Nous tenons bon, nous tiendrons bon

Si vous avez vu la brochure de l’Athénée pour la prochaine saison, vous avez peut-être été interpellés par la phrase qu’elle affiche en couverture, “tenons bon !”.

(c) Malte Martin



Lors de la présentation au public de la saison 2010-2011, Patrice Martinet, le directeur de l’Athénée, expliquait le “tenons bon!” ainsi :



L’extrait son dure 2 minutes et vingt secondes.
Si vous n’entendez rien, cliquez ici pour l’écouter sur YouTube.)


Merci à Yoann Perez et à l’équipe de l’Athénée pour l’enregistrement sonore.



Bon début de semaine !


Combien de temps allons-nous tenir?

Bonjour à tous,

Comme je vous l’expliquais, le monde de la culture était en grève hier dans toute la France. Voici à quoi ressemblait la manifestation parisienne où les esprits les plus perspicaces reconnaîtront quelques visages de l’Athénée et un bâtiment bien connu du monde culturel :

 

 

Merci aux différents messages de soutien que nous avons reçu sur le blog ou par mail. Vous pouvez également lire un article du Monde consacré à la journée d’hier avec une interview de Patrice Martinet, directeur de l’Athénée, ici.

À l’Athénée et après l’annulation d’hier, la première d’Une maison de poupées mise en scène par Nils Öhlund aura lieu ce soir. Bon week-end à tous !


La France a peur

Bonjour à tous,

De nombreux lieux culturels sont aujourd'hui en grève. Voici le communiqué de l'Athénée Théâtre Louis-Jouvet :

 
VOUS N’AURIEZ PEUT ÊTRE JAMAIS PU VOIR UNE MAISON DE POUPÉES  
A L’ATHÉNÉE SI :
 
- la proposition de loi sur la réforme des collectivités territoriales avait déjà été votée, empêchant ainsi celles-ci d’intervenir librement dans le domaine de l’art et de la culture 
- la tendance actuelle d’une diminution large et généralisée des financements publics alloués aux compagnies, aux festivals et lieux culturels s’était s’amplifiée 
- la mission de service public de l’Athénée Théâtre Louis-Jouvet avait été remise en question.
 
 
C’est pourquoi le personnel de l’Athénée Théâtre Louis-Jouvet s’est engagé dans la journée de mobilisation du jeudi 6 mai 2010.
La Direction du Théâtre, l’équipe artistique* ainsi que Le Moulin du Roc, Scène nationale de Niort, producteur délégué du spectacle, sont solidaires de cette action, car voilà autant d’acteurs du monde culturel qui se sentent menacés.
 
La situation paraît si préoccupante qu’une partie de ce personnel technique et administratif a pris la lourde décision de se mettre en grève ce jour-là, action qui a conduit à l’annulation de la 1ère représentation d’Une maison de poupées.
 
Il nous paraît important de vous faire partager aujourd’hui nos inquiétudes car nous avons l’intime conviction que nos missions et nos emplois sont en péril. Et incidemment ce pour quoi nous les aimons : donner à voir et à entendre, mais aussi partager avec le public les œuvres théâtrales et musicales du patrimoine artistique mondial ; avec vous. 
 
Nous avons aujourd’hui plus que jamais besoin de votre soutien.
 
 
 
* "Une maison de poupées, mon premier projet de mise en scène, n’aurait jamais pu voir le jour sans le soutien que m’ont accordé les structures en Régions, dont les budgets seraient directement touchés par cette réforme". Nils Öhlund


Bande de dégénérés !

Il y a quelques mois, devant écrire un texte sur la représentation des médecins au théâtre et à l’opéra (pas à destination du blog de l’Athénée, ne cherchez pas), je tombai sur un livre dont le titre me fit espérer une avancée spectaculaire dans mes recherches: La Médecine au théâtre dans les temps modernes de Paul Descoust, publié en 1906.

Ce que je pensais être une mine d’or s’avéra rapidement très décevant pour mon sujet: l’auteur était un médecin qui postulait que beaucoup de personnages de théâtre souffraient de maladies relevant de la science et qui entendait analyser les textes dramatiques d’un point de vue strictement médical.

Je m’apprêtai à refermer le bouquin lorsque je tombai sur un chapitre consacré aux œuvres d’Ibsen, l’auteur de Hedda Gabler ou d’Une Maison de poupées.

