Les Garçons et Guillaume, au lit !

Depuis jeudi dernier, le mobilier en fer blanc de Guillaume Gallienne est revenu à l'Athénée où il restera jusqu'au 17 juillet pour la reprise du spectacle Les Garçons et Guillaume, à table !.

 

 

Toutes les représentations de cette reprise du spectacle sont complètes. Cependant, des places se libèrent parfois le soir même, certaines personnes ayant réservé ne se présentant pas au Théâtre : il est donc possible de tenter votre chance une heure avant la représentation.

D'autre part, la représentation du 14 juillet à 15h sera gratuite et ouverte à tous sans réservation :  les billets sont à retirer une heure avant la représentation.

Bon début de semaine.


C'est de saison

Comme je vous le disais hier en vous montrant les coulisses de l'événement, l'Athénée présentait sa saison 2010-2011 il y a peu.


Tour d'horizon partiel et partial, que vous pourrez compléter en allant voir les vidéos de la soirée sur la fiche de chaque spectacle du site internet de l'Athénée :


Oh les beaux jours de Beckett - mise en scène de Robert Wilson


Adriana Asti
, que vous connaissez peut-être pour l'avoir vue au cinéma chez Visconti, Bertolucci ou Pasolini, jouera dans Oh les beaux jours mis en scène par Robert Wilson.
En tournage à Venise pour le prochain film d'André Téchiné, elle présente le spectacle par téléphone :

Si vous n'entendez rien, cliquez ici pour aller sur YouTube.

 

 

Orchestre de Paris : 4 concerts pour 4 quatuors

Quatre quatuors de musiciens
issus de l'orchestre de Paris viendront donner quatre concerts tout au long de la saison, en lien avec les spectacles théâtraux de l'Athénée.

Découvrez des compositeurs du 20e siècle au moment d'Oh les beaux jours, de la musique russe pour accompagner le cycle Tchekhov (Oncle Vania, Les Trois Soeurs et La Cerisaie), des œuvres abordant le néo-classique et la question de l'oppression à l'occasion de Caligula et des partitions pleines d'humour noir en résonance avec Une Visite inopportune.



Oncle Vania de Tchekhov - mise en scène de Serge Lipszyc

C'est Robin Renucci, que vous avez peut-être vu dans Un Village français ou chez Chabrol, Mocky ou Bertolucci, qui interprétera Oncle Vania. Il est venu présenter le spectacle mis en scène par Serge Lipszyc.

 

Patrice Martinet et Robin Renucci

 

 

Fondation Royaumont - 4 récitals pour 6 chanteurs

 

(c)Malte Martin

Depuis quelques saisons, l'Athénée vous propose d'entremêler théâtre et musique : avec la Fondation Royaumont, découvrez quatre concerts pour voix et piano en octobre, décembre, mars et mai.


Les Trois Soeurs de Tchekhov - mise en scène de Volodia Serre


Volodia Serre, le metteur en scène des Trois Soeurs, a vraiment trois soeurs, toutes comédiennes.

C'est donc tout naturellement qu'il leur a confié les rôles-titres et qu'il interprétera également leur frère dans le spectacle.

Ils sont venus en famille nous lire quelques morceaux choisis de Tchekhov dont on oublie trop souvent le potentiel comique.

Si vous ne voyez pas la vidéo, cliquez ici pour aller sur YouTube.


 

La Cerisaie de Tchekhov - mise en scène de Paul Desveaux

Pour compléter ce cycle Tchekhov, Paul Desveaux, déjà venu à l'Athénée pour Les Enfants terribles, est venu présenter sa Cerisaie dont vous trouverez cette jolie citation dans la brochure 2010-2011 de l'Athénée : "c'est beau, c'est sensible, à part qu'on ne comprend rien".

 

© Malte Martin

 

 

Résidence de Claire-Marie Le Guay

La pianiste Claire-Marie Le Guay est en résidence à l'Athénée depuis deux saisons
: très attachée à la sensibilisation à l'art, elle a construit un véritable projet pédagogique où elle passe du temps dans des écoles primaires parisiennes et donne des concerts spécialement pour les enfants.
Elle donne également des récitals pour les adultes, au nombre de deux cette saison.

 

Claire-Marie Le Guay en coulisses avant d'entrer sur la scène de la présentation de saison.




Phi-Phi, une opérette d'Henri Christiné et Albert Willemetz - mise en scène de Johanny Bert pour Les Brigands

Si vous êtes un habitué de l'Athénée, vous connaissez déjà l'univers déjanté de la compagnie des Brigands qui livrent une opérette ou un opéra-bouffe au Théâtre tous les ans.

Le metteur en scène Johanny Bert, après avoir présenté Phi-Phi, a fait monter son équipe sur scène pour une démonstration très en jambes :

Si vous ne voyez pas la vidéo, cliquez ici pour aller sur YouTube.

 

 

Le Journal d'un disparu, opéra de Leos Janacek - direction musicale et mise en scène de Christophe Crapez.

Chanteuse dans le spectacle, Éva Gruber était déjà venue à l'Athénée pour L'Opéra de quatre notes : elle revient cette fois-ci dans Le Journal d'un disparu qu'elle s'est chargée de présenter.

Janacek est un compositeur tchèque né en 1854 et décédé en 1928. Il a composé des œuvres comme la Sinfonietta, L'Affaire Makropoulos, De la Maison des morts, Jenufa ou La petite Renarde rusée.

Voici un court extrait sonore (moins d'une minute) du Journal d'un disparu :

 

Si vous ne voyez pas la vidéo, cliquez ici pour aller sur YouTube.

