Flash-back

La saison 2008-2009 de l’Athénée s’est terminée avec Les Mains sales et Les Justes (ou Les Mains justes, pour ceux qui voudront aller plus vite), mais vous souvenez-vous des spectacles qui ont habité l’Athénée et ce blog depuis septembre dernier?
Flash-back (ou analepse, pour ceux qui préfèrent éviter les anglicismes) très subjectif:

 

Le texte oublié sur le banc de Rêve d’automne
de Jon Fosse mis en scène par David Géry.



«Il y a quelque chose qui pourrait toucher à la pornographie dans l’opéra.»
Paul-Alexandre Dubois, le metteur en scène de L’Opéra de quatre notes de Tom Johnson en entretien sur le blog.

Extrait du Tribun/Finale de Mauricio Kagel mis en scène par Jean Lacornerie:
«La police, c’est vous!»

 

La seule photo que j’avais réussi à prendre de Claus Peymann/Sik Sik,
le spectacle double de Carlo Cecchi.

 

«Si tu veux essayer de plaire à tout prix, tu pleures dès que tu en entends un tousser dans la salle! Si je peux te donner un conseil : pense à ta grand-mère et fais une œuvre!»
Céline Sallette, actrice dans après la répétition d'Ingmar Bergman mis en scène par Laurent Laffargue, à des étudiants en art venus voir le spectacle.

 

Le Magazine, l’émission de Lionel Esparza diffusée sur France Musique en direct de l’Athénée à l’occasion des voix d’Olivier Messiaen.

 

«Cette compagnie est un véritable collectif, une troupe où on travaille dans le sens de l'œuvre et non dans celui des individualités. C'est un dialogue constructif où tout le monde va dans la même direction.»
Jean-Philippe Salerio, le metteur en scène de l’opérette La Cour du Roi Pétaud, en entretien sur le blog.

 

Les bouts de bois que l’on frappe l’un contre l’autre dans
La Puce à l’oreille de Georges Feydeau mis en scène par Paul Golub pour faire un bruit de claque.

 

Les enfants partant du premier concert de Claire-Marie Le Guay, pianiste en résidence à l’Athénée: un deuxième concert a suivi, et vous pourrez la retrouver l’année prochaine!

 

Le lustre magnifique de l’opéra Les Enfants terribles de Jean Cocteau et Philip Glass mis en scène par Paul Desveaux.

 

«Dans En attendant Godot, chaque réplique ouvre mille portes…»
Patrick Zimmermann, comédien dans En attendant Godot de Samuel Beckett mis en scène par Bernard Levy, en entretien sur le blog.



La traduction française de la morale de Cosi fan tutte, l’opéra de Mozart et Da Ponte mis en scène par Yves Beaunesne et dirigé par François Bazola:
«Heureux celui qui, malgré les ennuis, arrive à prendre la vie du bon côté…»

 

Chantal et Gérard: c’est le prénom des deux spectateurs qui, après avoir vu Riders to the Sea de Ralph Vaughan Williams d’après John Millington Synge à l’Athénée, ont décidé de se rendre sur les îles d’Aran où se déroulait l’action de l’opéra.

Un concentré (et une sélection!) des effets sonores que l’on pouvait entendre dans La Cantatrice chauve, un opéra de Jean-Philippe Calvin d’après Eugène Ionesco mis en scène par François Berreur.
(Retrouvez la vidéo ici sur YouTube)

 


«À quel monde meilleur rêvez-vous? Et comment allez-vous le construire?»
étaient les questions posées pour le cinquième forum de discussion des jeunes organisé par l’Athénée: le 15 mai dernier, quatre cents lycéens ont ainsi pu débattre à l’Athénée avec Daniel Cohn-Bendit, François Durpaire, Susan Georges et Bruno Rebelle.

 

Après trois ans de résidence et quatre concerts cette saison à l’Athénée Théâtre Louis-Jouvet, le Quatuor Psophos tire sa révérence avec le concert de clôture, Brahms/Strauss, dans le décor des Mains sales.



«Le théâtre de l’engagement, c’est peut-être vouloir défendre le texte dans un monde où les paroles sont sommées de laisser la place à l’image, où le fond cède à la forme. Mais quand il n’y a plus de paroles, c’est le début de la barbarie! C’est ce que nous combattons.»
Guy-Pierre Couleau, le metteur en scène des Mains sales de Jean-Paul Sartre et des Justes de Camus, en entretien sur le blog.

La troupe des Justes d’Albert Camus mis en scène par Guy-Pierre Couleau salue pour sa dernière représentation à l’Athénée.

Le public de la présentation de la saison 2009-2010 de l’Athénée commençant à sortir du théâtre: si vous n’avez pas pu y assister, cliquez ici pour découvrir les spectacles que vous propose l’Athénée à partir de septembre prochain!

 

 

Et vous, qu’avez-vous retenu de cette saison 2008-2009 de l’Athénée Théâtre Louis-Jouvet? Pour nous le dire, cliquez ici et laissez un commentaire sur le blog!

Bon début de semaine à tous.


PS : des commentaires au billet de jeudi se sont ajoutés pendant le week-end, promis, je vous réponds aujourd’hui! Le sondage sur votre lecture du blog est toujours actif.

