Portrait de spectatrice (2) : Laetitia

Chers tous,

Il y a quelques jours, j'ai publié sur le blog un portrait d'Antoine, stagiaire à l'Athénée qui avait réalisé un clip dans le Théâtre en vue de gagner un concours permettant de rencontrer la chanteuse Lady Gaga.
J'ai le plaisir de vous annoncer aujourd'hui qu'Antoine a terminé dans les dix finalistes (sur plus de neuf cents candidats) et qu'il a ainsi remporté le fameux sésame lui permettant d'approcher son idole! Merci à vous pour l'aide précieuse que vous lui avez apportée en visionnant sa vidéo.


Puisque nous parlons de vous, donc, passons du portrait de stagiaire au portrait de spectateur.
Après le portrait d'Alekssandre, un spectateur que j'avais rencontré à l'occasion du spectacle Guillaume et les garçons, à table !, je vous invite aujourd'hui à découvrir Laetitia.

Un jour, Laetitia m'a laissé sur le blog un commentaire qui m'avait fait hurler de rire : et de commentaires en mails, nous en sommes venues à nous dire qu'il serait temps de se rencontrer.
À l'instar d'Alekssandre que j'imaginais autrement, Laetitia est une médecin métisse très grande âgée de vingt-neuf ans là où je m'étais représenté une petite blonde de dix-huit ans étudiante en lettres modernes (allez savoir pourquoi). Quant à elle, elle m'a reconnue immédiatement… grâce à mon appareil photo.

J'ai rencontré Laetitia avant une représentation de Vénus en mars 2010 : nous avons pris un verre de jus de goyave au bar du Théâtre en nous vouvoyant et sans que je prenne de notes dans mon carnet —quand on rencontre quelqu'un pour la première fois après lui avoir écrit pendant des mois, on n'a pas tellement envie de rester encore une fois le nez collé dans ses notes.
Comme vous le voyez si vous calculez bien, j'aurai donc mis plus d'un an à écrire ce portrait : il y a parfois des choses plus difficiles que d'autres….

Laetitia a découvert le théâtre par ses parents qui, comme elle le mentionne avec humour, « ne se sont jamais remis de la mort de Vitez » : la première pièce qu'elle a vue est donc La Vie de Galilée de Brecht mis en scène par Antoine Vitez.
Aujourd'hui, c'est plutôt elle qui emmène ses parents au théâtre —faisant ainsi écho malgré elle avec le sujet du débat qui avait lieu à l'Athénée ce jour-là et dont je sortais au moment de notre entretien : « peut-on échapper à sa famille ? ».

 

Un petit bout de Laetitia photographié dans le bar de l'Athénée

 

Derrière nous, le bar se remplit peu à peu de spectateurs sortant du débat et/ou arrivant pour Vénus pendant que je questionne Laetitia sur ses sorties théâtrales.
Si elle est parfois un peu déçue de devoir planifier ses sorties à l'avance comme la loi des foules parisiennes l'ordonne, Laetitia se définit d'elle-même « comme une enfant » lorsqu'elle va au théâtre : « je prends soin de mon habillement —sauf les soirs en semaine où je reste en jean, parce que bon… J'aime bien amener mes amis au théâtre aussi, surtout ceux qui n'ont pas forcément l'habitude d'y aller. J'aimerais bien tenir un blog pour y écrire des critiques des spectacles que je vois, mais c'est un exercice très difficile, et puis je me trouve nulle en informatique… »

Laetitia vient régulièrement à l'Athénée
: l'année où nous nous sommes vues, elle était allée voir Minetti, Vénus et Une maison de poupées.
Le mail qu'elle m'a envoyé après Une maison de poupées avait d'ailleurs particulièrement vu juste dans les intentions de son metteur en scène, Nils Öhlund : « Je sors d'Une maison de poupées, et si Nils Öhlund vous dit qu'une fan hystérique l'a accosté à la sortie du théâtre, c'était moi, qui lui ai dit tout le bien que je pensais de la pièce (mais je n'ai pas demandé d'autographe, j'ai quand même mes limites).
En effet, après l'avoir vu au Théâtre de la Colline, l'effet de surprise ne pouvait plus jouer, d'autant que si le texte était sans doute par endroits différents, on retrouve de nombreux effets de la mise en scène (notamment la danse hystérique de Nora qui s'entraîne pour la tarentelle, les chaussures, les bas) qui doivent être décrits précisément dans le texte. Néanmoins il m'a semblé déceler un peu plus d'humour, et les ombres et lumière respectives de chaque personnage, les subtilités m'ont paru plus évidentes.
Cette fois-ci, est-ce parce que j'ai lu l'interview du blog, j'ai mieux compris Torvald (qui est, presque autant que Nora, victime de son époque). Là où la première fois je n'avais vu que la charge féministe (ou égalitariste !), certes visionnaire en son temps, et criante d'actualité aujourd'hui, j'ai aussi vu l'homme trahi. Torvald est intransigeant car il a toujours respecté les règles du jeu tandis que Nora n'a fait qu'écouter son coeur. Si elle force notre admiration par son changement radical et sa décision sans appel, in fine son choix est tout de même égoïste. Elle ne laisse pas de seconde chance, elle ne pardonne pas. Je crois qu'une Nora d'aujourd'hui agirait avec plus de douceur.
Est-ce que le progrès par rapport à l'époque d'Ibsen ne serait-il pas qu'une situation semblable donnerait lieu à moins de drames ? L'espoir de Nils Öhlund ne serait-il pas de réconcilier Nora et Torvald ? »

