Joyeux strapontin !

Hier soir, c'était la fête de fin de saison de l'Athénée : tous les artistes, techniciens et administratifs qui ont fait la saison étaient conviés à une soirée dont le clou reste, bien sûr

 

LA CÉRÉMONIE DU STRAPONTIN D'OR

 

Instaurée par Denis Léger, la cérémonie du strapontin d'or consiste à remettre un prix à l'artiste ou le technicien "le plus" de la saison. Le plus quoi, c'est bien la question…

L'année dernière, le strapontin d'or avait été remis à Thierry Bosc, qui jouait dans En attendant Godot de Beckett mis en scène par Bernard Levy (le billet que j'avais consacré à la cérémonie 2009 est ici).

Thierry Bosc était là cette année pour remettre le strapontin d'or 2010 à son successeur dont je vous laisse découvrir l'identité dans cette vidéo :

 

La vidéo dure moins de cinq minutes.
Si vous ne la voyez pas, cliquez ici pour la regarder sur YouTube.

 

Bravo à Mireille Herbstmeyer, qui jouait cette saison dans La Cantatrice chauve (texte de Ionesco et mise en scène de Jean-Luc Lagarce) et Les Règles du savoir-vivre dans la société moderne (texte de Jean-Luc Lagarce et mise en scène de François Berreur).

À demain !


Et le strapontin d'or 2009 est attribué à...

Vous vous souvenez peut-être qu’à la présentation de la saison 2009-2010 à l’Athénée, Benjamin Lazar, programmé pour Les Amours tragiques de Pyrame et Thisbé en mai-juin 2010, avait reçu le strapontin d’or 2008 pour sa précédente venue à l’Athénée pour L'autre Monde ou les états et empires de la lune. À l’époque, il n’avait pas pu venir le chercher, et c’est la raison pour laquelle il l’a reçu devant les spectateurs présents le 25 mai dernier.
Le strapontin d’or 2009 a été lui aussi attribué à un absent cette année, mais refaisons une petite chronologie de la cérémonie…

Inventé par Denis Léger en 2007, le strapontin d’or récompense le plus. Non, je n’ai pas oublié un mot, car le strapontin d’or se décerne selon des critères volontairement flous: chaque membre du personnel de l’Athénée vote pour la personne qu’il préfère, mais selon ses propres exigences.
Pour les votants, le lauréat peut donc être le plus talentueux, le plus ennuyeux, le plus doué, le plus niais, le plus sympathique, le plus tyrannique, le plus travailleur, le plus bagarreur, le plus spirituel, le plus formel,… Chacun vote donc en son âme et conscience pour décerner la récompense suprême de l’Athénée.

Lundi dernier avait lieu la fête de fin saison de l’Athénée où toutes les équipes présentes pour la saison passée sont invitées à venir se rencontrer ou se retrouver pour la soirée. C’est vers 21h que Denis Léger, directeur technique de l’Athénée, a invité toutes les personnes présentes dans le foyer bar à venir se rassembler dans la grande salle pour la remise du prix.

Sur scène, le strapontin, vestige de la salle de l’Athénée avant sa rénovation, attendait son nouveau propriétaire.

C’est après cinq minutes de suspense insoutenable que Denis Léger nous annonça que le strapontin d’or 2009 était décerné à….

 

Thierry Bosc,
l’acteur qui jouait Estragon dans En attendant Godot !


Thierry Bosc étant malheureusement absent, c’est Bernard Levy, le metteur en scène du spectacle, qui est venu sur scène pour récupérer le strapontin, pendant qu’Alexandra Maurice, attachée aux relations publiques, arrivait à le joindre au téléphone.  Très ému, Thierry Bosc a remercié toute l’équipe en promettant de venir chercher son strapontin avec une bouteille de champagne.

Le strapontin d’or a ensuite laissé la place à une piste de danse peu avare en effets sonores et lumineux…

 

Qui sera le strapontin d’or 2010? La liste exhaustive des lauréats potentiels est sur le site de l’Athénée où vous trouverez tous les spectacles programmés pour la prochaine saison!

Bon jeudi à tous.

 

PS : le sondage sur votre lecture du blog est toujours actif ici, et vous pouvez toujours continuer à me dire si, entres autres, vous aimez les endives au jambon...


Nous avons les moyens de vous assister

Contrairement à ce que l’on pourrait peut-être penser, assister le metteur en scène ne consiste pas à lui apporter du café et l'aider à porter ses paquets, mais il faut bien préciser que le mot prend, selon les équipes, des sens assez caractérisés.

Au cours de la saison passée, l’Athénée Théâtre Louis-Jouvet a accueilli quelques pièces montées par des metteurs en scène assistés: avec En attendant Godot, Cosi fan tutte et La Cantatrice chauve, explorons cette fonction souvent cachée mais surtout très variée.

La Cantatrice chauve - François Berreur

François Berreur a mis en scène l’opéra La Cantatrice chauve donné du 30 avril au 3 mai à l’Athénée et présentera deux spectacles la saison prochaine: Les Règles du savoir-vivre dans la société moderne de Jean-Luc Largarce et La Cantatrice chauve d’Ionesco dont il reprend la mise en scène du même Jean-Luc Lagarce.
Il faut dire que François Berreur a été très proche de l’auteur et metteur en scène disparu en 1995 et que leur collaboration s’est construite sur la durée, François Berreur étant parfois assistant de Lagarce sur certains spectacles.
Chargé de l’organisation pratique de la mise en scène, François Berreur explique qu’il était là également en tant que regard extérieur, disant si ce qu’il voyait sur scène correspondait à la ligne que Jean-Luc Lagarce avait exprimée.
François Berreur est ensuite passé de l’assistant au metteur en scène dans la continuité: au décès de Jean-Luc Lagarce, il a achevé la mise en scène de Lulu d’après Wedekind que celui-ci avait commencée sans avoir le temps de la terminer. Grâce à François Berreur, Lulu dans la mise en scène de Jean-Luc Lagarce a ainsi été créé en décembre 1995 à… l’Athénée.