 

 

Caligula de Camus - mise en scène de Stéphane Olivié Bisson
Stéphane Olivié Bisson : "Dans l'imaginaire collectif, Camus, c'est la photo en noir et blanc, la cigarette aux lèvres… Ça sent le Panthéon!"

 

Avant de partir, il offrit à Patrice Martinet, directeur de l'Athénée, ce livre rassemblant Albert Camus, René Char et Henriette Grindat.

 

 

La Voix humaine, opéra de Poulenc d'après Cocteau - mise en scène de Vincent Vittoz

Vincent Vittoz est venu présenter l'opéra de Poulenc composé d'après l'œuvre éponyme de Jean Cocteau :

 

 

L'Échange de Paul Claudel et l'opéra Didon et Énée de Purcell - mises en scène de Bernard Levy

Bernard Levy a déjà mis en scène
deux spectacles à l'Athénée : En attendant Godot et Fin de partie, deux pièces de Beckett.

Il revient deux fois cette saison dans deux œuvres très différentes, L'Échange de Paul Claudel dont il espère faire "quelque chose d'âpre, de sensuel, de drôle mais terriblement émouvant" et Didon et Énée de Purcell qu'il abordera en novice de l'opéra.

 

 

Une Visite inopportune de Copi - mise en scène de Philippe Calvario

Philippe Calvario : "La visite inopportune, c'est cette saleté de mort qui arrive un peu trop tôt…"

 

 

Ali Baba ou les quarante voleurs, opéra de Cherubini - mise en scène de Charlotte Nessi

Comme l'a dit Charlotte Nessi, "on connaît tous Ali Baba même si on ne sait plus très bien ce que font les quarante voleurs".

© Malte Martin

 

 

Le Récit de la servante Zerline de Hermann Broch - mise en scène d'Yves Beaunesne

"Voilà encore une journée de passée qui ne reviendra plus"

Vu à l'Athénée pour sa mise en scène de Cosi fan tutte de Mozart, Yves Beaunesne a un vrai talent pour donner envie d'aller voir ses spectacles, décuplé ici par la présence de l'actrice Marilu Marini.

Je vous laisse donc regarder la vidéo sur le site de l'Athénée en lançant un appel de fashion victim :

Le jour de la présentation de saison, Marilu Marini portait ces chaussures. Je veux les mêmes. Merci de me communiquer toute information me permettant de les trouver ("pique-les dans la loge de Madame Marini quand elle reviendra jouer le spectacle" N'EST PAS une information valable !). Merci.

 

 

Il est encore temps de vous abonner pour cette saison 2010-2011 !
La saison actuelle n'est pas encore terminée : Guillaume Gallienne joue jusqu'au 17 juillet la reprise de son spectacle Les Garçons et Guillaume, à table !

Bon jeudi et à demain pour le premier portrait de spectateur sur ce blog.


Batterie de cuisine

Comme je vous le disais hier, les percussions employées dans Le Père (théâtre musical à l'Athénée jusqu'à samedi) sont pour le moins inhabituelles.

Voici ce que mon micro a pu capter de ces drôles d'instruments lors de la première qui a eu lieu hier :

 

Si vous n'entendez rien, cliquez ici pour aller sur YouTube.

 

Le Père se joue encore ce soir et demain.

Bon week-end et à lundi !


"Il faut chercher à savoir pourquoi le peuple accepte seulement des sous-produits."

"Ma langue, pour des raisons bizarres, est considérée comme difficile ; pour l'unique raison qu'elle est en fait toute simple, directe et précise. On n'a plus l'habitude d'écouter des textes précis."



Qui est Heiner Müller ?

C'est l'auteur d'un texte qu'a repris le compositeur Michael Jarrell pour Le Père, œuvre de théâtre musical qui sera jouée à l'Athénée demain, vendredi et samedi.



Le Père est un récit où Heiner Müller retrace autant une vie que l'histoire de l'Allemagne : en dix fragments, l'on passe du nazisme au communisme tout en plongeant dans les liens entre un père et son fils.

Né en Allemagne en 1929, Heiner Müller a quatre ans lorsque son père se fait arrêter en pleine nuit par les Nazis. Refusant l'exil, il assistera successivement à la débâcle de l'Empire nazi, l'occupation et la partition de l'Allemagne, l'expérience communiste de la République Démocratique Allemande (où il avait choisi de rester), la chute du mur de Berlin et la réunification de l'Allemagne. Il est décédé à la toute fin de l'année 1995.



"Une raison essentielle d'écrire des pièces réside dans le malin plaisir ; il est la source de tout humour – le malin plaisir, c'est de voir que quelque chose tourne au vinaigre et qu'on est en mesure de le décrire. C'est là, je crois, un modèle de base du théâtre et également du comique... Prendre conscience du caractère comique de mes pièces est, à mon avis, important, mais personne apparemment ne le voit ni ne le saisit – raison pour laquelle les choses, si souvent, tournent mal."



Resté célèbre pour ses pièces de théâtre, il a également écrit des récits et des poèmes, et a été directeur du théâtre du Berliner Ensemble.
Explorant le destin de l'Allemagne, ses écrits très singuliers témoignent d'une écriture fragmentaire où pointent souvent la réécriture et le montage de textes existants, comme Hamlet, Philoctète, Les Liaisons dangereuses ou Médée. Le mythe et la grande histoire se mêlent aux histoires amoureuses et familiales dans une grande variété de tons souvent imprégnée de second degré.

Parfois interdit en RDA (comme sa pièce Hamlet-Machine, censurée pour "pessimisme historique"), il est rapidement connu en Europe de l'Ouest et aux États-Unis. En France, il est révélé par Bernard Sobel, Jean-François Peyret, Jean Jourdheuil ou Patrice Chéreau.