Selon Paul Descoust, le théâtre d’Ibsen relève des “pièces médicales sans tendances éducatrices”.
En effet, l’alcoolisme étant un véritable fléau dans les pays nordiques, le nombre de “dégénérés” n’y pouvait y être que plus grand, donnant ainsi à Ibsen de nombreux sujets d’études.
(Je cite : “Ibsen, qui avoue lui-même n'avoir traité que des observations faites […] sur de vrais aliénés, a dû certainement prendre ces types de dégénérés dans son pays où ils ne devaient pas manquer.”)

Postulant en tout cas que les cas représentés dans le théâtre d’Ibsen relèvent de la médecine scientifique (sans parvenir à établir quel serait le prétendu “message” d’Ibsen vis-à-vis de ces personnages forcément dégénérés), Paul Descoust dresse ainsi un tableau des maladies représentées dans ses pièces:

 

 

Paul Descoust conclut enfin : “Ibsen s'est attaché à faire le plus scientifiquement possible et d'une façon […] très dramatique, la description non plus d'états d'âmes ordinaires, mais d'états d'âmes malades, d'âmes atteintes de dégénérescence et de tares héréditaires.”

La Nora d’Une Maison de poupées manifeste-t-elle une forme de dégénérescence mentale avec hystérie? À vous de voir: Une Maison de poupées d’Ibsen mise en scène par Nils Öhlund commence ce vendredi à l’Athénée.

Veuillez bien noter qu’en raison d’une journée d’action de défense des arts et de la culture, la première qui devait avoir lieu demain est annulée. Vous en saurez davantage dans le billet de demain matin.

Bonne journée !


Êtes-vous favorables à la peine de mort?

En septembre 2006, un sondage publié par TNS-Sofres montrait que quatre Français sur dix étaient favorables au rétablissement de la peine de mort.

En interdisant la peine de mort en 1981, la France était très en retard par rapport au reste de l’Europe, le grand duché de Toscane ayant légalement aboli la peine de mort dès 1786, suivi par le Portugal en 1867, la Hollande en 1870 ou la Norvège en 1905.
(Quelques autres dates --> Suède: 1921. Danemark: 1930. Suisse: 1942. Italie: 1944. Finlande et Allemagne de l'Ouest: 1949. Autriche: 1950. Grande-Bretagne: 1965. Espagne: 1978.

La Chine, l’Iran, Singapour, l’Indonésie, le Japon ou les États-Unis pratiquent encore la peine de mort
, même si une quinzaine d’États des États-Unis l’ont abolie (la Cour Suprême américaine avait d’ailleurs bloqué l’application de la peine de mort de 1972 à 1976, considérant qu’elle contredisait le huitième amendement de la Constitution).

La peine de mort pose trois questions essentielles: la société et l’État peuvent-ils juger du destin d’une personne humaine et avoir droit de vie ou de mort sur leurs citoyens?
La peine de mort a-t-elle valeur dissuasive et exemplaire, diminue-t-elle la criminalité?
Si l’on supprime la peine de mort, par quoi la remplacer et peut-on réintégrer des criminels dans la société?


Dans la colonie pénitentiaire de Franz Kafka (1914) raconte l’histoire d’un observateur en visite sur une île-prison où doit se dérouler une exécution cruelle: ce n’est pourtant pas vraiment la question de la peine de mort et de la torture qui interpelle à la lecture, mais plutôt la passivité du visiteur venu assister à l’exécution.

Lorsque le compositeur Philip Glass utilise la nouvelle de Kafka pour en faire un opéra créé en 2000 à Seattle, c’est davantage la peine capitale qui est mise en question dans un pays qui la pratique toujours.

Dans la colonie pénitentiaire, opéra de Glass d’après Kafka mis en scène par Richard Brunel et dirigé par Philippe Forget, se joue jusqu’à samedi à l’Athénée: faites-vous partie des 42% des Français favorables à la peine de mort, des 52% qui s’y opposent ou des 6% sans opinion? N’hésitez pas à répondre au sondage sur le blog.

Bon mardi.


Minimaliste

Philip Glass, compositeur de l’opéra Dans la colonie pénitentiaire actuellement à l’Athénée, est rattaché au mouvement minimaliste.

Les quatre pionniers du minimalisme musical, Philip Glass, Steve Reich, Terry Riley et La Monte Young, naissent tous aux États-Unis entre 1935 et 1937: et c’est l’année 1964, qui voit la création de The Well-Tuned Piano de Young et In C de Riley, que l’on retient comme la date de naissance du minimalisme en musique.