 


La police, c'est vous !

Les Parisiens se souviendront peut-être des affiches qui lançaient en ce début de saison : "La police, c'est vous !" : aviez-vous reconnu de quelle pièce la phrase était tirée? C'est au choix parmi Rêve d'automne, L'Opéra de quatre notes, Le Tribun/Finale et Claus Peymann/Sik Sik.

Quant à "Nous allons attaquer le mur de l'intimité", d'où provient-elle à votre avis? après la répétition, 2x4 du Quatuor Psophos, Les voix d'Olivier Messiaen ou La Cour du Roi Pétaud ? Vous évoque t-elle quelque chose de particulier?

Avec des affiches moins explicites, des programmes de salle d'auteur et ce blog, un nouveau mode de communication se met en marche à l'Athénée : pour y participer il suffit de prendre cinq minutes en cliquant sur "ajouter un commentaire" en bas de ce billet. En espérant vous lire très bientôt, je vous souhaite un bon mardi!


Le fantôme de l'Athénée

Après la répétition s'est terminé samedi soir, et l'Athénée Théâtre Louis-Jouvet se passe de spectateurs pour deux journées. Voici donc à quoi ressemble le théâtre lorsque vous n'y êtes pas :

Lorsqu'il n'y a ni montage ni répétition, la grande salle est entièrement éteinte : on n'aperçoit ces quelques fauteuils que grâce à la lumière du couloir filtrant par une porte entrouverte.

 

La même photo vue de dos : par la porte cette fois grande ouverte, on aperçoit une affiche datant de 1949.

 

Naguère croquée par des étudiants en beaux-arts, la grande salle éclairée est aujourd'hui désertée.

 

Les lustres sont allumés au rez-de-chaussée pour vous, spectateurs qui venez prendre vos places à la billetterie ouverte tous les après-midis du lundi au samedi.

 

Les festivités reprendront en musique dès demain soir avec la semaine consacrée à Olivier Messiaen…

Les voix d'Olivier Messiaen commence donc ce mardi avec l'Ensemble vocal Sequenza 9.3 et son Programme Jeune France.

Mercredi soir, venez au concert gratuit précédé d'une émission en direct sur France Musique! Pour y assister, rendez-vous au foyer bar de l'Athénée de 18h à 19h30. Et pour l'écouter, c'est à la même heure, mais d'où vous voulez.
Le concert gratuit Quatuor pour la fin du temps débutera ensuite à 20h.

Bon début de semaine à tous!


Place à l'initiative

Alexandra Maurice, qui vole des perruques pour ensuite se retrouver derrière les barreaux, sait aussi montrer le bon exemple à notre jeunesse : c'est ainsi que, le mardi 25 novembre dernier, elle avait organisé la venue à l'Athénée d'étudiants du lycée l'Initiative situé dans le 19e arrondissement de Paris.

Aéo, Alison, Charles, Clémence, Iolani, Jean-François, Lily, Marie, Romain, Sidonie, Valentine

On vous l'a dit, Alexandra Maurice est responsable des invitations et chargée des relations avec le public scolaire : elle est là pour accompagner les professeurs souhaitant faire découvrir le théâtre à leurs élèves, sensibiliser les jeunes au spectacle et organiser des rencontres entre artistes et étudiants. Comme on peut aussi approcher le théâtre par une stratégie du détour, pour reprendre la formule de Jean-Pierre Sarrazac, les élèves du lycée l'Initiative sont d'abord venus pour dessiner l'Athénée et le décor d'après la répétition avant d'aller voir le spectacle le soir.

C'est ainsi qu'une quinzaine de jeunes déambulèrent, appareil photo et crayon en main, pour capter pendant une heure et demie les lignes et l'esprit de l'Athénée habité par la pièce de Bergman mise en scène par Laurent Laffargue. Pendant ce temps, leur professeur, Monsieur Jean-Luc Parthonnaud, m'accorda un petit entretien tout en prenant de temps en temps ses élèves en photo.

Monsieur Jean-Luc Parthonnaud, Marie, Aurélie, Justine.

"_ Qui sont vos élèves? Et vous d'ailleurs, vous êtes professeur de quoi?
_ Mes élèves sont des jeunes qui préparent les écoles des beaux-arts. Ils sont le plus souvent issus de CAP, de bac pro ou de bac STI et le lycée l'Initiative est comme une passerelle qui les prépare aux concours très difficiles des écoles de beaux-arts de Paris, Strasbourg, Rennes, Cergy, Saint-Etienne, et caetera, avec en moyenne 90% de réussite. Ce sont souvent des gamins en échec scolaire que l'on a mis dans des formations de communication visuelle et de graphisme, qui ont été formatés par l'Education Nationale et qu'il faut absolument sortir du moule de la pensée dominante. Officiellement, je suis leur professeur de français, mais mon rôle est bien de développer leur culture, leur faire faire des découvertes, leur apprendre à argumenter et leur donner des références artistiques. Pour réussir à ces concours, il ne suffit pas d'être bon techniquement, il faut aussi avoir une culture artistique et savoir en parler.