Après une collaboration avec Bob Wilson pour un opéra qui ne verra jamais le jour, ses textes sont adaptés en musique par Pascal Dusapin (Medeamaterial) ou Michael Jarrell (Le Père).

Le Père se joue à l'Athénée pour trois représentations à partir de demain. Créé dans le cadre du Festival Agora de l'IRCAM (Centre Pompidou), il est mis en scène par André Wilms.

À demain !

NB : toutes les citations sont extraites d'un entretien avec Heiner Müller réalisé par Rolf Ruth et Petra Schmitz pour le Theater Heute d'avril 1982. Traduction : Heinz Schwarzinger.


La farfelue du jardin des plantes

Les amours tragiques de Pyrame et Thisbé se joue à l’Athénée dans une mise en scène de Benjamin Lazar qui s’inspire du théâtre baroque (l’interview qu’il m’a accordée est ici).

Mais comment les comédiens jouaient-ils aux 17e et 18e siècles en France ?
Le sujet est trop large pour être abordé dans son intégralité ; je laisse donc de côté les costumes, décors, scène, gestuelle et déplacements pour vous livrer quelques indications sur la diction et la déclamation :

La prononciation est essentielle, car la phonétique a évolué depuis le 17e siècle : le français ne se prononce pas de la même manière qu’aujourd’hui, d’autant plus qu’à cette époque, la déclamation sur une scène de théâtre ne faisait pas entendre les mêmes sons qu’une conversation courante (autrement dit, on ne prononçait pas le français au théâtre comme on le prononçait dans la vie).

Par exemple, sur les scènes de théâtre du 17e siècle :
- on roulait les R
- on ne disait pas “le roi” mais “le roué” (pour les connaisseurs en phonétique, le son [wa] se prononçait [we])
- la plupart des consonnes finales se prononçaient (sur des mots comme “moins” ou “joug”   par exemple)
- l’on faisait entendre le E muet [ë] pour distinguer les rimes féminines (vie, heure, constance...) des rimes masculines (permis, mourir, sort...)


Au niveau de la déclamation, l’alexandrin se disait selon un tempo précis que l’on pourrait qualifier de déclamation “en accent circonflexe” :
Ainsi, la première partie (les six premiers pieds) du vers se disait avec une montée de la voix. Après une pause plus ou moins longue à l’hémistiche (la moitié du vers), la seconde partie était marquée par une descente de la voix.

Le rythme du vers se construit également grâce à des accents d’intonation, c’est-à-dire que des syllabes précises du vers sont accentuées selon le sens du texte (on met l’accent sur des mots à forte charge émotionnelle) ou selon des règles phonétiques.

Si l’alexandrin n’a pas été conçu pour être musical, la déclamation du 17e siècle, parce qu’elle visait à mettre la langue française en valeur, donnait des intonations musicales au texte de théâtre.


Pour en savoir davantage sur le jeu de l’acteur baroque, la référence bibliographique incontournable est La Parole baroque d’Eugène Green.


NB :pour écrire ce billet d’initiation à la prononciation baroque, j'ai repris mon cours sur l’art de l’acteur aux 17e et 18e siècles suivi à l’université.
Je remercie donc tout spécialement son auteure, Julia Gros de Gasquet, qui s’était auto-surnommée “la farfelue du jardin des plantes” après nous avoir donné un cours en plein air pour échapper à une salle de classe en surchauffe. ?Plusieurs promeneurs du Jardin des Plantes (Paris 5e) s’étaient d’ailleurs assis parmi nous pour écouter l’intégralité du cours, soit tout de même deux heures sur la technique de l’acteur baroque: à croire que, contrairement à ce qu’on nous dit, le théâtre intéresse encore du monde.


Les Amours tragiques de Pyrame et Thisbé
de Théophile de Viau se joue à l’Athénée jusqu’à demain !


Bon week-end.


PS : comme je vous l’avais promis, voici le nombre de bougies utilisées pour le spectacle : cent soixante bougies brûlent chaque soir sur le plateau des Amours tragiques de Pyrame et Thisbé.


"Je me suis tué parce que je ne vous trouvais pas"

Mon billet d’hier sur les parodies de Pyrame et Thisbé laissait la part belle au Songe d’une nuit d’été où Shakespeare développait largement le sujet. Place aujourd’hui à une parodie anonyme et à des allusions dans une tirade de Rostand et un poème d’Apollinaire :


Parodie de Pyrame et Thisbé
Anonyme

En 1726, François Rebel et François Francoeur créaient une tragédie lyrique, Pyrame et Thisbé, qui, si elle connut un véritable succès populaire, fut rapidement et largement parodiée —comme de nombreux ouvrages présentés à l’Académie Royale de Musique à cette époque, du reste.
Parmi les parodies et détournements qui nous sont parvenus, citons une pièce anonyme datant du 18e siècle et plus particulièrement le moment où Thisbé découvre Pyrame (presque) mort :

« THISBÉ Ciel, mon amant va rendre l’âme,
Et son visage est tout défait!
Es-tu mort?

PYRAME Non, pas encor.

THISBÉ Eh, relevez-vous donc, mon cher Pyrame !
Relevez-vous et fuyons bien fort.

PYRAME Je ne saurais, ma mignonne, je me suis tué parce que je ne vous trouvais pas.

THISBÉ Vous ne seriez pas bon à jouer à la clemissette [= à cache-cache], si vous vous tuez comme cela quand vous ne trouvez pas les gens ! »

Vous pourrez trouver ce texte dans Pyrame et Thisbé, un opéra au miroir de ses parodies 1726-1779 (ouvrage sous la direction de Françoise Rubellin, éditions espaces 34, 2007).
Je l'ai trouvé pour ma part cité par Florent Siaud dans son cahier dramaturgique sur Les Amours tragiques de Pyrame et Thisbé.