La Cantatrice chauve - Gilda Cavazza

L’assistant passé metteur en scène n’a pas perdu l’habitude de travailler à plusieurs, et Gilda Cavazza a été son assistante sur l’opéra La Cantatrice chauve. Sortant d’une expérience d’assistanat avec un autre metteur en scène, elle a pu nous donner deux points de comparaison.
Sur ce spectacle précédent, il s’agissait d’une tâche assez complète où elle réfléchissait autant à la dramaturgie, au jeu, à la scénographie ou aux comédiens, ayant un rôle artistique même si les idées qu’elles soumettaient n’avaient peut-être pas la légitimité d’un véritable collaborateur artistique.
Ce qui l’a plus marquée dans La Cantatrice chauve reste le rapport au lieu même de l’Athénée: étant dans un lieu extérieur n’appartenant pas au metteur en scène, il s’agissait non seulement de faire la jonction entre les équipes techniques et artistiques mais aussi de prendre en charge les trois hiérarchies différentes créées par cet accueil, à savoir la compagnie théâtrale, l’orchestre Lamoureux et l’Athénée.
De même, le temps très court de la création a poussé l’équipe artistique a être extrêmement rapide et efficace, d’autant que l’équipe technique de l’Athénée a vite eu besoin d’éléments précis.
Pendant les répétitions, sa tâche était d’observer et ensuite, après les répétitions, d’aller faire part de ses impressions essentielles à François Berreur concernant des points techniques, dramaturgiques ou visuels; il s’agissait donc d’un travail d’observation et de réflexion sur le travail en cours, sans que Gilda Cavazza se définisse pour autant comme un regard extérieur.
Hors du temps des répétitions, Gilda Cavazza prenait en charge l’organisation technique, logistique et humaine de la mise en scène, comme l’élaboration des différents plannings, la gestion de problèmes techniques ou encore la réception des costumes (entre autres nombreux exemples!) : véritable pont communiquant, Gilda Cavazza faisait le lien entre tous les membres de l’équipe.
Malgré la diversité de ces expériences d’assistanat à la mise en scène, Gilda Cavazza n’estime pas pour autant qu’il s’agit d’un métier si flou: selon elle, l’assistant a toujours un rôle précis même s’il existe différents types d’assistants et différents processus par rapport à la création qui peuvent varier d’un metteur en scène à l’autre, voire d’un spectacle à l’autre, y compris des spectacles créés par la même équipe. Si le début est souvent incertain et que l’assistant doit d’abord être aux aguets pour comprendre où se situe exactement sa place, son rôle est rapidement défini et ses tâches très concrètes.
 

Cosi fan tutte - Marie-Édith Le Cacheux

Pour Cosi fan tutte qui s'est joué à l'Athénée du 31 mars au 4 avril, le metteur en scène Yves Beaunesne s'est adjoint les services de Sophie Petit et Marie-Édith Le Cacheux, toutes deux désignées comme "assistantes à la mise en scène", mais chacune dans deux rôles bien distincts, d'autant qu'Yves Beaunesne avait également choisi un collaborateur artistique à la mise en scène, Jean Gaudin.
Sophie Petit et Marie-Édith Le Cacheux étaient dans un rapport de complémentarité, la première ayant une grande expérience de l’opéra là où la seconde vient plutôt du milieu théâtral, toutes deux aux côtés d’Yves Beaunesne, metteur en scène de théâtre travaillant de plus en plus à l’opéra.
Sophie Petit prenait en charge la notation de la mise en scène et l’établissement des plannings de répétition avec une relation directe avec le metteur en scène et les chanteurs, tandis que Marie-Édith Le Cacheux avait surtout un rôle technique de mémoire des répétitions, prenant des notes sur la partition de Cosi fan tutte au fur et à mesure de l’avancée du travail.
Marie-Édith le Cacheux ne se revendique donc pas comme une collaboratrice artistique, se voyant davantage comme un régisseur chargé de faire le lien entre Yves Beaunesne et ses autres collaborateurs comme le costumier, les décorateurs ou l’orchestre, d’organiser les répétitions et d’accompagner le metteur en scène au quotidien dans son travail.

Sur Cosi fan tutte, Marie-Édith Le Cacheux cumulait également son rôle d’assistante à la mise en scène avec d’autres fonctions: responsable de la logistique de la tournée de Cosi fan tutte (il s’agit alors d’organiser la tournée au niveau très pratique des voyages, réservations d’hôtel ou des relations avec les salles accueillant le spectacle), elle était également chargée du surtitrage de l’opéra où il s’agit de saisir sur le logiciel de surtitres la traduction française du livret de Da Ponte et d’assurer sa projection au fur et à mesure du spectacle pendant la représentation.
(Et nous ne pouvons donc que lui souhaiter d’avoir pu prendre des vacances après Cosi fan tutte)

En attendant Godot - Jean-Luc Vincent

Jean-Luc Vincent était à la fois dramaturge et assistant aux côtés du metteur en scène Bernard Levy sur En attendant Godot qui s'est joué à l'Athénée en mars dernier.
Le dramaturge désigne souvent l'auteur de textes de théâtre, mais dans notre cas il s'agit du deuxième sens que l'on donne au mot : autrement dit, le dramaturge est l'intellectuel de l'équipe qui, aux côtés du metteur en scène, travaille avant les répétitions sur le texte, l'étudie, l'analyse et prend en charge les recherches historiques, biographiques, littéraires (et caetera) à effectuer pour compléter la réflexion sur la mise en scène. Véritable caution intellectuelle, il contribue évidemment à la création artistique du spectacle.