_ En clair, vous êtes là pour former leur goût selon le sens qu'en donnait Hume dans Les Essais esthétiques, à savoir "un sens fort, uni à un sentiment délicat, amélioré par la pratique, rendu parfait par la comparaison, et clarifié de tout préjugé" ?
_ Oui, c'est un vaste programme culturel et humain que j'essaie de mener pendant mes cinq heures de cours hebdomadaires. Je les emmène au théâtre, à des expositions, voir des spectacles de danse… En ce moment, je les fais travailler sur les mythes, qui sont très présents dans l'art mais qui peuvent aussi se retrouver dans l'idéologie et l'exploitation, comme l'explique Roland Barthes. Ensuite, je passerai à Deleuze, Marx, Foucault…
C'est un travail qu'ils doivent d'ailleurs continuer pendant le week-end, car il est important qu'ils développent une sensibilité et un argumentaire personnels! Je suis là pour les aider à apprécier l'art contemporain et à former leur jugement. Cela les oblige à une grande remise en question, car plus on fait de découvertes artistiques plus le goût évolue, et c'est parfois difficile de se dire "mon dieu, comme c'était horrible ce que j'aimais avant!". Cela demande également une certaine implication financière, car il faut payer des places de spectacles ou des billets d'entrée aux expositions, mais on leur apprend que c'est surtout une question de choix et que c'est à eux de décider où dépenser leur argent.

Les étudiants continuent à parcourir le théâtre en silence et je suis, il faut bien le dire, assez étonnée de leur sérieux, de leur tenue et de leur implication manifeste.

Aéo, Sidonie, Romain, Aurélie, Marie

_ Ils sont en tout cas très agréables et souriants, et ils ont l'air contents d'être là, non?
_ Oui, ils comprennent qu'on ne se moque pas d'eux. Après des années à être passés à la moulinette de l'Education Nationale, ils se sentent valorisés ici. Ils voient que beaucoup de gens se démènent pour eux, qu'on les emmène dans des lieux prestigieux, que des artistes prennent le temps de les rencontrer et qu'on est là pour les amener à faire des découvertes. Et il y a de toutes façons une très bonne dynamique de groupe dans cette classe.

_ C'est la première fois que vous les emmenez au théâtre?

_ Cette classe-là, oui. Mais je suis un habitué de l'Athénée, je viens depuis 1978. Un de mes souvenirs le plus marquant se situe en 1997, lorsque j'avais emmené une classe de première pour L'Illusion comique mise en scène par Jean-Marie Villégier : il était venu leur apprendre à lire des passages de Corneille à la façon du 17e siècle!
_ Cela vous semble important, que vos élèves rencontre les artistes?
_ Définitivement oui, car ils ont des arguments d'autorité : si c'est moi qui leur explique qu'ils doivent travailler dur, je suis dans le rôle du vieux con. Si c'est un artiste, ils l'écoutent et cela accélère nettement leur compréhension et leur production. Je repense à Chantal Thomas, scénographe de Jacques ou la soumission et de L'Avenir est dans les oeufs, qui était venue leur expliquer son travail : elle avait amené tous les dossiers préparatoires à la création de la scénographie et avait détaillé tout le processus et le temps incroyable que cela lui avait pris… C'était le silence total dans la salle de classe, et je peux vous dire qu'après, ils ont travaillé comme des fous! D'ailleurs, Fanny Cottençon, actrice dans après la répétition, était venue au lycée à l'occasion de la sortie du film de Roger Coggio, Le Journal d'un Fou, dans lequel elle avait joué.

_ Pour vous, cela doit représenter un investissement énorme…
_ Oui, c'est épuisant, d'autant que l'on doit tout faire dans un laps de temps très court : les dates de concours avancent chaque année. Mais quel plaisir de les amener à faire des découvertes, de leur donner confiance, de les retrouver des années plus tard dans le public des salles de spectacles ou de voir qu'ils ont réussi leur vie professionnelle! J'ai d'ailleurs une ancienne élève qui va travailler avec Chantal Thomas et Laurent Pelly."

 

J'ai laissé Monsieur Parthonnaud et ses élèves terminer leur travail et assister à la représentation d'après la répétition, pour ensuite les retrouver après la pièce pour une rencontre avec Céline Sallette et Fanny Cottençon, actrices dans le spectacle. Morceaux choisis :

"_ Comment en êtes-vous venues à faire du théâtre?
Céline Sallette : _ J'étais amoureuse d'un type qui faisait du théâtre, alors à treize ans je me suis mise à en faire aussi.
Fanny Cottençon : _ Chacun doit trouver son propre moyen d'expression. Vous, ce sont les beaux-arts. Moi, ce sont les mots des autres.

_ Est-ce que vous avez joué dans des films?
Céline Sallette : _ Oui, plein, alors je te conseille d'aller voir sur le site de l'Internet Movie Database, ça ira plus vite.
Fanny Cottençon : _Il paraît qu'Allociné c'est bien aussi.

Le téléphone de Céline Sallette sonne :

_  Excusez-moi, ça doit être ma mère.

