou comment briser sa crédibilité professionnelle en une phrase, au prochain numéro inconnu je dirai "allô" comme tout le monde)

"_ C'est la première fois que vous jouez Le Tribun/Finale ?

_ Il s'agit en fait d'une collaboration entre trois compagnies : l'ensemble musical 2e2m, la compagnie Ecuador de Jean Lacornerie et ma propre compagnie, le Réseau (théâtre). Nous en avons joué une maquette au festival des Arcs puis à La Friche la Belle de Mai à Marseille. Le plus frappant reste la résonance politique rencontrée par Le Tribun. Ecrit en référence à la dictature argentine, il a trouvé son écho dans la montée en puissance de Jean-Marie Le Pen aux Arcs, puis dans l'élection de Nicolas Sarkozy qui avait eu lieu une semaine avant les représentations à Marseille : aujourd'hui, cela évoque immanquablement la crise financière dont on nous disait péremptoirement depuis deux ans qu'elle ne nous concernait pas. Le Tribun est un délire poético-politique assez déjanté, une déconstruction des discours populistes de tous bords."

"_ Qu'est-ce que la musique apporte à cette parodie du discours politique?
_ Toute parole est musicale! D'ailleurs, lorsque j'ai refait la traduction du texte de Mauricio Kagel puisque l'existante ne nous satisfaisait pas, j'ai accordé beaucoup d'importance aux sonorités.
(Je l'entends expliquer au serveur du restaurant où, manifestement, il se trouve, qu'il veut sa viande à point, "enfin pas trop cuite quoi") Pour en revenir aux liens entre musique et politique, disons que les hommes et femmes politiques cherchent à toucher la même chose que la musique, c'est-à-dire autre chose que la raison, une partie de notre inconscient, là où les gens ne se rendent pas compte de ce qu'on essaie de leur fourrer dans la tête. Même si, évidemment, il y a du sens dans la musique, la musique touche l'émotion avant l'intelligence : exactement comme le discours démagogique, sauf que, en ce qui concerne la musique, les conséquences sont le plus souvent bénéfiques... Et puis la musique de Kagel amène de l'ironie et de la dérision et renforce la fascination."

"_ Avez-vous spécialement visionné des meetings politiques pour jouer ce texte?
_ Non, je connaissais déjà bien la chose… En fait, j'ai beaucoup milité moi-même, dans la politique et le syndicalisme.
_ Au vu du texte, je vous aurais plutôt vu comme un artiste refusant tout engagement politique, justement pour ne pas être lié à ce type de discours : un "artiste dégagé", pour citer Pierre Desproges…
_ Et non, encore une fois, c'est raté! J'ai connu tout cela de l'intérieur."

"_ Et Finale?

_ Je préfère ne pas trop en dire : l'oeuvre, musicalement bouleversante, se fonde sur le suspense. Sans texte, Finale répond au Tribun dans un esprit plus malicieux en posant la question de la réaction d'une foule face à un événement absolument inattendu... Dans les deux pièces, nous voyons deux chefs en action : le chef des mots dans Le Tribun et celui de la musique dans Finale."

J'ai ensuite laissé Bernard Bloch manger son steak bien mérité après des heures de répétition, pour mieux le retrouver ce soir lors de la première représentation... Bon mercredi à vous !


Entrée libre et gratuite dans la limite des places disponibles

En arrivant à l'Athénée Théâtre Louis-Jouvet, vous trouverez sur votre gauche la caisse où acheter vos billets, sur votre droite le coin "invitations" (là où se trouvait la perruque de vendredi dernier) : dans le monde du spectacle en général, à qui sont-elles destinées? Essentiellement aux journalistes, aux représentants des tutelles, aux mécènes ou aux membres de l'équipe du théâtre. Parfois aussi aux professionnels de la culture, à la femme du metteur en scène ou aux petits débrouillards.

Avec les récents débats sur la gratuité des musées, l'on pourrait imaginer le coin de gauche condamné et le coin de droite pris d'assaut : des invitations pour tous, après tout pourquoi pas? Cette proposition de la gratuité (essentiellement des musées) était la pierre angulaire du volet culturel du programme présidentiel de Nicolas Sarkozy et a ensuite été confirmée dans la lettre de mission qu'il a adressée à Madame la ministre de la culture Christine Albanel. Un seul but : favoriser l'accès de tous à l'art.