 



Cyrano de Bergerac
Edmond Rostand


Pyrame et Thisbé se retrouvent également dans ce qui est aujourd’hui l’une des répliques les plus célèbres du théâtre français, la fameuse tirade du nez dans Cyrano de Bergerac d’Edmond Rostand.
L’allusion intervient sur la fin de la tirade et concerne cette fois directement la tragédie de Théophile de Viau et non plus seulement l’histoire de Pyrame et Thisbé.
À la scène 2 de l’acte V des Amours tragiques de Pyrame et Thisbé de Viau, lorsque Thisbé découvre le corps de Pyrame, elle déclare : «Ha ! voici le poignard qui du sang de son maître / S'est souillé lâchement ; il en rougit, le traître !».
Le vers sera par ailleurs copieusement moqué par Boileau qui critiquait le lien établi entre la rougeur du poignard couvert de sang et sa honte supposée.


Acte I, scène 4


« LE VICOMTE
Personne ?
Attendez ! Je vais lui lancer un de ces traits ! ...
Il s’avance vers Cyrano qui l’observe, et se campant devant lui d’un air fat.
Vous.... vous avez un nez... heu... un nez... très grand.

CYRANO, gravement
Très.

LE VICOMTE, riant
Ha !

CYRANO, imperturbable
C’est tout ? ...

LE VICOMTE
Mais...

CYRANO
Ah ! non ! c’est un peu court, jeune homme !
On pouvait dire... Oh ! Dieu ! ... bien des choses en somme...
En variant le ton, - par exemple, tenez :
Agressif : "Moi, monsieur, si j’avais un tel nez,
Il faudrait sur-le-champ que je me l’amputasse ! "
Amical : "Mais il doit tremper dans votre tasse
Pour boire, faites-vous fabriquer un hanap ! "
Descriptif : "C’est un roc ! ... c’est un pic ! ... c’est un cap !
Que dis-je, c’est un cap ? ... C’est une péninsule ! "
Curieux : "De quoi sert cette oblongue capsule ?
D’écritoire, monsieur, ou de boîte à ciseaux ? "
Gracieux : "Aimez-vous à ce point les oiseaux
Que paternellement vous vous préoccupâtes
De tendre ce perchoir à leurs petites pattes ? "
Truculent : "Ça, monsieur, lorsque vous pétunez,
La vapeur du tabac vous sort-elle du nez
Sans qu’un voisin ne crie au feu de cheminée ? "
Prévenant : "Gardez-vous, votre tête entraînée
Par ce poids, de tomber en avant sur le sol ! "
Tendre : "Faites-lui faire un petit parasol
De peur que sa couleur au soleil ne se fane ! "
Pédant : "L’animal seul, monsieur, qu’Aristophane
Appelle Hippocampéléphantocamélos
Dut avoir sous le front tant de chair sur tant d’os ! "
Cavalier : "Quoi, l’ami, ce croc est à la mode ?
Pour pendre son chapeau, c’est vraiment très commode ! "
Emphatique : "Aucun vent ne peut, nez magistral,
T’enrhumer tout entier, excepté le mistral ! "
Dramatique : "C’est la Mer Rouge quand il saigne ! "
Admiratif : "Pour un parfumeur, quelle enseigne ! "
Lyrique : "Est-ce une conque, êtes-vous un triton ? "
Naïf : "Ce monument, quand le visite-t-on ? "
Respectueux : "Souffrez, monsieur, qu’on vous salue,
C’est là ce qui s’appelle avoir pignon sur rue ! "
Campagnard : "Hé, ardé ! C’est-y un nez ? Nanain !
C’est queuqu’navet géant ou ben queuqu’melon nain ! "
Militaire : "Pointez contre cavalerie ! "
Pratique : "Voulez-vous le mettre en loterie ?
Assurément, monsieur, ce sera le gros lot ! "
Enfin parodiant Pyrame en un sanglot
"Le voilà donc ce nez qui des traits de son maître
A détruit l’harmonie ! Il en rougit, le traître ! "
– Voilà ce qu’à peu près, mon cher, vous m’auriez dit
Si vous aviez un peu de lettres et d’esprit. »

 

Les onze mille Verges
Guillaume Apollinaire



Habitué des salles de classe pour des livres comme Alcools, Le Bestiaire ou Calligrammes, Apollinaire a également publié des poésies érotiques, souvent de manière anonyme ou sous pseudonyme.
Dans Les onze mille Verges, l’on trouve deux sonnets improvisés par le personnage de Mony qui glisse une allusion parodique à Pyrame et Thisbé.
Le dialogue entourant ces deux sonnets a lieu entre Estelle et Mony :

« — T’occupe pas de ça, Mony, fais-moi encore des vers avant d’aller au dodo.
— Bien, dit Mony, et il improvisa ces délicats sonnets mythologiques.
HERCULE ET OMPHALE
Le cul
D’Omphale
Vaincu
S’affale.
— Sens tu
Mon phalle
Aigu ?
— Quel mâle !...
Le chien
Me crève !...
Quel rêve ?...
— Tiens bien ?
Hercule
L’encule.

PYRAME ET THISBE
Madame
Thisbé
Se pâme :
“Bébé”
Pyrame
Courbé
L’entame :
“Hébé !”
La belle
Dit oui
Puis elle
Jouit
Tout comme
Son homme.

— C’est exquis ! délicieux ! admirable ! Mony, tu es un poète archi-divin, viens me baiser dans le sleeping-car, j’ai l’âme foutative. »

 

Remerciements au site Méditerranées et à Florent Siaud, rédacteur du cahier dramaturgique des Amours tragiques de Pyrame et Thisbé mis en scène par Benjamin Lazar
(le cahier est à télécharger en PDF ici).