_ Comment vous préparez-vous pour entrer dans un personnage? Enfin, comment faites-vous pour dégager une émotion aussi sincère?
_ Quelles études avez-vous faites?
_ Madame Cottençon, comment fait-on pour jouer un personnage qui a bu?
_ Est-ce que cela vous a plus de jouer des actrices?
_ Est-ce que vous cherchez à plaire quand vous jouez?
Céline Sallette : _ Ah non, surtout pas! Tu imagines si tu veux essayer de plaire à tout prix, tu pleures dès que tu en entends un tousser dans la salle! Si je peux te donner un conseil : pense à ta grand-mère et fais une œuvre!
Fanny Cottençon : _ Si tu plais, tant mieux, c'est que quelque part tu as bien fait ton travail. Mais ce n'est pas en cherchant la reconnaissance que tu vas être bon!

_ Mais, finalement, enfin, après la fin de la pièce, ça se termine bien ou pas?
Fanny Cottençon : _ C'est à toi de l'imaginer. Pour toi, comment peut se poursuivre l'histoire après la fin?
_ Je ne sais pas, il n'y a pas vraiment de fin, alors je me disais que peut-être, vous, vous sauriez…"


Ces étudiants reviendront peut-être un jour à l'Athénée de leur propre initiative. En attendant, ils pourront toujours se souvenir de cette journée et remercier leur professeur de tant se démener : souhaitons-leur bonne chance pour leurs concours en espérant qu'un jour, c'est en tant que décorateurs ou scénographes qu'ils pourront déposer leur manteau sur les sièges du théâtre...


Après la répétition
se joue jusqu'à demain soir et laisse ensuite la place à une semaine consacrée à Olivier Messiaen. D'ici là, bon week-end à tous!


Toutes les vérités sont bonnes à dire

Mardi 25 novembre, je suis postée en plein milieu de l'escalier qui mène aux loges des artistes d'après la répétition en espérant bien attraper au vol Céline Sallette, actrice dans le spectacle. Une heure avant la représentation, j'entends quelqu'un courir : Céline arrive, s'arrête, me voit, me dit :

«_ Ah salut, c'est moi que tu attends ? Je suis en retard, on peut parler dans ma loge si tu veux!

Je la suis, ne sais pas où m'asseoir ("attends, ne reste pas debout, pousse tout ça et prends la banquette") Je pousse "tout ça" et m'assieds donc sur la banquette pendant que Céline Sallette se prépare pour le spectacle dans un autre style que Fanny Cottençon (plus précipité, dirons-nous) et mène l'entretien second degré battant (ou "de la difficulté de prendre des notes en pouffant de rire").

_ Tu arrives toujours au dernier moment comme ça?
_ Non, j'aime bien arriver en avance d'habitude, mais là il y avait ma mère…
_ Elle vient voir le spectacle?
_ Non non, elle vient juste me voir.
_ Elle vient te voir mais elle ne va pas au spectacle?
_ Non. Elle l'a déjà vu, je ne vais pas la traîner pour qu'elle revienne!

_ La première fois que je t'ai vue dans les couloirs de l'Athénée, tu t'es présentée en ces termes : "Bonjour, je suis Céline Sallette, je suis la compagne du metteur en scène, c'est d'ailleurs pour cela que je suis là". Tu crois vraiment que ce n'est que pour ça?
_ Non évidemment, si ce n'était que pour cela, j'en aurais honte et je ne le dirais pas… Laurent ne m'aurait certainement pas engagée si j'avais été mauvaise, mais disons que d'être sa compagne facilite le casting. Il n'a pas dû aller loin pour me trouver, si tu préfères! Mais si je plaisante avec ça, c'est aussi parce que j'ai une autre forme de légitimité, que je sais pourquoi je suis comédienne, que je ne suis pas trop mauvaise dans ce métier, enfin j'espère…

_ En mettant les pieds dans le plat dès le début, tu désamorces aussitôt les critiques sur ta légitimité et ta compétence avant même qu'elles arrivent, et en plus tu fais rire tout le monde…
_ C'est étrange, le rapport qu'on peut avoir à la vérité. Si je fais rire, c'est juste parce que j'ai osé dire la vérité! En fait, la vérité, c'est drôle.

_ Tu pourrais me parler d'Anna, le rôle que tu joues dans après la répétition?
_ C'est une "fille de". Elle a du mal à trouver sa place et elle est dans l'angoisse vis-à-vis de son métier car il est anxiogène (Elle se lave les dents et ses propos deviennent de moins en moins compréhensibles au fur et à mesure de l'entreprise) parce qu'elle doit porter le oids de chon héwitache donch elle che pohe a quechion e a éhihiwouité…

_ Je propose que tu termines de te laver les dents et que tu reprennes ta phrase après… (fin du lavage de dents)
_ Je disais : elle doit porter le poids de son héritage donc elle se pose la question de sa légitimité en tant que comédienne. Elle a été embauchée par un homme qui fait quasiment partie de sa famille : comme moi, elle n'est pas là par hasard… Elle se demande si on la désire en tant que femme comme en tant qu'actrice, et elle porte tout un bazar qui ne lui appartient pas mais qui, pourtant, fait qu'elle est là.

_ Et toi, pourquoi tu es là?

_ Je ne suis pas embarrassée par un héritage, je ne suis pas une "fille de" et j'ai fait mon propre chemin toute seule. J'ai dû aller chercher quelque chose, avancer, travailler, mais je suis complètement libre, je sais que tout cela m'appartient et que cela ne m'a pas été imposé.