Le minimalisme est un domaine vaste regroupant de nombreux esthétiques et courants, en particulier celui dit de la musique “répétitive” auquel on a associé Philip Glass.

“Musique répétitive”, je ne sais pas si c’est parlant ni si cela donne très envie dans la mesure où “répétitif”, en français, est un adjectif plutôt négatif. Il ne s’agit donc pas, lorsqu’on écoute des œuvres de Philip Glass, d’entendre encore et toujours la même rengaine. La “musique à structures répétitives” consiste en effet plutôt à:
- limiter les instruments et voix au minimum,
- faire entendre des harmonies simples appartenant au système tonal (pour comprendre son opposé, le système atonal, je vous conseille un petit tour vers les compositions de Schoenberg ou Berg, ici par exemple)
- utiliser le principe de la variation où l’on répète un thème musical en le modifiant légèrement
- donner un rythme obstiné ressemblant à une pulsation
- favoriser un temps statique où la musique semble suivre une trajectoire circulaire et non linéaire.

Extrêmement difficiles à exécuter pour les musiciens et chanteurs, les œuvres de musique répétitive sont en revanche très accessibles pour le public: Philip Glass a d’ailleurs rapidement été très populaire dans le monde entier, en particulier par ses nombreuses musiques de films comme celles de The Hours de Stephen Daldry, Kundun de Martin Scorsese, The Truman Show de Peter Weir ou Le Rêve de Cassandre de Woody Allen.

Il a également composé de la musique destinée aux salles de concerts et d’opéra, comme l’opéra Einstein on the Beach monté par Robert Wilson, le tryptique d’opéra autour de Cocteau (Orphée, La Belle et la Bête et Les Enfants terribles vu l’année dernière à l’Athénée dans une mise en scène de Paul Desveaux) mais aussi de nombreuses œuvres pour piano, orchestres ou ensembles avec voix dont les plus connues sont Music in Twelve Parts, Glassworks et son Concerto pour violon et orchestre.
Si les compositions de Philip Glass sont immanquablement marquées par son style très particulier et inimitable, il s’est progressivement détaché du mouvement minimaliste.

Pour en savoir davantage sur ses œuvres, vous pouvez venir à l’Athénée jusqu’au 17 avril pour découvrir son opéra Dans la colonie pénitentiaire inspiré d’une nouvelle de Franz Kafka, mais aussi assister ce soir à une rencontre autour de son œuvre: vous pourrez y discuter avec Philippe Forget, directeur musical de Dans la colonie pénitentiaire, Mathieu Lebot-Morin, comédien et danseur dans le spectacle et Jacques Amblard, musicologue. Rendez-vous ce soir à 19h à la Médiathèque musicale de Paris (forum des Halles, 8 porte Saint-Eustache, 75001 Paris, métro Châtelet Les Halles).

Bon week-end.


Qu’il est mauvais!

De renommée internationale”: c’est l’argument imparable lorsqu’on veut prouver qu’un musicien classique est bon.
S’il est possible en effet d’être très bon sans se produire pour autant aux quatre coins de la terre, un interprète donnant des concerts au Metropolitan de New York, à Covent Garden à Londres et à Pleyel à Paris est forcément bon.

Acceptons l’argument qu’en musique classique on ne fait pas illusion bien longtemps, et que pour parvenir à se produire dans les plus grandes salles occidentales il faut avoir franchi de nombreux examens de passage où l’on démontre son talent (jury de concours d’entrée au conservatoire, maisons de disques, programmateurs, critiques, public): mais justement, ce talent maintes fois prouvé, en quoi consiste-t-il exactement?

C’est la question que s’est posée Daniel Levitin dans l’un des chapitres de son livre De la note au cerveau paru cette année aux éditions Héloïse d’Ormesson: qu’est-ce qu’un bon musicien?
Neuroscientifique canadien né en 1957, Daniel Levitin mêle donc la musique et la science pour tenter de comprendre notre rapport à la musique en proposant d’expliquer scientifiquement ce qu’est l’oreille absolue, comment nous classifions la musique ou pourquoi nous aimons tel ou tel type de musique.