 

Les Amours tragiques de Pyrame et Thisbé de Théophile de Viau mis en scène par Benjamin Lazar se joue jusqu’à samedi.
Ce soir, vous pourrez rencontrer l’équipe artistique: rendez-vous après la représentation dans le foyer-bar !


"Non, vraiment, ne me faites pas jouer une femme ; j’ai la barbe qui me vient."

Comme nous l’avons vu le 27 puis le 28 mai, l’histoire de Pyrame et Thisbé a inspiré autant des écrivains comme Ovide, La Fontaine ou Viau (dont Les Amours tragiques de Pyrame et Thisbé se joue actuellement à l’Athénée) que des peintres comme Pagani ou Poussin.

Mais Pyrame et Thisbé ont aussi largement été parodiés, comme chez Shakespare,  Rostand ou Apollinaire.

Si Pyrame et Thisbé se retrouvent ainsi en mode sérieux dans Roméo et Juliette, Shakespeare les a également cités dans son Songe d’une nuit d’été où des artisans décident de monter une pièce pour le mariage de Thésée et Hippolyte: cette pièce qu’ils choisissent de jouer (comme des pieds) raconte justement l’histoire de Pyrame et Thisbé.

Extraits choisis dans la traduction de François-Victor Hugo (le fils de) :



Le Songe d'une nuit d'été
William Shakespeare

ACTE 1, scène 2
(le temps des répétitions, 1
)


« LECOING Toute notre troupe est-elle ici ?
BOTTOM Vous feriez mieux de les appeler tous l’un après l’autre, en suivant la liste.
LECOING Voici sur ce registre les noms de tous ceux qui, dans Athènes, ont été jugés capables de jouer notre intermède devant le duc et la duchesse, pendant la soirée de leurs noces.
BOTTOM Dites-nous d’abord, mon bon Pierre Lecoing, quel est le sujet de la pièce ; puis vous lirez les noms des acteurs ; et ainsi vous arriverez à un résultat.
LECOING Morguienne, notre pièce c’est La très lamentable comédie et la très cruelle mort de Pyrame et Thisbé.
BOTTOM Un vrai chef-d’œuvre, je vous assure, et bien amusant... Maintenant, mon bon Pierre Lecoing, appelez vos acteurs en suivant la liste... Messieurs, alignez-vous.
[…]
LECOING Vous, Nick Bottom, vous êtes inscrit pour le rôle de Pyrame.
BOTTOM Qu’est-ce que Pyrame ? Un amoureux ou un tyran ?
LECOING Un amoureux qui se tue très galamment par amour.
[…]
LECOING François Flûte, raccommodeur de soufflets.
FLÛTE Voici, Pierre Lecoing.
LECOING Il faut que vous preniez Thisbé sur vous.
FLÛTE Qu’est-ce que Thisbé ? Un chevalier errant ?
LECOING C’est la dame que Pyrame doit aimer.
FLÛTE Non, vraiment, ne me faites pas jouer une femme ; j’ai la barbe qui me vient.
LECOING C’est égal ; vous jouerez avec un masque, et vous ferez la petite voix autant que vous voudrez.
[…]


ACTE 3, scène 1
(le temps des répétitions, 2)


BOTTOM Il y a dans cette comédie de Pyrame et Thisbé des choses qui ne plairont jamais. D’abord, Pyrame doit tirer l’épée pour se tuer ; ce que les dames ne supporteront pas. Qu’avez-vous à répondre à ça ?
GROIN Par Notre-Dame ! ça leur fera une peur terrible.
MEURT DE FAIM Je crois que nous devons renoncer à la tuerie comme dénouement.
BOTTOM Pas le moins du monde. J’ai un moyen de tout arranger. Faites-moi un prologue ; et que ce prologue affecte de dire que nous ne voulons pas nous faire de mal avec nos épées et que Pyrame n’est pas tué tout de bon ; et, pour les rassurer encore mieux, dites que moi, Pyrame, je ne suis pas Pyrame, mais Bottom le tisserand : ça leur ôtera toute frayeur.
[…]
LECOING Mais il y a encore deux choses difficiles : c’est d’amener le clair de lune dans une chambre ; car, vous savez, Pyrame et Thisbé se rencontrent au clair de lune.
[…]
BOTTOM Eh bien, vous pourriez laisser ouverte une lucarne de la fenêtre dans la grande salle où nous jouerons ; et la lune pourra briller par cette lucarne.
LECOING Oui ; ou bien quelqu’un devrait venir avec un fagot d’épines et une lanterne et dire qu’il vient pour défigurer ou représenter le personnage du clair de lune. Mais il y a encore autre chose. Il faut que nous ayons un mur dans la grande salle ; car Pyrame et Thisbé, dit l’histoire, causaient à travers la fente d’un mur.
ÉTRIQUÉ Vous ne pourrez jamais apporter un mur. . . Qu’en dites-vous, Bottom ?
BOTTOM Un homme ou un autre devra représenter le mur : il faudra qu’il ait sur lui du plâtre, ou de l’argile, ou de la chaux pour figurer le mur ; et puis, qu’il tienne ses doigts comme ça, et Pyrame et Thisbé chuchoteront à travers l’ouverture.
LECOING Si ça se peut, alors tout est bien. Allons, asseyez-vous tous, fils de mères que vous êtes, et répétez vos rôles. Vous, Pyrame, commencez : quand vous aurez dit votre tirade, vous entrerez dans ce taillis, et ainsi de suite, chacun à son moment.
[…]
LECOING Parlez, Pyrame... Thisbé, avancez.
PYRAME Thisbé, les fleurs odieuses ont un parfum suave...
LECOING Odorantes ! odorantes !
PYRAME "Les fleurs odorantes ont un parfum suave. tel celui de ton haleine, ma très chère Thisbé, chérie. Mais écoute, une voix ! Arrête un peu ici, et tout à l’heure je vais t’apparaître."
Sort Pyrame.
[…]
THISBÉ Est-ce à mon tour de parler ?
LECOING Oui, pardieu, c’est à votre tour ; car vous devez comprendre qu’il n’est sorti que pour voir un bruit qu’il a entendu, et qu’il va revenir.
THISBÉ "Très radieux Pyrame, au teint blanc comme le lis, toi dont l’incarnat est comme la rose rouge sur l’églantier triomphant, le plus piquant jouvenceau, et aussi le plus aimable Juif, fidèle comme un fidèle coursier qui jamais ne se fatigue, j’irai te retrouver, Pyrame, à la tombe de Nigaud."
LECOING À la tombe de Ninus, l’homme !. . . Mais vous ne devez pas dire ça encore : c’est ce que vous répondrez à Pyrame ; vous dites tout votre rôle à la fois, en confondant toutes les répliques. Entrez, Pyrame : on a passé votre réplique, après ces mots : “qui jamais ne se fatigue”.
[…]