_ Laurent Laffargue a-t-il été important dans ton parcours de comédienne?
_ Oui, c'est vraiment avec lui que j'ai commencé professionnellement. J'étais en faculté d'arts du spectacle à Bordeaux, je ne me projetais pas tellement dans l'avenir, j'adorais être comédienne mais je n'avais aucune idée de la réalité du métier, je croyais que les pâquerettes ça existait, tu vois… Laurent m'a vue dans un spectacle que je jouais près de Bordeaux au moment où il cherchait une Desdémone pour son Othello. J'avais dix-neuf ans, j'étais blonde, j'avais les yeux bleus, je savais chanter, apparemment je savais jouer, donc il m'a engagée. Nous avons tourné Othello et Le Songe d'une nuit d'été pendant deux ans, puis Terminus de Daniel Keene où j'interprétais un garçon de quinze ans.
Puis les personnes avec qui je travaillais m'ont convaincue de tenter le Conservatoire National Supérieur d'Art Dramatique. J'étais très épaulée, très bien dirigée, j'ai présenté des scènes des spectacles que nous avions joués pendant deux ans, et j'ai eu le concours. J'ai beaucoup appris au Conservatoire. Laurent Laffargue a continué à me guider, et c'est lui qui m'a conseillé de faire du cinéma.
C'est pendant ma deuxième année au Conservatoire que j'ai tourné Meurtrières de Patrick Grandperret : j'ai eu de la chance, il ne voulait pas tourner avec des comédiennes connues. C'est une grande chance d'avoir un premier rôle, cela permet d'avoir une grande visibilité, d'autant plus que le film faisait partie de la sélection officielle d'Un certain Regard du Festival de Cannes et qu'il y a obtenu le prix du Président du jury. J'ai fait d'autres films, et en sortant du Conservatoire à vingt-six ans, je n'avais finalement pas fait de théâtre depuis longtemps… (Elle mange)

_ Tu arrives à manger avant de jouer?

_ Pourquoi, tu n'y arrives pas, toi?

_ Non.
_ Peut-être que les bons comédiens ne mangent pas avant un spectacle, peut-être que je suis mauvaise parce que je dîne avant de jouer? Cela me fait penser à Sarah Bernhardt qui, à une jeune actrice lui disant qu'elle n'avait jamais le trac, avait répondu "ne vous inquiétez pas, cela viendra avec le talent". Alors je ne sais pas, peut-être que c'est l'appétit qui part avec le talent…

_ En parlant d'Anna, tu disais que le métier de comédien était anxiogène : pourquoi?
_ Parce que c'est un métier intermittent où tu ne maîtrises pas tout. Non seulement tu ne travailles pas tout le temps, mais en plus tu dépends du désir des autres. C'est très dur, et c'est sans doute pour cela que beaucoup de gens abandonnent.
J'ai décidé de tourner le problème autrement : tu ne reproches jamais aux gens de ne pas t'aimer ; quand tu es aimé, c'est parce que tu aimes. Alors je me suis dit que mon travail dépendait aussi de moi. Tout cela n'est fait que de désir, c'est pour cette raison que c'est si compliqué…

_ Tu es d'accord avec Laurent Laffargue lorsqu'il dit que les rapports de séduction entre metteur en scène et comédiens sont inévitables?

_ Oui et non. Le travail est sous-tendu par le désir des uns envers les autres, et même le vocabulaire du métier est incroyablement sexuel! Tu as déjà réfléchi au double sens que peuvent revêtir des phrases comme "cette comédienne, je la prends" ou "je veux cet acteur?" Je n'aime pas que les rapports de travail soient ambigus, qu'ils soient fondés sur la séduction. Je ne joue jamais là-dessus, en tout cas mon pouvoir de séduction ne passe pas par le fait que je sois une femme mais plutôt par l'humour.
La séduction existe toujours un peu, bien sûr, mais plutôt comme un tapis sur lequel on marche. Dans ma famille, on a toujours beaucoup joué sur l'humour. Un des petits vieux de ma famille m'avait dit un jour (elle imite une voix d'homme âgé avec accent gascon en prime) : "Alors comme ça tu fais le clown? Gagner de l'argent en faisant le clown, c'est formidable".»

Pour voir Céline Sallette "faire le clown", c'est jusqu'à samedi soir... Bon mercredi à tous.


Souvenirs de jeunesse

On se souvient toujours de sa première fois. Quelquefois douloureuse, souvent agréable, rarement ennuyeuse, la première fois reste inscrite dans la mémoire de chacun et détermine parfois ce qui va suivre. Les membres de l'équipe de l'Athénée Théâtre Louis-Jouvet à qui on en a parlé se souviennent tous sans exception de leur première fois et la racontent avec précision, sauf Patrice Martinet qui a eu besoin de chercher dans un livre de sa bibliothèque pour la retrouver -mais pour lui, il faut bien le concéder, cela date un peu.

Il y a ceux qui ont été profondément marqués par la première pièce qu'ils ont vue à l'Athénée, ceux qui ne se souviennent que de leur position (dans la salle), ceux qui avouent qu'ils n'étaient jamais venus avant d'être embauchés, ceux qui se souviennent du lieu mais pas de la pièce, ceux qui se souviennent de la pièce mais pas de l'impression que le lieu leur avait faite -on imagine qu'à force de le voir tous les jours, la première rencontre s'estompe.

