C'est vraiment l'usine

Bonjour à tous,

J’espère que tout va bien pour vous après cette semaine d’interruption du blog.

Du côté de l’Athénée, le spectacle de Guillaume Gallienne Les Garçons et Guillaume, à table! s’est terminé pour laisser place à Vénus de Suzan-Lori Parks qui commencera dans très exactement dix jours.

 

 

L’équipe de Vénus répète désormais à l’Athénée après être passée par le Théâtre du Colombier à Bagnolet (vous aviez pu voir des photos ici ou ) ainsi que par L’Avant-Rue dans le 17e arrondissement de Paris où ils travaillaient jusqu’à la semaine dernière.

 

 

Usine construite à la fin du 19e pour abriter successivement (et entre autres) la fabrication de monte-charges, de carreaux de faïence, de lits en fer forgé ou de maquillage, l’Avant-Rue est aujourd’hui un lieu qui accueille des artistes en favorisant les rencontres avec les habitants du quartier ainsi que la mise en réseau de résidences d’artistes au niveau européen.

 

 

Le caractère industriel du lieu a été préservé, et l’ambiance des répétitions de Vénus a ainsi été très différente d’un endroit à un autre -je me demande d’ailleurs au passage quelle est la nature et le degré d’influence d’un lieu de travail sur l’œuvre finalement créée, mais nous aurons sans doute l’occasion d’en reparler.

 

 

Vénus commencera le jeudi 11 mars à l’Athénée pour un peu plus de deux semaines de représentations. Vous pouvez toujours soutenir le spectacle (plus d’informations ici).

Bon lundi!

 


Les dieux du stade (3)

Souvenez-vous, je vous parlais le 6 mars dernier du calendrier dénudé qu'avait réalisé le personnel de l'Athénée en 1997 avec le photographe Fabien Calcavechia et vous en avais reproduit deux pages le 19 juin.

Grâce à l'autorisation du photographe et de ses modèles, en voici aujourd'hui deux autres!
(Les deux jeunes hommes de cette photo travaillent encore actuellement à l'Athénée)

 

(c) Fabien Calcavechia

 

(c) Fabien Calcavechia

 

Bon début de semaine à tous.


PS: Désolée de l'envoi tardif de ce billet dû à quelques problèmes techniques qui nous auront occupés une bonne partie de la matinée...


“Sourire‚ faire le bel esprit. Et taire la menace de la mort.”

Le mardi 10 mai 1994, Jean-Luc Lagarce, metteur en scène de La Cantatrice chauve, écrit dans son Journal :
Dois aussi appeler Martinet et l’Athénée pour un rendez-vous et parler de la saison 1995-1996. (On ne hurle pas de rire !)”

Je ne l’avais pas réalisé, mais c’est vrai, avant de mourir en 1995, Jean-Luc Lagarce est passé dans les murs de l’Athénée et a collaboré avec son directeur Patrice Martinet qui a bien voulu nous livrer ses souvenirs à ce sujet.

Lorsque Patrice Martinet prend la direction de l’Athénée en 1993, il a déjà vu et particulièrement apprécié deux mises en scène de Jean-Luc Lagarce: Le Malade Imaginaire et La Cantatrice chauve, qu’il ne pourra d’ailleurs pas programmer immédiatement à cause d’une histoire de droits exclusifs accordés à un certain Théâtre de la Huchette à Paris…
Patience étant mère de sûreté, cette Cantatrice chauve sera finalement donnée à l'Athénée en 2007 puis en 2009 (et c'est justement ce que vous pouvez aller voir jusqu'à samedi).

Patrice Martinet décide alors de programmer le spectacle que Jean-Luc Lagarce est en train de préparer: L’Île des Esclaves de Marivaux sera représenté à l’Athénée pour la première saison du mandat de Patrice Martinet qui parle aujourd’hui de Jean-Luc Lagarce comme d’un homme qui aimait le théâtre dans tous ses aspects, dans la définition que Brecht en donnait -quand le bricolage rencontre la métaphysique.

L’Athénée ferme pour travaux en fin 1995, et Patrice Martinet programme Lulu de Wedekind mis en scène par Jean-Luc Lagarce pour la réouverture du théâtre après la rénovation de sa façade.
Les répétitions sont difficiles: les travaux sont plus importants que prévus, l’équipe se retrouve à travailler dans des conditions très inconfortables et la date de la première doit être repoussée pour laisser au chantier de rénovation le temps de se terminer…
En octobre, les répétitions s’interrompent le temps de la tournée d’un autre spectacle de   la compagnie: c’est à ce moment-là, hors de l’effervescence de la création de Lulu, que Jean-Luc Lagarce est mort.