La pianiste française “de renommée internationale” (comme on dit) Claire-Marie Le Guay est en résidence à l’Athénée depuis deux saisons, et il paraît clair que son talent ne fait plus aucun doute: mais qu’est-ce que le talent? Les musiciens exceptionnellement doués possèdent-ils une différence de nature (ils ont quelque chose que les autres n’ont pas) ou de degré (ils ont des capacités plus développées)?

Si l’on part du postulat que le talent peut s’analyser scientifiquement, voici quelques éléments de définition proposés par Daniel Levitin:

1) Le talent a une part génétique: de grandes mains peuvent faciliter l’apprentissage du piano comme une voix au grain original peut aider un chanteur à se démarquer. Notre physique prédispose donc à certaines pratiques mais, plus généralement, notre patrimoine génétique influence nos activités cognitives globales.

2) Le talent n’est pas inné:
il se développe avec le travail. On considère ainsi qu’il faut dix mille heures de travail dans une discipline (soit environ trois heures par jour pendant dix ans) pour parvenir à son niveau d’expertise.
Ceux qui réussissent ont d’ailleurs connu plus d’échecs que les autres : tout dépend de leur capacité à rebondir (avouez que c’est rassurant).

3) Le talent est lié au plaisir: l’intérêt que nous portons à une discipline lui donne une étiquette neurochimique positive et renforce notre motivation, notre attention et notre vitesse de progression.

4) Le talent dépend de l’environnement
dans lequel nous évoluons: tout comme un enfant né de mère française et de père polonais parlera le polonais et le français mieux qu’un Allemand tentant d’apprendre ces deux langues, être né dans une famille de musiciens favorise l’apprentissage de la musique.

5) Le talent est renforcé par la mémoire: il est important de connaître et mémoriser rapidement les morceaux que l’on travaille, et les musiciens classifient d’ailleurs la musique dans leur mémoire  selon un schéma très particulier.

6) Le talent réside dans le pouvoir émotionnel transmis: étant donné  que nous attendons de la musique qu’elle nous touche, nous aimons les musiciens qui parviennent à véhiculer l’émotion que la musique porte, qu’ils éprouvent eux-mêmes réellement cette émotion ou non.
Cette faculté de l’interprète à produire une expérience émotionnelle repose sur des aptitudes techniques (difficile d’être ému par un violoniste qui joue faux) mais aussi sur des facultés plus mystérieuses: la façon dont le musicien bouge lors d’un concert, le charisme, le charme, l’investissement, la sensibilité…
C’est à ce stade que la science reste sur le pas de la porte: la capacité d’un interprète à nous émouvoir et nous emmener dans un autre univers est difficilement explicable, tout comme l’on a du mal à définir pourquoi quelque chose nous touche ou pourquoi certaines personnes sont photogéniques et pas d’autres.


Pour vérifier le talent de Marie Gillain à la narration et Claire-Marie Le Guay et ses artistes associés à la musique, rendez-vous demain à 20h à l’Athénée pour le conte musical Timouk.

Et pour en savoir davantage sur les liens entre musique et science, n’hésitez pas à vous procurer le livre de Daniel Levitin, De la note au cerveau, Éditions Héloïse d’Ormesson, Paris, 2010.

Bon week-end de Pâques à tous et à lundi.


Peut-on échapper à sa famille?

De gauche à droite:
Jean-Louis Ezine, Lola Gruber, Nicole Prieur et François de Singly.


Depuis cette saison 2009-2010 et en partenariat avec Philosophie Magazine, l’Athénée organise des café-débats modérés par Lola Gruber, qui écrit également les programmes (ou “bibles”) et brochures à l’Athénée, destinés à éclairer certaines interrogations communes à plusieurs spectacles du Théâtre.

Après “Besoin d’ordre, envie de désordre” en novembre 2009 et “Moi aussi, je veux être une victime!” en janvier dernier, le café-débat “Peut-on échapper à sa famille?” a eu lieu samedi à l’Athénée.
Les invités en étaient Jean-Louis Ezine, écrivain et journaliste, Nicole Prieur, psychanalyste et François de Singly, sociologue.


Dans ce débat d’une heure et demie qui s’est terminé sur la prise de parole de certains spectateurs présents, il fut par exemple question:

- Du texte d’Une Maison de Poupées qui sera joué en mai à l’Athénée dans une mise en scène de Nils Öhlund et interrogé ici essentiellement par Nicole Prieur et François de Singly (quels sont les ressorts de la domination dans un couple? La domination masculine est-elle une période révolue? Est-il vrai que “lorsqu’on aime, on ne compte pas?” Les petits mots d’amour sont-ils neutres? La non-reconnaissance d’un geste de don mène-t-elle à la violence? La transgression des normes sociales est-elle synonyme de trahison?)