Parmi les premières pièces vues, on a Elvire Jouvet 40 par Brigitte Jaques, Claudine et le Théâtre par Philippe Caubère, Quartett par Hans Peter Cloos, L'Ecole des Femmes par Jacques Lassalle, Geneviève du Brabant par les Brigands, Solness le constructeur par Sandrine Anglade, Fragments Lunaires par Pierre Friloux, Knock par Maurice Bénichou, Fin de partie par Bernard Levy, Callas par Elisabeth Macocco, Jacques ou la soumission / L'Avenir est dans les œufs par Laurent Pelly, Le Bagne par Antoine Bourseiller, Equus par John Dexter, Simplement compliqué par Christian Colin ou L'Opéra de quatre notes par Paul-Alexandre Dubois.

L'année des premières fois donne un aperçu de l'éventail des générations présentes à l'Athénée : 2000, 1986, 2004, 2001, 1986, 2002, 2003, 1988, 2006, 2008, 1978.

Nous avons eu des récits plus ou moins circonstanciés (avec mention spéciale à Dominique Lemaire : "j'étais le régisseur de la salle Christian Bérard, on avait dû démonter le parquet pour mettre à la place un plancher de verre avec des moniteurs télévisés au sol, il y avait six projecteurs carrousel, un comédien qui volait dans les airs, une balançoire et même un aquarium qui prend feu!"), d'autres très factuels, mais on a toujours été étonnée de la précision des souvenirs de chacun.

Quant à moi, c'était La Danse de mort de Strindberg par Jacques Lassalle en 2004. Je m'étais perdue en sortant du métro Opéra, j'étais arrivée en retard, j'avais dû passer les vingt premières minutes à me remettre de ma course, et je ne m'étais aperçue de la beauté de la salle qu'une fois la pièce terminée. Aujourd'hui, j'arrive à l'heure à l'Athénée mais je continue inexorablement à me perdre dans le quartier : les premières fois conditionnent, je vous l'avais dit. Et vous, votre première fois à l'Athénée, c'était pour quoi? Ceux qui sont venus après 1982 peuvent s'aider des archives du site  de l'Athénée, les autres devront consulter le livre Athénée Théâtre Louis-Jouvet édité chez Norma!

Pour ceux qui n'ont encore jamais franchi le pas, après la répétition offre une belle opportunité de première fois jusqu'à samedi!

Bon mardi.


A votre service

Ampoule nue sur un trépied tout droit, je brille seule sur le plateau vide d'après la répétition. Je connais mon moment de gloire entre les mains du comédien Didier Bezace dans les dernières minutes d'après la répétition, mais d'habitude vous ne me voyez jamais : c'est normal, on ne me sort qu'après votre départ. On m'appelle aussi sentinelle, car je suis là pour veiller lorsqu'il n'y a plus personne. Allumée entre les représentations, j'évite que le théâtre soit entièrement plongé dans le noir et vous empêche de vous cogner dans les projecteurs éteints ou de vous emmêler dans les fils. A ma lumière fragile, vous devinez même le décor de la pièce de Bergman montée par Laurent Laffargue.

Demain, je serai peut-être allumée le matin avant le concert 2x4 du quatuor Psophos à 15h, mais sans doute pas après, car l'équipe de techniciens de l'Athénée replacera le décor d'après la répétition pour la représentation de 20h. Prise en photo par Dominique Lemaire, directeur technique adjoint de l'Athénée, je ressemble à cela :

En anglais, mon nom est Ghost lamp, car je repousse les fantômes les soirs de relâche -les ghost nights. Je suis une mesure de sécurité autant qu'un esprit protecteur et, grâce à moi, le théâtre ne meurt jamais.

On m'appelle la servante.


"Théâtre, théâtre, vous avez dit musique?" (1)

Dans après la répétition actuellement représenté à l'Athénée, le personnage de Henrik Vogler interprété par Didier Bezace refuse de modifier le texte de Strindberg qu'il est en train de monter, faisant entre autres remarquer qu'en musique, on n'enlève pas un passage qu'on n'arrive pas à jouer, on ne réécrit pas des mesures qui nous paraissent maladroites et on n'intervertit pas des mouvements sous prétexte que, finalement, l'andante sera mieux avant le scherzo.

L'Athénée a une vocation à la fois théâtrale et musicale, et la programmation de Patrice Martinet alternant musique de chambre, opérettes, pièces, opéras et théâtre musical permet d'apprécier autant les passerelles que les frictions entre musique et théâtre.