À l’exception de l’acteur Daniel Emilfork qui préfère se retirer du projet, l’équipe choisit de mener Lulu à son terme. C’est François Berreur qui en achève la mise en scène et la première a lieu le 8 janvier 1996 dans la grande salle de l’Athénée.

Au même moment, salle Christian Bérard, Mireille Herbstmeyer, qui interprète encore aujourd’hui Madame Smith dans La Cantatrice chauve, joue Les Règles du savoir-vivre dans la société moderne écrit et mis en scène par Jean-Luc Lagarce.


L’Athénée est restée fidèle à Jean-Luc Lagarce: pour voir sa mise en scène de La Cantatrice chauve, vous avez jusqu’à samedi.
Et pour découvrir Les Règles du savoir-vivre dans la société moderne, toujours avec Mireille Herbstmeyer mais cette fois dans la mise en scène de François Berreur, cela sera du 3 au 12 décembre prochains...

Bonne journée à tous.


“Denise, ça fait demi-monde. Je t’appellerai Mireille.”

Il y a quelques mois, un certain Hervé Riot téléphonait à Julie Bellanger, assistante de direction à l’Athénée, pour lui annoncer une drôle de nouvelle: l’une des pensionnaires de la maison de retraite où il travaille venait de décéder, et il se retrouvait avec des papiers que la famille ne souhaitait pas récupérer. Et de nombreux documents mentionnant abondamment Louis Jouvet, il avait pensé que l’équipe de l’Athénée serait intéressée...

Quelques semaines plus tard, un gros classeur et un album photo intitulé “Vie exquise de 1916 à 1949” atterrissait donc à l’Athénée. À l’intérieur, des photos et lettres de Louis Jouvet, des programmes de ses spectacles et surtout, un récit complet des moments que l’auteure a passés avec la troupe de Louis Jouvet.

Denise Mireille Delavigne a en effet fait partie de la compagnie Louis Jouvet au moment de sa tournée en Amérique du Sud de 1941 à 1945: si la carte de ce périple est aujourd’hui visible dans l’un des couloirs de l’Athénée (premier étage, côté cour), nous n’avions que peu d’informations à ce sujet.

Je n’en suis qu’au début du déchiffrage du manuscrit et de l’examen des très nombreuses photographies, mais je me ferai un plaisir de vous livrer quelques anecdotes, photos et extraits de lettres au fil de mes lectures.

À bientôt donc en compagnie de Denise (rebaptisée Mireille par Louis Jouvet dès leur première conversation), Louis, Madeleine, Christian, Romain, Monique, Wanda, René, Camille, Léon, Marthe, Germaine et tant d’autres en tournée théâtrale en Amérique du Sud dans les années 1940.

Bon mardi!


Athénée Bernhard Affiches

Thomas Bernhard est un auteur régulièrement célébré à l'Athénée: grâce au travail photographique de Dominique Lemaire, directeur technique adjoint du Théâtre, faisons un saut dans le passé de l'Athénée (et du graphisme).

1988: Simplement compliqué
Mise en scène Christian Colin


1991: Les Apparences sont trompeuses
Mise en scène Dominique Féret

 

2003: RitterDeneVoss
Mise en scène Hans Peter Cloos
Comme dans le cas de Minetti, Ritter, Dene et Voss sont des noms d'acteurs ayant réellement existé.

 

2007: L'Ignorant et le Fou
Mise en scène Emmanuel Daumas

 

2008: Claus Peymann compra un paio di pantaloni e viene a mangiare con me
Thomas Bernhard en italien mis en scène par Carlo Cecchi

 

2009: Minetti
Mise en scène Gerold Schumann
À l'Athénée jusqu'au 24 octobre!

 

Bonne journée à tous.

 


C’est le paradis!

Je vous l’avais expliqué en novembre dernier (certes, cela date, et je ne vous en voudrais pas si votre mémoire vous faisait défaut : pour les non-souvenants et les nouveaux arrivants, rendez-vous au billet du 19 novembre 2008 ici), l’actuel Athénée est en fait un petit morceau d’un immense théâtre, l’Eden (ou Grand Théâtre), partiellement démoli à la fin du 19e siècle.