Comme avons continué à nous écrire de temps en temps, je sais qu'elle s'était abonnée cette année pour les spectacles Oncle Vania, Les Trois Soeurs, La Cerisaie, Caligula, L'Échange et Une Visite inopportune.
J'ignore si elle s'est abonnée pour la saison prochaine, mais j'espère qu'elle n'est pas déçue par l'absence de l'auteur Pirandello dont elle espérait qu'il soit reprogrammé à l'Athénée (Monsieur le directeur, si vous nous entendez….).

Après les représentations à l'Athénée, Laetitia va souvent manger avec ses amis dans un restaurant japonais de la rue Sainte-Anne, à deux pas du théâtre : depuis, je pense à elle à chaque fois que je vais dans cette rue dont j'ai moi aussi adopté les dîners d'après-spectacle.

J'ai laissé Laetitia à ce moment de la conversation, car il était temps qu'elle rejoigne la salle pour la représentation de Vénus. Je l'ai rejointe après le spectacle mais ai renoncé à lui poser d'autres questions tant elle semblait émue par ce qu'elle venait de voir : on n'embête pas une spectatrice bouleversée avec des histoires d'endives au jambon…

Je lui ai donc posé cette question rituelle du blog quelques jours plus tard, par mail.
Voici sa réponse, qui reflète bien son style plein de grâce et d'humour : « Je suis désolée de vous avoir fait attendre, surtout pour pas grand chose, car j'attendais l'inspiration sur les endives au jambon et celle-ci n'est pas venue. Elle n'écoute que son bon vouloir. Ce qui me rend d'autant plus respectueuse devant votre aptitude à "pondre" votre billet chaque jour de la semaine, que l'inspiration soit là ou pas, de bonne ou mauvaise humeur, en grève, en RTT, qu'elle soit restée à la maison garder un enfant malade ou partie plus tôt pour aller chez le dentiste.
Vous saurez donc seulement que j'aimais les endives au jambon jusqu'à ce que j'arrête de consommer de la viande, pour une multitude de raisons. Mais, j'avoue, quand j'en sens l'odeur, je ne la trouve pas désagréable, tel un fumeur repenti s'enivrant de la fumée de cigarette des autres… »


La saison prochaine (car oui, je serai toujours là la saison prochaine, une vraie sangsue !), vous découvrirez le portrait de Floriane, que j'ai interviewée il y a quelques mois.

J'espère également rencontrer de nouvelles personnes : n'hésitez pas à vous manifester
par mail (clemence(at)athenee-theatre.com) ou à me demander à l'Athénée les soirs de représentation !

Bonne journée.


Écrits de spectateurs (5) : Jean, deuxième volet

Je vous l'avais annoncé en octobre 2009 : avec ce blog, j'écris tous les jours à onze mille personnes. Je ne vois donc pas pourquoi je serais la seule à parler alors que beaucoup d'entre vous ont certainement des choses intéressantes à dire.

Je vous ai donc appelés à la rescousse, vous, mes chers lecteurs. Laetitia, Pierre, Jean et Jérôme ont déjà répondu à l'appel en m'envoyant leurs textes et/ou photos parus sur le blog tout au long de la saison.
Jean, spectateur très fidèle de l'Athénée et mécène du spectacle Vénus, avait donc déjà fait un bilan de la saison 2008-2009, que j'avais publié en janvier dernier : le revoici aujourd'hui avec son bilan de la saison 2009-2010 qui vient de se terminer.