Pendant les répétitions dont il avait conçu le calendrier, Jean-Luc Vincent assistait Bernard Levy et tenait une sorte de journal des répétitions où il prenait tout en note: mémoire de l'équipe, il aidait les acteurs à reproduire de jour en jour les scènes selon le travail effectué la veille mais était également le garant du respect du texte qu'il suivait toujours des yeux. Intervenant peu pendant le travail avec les acteurs, il discutait toujours beaucoup avec Bernard Levy hors du temps de répétitions.


Pour la saison 2009-2010 de l’Athénée, d’autres assistants à la mise en scène viendront contribuer aux nombreux spectacles théâtraux qu’offre l’Athénée: pour les découvrir, cliquez ici!

Bon mardi.


Flash-back

La saison 2008-2009 de l’Athénée s’est terminée avec Les Mains sales et Les Justes (ou Les Mains justes, pour ceux qui voudront aller plus vite), mais vous souvenez-vous des spectacles qui ont habité l’Athénée et ce blog depuis septembre dernier?
Flash-back (ou analepse, pour ceux qui préfèrent éviter les anglicismes) très subjectif:

 

Le texte oublié sur le banc de Rêve d’automne
de Jon Fosse mis en scène par David Géry.



«Il y a quelque chose qui pourrait toucher à la pornographie dans l’opéra.»
Paul-Alexandre Dubois, le metteur en scène de L’Opéra de quatre notes de Tom Johnson en entretien sur le blog.

Extrait du Tribun/Finale de Mauricio Kagel mis en scène par Jean Lacornerie:
«La police, c’est vous!»

 

La seule photo que j’avais réussi à prendre de Claus Peymann/Sik Sik,
le spectacle double de Carlo Cecchi.

 

«Si tu veux essayer de plaire à tout prix, tu pleures dès que tu en entends un tousser dans la salle! Si je peux te donner un conseil : pense à ta grand-mère et fais une œuvre!»
Céline Sallette, actrice dans après la répétition d'Ingmar Bergman mis en scène par Laurent Laffargue, à des étudiants en art venus voir le spectacle.

 

Le Magazine, l’émission de Lionel Esparza diffusée sur France Musique en direct de l’Athénée à l’occasion des voix d’Olivier Messiaen.

 

«Cette compagnie est un véritable collectif, une troupe où on travaille dans le sens de l'œuvre et non dans celui des individualités. C'est un dialogue constructif où tout le monde va dans la même direction.»
Jean-Philippe Salerio, le metteur en scène de l’opérette La Cour du Roi Pétaud, en entretien sur le blog.

 

Les bouts de bois que l’on frappe l’un contre l’autre dans
La Puce à l’oreille de Georges Feydeau mis en scène par Paul Golub pour faire un bruit de claque.

 

Les enfants partant du premier concert de Claire-Marie Le Guay, pianiste en résidence à l’Athénée: un deuxième concert a suivi, et vous pourrez la retrouver l’année prochaine!

 

Le lustre magnifique de l’opéra Les Enfants terribles de Jean Cocteau et Philip Glass mis en scène par Paul Desveaux.

 

«Dans En attendant Godot, chaque réplique ouvre mille portes…»
Patrick Zimmermann, comédien dans En attendant Godot de Samuel Beckett mis en scène par Bernard Levy, en entretien sur le blog.



La traduction française de la morale de Cosi fan tutte, l’opéra de Mozart et Da Ponte mis en scène par Yves Beaunesne et dirigé par François Bazola:
«Heureux celui qui, malgré les ennuis, arrive à prendre la vie du bon côté…»

 

Chantal et Gérard: c’est le prénom des deux spectateurs qui, après avoir vu Riders to the Sea de Ralph Vaughan Williams d’après John Millington Synge à l’Athénée, ont décidé de se rendre sur les îles d’Aran où se déroulait l’action de l’opéra.

Un concentré (et une sélection!) des effets sonores que l’on pouvait entendre dans La Cantatrice chauve, un opéra de Jean-Philippe Calvin d’après Eugène Ionesco mis en scène par François Berreur.
(Retrouvez la vidéo ici sur YouTube)

 


«À quel monde meilleur rêvez-vous? Et comment allez-vous le construire?»
étaient les questions posées pour le cinquième forum de discussion des jeunes organisé par l’Athénée: le 15 mai dernier, quatre cents lycéens ont ainsi pu débattre à l’Athénée avec Daniel Cohn-Bendit, François Durpaire, Susan Georges et Bruno Rebelle.

 

Après trois ans de résidence et quatre concerts cette saison à l’Athénée Théâtre Louis-Jouvet, le Quatuor Psophos tire sa révérence avec le concert de clôture, Brahms/Strauss, dans le décor des Mains sales.



«Le théâtre de l’engagement, c’est peut-être vouloir défendre le texte dans un monde où les paroles sont sommées de laisser la place à l’image, où le fond cède à la forme. Mais quand il n’y a plus de paroles, c’est le début de la barbarie! C’est ce que nous combattons.»
Guy-Pierre Couleau, le metteur en scène des Mains sales de Jean-Paul Sartre et des Justes de Camus, en entretien sur le blog.

La troupe des Justes d’Albert Camus mis en scène par Guy-Pierre Couleau salue pour sa dernière représentation à l’Athénée.

Le public de la présentation de la saison 2009-2010 de l’Athénée commençant à sortir du théâtre: si vous n’avez pas pu y assister, cliquez ici pour découvrir les spectacles que vous propose l’Athénée à partir de septembre prochain!