Acte 5, scène 1
(Le temps de la représentation, où les acteurs jouent en même temps qu’ils répondent aux diverses questions de leurs spectateurs)



LE PROLOGUE Gentils auditeurs, peut-être êtes-vous étonnés de ce spectacle ;
Restez-le donc jusqu’à ce que la vérité vienne tout expliquer.
Cet homme est Pyrame, si vous voulez le savoir.
Cette belle dame est Thisbé : c’est évident.
Cet homme, avec son plâtre et sa chaux, représente
Un mur, cet ignoble mur qui séparait nos amants :
C’est à travers ses fentes que ces pauvres âmes sont réduites
À chuchoter. Que nul ne s’en étonne.
Cet homme, avec sa lanterne, son chien et son fagot d’épines,
Représente le Clair de Lune : car, si vous voulez le savoir,
Devant le clair de lune, nos amants ne se font pas scrupule
De se rencontrer à la tombe de Ninus pour s’y. . . pour s’y faire la cour.
Cette affreuse bête qui a nom lion,
Une nuit que la confiante Thisbé arrivait la première,
La fit fuir de peur, ou plutôt d’épouvante.
Comme elle se sauvait, Thisbé laissa tomber sa mante
Que cet infâme lion souilla de sa dent sanglante.
Bientôt arrive Pyrame, charmant jouvenceau, très grand ;
Il trouve le cadavre de la mante de sa belle.
Sur quoi, de sa lame, de sa sanglante et coupable lame,
Il embroche bravement son sein d’où le sang bouillonne.
Alors, Thisbé, qui s’était attardée à l’ombre d’un mûrier,
Prend la dague, et se tue. Pour tout le reste,
Le Lion, le Clair de Lune, le Mur et les deux amants
Vous le raconteront tout au long quand ils seront en scène.
THÉSÉE Je me demande si le lion doit parler.
DÉMÉTRIUS Rien d’étonnant à cela, monseigneur ; un lion peut bien parler, quand il y a tant d’ânes qui parlent.
LE MUR Dans cet intermède, il arrive?
Que moi, dont le nom est Groin, je représente un mur,
Mais un mur, je vous prie de le croire,
Percé de lézardes ou de fentes,
À travers lesquelles les amants, Pyrame et Thisbé,
Se sont parlé bas souvent très intimement.
Cette chaux, ce plâtras et ce moellon vous montrent
Que je suis bien un mur. C’est la vérité.
[…]
THÉSÉE Peut-on désirer que de la chaux barbue parle mieux que ça ?
DÉMÉTRIUS C’est la cloison la plus spirituelle que j’aie jamais ouïe discourir, monseigneur.
THÉSÉE Voilà Pyrame qui s’approche du Mur. Silence !
PYRAME Ô nuit horrible ! ô nuit aux couleurs si noires !
Ô nuit qui est partout où le jour n’est pas !
Ô nuit : ô nuit ! hélas ! hélas ! hélas !
Je crains que ma Thisbé n’ait oublié sa promesse !
Et toi, ô Mur, ô doux, ô aimable Mur,
Qui te dresses entre le terrain de son père et le mien,
Mur, ô Mur, ô doux et aimable Mur,
Montre-moi ta fente que je hasarde un œil à travers.
[…]
THÉSÉE Maintenant, ce me semble, c’est au Mur, puisqu’il est doué de raison, à riposter par des malédictions.
PYRAME, s’avançant vers Thésée. Non, vraiment, monsieur ; ce n’est pas au tour du Mur. Après ces mots : m'avoir ainsi déçu, vient la réplique de Thisbé ; c’est elle qui doit paraître, et je dois l’épier à travers le Mur. Vous allez voir, ça va se passer exactement comme je vous ai dit. . . . . La voilà qui arrive.
THISBÉ Ô Mur, que de fois tu m’as entendu gémir
De ce que tu me séparais de mon beau Pyrame !
Que de fois mes lèvres cerises ont baisé tes pierres,
Tes pierres cimentées de chaux et de poils !
[…]
Voici la tombe du vieux Nigaud ; où est mon amour ?
LE LION, rugissant.
Ho !
Thisbé se sauve en laissant tomber son manteau.
DÉMÉTRIUS Bien rugi, lion !
THÉSÉE Bien couru, Thisbé !
HIPPOLYTE Bien luit, Lune... Vraiment, la lune luit de fort bonne grâce.
Le Lion déchire le manteau de Thisbé.
THÉSÉE Bien griffé, lion !
Le Lion sort.
DÉMÉTRIUS Et, sur ce, voici Pyrame qui vient.
LYSANDRE Et la lune qui s’éclipse.
Entre Pyrame.
PYRAME
Douce lune, merci de tes rayons solaires.
Merci, lune, de briller maintenant avec tant d’éclat,
Car, à la clarté dorée de tes torrents lumineux,
J’espère savourer la vue de la très fidèle Thisbé.
Mais, arrêtons ! — Ô douleur !
Mais, regardons ! Pauvre chevalier,
Quel malheur affreux !
Yeux, voyez-vous ?
Est-il possible ?
Ô poule mignonne ! ô chère !
Eh quoi ! ton manteau, le meilleur !
Teint de sang ?
Approchez, furies cruelles !
Ô Parques, venez ! venez !
Tranchez le gros fil de mes jours !
Frappez, écrasez, achevez, massacrez-moi !
THÉSÉE Cette émotion causée par la mort d’une amie chère pourrait presque donner l’air triste à un homme.
[…]
BOTTOM Voulez-vous voir l’épilogue, ou aimez-vous mieux entendre une danse bergamasque, dansée par deux comédiens de notre troupe ?
THÉSÉE Pas d’épilogue, je vous prie ; car votre pièce n’a pas besoin d’apologie. Vous n’avez rien à excuser ; car, quand tous les acteurs sont morts, il n’y a personne à blâmer. Morbleu, si celui qui a écrit cette pièce avait joué Pyrame et s’était pendu à la jarretière de Thisbé, cela aurait fait une belle tragédie.»