L’art français du 19e siècle en général aimait souvent faire grand, multiplier les références au passé occidental mais également tenter quelques emprunts à la culture orientale, essor du colonialisme oblige: dans une petite pièce située au-dessus de la grande salle de l’Athénée, on trouve ainsi quelques traces du décor de la salle dite “indienne” de cet Eden Théâtre aujourd’hui presque disparu.




Au-dessus de la grande salle, l’armature du lustre.

Et tout autour, quelques emprunts (ou supposés tels) à ce que l’on croyait être l’art oriental:





 

Cet ancien salon indien est aujourd’hui essentiellement occupé par l’armature du lustre de la grande salle et sert également de dépôt de projecteurs et autres ampoules. 

Pour y accéder de la grande salle, il faut passer par une porte située en galerie sur laquelle est inscrit : EDEN - SANS ISSUE.

Bonne journée à tous et à la semaine prochaine pour le début de Minetti!


Les dieux du stade (2)

Je vous parlais le 6 mars dernier du calendrier des dessous que le personnel de l’Athénée avait réalisé en 1997 et beaucoup m’avaient demandé, sur le blog ou en vrai, de vous permettre de voir ces photos.

Grâce à l’autorisation gracieuse du photographe Fabien Calcavechia et des modèles dénudés de les publier, en voici deux, en attendant celles qui viendront la saison prochaine!

Les deux personnes concernées travaillent toujours à l’Athénée, mais ne comptez pas sur moi pour en savoir plus sur leur nom ou leur fonction…

© Fabien Calcavechia

 

© Fabien Calcavechia



Bon week-end à tous !


Le père éternel

Dans le bureau de la communication et des relations publiques de l’Athénée où officient Florence Cognacq, Églantine Desmoulins, Alexandra Maurice et Inès Slama se trouve un portrait de Samuel Beckett en grand format.

En connaître la provenance me sembla d’abord être une mission facile, mais je pus rapidement constater que mes sources habituelles, à savoir Denis Léger (directeur technique), Dominique Lemaire (directeur technique adjoint) et Patrice Martinet (directeur de l’Athénée), séchaient complètement sur la question.
Cela ne dérangeait manifestement pas Patrice Martinet que ce Samuel Beckett soit, pour le citer, comme “un père éternel dont on ignore l’origine”: pour ma part, étant du genre opiniâtre, je me transformai rapidement en Inspecteur Clémence pour élucider l’affaire ô combien cruciale.

Un coup de téléphone à Danielle Le Stanc, ancienne responsable des relations publiques à l’Athénée Théâtre Louis-Jouvet, m’apprit que le portrait était l’oeuvre de la photographe Brigitte Enguérand.
Danielle Le Stanc avait pour habitude de constituer des vitrines autour des spectacles dans le bar de l’Athénée, et que c’est à l’occasion d’une pièce de Beckett qu’elle y avait accroché ce portrait.
Elle m’apprit également que Samuel Beckett avait écrit une lettre à Josyane Horville, l’ancienne directrice de l’Athénée, qui lui avait proposé de venir à l’Athénée pour voir Fragments de théâtre I et II dont il est l’auteur: d’après Danielle Le Stanc, il avait poliment décliné l’invitation en prétextant, sans doute avec ironie, qu’il n’allait jamais au théâtre.

 

© Brigitte Enguérand


Si Danielle Le Stanc m’avait bien aiguillée (et mis l’eau à la bouche, et si cette lettre manuscrite de Samuel Beckett se trouvait encore dans les archives de l’Athénée?), elle ne m’avait pas donné le contexte du portrait: elle pensait bien à l’enterrement de Roger Blin, mais les faits remontant à presque vingt-cinq ans, une confirmation (et, accessoirement, une autorisation de publier cette photo sur le blog) s’imposait.

Jointe elle aussi au téléphone, Brigitte Enguérand, en plus de me donner l’autorisation gracieuse de publier sa photo au carré (c’est-à-dire sa photo prise en photo par votre serviteur), m’apprit que le portrait avait été réalisé à l’occasion d’une rencontre personnelle avec Samuel Beckett au Théâtre du Rond Point.