 

 

Et vous, qu’avez-vous retenu de cette saison 2008-2009 de l’Athénée Théâtre Louis-Jouvet? Pour nous le dire, cliquez ici et laissez un commentaire sur le blog!

Bon début de semaine à tous.


PS : des commentaires au billet de jeudi se sont ajoutés pendant le week-end, promis, je vous réponds aujourd’hui! Le sondage sur votre lecture du blog est toujours actif.

 


Et vous, à quoi rêvez-vous?

Vendredi dernier a eu lieu le cinquième forum de discussion jeunes organisé par l'Athénée Théâtre Louis-Jouvet. Autour des spectacles En attendant Godot, Les Mains sales et Les Justes, plus de quatre cents lycéens étaient invités à réfléchir à deux questions: à quel monde meilleur rêvez-vous? Et comment allez-vous le construire?

Aujourd'hui prise en charge par toute l'équipe communication et relations publiques de l'Athénée et plus particulièrement par Alexandra Maurice, chargée des relations avec le public scolaire, l’idée est venue il y a quelques années de Dorothée Burillon, alors secrétaire générale de l’Athénée : dégager des questions posées par la programmation et travailler de longue haleine avec des professeurs et intervenants pour permettre à des jeunes d’y penser pendant plusieurs mois en nourrissant leur réflexion de spectacles vus à l’Athénée.
Sur des thèmes comme les rapports entre filles et garçons, le statut des femmes, l’engagement politique ou les nègres d’aujourd’hui, il s’agit pour ces jeunes de développer une pensée tant individuelle que collective en liant le théâtre à des problématiques d’ordre politique ou social.

Cette année donc, à quel monde meilleur rêvaient nos lycéens? Grâce à leurs professeurs et à un dossier pédagogique réalisé par l’Athénée en partenariat avec la revue Philosophie magazine, le forum a pu aborder les notions d’utopie, d’altermondialisme, de révolution, d’écologie, d’engagement ou d’action politique.
Forts de leurs questions et de leurs raisonnements, nos jeunes en provenance des lycées André Malraux de Gaillon, Romain Rolland de Goussainville,  Fontenelles de Louviers, Henri Matisse à Montreuil-sous-Bois, Paul Bert, Condorcet et Jules Ferry de Paris et du lycée international de Saint-Germain-en-Laye sont venus rencontrer Daniel Cohn-Bendit, François Durpaire, Susan Georges et Bruno Rebelle pour deux heures vendredi 15 mai 2009 à l’Athénée Théâtre Louis-Jouvet.

Daniel Cohn-Bendit, coprésident du groupe des Verts-EFA au Parlement européen, a d’abord fait une courte introduction présentant les thèmes du débat en s’attardant sur des questions d’écologie, d’émigration, de solidarité et de respect avant de laisser la parole aux intervenants.

Bruno Rebelle est ancien directeur de Greenpeace France et aujourd’hui responsable de la coordination des actions de Greenpeace International.
Pour lui, on ne peut pas promettre un avenir meilleur. La crise écologique, l’implication d’enjeux écologiques, sociaux et politiques et le risque de l’inaction ou du repli identitaire ne devraient pas cependant empêcher le rêve collectif.
Le changement est possible, et il est reste nécessaire de trouver le rêve qui fait que la vie vaut la peine d’être vécue. En cela, la prise de conscience écologique est, à son sens, essentielle.

Susan George est membre du conseil scientifique d’Attac.
Elle a rappelé la différence entre altermondialisme et antimondialisme en prenant soin de préciser qu’Attac appartient à la première mouvance : il s’agirait de changer la mondialisation actuellement dominée par les banques et les entreprises, tout en rappelant qu’il ne fallait pas avoir d’illusions sur la démocratie au niveau mondial. De son point de vue, des organisations comme le Fonds Monétaire International et l’Organisation Mondiale du Commerce règnent comme des super-ministères où le citoyen n’aurait pas sa place.
Le changement est un travail de longue haleine qui, selon elle, doit respecter des principes de non-violence pour des raisons éthiques et stratégiques : elle a enfin appelé à l’union pour aller vers des progrès qui finissent par changer le monde petit à petit.

Historien, enseignant et chercheur, François Durpaire est venu aborder la question de l’homme providentiel.
Avec la victoire d’Obama, les États-Unis pourront-ils se remettre à espérer? Alors que, d’après lui, les Américains ne croyaient plus en rien, Obama est le sujet d’un culte de la personnalité qui l’aurait transformé en figure du messie. C’est l’Amérique post-raciale, c’est-à-dire qui ne pense plus en termes de races, qui aurait voté pour lui.
Son statut de sauveur ne le rendrait pas pour autant démagogique, et il pourrait au contraire s’appuyer sur sa popularité pour réformer la société nord-américaine.

Les lycéens ont ensuite pu poser leurs questions aux intervenants, provoquant ainsi un débat d’une heure et demie modéré très courtoisement par Daniel Cohn-Bendit, s’improvisant pour l’occasion professeur en gestion de micro («on ne t’entend pas, fais comme si tu étais une chanteuse!» puis, vers la fin, pour faire plus court:  «La chanteuse!!!»). Questions (et réponses) choisies:

«_ Notre société traverse une crise violente: en Grèce, aux Antilles, on a vu des jeunes être en tête de la contestation. Pourquoi en métropole les mouvements étudiants ne sont-ils pas moteurs? Aussi, pourquoi les révoltes de banlieue ne débouchent-elles pas sur des collectifs (ou autre organisations)?»
Pour François Durpaire, aucun homme politique n’a compris les émeutes de 2005. Pour lui, il s’agit d’une révolution ethnique et non sociale, liée à la ségrégation raciste qui existerait de fait en France.
Susan George interprète quant à elle les émeutiers de 2005 comme des gens demandant à ce que la démocratie fonctionne aussi pour eux.