À demain pour découvrir les parodies de Pyrame et Thisbé chez Edmond Rostand ou Guillaume Apollinaire et dans une pièce française anonyme datant sans doute du 18e siècle.

Bon début de semaine! Les Amours tragiques de Pyrame et Thisbé mis en en scène par Benjamin Lazar et avec Lorenzo Charoy, Julien Cigana, Benjamin Lazar, Anne-Guersande Ledoux, Louise Moaty, Alexandra Rübner, Nicolas Vial se joue jusqu’à samedi.



Remerciements au site Méditerranées
et à Florent Siaud, rédacteur du cahier dramaturgique des Amours tragiques de Pyrame et Thisbé mis en scène par Benjamin Lazar
(le cahier est à télécharger en PDF ici).


"Toujours les vieux veulent qu'on les respecte"

Les Amours tragiques de Pyrame et Thisbé de Théophile de Viau se joue à l’Athénée depuis jeudi dans la mise en scène de Benjamin Lazar.

Pour découvrir la pièce et/ou vous la remettre en mémoire, voici le début de la première scène de l’acte I.

 

Les Amours tragiques de Pyrame et Thisbé
1623

Théophile de Viau



Acte 1, Scène 1
Thisbé, Bersiane



"Thisbé

Du bruit et des fâcheux aujourd'hui séparée,
Ma seule fantaisie avec moi retirée,
Je puis ouvrir mon âme à la clarté des cieux,
Avec la liberté de la voix et des yeux ;
Il m'est ici permis de te nommer, Pyrame,
Il m'est ici permis de t'appeler mon âme ;
Mon âme, qu'ai-je dit ? c'est fort mal discourir,
Car l'âme nous fait vivre et tu me fais mourir.
Il est vrai que la mort que ton amour me livre
Est aussi seulement ce que j'appelle vivre :
Nos esprits sans l'amour assoupis et pesants,
Comme dans un sommeil passent nos jeunes ans ;
Auparavant qu'aimer on ne sait point l'usage
Du mouvement des sens ni des traits du visage ;
Sans cette passion les plus lourds animaux
Connaîtraient mieux que nous et les biens et les maux.
Notre destin serait comme celui des arbres,
Et les beautés en nous seraient comme des marbres
En qui l'ouvrier gravant l'image des humains
Ne saurait faire agir ni les yeux, ni les mains.
Un bel oeil dont l'éclat ne luit qu'à l'aventure,
C'est comme le soleil que cachait la nature
Auparavant qu'il fût entré dans ses maisons
Et qu'il pût discerner la beauté des saisons.
Moi, je crois seulement depuis l'heure première
Que l'amour me toucha d'avoir vu la lumière,
Et que mon coeur ne vint à respirer le jour
Que dès l'heure qu'il vint à soupirer d'amour ;
Et combien que le Ciel fasse couler ma vie
Dans cette passion avec un peu d'envie,
Que mille empêchements combattent mes désirs
Et qu'un triste succès menace nos plaisirs,
Que les discords mutins d'une haine ancienne
Divisent la maison de Pyrame et la mienne,
Qu'hommes, Ciel, temps et lieux, nuisent à mon dessein,
Je ne saurais pourtant me l'arracher du sein,
Et quand je le pourrais je serais bien marrie
Que d'un si cher tourment mon âme fût guérie.
Une telle santé me donnerait la mort ;
Le penser seulement m'en fâche et me fait tort.

Bersiane
Comment vous être ainsi de nous tous éloignée !
Osez-vous bien aller sans être accompagnée ?
Tout le monde au logis est en peine de vous,
Et surtout votre mère en est en grand courroux.

Thisbé
Pourquoi cela ? ma vie est-elle si suspecte ?

Bersiane
Non ! mais toujours les vieux veulent qu'on les respecte ;
Vous deviez pour le moins un de nous avertir,
Faire quelque semblant que vous alliez sortir. "

 

Ce soir, Benjamin Lazar vous propose de découvrir le film Le Pont des Arts réalisé par Eugène Green.
C'est ce soir à 20h30 au cinéma Le Balzac (Paris 8e) en présence d'Eugène Green et de l'équipe du spectacle Les Amours tragiques de Pyrame et Thisbé. Plus d'informations ici.