La démocratisation est devenue une obsession française au point d'absorber la question de la politique culturelle dans son ensemble, et étudier les programmes politiques des candidats à la présidence était en ce sens assez parlant : hormis José Bové et Frédéric Nihous (à ma connaissance), tous les prétendants en appelaient à la démocratisation culturelle en termes relevant souvent davantage de l'incantation que du véritable programme. L'accès à la culture finit par devenir une sorte de tarte à la crème hexagonale, le passage obligé de tout projet relatif aux arts, mais souvent sans que l'on se pose la question des moyens à mettre en oeuvre. La proposition de la gratuité a le mérite de casser le caractère prophétique des appels à la démocratisation en soulevant un vrai débat de fond.

On part donc de l'idée que la culture est un bien commun auquel tout le monde doit pouvoir accéder, ce qui n'est pas forcément le cas dans d'autres pays. On associe ainsi l'art à l'utile en estimant que la culture est un droit fondamental permettant l'avènement d'une pleine citoyenneté -le préambule de notre Constitution le rappelle d'ailleurs explicitement. Ce présupposé est rarement remis en cause en France et se continue logiquement dans le débat sur les moyens de diffusion et de compréhension de la culture : éducation artistique à l'école, diffusion massive des oeuvres d'art par les nouvelles technologies, développement des services de développement des publics dans les structures culturelles, baisse des prix, gratuité…

J'attends avec impatience les suites de l'expérience de gratuité menée de février à juin dans quatorze musées et monuments nationaux français, même si les enjeux ne sont pas exactement les mêmes pour le spectacle vivant. Formidable idée généreuse et démocratique, la médaille de la gratuité a aussi son revers. Elle semble résoudre la question de l'accès matériel, mais sans prendre en compte l'intégralité des dépenses liées à une sortie culturelle comme le transport, le verre au bar du théâtre ou l'achat d'un livre à la boutique du musée. Elle paraît répondre au credo de la démocratisation mais peut-être sans poser la question de l'accès intellectuel aux oeuvres d'art ; certes, la gratuité augmente la fréquentation, mais beaucoup de visiteurs reviennent plusieurs fois, et l'on ne peut s'empêcher de penser que quelqu'un qui n'a jamais eu l'idée d'aller à l'opéra n'ira pas davantage si l'entrée est gratuite : en clair, la gratuité semble avoir peu de sens si elle n'est pas liée à un processus d'accompagnement et de sensibilisation du public. Enfin, tout en posant la question des ressources à trouver pour compenser la baisse des recettes propres qu'elle induit, la gratuité sous-entend que la culture ne coûte rien (et de là à affirmer qu'elle ne vaut rien, il n'y a peut-être qu'un petit pas).

Certains d'entre vous ont peut-être également leur avis sur cette question : je vous attends en commentaire sur le blog!
Et ceux que la démagogie et la rhétorique politique intéressent peuvent donc aller voir Le Tribun/Finale à partir de demain….

Bonne journée à tous.


Les petits objets de Denis Léger (2)

Denis Léger, le directeur technique de l'Athénée, est très heureux d'avoir Aretha Franklin dans son bureau (à moins que cela soit quelqu'un d'autre, je ne sais plus bien) et vous remercie tous pour votre engagement du 8 octobre dernier.
Après le buste mystère, place aujourd'hui à l'animalerie!

Rat Denis Léger

"_ Qu'est-ce qu'il est moche, ce rat!
_ On était avec mon fils à Disneyland, et il voulait absolument qu'on lui achète ce rat tiré de je ne sais quel dessin animé. Il faisait des pieds et des mains pour l'avoir, nous sommes donc évidemment restés très fermes et l'avons acheté au bout de dix minutes (tu verras, quand tu auras des enfants) C'était à prévoir, le rat lui faisait déjà peur au bout de deux jours. Alors je l'ai amené ici."

 

Cheval Denis Léger

"_ Lui, il vient de Pologne! Il m'a été offert par Patrick Penot, ancien administrateur de l'Athénée et aujourd'hui codirecteur du Théâtre des Célestins à Lyon. Après son poste à l'Athénée, il est parti diriger l'Institut Français de Varsovie, dont il avait d'ailleurs déjà été directeur auparavant. Un jour, en repassant par l'Athénée, il m'a offert ce petit cheval qu'il avait acheté à Cracovie."