«_ Peut-on être menacé en France par un régime totalitaire?»
Pour Bruno Rebelle, oui, sans aucun doute. Nous serions même déjà menacés par ce régime totalitaire…

«_ Est-il possible d’imaginer aujourd’hui un combat politique qui ne soit pas mené par une logique “d’idéal extrême” comme l’ultralibéralisme, le communisme, et aujourd’hui “l’ultra écologie”? »

_ Pour Bruno Rebelle, “l’ultra” implique une idéologie simple là où le monde reste extrêmement complexe : pour lui, il faut sortir de “l’anti” et croiser des faisceaux.

«_ Pourquoi une entreprise peut-elle délocaliser pour polluer ailleurs et moins cher?»
Parce que, expliquent Susan George et Bruno Rebelle, il n’existe pas de régulation, mais il peut tout de même y avoir des freins. Le consommateur a en particulier son rôle à jouer pour mesurer ce qu’il y a comme sang, comme sueur et comme pollution dans ce qu’il achète.

Aux dernières questions posées à la suite par manque de temps et demandant, en vrac: s’il n’était pas urgent de faire la révolution, si nos intervenants choisiraient la liberté, l’égalité ou la fraternité, si une troisième guerre mondiale était probable et si rêver à un monde meilleur n’était pas une démarche personnelle (est-il possible et souhaitable de rêver tous de la même chose?), nos intervenants ont proposé une réponse globale en forme de conclusion .

Susan George a réaffirmé qu’en matière de changement, il y avait urgence, et qu’il fallait rêver à haute et intelligible voix avec d’autres. Sur la révolution, elle a demandé à ce qu’on lui indique où étaient le tsar à renverser et le Palais d’Hiver à prendre, rappelant ainsi que l’adversaire n’était pas si évident à trouver…
Des trois valeurs françaises, elle choisirait la fraternité, indiquant que pour elle, la solidarité était primordiale pour réduire les inégalités, et a terminé sur la nécessité de construire un héritage pour ceux qui viendraient après nous.

François Durpaire a choisi d’insister sur l’histoire de la France qui ne fonctionnerait que par des cycles révolutionnaires, rappelant que le mot révolution signifiait aussi, presque paradoxalement, “retour sur soi-même”. Lui aussi mettrait l’accent sur la fraternité tout en rappelant l’existence du mot sororité : hé oui, les femmes sont là aussi...
Sur la probabilité d’un conflit mondial, il a indiqué que la question ne le faisait pas sourire, connaissant l’influence de la crise économique de 1929 sur le déclenchement de la seconde guerre mondiale. Comme Susan George, il aimerait bien qu’on lui indique quel  est le tsar à renverser, et a enfin exhorté les jeunes à se battre pour participer à la vie publique partout où elle se trouve.

Bruno Rebelle a distingué l’urgence de la précipitation en estimant que le facteur déclenchant du changement serait la crise écologique dans ses convergences avec la crise sociale. La valeur principale reste également la solidarité pour lui, afin que nous puissions vivre ensemble et que les pays en voie de développement aient leur place. Avec la crise, il a beaucoup été question de richesse et de bien-être : pour lui, la rencontre de l’autre, la culture et l’échange sont pourtant d’autres moyens de penser le bonheur.

Daniel Cohn-Bendit a enfin conclu sur l’impossibilité de penser la société et le changement sans le respect de l’autre avant de clore le débat : enfin, de le clore officiellement, car avec Daniel Cohn-Bendit et François Durpaire en haut et Susan George et Bruno Rebelle en bas, la discussion continuait à tous les étages de l’Athénée…

 

Et vous, à quel monde meilleur rêvez-vous?
Sur ces questions de projet et d’action politiques, vous pouvez aller voir Les Mains sales
de Sartre mis en scène par Guy-Pierre Couleau actuellement à l’Athénée jusqu’au 30 mai. Bonne journée !


Adieu Godot

Nous nous le demandions avec Patrick Zimmermann hier, Garlan Le Martelot joue-t-il l’enfant, ou l’ange, ou le messager, ou… dans En attendant Godot ? L’étrange petit personnage au chapeau melon n’aura pas fini d’intriguer, mais si encore c’était la seule zone d’ombre du texte de Samuel Beckett...

Gilles Arbona et Garlan Le Martelot


En attendant Godot
de Samuel Beckett dans la mise en scène de Bernard Levy assisté de Jean-Luc Vincent se termine samedi : la lumière s’éteindra définitivement sur Vladimir et Estragon (et “nous autres”) à l’Athénée, mais se rallumera à Oullins, Saint Valery en Caux, Niort, Saint-Nazaire, Saint-Brieuc, Tarbes, Reims, Petit Quevilly et Grenoble en tournée.

Thierry Bosc et Gilles Arbona


À partir de mardi, l’Athénée accueillera Cosi fan tutte de Mozart dans la mise en scène d’Yves Beaunesne et la direction musicale de François Bazola. Bon vendredi et bon week-end!


Interview - Lucky, Pozzo, Beckett, Godot, Dieu et nous autres

Entretien avec Georges Ser et Patrick Zimmermann

19h un soir de représentation, je vais toquer à la loge hétéroclite du facétieux Georges Ser, qui interprète Lucky dans En attendant Godot :


«_ Une interview? Pas de problème, il faut juste que tu saches que je suis un peu ensuqué…
_ Ensuquoi?
_ On ne dit pas ça en Franche-Comté?
_ J’habite à Dijon, ce n’est pas en Franche-Comté, c’est en Bourgogne!
_ C’était juste un piège pour savoir où tu habitais, je t’ai bien eue! Ensuqué, ça veut dire que je suis un petit peu faible, un peu dans le brouillard, si tu préfères…

_ Tu m’as l’air assez en forme quand même… Pourquoi Lucky porte t-il une veste à paillettes? Est-ce pour mettre en avant le côté music-hall qu’il peut y avoir dans le texte de Beckett?
_ C’est peut-être à Elsa Pavanel, la créatrice des costumes, et Bernard Levy, le metteur en scène, qu’il faudrait poser la question! Ce que je peux te dire, c’est que l’on s’est dit que Lucky était quelqu’un qui avait beaucoup vécu, qu’il avait traversé le monde et qu’il avait été danseur : d’où les chaussons de danse et la veste avec quelques paillettes…

_ Quelle sont les difficultés principales du rôle de Lucky?