Le spectacle se joue jusqu'au 12 juin! Bon début de semaine.


À voir en peinture

Comme nous l’avons vu hier, le mythe de Pyrame et Thisbé a inspiré des écrivains aussi divers qu’Ovide, Théophile de Viau, Shakespeare ou la Fontaine.
Mais les deux personnages sont également très présents dans les arts plastiques. Citons par exemple :

 

Une mosaïque située à Paphos (Chypre)

Photo © Gérard Janot

 

 

Une fresque à Pompéi
(Maison de Octavius Quartio ou de de Loreio Tiburtino).
Ier siècle après J.-C.

photo (c) Wilson Delgado

 

 

Pyrame et Thisbé, Hans Baldung Grien, vers 1530
© Gemäldegalerie, Berlin

 

 

Pyrame et Thisbé - Gregorio Pagani (1558-1605)

Galeria degli Uffizi, Florence

 

Paysage orageux avec Pyrame et Thisbé, Nicolas Poussin, 1621

Huile sur toile, 191 x 273,5 cm
(c) Francfort-sur-le-Main,
Städelsches Kunstinstitut und Städtische Galerie

 

 

Pyrame et Thisbé, Claude Gautherot (1729-1802)

© RMN / Georges Poncet - Musée municipal de Melun

 

Thisbe, John William Waterhouse, 1909

Huile sur toile, 58.5cm x 96.5cm
Collection privée

 

Les Amours tragiques de Pyrame et Thisbé de Théophile de Viau se joue jusqu’au 12 juin à l’Athénée dans la mise en scène de Benjamin Lazar!


Lundi soir, dans le cadre des "Entre nous-cinéma" programmés par l'Athénée et le cinéma Le Balzac pour éclairer les spectacles, Benjamin Lazar vous propose de découvrir le film Le Pont des Arts réalisé par Eugène Green, avec Natacha Régnier et Denis Podalydès.
C'est lundi à 20h30 au cinéma Le Balzac (Paris 8e) en présence d'Eugène Green et de l'équipe du spectacle Les Amours tragiques de Pyrame et Thisbé. Plus d'informations ici.

 

Bon week-end.


Remerciements à A. C.-P.


Sur un rectangle de bristol

Ce soir à l’Athénée, c’est la première des Amours tragiques de Pyrame et Thisbé, une tragédie de Théophile de Viau montée par Benjamin Lazar.

Pour être honnête, je ne connaissais pas Théophile de Viau et à peine l’histoire de Pyrame et Thisbé avant de devoir me pencher sur la question pour ce blog (et dire que ça a fait des études littéraires, ah là là c’est scandaleux, mais que fait la police?).

Comme j’imagine avec orgueil et parce qu’on se rassure comme on peut que je ne suis pas la seule ignorante ici, voici un rapide cours de rattrapage en forme de fiche de révisions pour le bac:

 

Théophile de Viau

(Écrivain français. 1590-1626)

 

- Libre-penseur associé au libertinage.
Critique certains points de l’orthodoxie catholique (homme = animal parmi les autres. Croit au destin plus qu’à la Providence, etc.)

- Victime d’attaques violentes de la part de jésuites l’accusant d’avoir publié un recueil de poèmes obscènes
--> procès dont il sort blanchi après des années de prison qui lui auront brisé la santé : meurt à 36 ans des suites de sa détention.

- Longtemps négligé au profit de Malherbe, son contemporain.

- Écrit d’abord une poésie sèche, pleine d’images, aux formes parfois dissymétriques
--> Extraits: “Dans ce val solitaire et sombre / Le cerf qui brame au bruit de l'eau, / Penchant ses yeux dans un ruisseau, / S'amuse à regarder son ombre.” (La Solitude).
“Une confuse violence / Trouble le calme de la nuit, / Et la lumière, avec le bruit, / Dissipe l'ombre et le silence” (Le Matin)

- Évolue ensuite (env. 1615) vers une poésie plus ampoulée
--> Extraits:
“Hélas ! le gouffre des malheurs, / D'où je puise l'eau de mes pleurs, / Prend bien d'ailleurs son origine / Mon désespoir dont tu te ris, / C'est la douleur de ma Cloris, / Qui rend toute la Cour chagrine ; / Les Dieux qui tous en sont marris / Jurent ensemble ta ruine.” (Contre l’hiver)

- Nouvelle évolution (env. 1619) pour une poésie plus directe
--> Extraits: “Satan ne nous fait plus broncher / Dans de si dangereuses toiles; / Le Dieu que nous allons chercher / Loge plus haut que les étoiles. / Nulle divinité que lui / Ne me peut donner aujourd'hui / Cette flamme ou cette fumée / Dont nos entendements épris / S'efforcent à gagner le prix / Qui mérite la renommée.” (La Maison de Sylvie)

 

 

Les Amours tragiques
de Pyrame et Thisbé

Tragédie en cinq actes écrite en 1623 par Théophile de Viau

 

- Reprend la légende de Pyrame et Thisbé (deux jeunes amoureux dont les parents refusent le mariage. L’histoire finit mal.)

- Légende de Pyrame et Thisbé présente chez Ovide (Les Métamorphoses), Saint Augustin (De Ordine), Boccace (L’Amorosa visione), Shakespeare (Roméo et Juliette), La Fontaine (fable 28 du livre XII, Les Filles de Minée)…

- Grande liberté de l’oeuvre, autant sur le fond que sur la forme.

 

À ce soir pour la première! Le spectacle se joue jusqu’au 12 juin.

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