Nous sommes donc d'humeur frictionnelle ce matin, suivant en cela les réflexions de Bergman : en musique donc, disions-nous, on ne coupe pas trois mesures comme on supprime une réplique de théâtre supposée mal placée ou mal écrite ou difficile à interpréter. La musique, ensemble quasi-mathématique suivant des règles de construction rigoureuses, langue universelle sans besoin de traduction, art appris en conservatoire, est intouchable -en Occident, du moins.
Le texte de théâtre ne fera pas entendre de silence ou de dissonance en cas de réplique coupée, se laisse traduire en suédois, en français, en italien ou en roumain et peut être amputé d'une scène sans que l'on crie au scandale. Ou, plus exactement, c'est le cas du texte de théâtre non versifié : car il est amusant de constater que, lorsque la langue rejoint la musique en s'imposant des règles tenant de la construction musicale, il devient sacrilège d'y apporter ses amendements. Un alexandrin supprimé et la rime n'existe plus, un mot remplacé et le nombre de syllabes n'y est pas… On repense d'ailleurs à Patrice Chéreau qui, en remplaçant "que ces vains ornements, que ces voiles me pèsent" par "que ces vains ornements, que tout cela me pèse" dans le Phèdre de Racine qu'il avait monté en 2003 à l'Odéon, s'était attiré bon nombre de critiques.

Il existe bien d'autres différences entre théâtre et musique que l'on développera une prochaine fois : les musiciens jouent la plupart du temps avec leur partition là où on voit mal un comédien déambuler le texte à la main ; en musique, sans conservatoire peu de salut (en tout cas en France), tandis qu'un comédien peut faire carrière en passant par d'autres apprentissages ; toujours en France, il existe bon nombre d'orchestres aux instrumentistes salariés là où la Comédie Française semble être la seule à pouvoir faire figure de troupe permanente ; il y a beaucoup de musique de chambre mais peu de théâtre d'appartement. D'autres oppositions existent, dont beaucoup tiennent aussi du cliché (si si, un comédien travaille, s'entraîne et répète. Oui, la musique peut être drôle).

L'Athénée est là pour réunir deux arts qu'on a souvent confronté et comparé, en particulier dans l'opéra, l'oeuvre d'art total -enfin pas si total que cela apparemment, puisque l'on s'est longtemps demandé si c'était la musique ou le théâtre qui y primait. L'Athénée, disais-je, lie les deux depuis quelques saisons : pendant qu'après la répétition se jouait, les musiciennes du quatuor Psophos venaient répéter, et les résidences d'artistes de musique sur la durée permettent d'apercevoir dans l'escalier aussi bien un violoncelle qu'une perruque, d'entendre un comédien qui répète son texte comme un violoniste qui retravaille des mesures et de voir un récital de musique de chambre dans le décor de la pièce de théâtre en cours.

Samedi par exemple, vous pourrez voir après la répétition à 20h. Mais juste avant, à 15h, le quatuor Psophos donne un concert intitulé 2x4. 2 x 4, ça fait 8 car, vous l'aurez compris, samedi l'octuor est à l'honneur : Enesco et Mendelssohn seront interprétés par le quatuor Psophos accompagné de Sarah Nemtanu, Pablo Schatzman, Sabine Toutain et Raphaël Perraud. A partir du 9 décembre, après la répétition laissera la place à une semaine dédiée au compositeur Olivier Messiaen. Comment cela s'appelle, quelqu'un qui aime autant le théâtre que la musique? Un musicothéâtrophile?

Bonne journée à tous.


Le petit Poucet

Hier, à peine arrivée dans les bureaux de l'Athénée Théâtre Louis-Jouvet, Patrice Martinet décida de m'emmener dans les environs de Monique Mélinand afin que j'enquête sur une petite curiosité située à sa gauche (ou à sa droite, enfin bref, à gauche quand on regarde Monique Mélinand). Hasard troublant ou coïncidence heureuse, j'avais justement pris quelques photos de l'étrangeté dix minutes auparavant :

J'entends d'ici ceux qui grommellent que "ben quoi, c'est juste un grand miroir", aussi est-il préférable de passer en mode gros plan sur le haut du cadre :

Mon intuition féminine redoutable m'aiguilla rapidement vers Jean-Noël De Marcovitch, régisseur général de l'Athénée : joyeux hasard ou étrange coïncidence, je réussis pour une fois à lui parler cinq minutes -c'est un exploit, le régisseur général étant plutôt une espèce qui court par cintres et plateau en hurlant des indications peu intelligibles pour le commun des mortels.

Jean-Noël, plus connu à l'Athénée sous le nom de Jano, m'expliqua ainsi que les fameux cailloux provenaient du Tombeau de Richard G., pièce de Bernard Chartreux où, dans la mise en scène créée par Alain Milianti en 2000, des gravats chutaient (les cailloux blancs semblent être à la mode à l'Athénée).

Le soir de la première représentation, Jano s'amusa donc à récupérer l'une des pierres pour la poser sur le miroir (ne me demandez pas pourquoi il voulut la poser précisément là). Les comédiens se prirent au jeu et firent de même chaque soir de représentation. Depuis, les gravats sont toujours là.

Une question reste en suspens cependant : il y eut trente-cinq représentations du Tombeau de Richard G. Il reste vingt-sept cailloux au-dessus du miroir. Où ont disparu les huit qui manquent? Est-ce que certains d'entre vous auraient piqué un bout de l'Athénée comme des touristes ramènent dans l'avion un bout du Parthénon? Dénoncez-vous !!!!

Sur cet appel à la bonne conscience de chacun, je vous souhaite une bonne journée à tous, y compris aux coupables (je vous trouverai !). Désolée, après la répétition n'offre rien à ramasser, mais plutôt beaucoup à retenir. A demain!