_ Il est pénible physiquement et le texte est difficile à apprendre. Pour le monologue, j’ai commencé à le lire et à le relire dès que Fin de Partie a été terminé [spectacle donné à l’Athénée en 2006 avec quasiment la même équipe artistique et parti ensuite en tournée jusqu’en avril dernier]. Je le lisais simplement, je me suis mis à l’apprendre ensuite.
Là, je continue à le travailler pendant la journée et à le réciter dans le métro, comme un musicien fait ses gammes avant son concert du soir! Le personnage vit en moi hors des représentations…

_ Comment un comédien peut-il appréhender un monologue comme celui de Lucky ?
_ Je suis passionné par ce personnage, mais je ne savais pas par quel bout le prendre. Dans les mises en scène que j’ai vues, Lucky était une sorte d’hystérique qui débitait son monologue à toute vitesse, le transformant en performance. Bernard Levy voulait trouver un sens à ce que ce type dit, ne pas en faire un maniaque qui éructe mais plutôt quelqu’un qui étouffe tellement il veut raconter une histoire, d’autant qu’il a aussi des pertes de mémoire.
Nous avons donc pris le texte en cherchant ce que pouvait signifier chaque phrase : les spectateurs ne perçoivent pas forcément tout le sens, mais l’important est qu’ils sentent qu’on leur raconte quelque chose même s’ils ne savent pas quoi. Et c’était essentiel pour nous en tant qu’artistes de donner un sens à ce monologue.

_ J’imagine que le sens de ce monologue est trop complexe pour l’épuiser en trois minutes, mais pourrais-tu donner une ou deux clés pour mieux le comprendre?
_ Dieu est très présent dans ce monologue : il y a l’idée que même si l’on croit en l’existence d’un Dieu, l’homme ne grandit pas. On peut aussi lire en filigrane que, même s’il ne se manifeste pas, Dieu est là.
Il est important de préciser aussi que le personnage de Lucky a un sens, qu’il reste digne malgré la maltraitance qu’il subit : face à ce qu’on lui inflige, il a choisi l’impassibilité et la dignité. On peut relier tout cela à la guerre, d’autant qu’il parle beaucoup de pierres, ce qui renvoie pour nous aux ruines dues aux destructions. C’est pour évoquer cela et aussi rappeler l’accent yiddish que je prenais à un moment dans Fin de Partie que j’ai décidé de prononcer le bout de phrase “les flammes, les pleurs, les pierres” en yiddish : ces mots sont d’ailleurs les mêmes en yiddish et en allemand…
Et tout cela, c’est le génie de Beckett, est entrecoupé de choses drôles sans signification particulière. Relevons par exemple les noms qu’il donne aux pseudo-scientifiques dont il parle : Fartov et Belcher. To fart en anglais signifie péter, et to belch, roter. Ces scientifiques s’appellent donc Péteur et Roteur... »

Je passe ensuite à la loge d’à côté pour parler à Patrick Zimmermann qui joue Pozzo, le partenaire (bourreau?) de Lucky:


« _ Gilles Arbona, qui interprète Vladimir, me disait que le personnage de Pozzo véhiculait l’histoire, qu’est-ce que cela  vous évoque ?
_ On ne se tutoyait pas, hier?

_ Je suis très vieux jeu. Gilles Arbona, qui interprète Vladimir, me disait que le personnage de Pozzo véhiculait l’histoire, qu’est-ce que cela t’évoque ?
_ Je dirais qu’à part l’enfant joué par Garlan Le Martelot (et encore...), tous véhiculent l’histoire. Le couple Pozzo-Lucky est un "accident" qui intervient dans l’histoire d’Estragon et Vladimir, et Vladimir se met même à vouloir jouer à Pozzo et Lucky, comme s’il y avait une sorte d'universalité dans ce couple. Mais les témoins, les révélateurs de l’histoire sont surtout, pour moi, Vladimir et Estragon.

_ Que représente ce couple Pozzo-Lucky, et pourquoi est-il universel, à ton avis?

_ Ce n’est pas une fable simpliste opposant opprimeurs et opprimés : Beckett va au-delà de ça pour faire de ce couple un véritable pan de l’humanité qui dépeint aussi nos manières d’être, et peut-être y a-t-il du Pozzo et du Lucky en chacun de nous.
Et il y a quelque chose de cosmique dans ce que Pozzo dit : à peine nés, nous sommes déjà morts, le même jour, le même instant, les femmes accouchent à cheval sur une tombe. C’est en fait le constat terrifiant de l'insignifiance de la vie, cela rejoint ce que dit Estragon lorsqu’il annonce qu’il ne veut plus respirer : mais ne plus respirer, c’est la mort! Le temps n’est rien et la vie est ailleurs… Mais ce n’est que l’un des milliers de fils que l’on peut tirer d’En attendant Godot !