Corbeau marionnette Denis Léger

"_ Il y a plein de corbeaux autour de chez moi, j'en vois tous les jours. Au début, cela m'inquiétait, puis j'ai fini par m'imaginer qu'il s'agissait des gens que j'aimais réincarnés en corbeaux. Moi aussi d'ailleurs, je me réincarnerai en corbeau, tu verras. Celui-là vient de Monsieur Bonhomme et les incendiaires de Max Frisch monté par Claude Stratz en 2001. C'est en fait une marionnette qui apparaissait comme un oiseau de mauvais augure dans la pièce et que le comédien essayait d'attraper.



Corbeau Knock Denis Léger

"_ Encore un, il vient de Knock ou le triomphe de la médecine de Jules Romains monté par Maurice Bénichou en 2002. Les personnages sont dans une voiture et, pour évoquer le trajet et le paysage qui défile, on faisait passer tout un tas de choses sur une roue placée derrière la voiture. Ce corbeau aurait dû en faire partie, mais ils l'ont finalement abandonné, tout comme les oies que tu trouveras dans le foyer des comédiens."



Oies foyer des comédiens

Effectivement, elles sont bien là, mais elles ont manifestement souffert de l'épisode de la grippe aviaire…


J'espère que vous allez bien en ce début de semaine où commence un nouveau spectacle, Le Tribun/Finale de Maurico Kagel dans une mise en scène de Jean Lacornerie et une direction musicale de Pierre Roullier.

PS : si quelqu'un a une idée du dessin animé de Walt Disney d'où est tiré le rat, je suis preneuse! (personnellement je pensais à La Belle et le clochard, mais rien de certain). Bonne journée!


"Nous pouvons tous avoir une vie belle et libre mais nous l'avons oublié."

La sortie du Chanteur de jazz (Jazz Singer) en 1927 fait passer le cinéma du côté du parlant -ou plutôt du chantant, car le film est une comédie musicale avec peut-être une minute de passages parlés au total. Neuf ans plus tard, Charles Chaplin sort lui aussi du cinéma muet par la chanson : c'est dans Les Temps Modernes où il entonne un air aux paroles inintelligibles -entrer dans le présent par une langue inconnue était sans doute le plus approprié pour un Charlot devenu universel.

Le Dictateur continue la révolution en faisant presque table rase : Charles Chaplin s'installe dans le cinéma parlant en même temps qu'il abandonne le personnage de Charlot qui a fait sa renommée. Chaplin interprète à la fois le dictateur et un barbier, et Charlot est toujours présent par petites touches dans ce dernier avant de définitivement s'effacer dans le discours final : c'est la première fois que Charles Chaplin parle, et c'est la dernière fois que Charlot apparaît.

Appel au réveil des démocraties autant que charge violente contre la dictature, le discours paraîtrait naïf aujourd'hui si l'on oubliait le contexte du film, sorti en 1940 à une époque où les Etats-Unis se tiennent à l'écart des troubles européens et où la France et la Grande-Bretagne sortent à peine de la "drôle de guerre" : Charles Chaplin ne parlerait jamais pour ne rien dire...

Son film suivant, Monsieur Verdoux, continue donc dans le parlant en évoquant la crise financière : Henri Verdoux, employé de banque parisien réduit au chômage après la crise de 1929, décide de gagner sa vie en épousant de riches dames âgées qui meurent rapidement après les noces -pour surmonter la crise actuelle, vous savez ainsi ce qu'il vous reste à faire.

Le Dictateur et l'Athénée donc, quel rapport? Après L'Opéra de quatre notes joué à partir de mercredi, c'est Le Tribun / Finale qui prendra la relève la semaine prochaine.
Dans le style du théâtre musical, ces deux pièces écrites et composées par Mauricio Kagel (Le Tribun en 1978, Finale en 1981) n'hésitent pas entre texte et musique pour lier indissolublement les deux. Posant également la question de la tyrannie et de la soumission, Le Tribun et Finale opèrent, pour reprendre les mots de Bernard Bloch, l'acteur unique des deux pièces, une "déconstruction poétique du politique" en montrant combien la démagogie et le populisme sont aussi fondés sur la musique d'un discours.

Le théâtre musical de Mauricio Kagel monté par Jean Lacornerie résonne ainsi étrangement avec Le Dictateur de Charles Chaplin : le film est projeté ce soir à 20h30 au cinéma Le Balzac, situé rue Balzac dans le 8e arrondissement de Paris. Seront présents à cette projection l'acteur et les musiciens du Tribun et de Finale, Bernard Bloch et L'Ensemble 2e2m.

Bon film, bon lundi et, pour la première de L'Opéra de quatre notes, à mercredi!


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