Ici Fanny

Fanny Cottençon, actrice d'après la répétition, arrive toujours quelques heures avant la représentation et laisse souvent la porte de sa loge entrouverte : on est donc allée toquer à 18h30 jeudi dernier.

"_ Est-ce que cela vous ennuie si je continue à me maquiller pendant que je vous parle?
_ Euh non, évidemment que non, c'est moi qui envahis votre loge, là… Vous arrivez toujours avant tout le monde. Pourquoi venez-vous si tôt?
_ J'en ai besoin. Finalement, je me prépare assez rapidement, mais j'aime beaucoup la liturgie propre à chaque représentation. Le théâtre c'est l'art le plus vieux du monde, et j'ai besoin de pratiquer cette sorte de rite ancestral rassurant : me préparer, me maquiller, me coiffer, m'échauffer la voix, sentir la présence de l'équipe administrative et technique… De toutes façons, je suis incapable de faire autre chose dans la journée, alors autant être là le plus tôt possible.

_ C'est important pour vous, de connaître l'équipe de l'Athénée?

_ Oui, bien sûr! Nous formons tous une équipe, justement! Sans eux, nous n'existerions pas, et vice-versa d'ailleurs.

_ Comment vous êtes-vous retrouvée dans après la répétition?

_ Laurent Laffargue, en voyant La Chambre des morts, où jouait aussi Céline Sallette, a eu un déclic, il s'est dit "c'est elle, Rakel!". Pourtant, j'avais un tout petit rôle dans ce film. Comme quoi, dans ce métier, il faire ce dont on a envie sans se préoccuper si on a un premier ou un troisième rôle…

_ Justement, parlez-moi du rôle de Rakel, que vous interprétez dans après la répétition.
_ Il y a beaucoup d'ambiguïté dans cette femme, c'est quelqu'un qui s'est brûlé les ailes. Ce qui me touche le plus, c'est la détresse de cette actrice qui ne peut plus exercer son art : chez elle ça prend une tournure telle… Cela doit être quelqu'un de vraiment balèze, avec beaucoup de caractère et de charisme. (silence) J'en parle comme si elle existait! Sa souffrance est telle qu'elle en rend les autres responsables ; et en même temps, ce n'est pas vraiment une victime, même si elle a des emmerdes!
Ce n'est pas un personnage très fréquentable, mais c'est bien aussi, les personnages peu fréquentables… Ce sont les plus intéressants à jouer… Non, je ne sais pas si ce sont les plus intéressants à interpréter, en tout cas ce sont eux qui vous marquent le plus.
J'avais joué Les Derniers de Maxime Gorki dans une mise en scène de Lucien Pintillé au Théâtre de la Ville un personnage de monstre sans état d'âme, très immorale et pourtant très intégrée. C'était très agréable à jouer!

_ Et c'est agréable de jouer à l'Athénée?
_ Oui, évidemment! C'est un théâtre ravissant avec une acoustique formidable. Il est vraiment charmant ce théâtre, il est habité.

_ Et le public de l'Athénée Théâtre Louis-Jouvet, est-il aussi charmant?

_ C'est un public très éduqué. Déjà, il vient voir après la répétition de Bergman, il est informé, il fait l'effort d'aller voir des textes pas toujours faciles… Attention, je ne fais pas de jugement de valeur, chaque théâtre a le droit d'exister, mais disons qu'on a le droit d'en préférer d'autres! Jean Vilar disait "Plus on connaît, plus on sait, plus on aime".
C'est pourquoi il est important de mener un travail de fond avec le public, les écoles, les comités d'entreprises, là où est le public! Chaque public est différent et on sent vite si ce travail-là a été fait ou non.

_ Je vous entendais parler hier d'un entrefilet paru sur vous dans un journal au niveau intellectuel relatif et qui s'intéressait essentiellement au fait que l'on vous voit un peu dénudée à un bref moment du spectacle, photo de l'instant décisif à l'appui. Qu'est-ce que ce genre de papiers signifie, pour vous?
_ (Elle soupire) Que j'ai retenu le nom de l'auteur et que je demanderai à ce qu'il ne puisse pas entrer à mes spectacles suivants… Ce n'est pas très grave, mais on ne peut pas dire que cela soit très classe.

_ Ni très éthique.
_ Non plus. (silence) Il y a quelques années, un autre "journaliste" avait écrit tout un papier sur mon alcoolisme supposé… (elle sourit) J'aurais dû l'attaquer en diffamation, j'aurais pu gagner plein d'argent.

_ Je vois qu'il est bientôt l'heure de la représentation, je vais m'arrêter là! Merci beaucoup de m'avoir consacré un peu de temps juste avant de jouer.
_ Je vous en prie. (avec un air inquiet en me regardant me lever) ça allait ?

_ (un peu surprise, d'habitude c'est plutôt moi qui ai envie de demander si "ça allait") Euh, oui, c'était très bien... Je vous laisse donc vous adonner au rituel que vous décriviez au début !
_ Oh, vous savez, c'est juste être là, sentir l'ambiance…"


De votre côté, pour sentir l'ambiance d'après la répétition, il vous reste jusqu'au 6 décembre! Bonne journée à tous.

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