_ On ne va pas pouvoir tous les passer en revue, mais y aurait-il un autre de ces fils dont tu aimerais parler?
_ Le texte écrit par Lola Gruber dans le programme de salle de l’Athénée est très beau et remet en jeu la question de Dieu : je pense aussi que c’est un point important. Beckett a dit que s’il avait voulu parler de Dieu, il aurait appelé sa pièce En attendant Dieu et non En attendant Godot, mais c’est peut-être de la mauvaise foi… On dit toujours que la pièce ne parle pas de Dieu parce que Beckett s’en défend, mais ce n’est pas parce qu’il s’en défend que c'est vrai !
On pourrait aussi lire la pièce sous l’angle de "l'usage" qu'on fait de Dieu (et non sous l’angle de Dieu lui-même, en fait). Les hommes ont tout de même décidé qu’il existe un Dieu qui nous surpasse, qui nous est supérieur et qui détient un pouvoir sur nous! C’est une sorte d’aliénation, qui prévoit même l'idée de punition… À un moment, Estragon propose d’arrêter d’attendre Godot, et Vladimir répond qu’il les punirait : ils s’imposent donc l’aliénation d’attendre quelqu’un qui les punirait s’ils arrêtaient d’attendre, et qui est tellement envahissant qu’ils pourraient l’attendre pendant cinquante ans.
Godot est-il une invention de Vladimir et d’Estragon? Une invention de tous les hommes? N'est-ce pas de “nous autres”, c’est-à-dire de l’humanité, qu'il s’agit ? D’où cette notion de "l'usage" que l’on fait de Dieu… Et on en fait un usage plutôt désastreux, non ?…

_ Si l’on continue cette hypothèse, le personnage d’enfant interprété par Garlan le Martelot est-il un ange?

_ Non, pour moi, ce personnage est un messager, mais pas un ange : il semble bien humain et raconte que Godot bat son frère, qu’il ne sait pas lui-même s’il est heureux… De même, quand Vladimir lui demande de quelle couleur est la barbe de Godot, il répond “je crois qu’elle est blanche” : il le croit ! Mais il l’a vu Godot, ou non? En tout cas, si je suis convaincu que ce personnage n’est pas un ange, le fait que cela soit un enfant reste mystérieux pour moi…. Dans En attendant Godot, chaque réplique ouvre mille portes…»


Je pourrais continuer la polémique en disant que cette fois, c’est Patrick Zimmermann qui est peut-être de mauvaise foi : après tout, le diable étant un ange déchu, il pourrait aussi bien être le frère battu dont cet enfant parle... Il est certain en tout cas que, à propos d’En attendant Godot, la discussion pourrait continuer longtemps.
Elle continue d’ailleurs, puisqu’à la lecture de ce paragraphe avant parution du billet, Patrick Zimmermann m’écrivit :


«Ah bon ? De mauvaise foi ? Mais ce n'est pas parce que je n'en ai pas parlé que je le conteste... Je trouve, au contraire, ton idée très intéressante, celle de cet ange déchu qui s'appelait Lucifer (celui qui porte la lumière !). Cela pose même des questions : si l'on chasse celui qui éclaire, pour quoi serait-ce, sinon pour obscurcir ? Je nous sens mal partis…»


Je ne sais pas si nous somme mal partis, mais en tout cas, En attendant Godot est bientôt fini : pour découvrir ou redécouvrir le texte dans la mise en scène de Bernard Levy, vous avez jusqu’à samedi!
L’Athénée accueillera ensuite l’opéra de Mozart Cosi fan tutte. Bonne journée!


Sortez les masques à gaz !

Les habitants du 24 rue de Caumartin ont dû se demander ce que faisaient ces énergumènes en masque à gaz dans la cour qu’ils partagent avec l’Athénée : c’était en fin février, les représentations d’En attendant Godot n’avaient pas encore commencé et l’heure était encore aux répétitions et créations.

(c) Florence Cognacq

Vous reconnaîtrez donc peut-être, sur un cobaye bien dévoué, le costume que porte Patrick Zimmermann au deuxième acte d'En attendant Godot en train de subir un traitement accéléré de vieillissement en spray.

Les photos sont de Florence Cognacq, attachée à la communication à l’Athénée Théâtre Louis-Jouvet.

Il reste encore cinq représentations d’En attendant Godot dans la mise en scène de Bernard Levy à l’Athénée… Bonne journée !


Sortir de l’ombre

Nous verrons bientôt en vidéo qu’une fois la création des lumières réalisée pour un spectacle, de nombreux ajustements sont nécessaires au fil des représentations.

Pour En attendant Godot de Samuel Beckett mis en scène par Bernard Levy, c’est Marie-Noëlle Bourcart, régisseur général à l’Athénée, qui s’en charge, et l’arbre et son ombre subissent alors les rotations d’un soleil bien artificiel : le tour du cadran en quelques minutes, en somme.

Mais ceux qui ont vu ou lu la pièce savent que l’arbre finit par se laisser aller à la lumière du printemps : quelques feuilles apparaissent, et vous avez jusqu’à dimanche pour les voir sur les branches !

Bon mardi !


"Ne perdons pas notre temps en vains discours." - Interview !

Entretien avec Thierry Bosc et Gilles Arbona

Avant une représentation d’En attendant Godot, je passe quelques minutes dans la loge de Thierry Bosc, qui joue Estragon dans le spectacle (et accessoirement conserve quelques effets de Superman).

«_ Georges Ser, qui tient le rôle de Lucky, m’a dit que vous aviez déjà joué dans un En attendant Godot ?
_ Oui, je jouais Vladimir, le rôle tenu aujourd’hui par Gilles Arbona, dans la mise en scène de Claude Yersin en 1982-1983 à la Comédie de Caen : Jean-Claude Frissung jouait Estragon, Jacques Zabor faisait Pozzo et Lucky était joué par Jacques Brylant.
On a repris la pièce en 1986 avec la même distribution excepté Jacques Zabor qui, pris par une spectacle monté par Gérard Desarthe (qui, d'ailleurs, a lui-même joué Lucky dans une mise en scène de Godot par Luc Bondy et est venu voir notre spectacle en tant qu'ami de Georges Ser, l'interprète de Lucky), a été remplacé par Jean-Pierre Bagot.
Jacques Zabor avait joué Vladimir dans une autre production aussi, mais il a eu la délicatesse de ne pas m'en informer pendant les répétitions.  La grande classe, ce Zabor! Il est décédé brutalement il y a peu… En tout cas, comme vous le voyez, c’est une vraie pièce à transmission!