- De la définition de la famille (Jean-Louis Ezine parle de “taiseux”, traduisant par là l’obstination familiale dans le silence, mais aussi d’”engendrerie” pour parler de la famille, tout en pointant la coloration négative des mots “bâtards” ou “enfant illégitime”, pendant que Nicole Prieur fit remarquer que plus elle travaillait avec des familles, moins elle savait définir la famille)

- Des Amours tragiques de Pyrame et Thisbé de Théophile de Viau, proposé en mai-juin à l’Athénée monté par Benjamin Lazar et qui raconte l’histoire de jeunes gens empêchés de s’aimer par leurs parents (quelle est la nature des reproches faits aux parents? Pourquoi la littérature met-elle quasiment toujours en scène des enfants dénonçant leurs parents mais jamais des parents reniant leurs enfants? Doit-on abolir l’accouchement sous X ?)

- Et évidement, de la possibilité ou non d’échapper à sa famille (quelle est la différence entre s’en échapper et s’en libérer? Comment se représenter ses origines? Peut-on réécrire l’histoire familiale?)



Pour répondre (ou non) à ces questions et en poser d’autres, vous pourrez regarder la vidéo intégrale du débat qui sera disponible très prochainement sur le site de l’Athénée et de Philosophie Magazine (je vous préviendrai).



Samedi soir, cela ne sera pas l’heure d’échapper à votre famille: si le conte musical Timouk interprété entre autres par Claire-Marie Le Guay (piano) et Marie Gillain (récitante) intéressera les grands, il est également accessible aux enfants. C’est samedi à 20h à l’Athénée!


Hier, la manifestation destinée à défendre les arts et la culture à laquelle participait une partie du personnel de l'Athénée a réuni entre 2500 et 3000 personnes. Plus d'informations sur les dépêches AFP du spectacle vivant publiées par le site des professionnels du spectacle: cliquez ici.

Bon mardi sous la pluie.


La femme sans tête

La langoureuse Asie et la brûlante Afrique,
Tout un monde lointain, absent, presque défunt,
Vit dans tes profondeurs, forêt aromatique !
La Chevelure in Les Fleurs du Mal (Charles Baudelaire)



De Jeanne Duval, on ne sait presque rien. Maîtresse de Charles Baudelaire durant une vingtaine d’années, son nom pouvait être aussi bien Jeanne Lemer ou Jeanne Prosper, comme elle a pu naître à Saint-Domingue, à Haïti ou en Afrique du Sud, en 1827, en 1823 ou en 1819.

Elle a inspiré nombre des écrits de Baudelaire, à commencer par quelques poèmes du chapitre “Spleen et Idéal” dans Les Fleurs du Mal que l’on a regroupés, bien que l’expression ne soit jamais apparue chez Baudelaire (mais plutôt dans une lettre de sa mère), sous le nom de “cycle de la Vénus noire”
Ces poèmes sont Parfum exotique, La Chevelure, Je t’adore à l’égal de la voûte nocturne, Sed non satiata, Le Serpent qui danse et Le Balcon, mais le biographe de Jeanne Duval, Emmanuel Richon, estime qu’il y en a bien davantage, et pas que dans Les Fleurs du Mal.



“Bizarre déité, brune comme les nuits,
Au parfum mélangé de musc et de havane,
Œuvre de quelque obi, le Faust de la savane,
Sorcière au flanc d'ébène, enfant des noirs minuits,
   
Je préfère au constance, à l'opium, au nuits,
L'élixir de ta bouche où l'amour se pavane ;”
Sed non satiata in Les Fleurs du Mal (Charles Baudelaire)



Car Jeanne Duval était noire, et c’est ce qui semble l’avoir résumée aussi bien pour les contemporains de Baudelaire que pour la postérité : femme sans nom domiciliée au 6 rue de La-Femme-sans-tête (aujourd’hui rue Le Regrattier à Paris), elle est en tout cas restée femme de couleur.


À te voir marcher en cadence,
Belle d'abandon,
On dirait un serpent qui danse
Au bout d'un bâton.
Le Serpent qui danse in Les Fleurs du Mal (Charles Baudelaire)


Les similitudes avec Saartje Baartman (ou la Vénus hottentote) qui a inspiré Vénus de Suzan-Lori Parks actuellement à l’Athénée sont bien présentes: c’est peut-être à elle aussi qu’Abdellatif Kéchiche a songé en intitulant son prochain film La Vénus noire.