La réponse de Brigitte Enguérand ne me disait pas pourquoi Danielle Le Stanc avait pensé à l’enterrement de Roger Blin pour le contexte de ce portrait, ni si cette lettre manuscrite de Samuel Beckett se trouvait encore dans les cartons de l’Athénée.

Ce fut l’occasion d’une fouille intégrale de l’année 1987 des archives du Théâtre, heureusement très bien classées par Ève Plichart, stagiaire à la Bibliothèque Nationale de France dépêchée à l’Athénée.

Toute excitée à l’idée de peut-être dénicher une lettre manuscrite de Beckett, je fus un peu déçue de ne trouver que le double de la lettre que Josyane Horville lui avait fait parvenir: si cela peut vous consoler, sachez qu’à l’époque Samuel Beckett résidait au 38 du boulevard Saint Jacques dans le 14e arrondissement de Paris.

La déception de ne pas retrouver cette lettre fut compensée par la découverte d’une autre photo de Samuel Beckett:

©Bernard Morlino

Au dos figurait l’inscription manuscrite : “Samuel Beckett à l’enterrement de Roger Blin, le 27 janvier 1984” accompagnée du nom du photographe, Bernard Morlino.

Contrairement à Brigitte Enguérand dont les coordonnées se trouvaient dans les fichiers de l’Athénée, contacter Bernard Morlino ne fut pas chose aisée, mais un mail un peu hasardeux envoyé sur un blog trouva vite une réponse. Si le monsieur donne aujourd’hui dans le journalisme sportif, il fut bien photographe de théâtre dans ces années-là avant d’y renoncer à la mort d’Antoine Vitez.

Deux photos originales de Samuel Beckett et une promesse de lettre manuscrite: les archives de l’Athénée renferment sans doute de nombreux autres secrets.
Quant à moi, comme dirait le personnage bien connu d’une pièce de théâtre bien connue d’un auteur bien connu qu’on associe souvent à Beckett, mon vrai nom est Sherlock Holmes.

(Cette pièce de théâtre se joue d’ailleurs à l’Athénée l’année prochaine : pour découvrir la saison 09-10, cliquez ici!)

Bonne journée à tous.


C'est de la bombe

 

L’explosion graphique a diminué entre Les Justes donné en 2007 à l’Athénée dans la mise en scène de Guy-Pierre Couleau et la reprise du même spectacle en 2009.

 

Mais en résonance avec Les Mains sales de Sartre, Camus fait éclater la philosophie de l’engagement et embarque le théâtre dans la radicalité.

Pour suivre l’équipe artistique des Mains sales et voir ou revoir Les Justes d’Albert Camus dans la mise en scène de Guy-Pierre Couleau (strapontin d'or 2007!), c’est à l’Athénée à partir de mercredi!

Bon lundi.


La chauve s'affiche

“L’Athénée est en passe de devenir la nouvelle Huchette!” nous disait un lecteur, Jean-Claude, en commentaire d’un de nos billets sur La Cantatrice chauve : il ne croyait pas si bien dire, car si l’Athénée est encore loin du Théâtre de la Huchette à Paris qui joue La Cantatrice chauve et La Leçon d’Eugène Ionesco depuis 1957, ce n’est pas la première fois que l’anti-pièce se retrouve à l’affiche de l’Athénée :

Mise en scène de Gábor Tompa - 2000

 

Mise en scène de Jean-Luc Lagarce - 2007

 

Opéra composé par Jean-Philippe Calvin
Mise en scène de François Berreur
Direction musicale de Vincent Renaud - 2009

 

Pour paraphraser Jean-Philippe Calvin dans l’interview qu’il nous a accordée vendredi dernier, le mariage entre l’Athénée et la cantatrice semble être heureux : nous aurons tout le temps de voir s’il sera vraiment durable…

En attendant le long terme (et non pas quelqu’un d’autre, qu’on a déjà attendu à l’Athénée en mars dernier), vous avez trois représentations pour découvrir la cantatrice qui chante : La Cantatrice chauve, opéra de Jean-Philippe Calvin d’après Ionesco, se joue à l’Athénée dans la mise en scène de François Berreur et avec l’orchestre Lamoureux dirigé par Vincent Renaud demain, samedi et dimanche.

Je vous rappelle que vous pouvez aller écouter un mini-récital gratuit de Claire-Marie Le Guay, pianiste en résidence à l’Athénée, à la médiathèque musicale de Paris ce soir à 19h ! Plus d’informations ici.

Bon mercredi!

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