_ En attendant Godot est grosso modo composé de deux couples : Vladimir et Estragon d’un côté, Lucky et Pozzo de l’autre. Après avoir joué Vladimir, qu’est-ce que cela fait de jouer l’autre ?
_ Je suis très content que l’on m’ait demandé de jouer Estragon. Je devais d'abord jouer Pozzo, mais après quelques essais, Bernard Levy, le metteur en scène, a décidé de garder le même couple que dans le Fin de Partie joué en 2006 à l’Athénée. Je trouve ça génial de pouvoir passer de l’autre côté. Cela m’était arrivé une autre fois, sur Le Roi Lear de Shakespeare où j’ai joué le duc de Cornouailles dans la mise en scène de Langhoff puis Gloucester dans celle d’Engel.
Il y a vraiment un grand plaisir à plonger dans le personnage d’en face mais il y a aussi deux grosses difficultés : déjà, je connais maintenant la pièce quasiment par cœur, et j’avais donc tendance à dire les répliques de Gilles Arbona pendant les répétitions… Ensuite, j’ai fait des cauchemars sur le thème de “je n’arriverai jamais à faire aussi bien que Jean-Claude Frissung”, qui jouait Estragon dans la mise en scène de Yersin. Du coup, j’ai très peur qu’il vienne voir le spectacle! Beaucoup d’autres acteurs, comme Jean-Paul Roussillon par exemple, ont joué Estragon : mais c’est surtout mon ancien partenaire qui me fait peur…»


Thierry Bosc m’accompagne ensuite au bout du couloir où il me laisse aux bons soins de Gilles Arbona qui interprète le rôle de Vladimir (et range très bien sa loge).


« _ Était-ce difficile de reprendre un rôle que Thierry Bosc a tenu il y a vingt-cinq ans?
_ Non, ce n’était pas très dur, et cela m’a permis de lui demander comment il avait interprété certains passages. La seule difficulté qu’on a eue, c’est qu’il disait mes répliques : il arrivait et il faisait mon texte! En attendant Godot est de toutes façons un texte passionnant à jouer pour un acteur…

_ Pourquoi ?
_ En attendant Godot est le plus grand texte du 20e siècle, c’est une cosmogonie des sentiments et du monde qui parle de la littérature, de l’état du monde, de la guerre, des charniers… Le Godot que l’on attend, c’est tout à la fois : les croyances, l’attente, l’autre, l’ennui, le temps qui passe… Il y a différents niveaux de jeu!
Cela commence comme un drame psychologique, puis on évoque l’histoire et la mémoire pour passer au couple.
L’arrivée de Pozzo qui véhicule l’histoire et parle du temps qui passe permet d’effleurer, aussi avec le personnage de Lucky, les questions du pouvoir, de la confrontation et de la dépendance. Le jeune garçon qui arrive après tout un passage où l’on se croit au music-hall fait le lien entre le plateau et le reste du monde.
Ensuite se pose le problème de la vérité et du mensonge, de savoir si les personnages étaient là hier ou non… C’est important pour Vladimir, il essaie de vivre, d’exister, il croit en Godot et il veut qu’on lui dise qu’il existe réellement. Alors qu’Estragon, à ce moment-là, parle de ses chaussures.
On pénètre enfin dans le monde de l’improbable avec une parodie totale de l’accident, mais l’angoisse perce vite derrière ce numéro de clown : quoi faire, comment, quand, avec qui, et pour quelles conséquences? Les gens qui croient que les choses arrivent les unes après les autres ne peuvent sans doute pas comprendre ce texte…

_ Vous pensez que c’est pour cela qu’avant de voir votre spectacle, j’étais toujours passée à côté d’En attendant Godot malgré mes multiples tentatives?
_ Vous étiez peut-être un peu jeune! Quand je pense qu’En attendant Godot est régulièrement étudié dans les lycées, cela m’ennuie un peu car, comme Racine, Beckett est un écrivain de la maturité… C’est une écriture d’une poésie absolue qui évoque la probabilité de la vie : tout est mort mais tout doit continuer! “Humain trop humain” de Nietzsche, “être ou ne pas être” de Shakespeare, c’est aussi du Beckett…
En attendant Godot est une grande métaphore de la vie, mais très allusive : c’est aussi  pour cela que ce n’est pas facile à comprendre. La destinée est incertaine, et il n’y a pas de début, ni de milieu, ni de fin : la vie est improbable, même s’il est évident qu’on se forge notre destin et que nous ne sommes pas innocents devant notre propre devenir.
Beckett est vraiment l’un des plus grands dramaturges de l’histoire du théâtre : une fois qu’on a joué Beckett, Tchekhov, Brecht et Shakespeare on peut rentrer chez soi! Je disais qu’il y avait du Shakespeare dans Beckett, mais il y a aussi du Tchekhov dans l’ennui vécu par les personnages… Il y a une grande vacance de l’âme et du physique : “nous nous ennuyons ferme, c’est incontestable…” »


Demain à 15h, le Quatuor Psophos jouera son concert Vienne Budapest en compagnie de l'altiste Nils Moenkemeyer dans les décors d'En attendant Godot qui continue jusqu'au 28 mars. Bonne journée!

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