En effet, le réalisateur de L’Esquive ou de La Graine et le Mulet prépare actuellement un film sur Saartje Baartman: à sa sortie, vous pourrez dire que vous connaissiez déjà l’histoire de la Vénus hottentote -ou, mieux, vous pourrez comparer le film et la pièce de théâtre.

Vénus de Suzan-Lori Parks mis en scène par Cristèle Alves Meira se joue à l’Athénée jusqu’à samedi !

Bon mardi.


8 Mars Attack

Lundi dernier, c’était la journée internationale du droit des femmes. Vénus s’inspirant de l’histoire vraie d’une femme, Sarah Baartman, dont on avait décidé que son corps ne lui appartenait pas, il était tout naturel de lui rendre hommage ce jour-là.

Les Amis de Vénus écoutant Cristèle Alves Meira,
metteure en scène de
Vénus, leur présenter la soirée.

 

Les mécènes qui ont choisi de soutenir le spectacle Vénus étaient donc conviés lundi 8 mars à l’Athénée pour une soirée où ils ont pu rencontrer l’équipe du spectacle et découvrir des textes présentés par Geneviève Fraisse, philosophe et chercheuse au CNRS spécialiste de la pensée féministe et de l’égalité des sexes, et Carole Sandrel, auteure d’un livre à paraître sur l’histoire de Sarah Baartman, Vénus et Hottentote.

 

Geneviève Fraisse entourée de Cristèle Alves Meira, metteure en scène de Vénus, et de Julien Béramis, comédien dans le spectacle.


Cette soirée fut l’occasion de retracer la courte vie de Sarah Baartman, femme sud-africaine aux grosses fesses exhibée en Angleterre et en France et qui, après sa mort à l’âge de vingt-six ans, fut disséquée pour être exposée dans trois musées parisiens jusqu’en 1974. Sa dépouille ne fut restituée à son pays d’origine qu’en 2002 après le vote d’une loi spéciale destinée à contourner le principe de l’inaliénabilité des collections des musées français (autrement dit, le fait que les objets conservés dans les musées appartiennent au domaine public et ne peuvent être cédés).
Sarah Baartman fut également l’objet d’un procès à Londres pour déterminer si elle était consentante ou esclave mais qui fut rapidement détourné sur la question de l’atteinte aux bonnes moeurs: en montrant ses fesses, était-elle coupable d’attentat à la pudeur?

 

Debout, Carole Sandrel, l'auteur de Vénus et Hottentote.
À gauche, Mickaël Gaspar et Laurent Fernandez, comédiens du spectacle.

 

Après une intervention de Geneviève Fraisse et de Carole Sandrel, les comédiens du spectacle Vénus ont lu des textes historiques portant sur la vie de Sarah Baartman, en particulier des articles parus dans les journaux de l’époque, des débats à l’Assemblée nationale et au Sénat portant sur la restitution de sa dépouille ainsi que le discours du président d’Afrique du Sud lors de la cérémonie funéraire de Sarah Baartman en 2002.

 

Debout, Susan George, auteure du texte Irruption du corps de couleur dans un Occident malade de sa modernité. Derrière, Julien Béramis, Gina Djemba et Cédric Appietto, comédiens du spectacle.

 

Les lectures furent conclues par Susan George, membre du conseil scientifique et cofondatrice d’Attac et également membre du comité d’honneur des Amis de Vénus, qui nous a lu son texte Irruption du corps de couleur dans un Occident malade de sa modernité, avant que mécènes et membres de l’équipe du spectacle se retrouvent autour d’un verre de vin au nom prédestiné!...

 

 

Pour rappel, le comité d’honneur des Amis de Vénus est présidé par Geneviève Fraisse et composé de Gisèle Blanchard (inspectrice générale de la Mairie de Paris), Tanella Boni (philosophe et écrivaine), Marie-Paule Cani (chercheuse et professeure), Catherine Clément (philosophe et romancière), Dyana Gaye (réalisatrice), Susan George et Carole Sandrel.

Quatre-vingt-cinq particuliers et cinq entreprises ont choisi de devenir mécènes de Vénus.

La première est ce soir!


Bonne journée à tous.

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