 



« Comme au début de la saison 2009/2010 et pour la saison qui s’était terminée, voici l’heure de la synthèse, avec un peu d’avance par rapport à l’année dernière.

Les spectacles de chant ont été les plus nombreux (six sur douze) mais variés : opéra (plus ou moins récents), baroque et comédie. En moyenne, 7,8/10 (cette note est le seul moyen que j’ai trouvé pour relativiser et comparer les spectacles et les saisons, pardonnez-moi cet aspect professoral).

Le fait marquant est quand même (comme l’année dernière) l’extraordinaire qualité des prestations et la diversité des propositions (du XVIIe au XXIe).
Si le comique du Temps des croisades a permis de passer une bonne soirée, j’ai plus été sensible à Dans la Colonie pénitentiaire, peut-être par ce côté sadique partagé. Les amours des tourtereaux fut une belle découverte mais à ne pas consommer sans modération, cela deviendrait vite lassant.
Un peu déçu tout de même par Julie, non pas par la qualité de la musique, ni par la mise en scène, plus par la synthèse minimaliste du texte sur une œuvre de Strindberg, qui en occulte la portée.

Côté One-(wo)man-show (9/10), deux propositions [NDLR : Les Règles du savoir-vivre dans la société moderne et Les Garçons et Guillaume, à table !] dont la qualité est incontestable, sur le texte, la mise en scène et l’interprétation. J’ai admiré la robe de mariée de Mireille Herbstmeyer dont le reflet sur le sol verni était d’un effet très esthétique. L’aisance de Gallienne et sa façon de faire ont permis un texte parfois cru sans choquer les plus prudes.

Enfin, les quatre pièces de théâtre (8,5/10) très différentes les unes des autres. Minetti et Serge Merlin ont été un moment de grand plaisir par la maîtrise du texte, de la diction, de… tout (avec un bis repetita grâce à Extinction au Théâtre de la Madeleine).
Puis j’ai enfin pu voir La Cantatrice chauve après l’avoir ratée l’année dernière dans sa version chantée. Étonnant !
Si la Maison de poupée(s) fut "classique" mais plus intéressante que celle des Amandiers, Vénus fut une expérience extraordinaire : d’abord la découverte des répétitions, des choix techniques puis la générale et enfin les représentations. Belle progression où on se rend (enfin) compte de toute la difficulté à monter un spectacle, de la gestion du temps et de la pression car il n’est pas possible de reporter la date des représentations. Certainement, ces spectacles doivent être douloureux à monter, comme des accouchements.

En synthèse, la programmation d’une grande diversité nous a permis de découvrir un large panel de savoir-faire des comédiens et des techniciens mais aussi la multiplicité des types de spectacles dans le temps. L’homme est terriblement créatif.

La force de l’Athénée reste aussi et surtout son équipe technique que bien des théâtres privés pourraient envier. Cela permet des propositions de spectacles de grande qualité techniques même si on peut craindre pour l’avenir quelques portions congrues. Il suffit de voir les programmes de la saison prochaine à l’Opéra comique par exemple pour se rendre compte que la salle sera de moins en moins utilisée.
En lisant le blog, j’ai découvert que Le Père prenait quatre jours de montage… pour trois représentations seulement. Que de frais pour si peu de spectateurs en cumul sur les représentations !

Au final, la note est de 8,25/10 avec un minimum de 7. Je suis donc extrêmement satisfait de ma saison de spectateur (!!). Je vais donc continuer à m’abonner en espérant pouvoir renouveler l’expérience de Vénus. Merci à tous et aussi au contribuable malgré-lui (pour certains).»


Jean nous livrera peut-être un troisième bilan à la fin de cette saison 2010-2011 qui commence le 23 septembre prochain avec Oh les beaux jours de Samuel Beckett dans une mise en scène de Robert Wilson !

Bonne journée.


PS : dans les messages qu'ils m'ont laissés sur le blog, certains ont émis des doutes concernant la photo de Rome que j'ai publiée hier pour témoigner de mes vacances : ah là là, se coltiner les 551 marches menant à la coupole de la Basilique Saint-Pierre en plein mois d'août avec son appareil photo de quatre kilos pour se faire ensuite soupçonner d'avoir emprunté la photo sur internet… Quelle ingratitude !


Si on jouait à cache-cache?

Alors que Vénus s'est terminé samedi soir et grâce aux multiples recoins de l'Athénée, voici quelques photos de ce que vous n'auriez pas pu voir:

 

Vénus vu des coulisses.
De gauche à droite: Laurent Fernandez, Cédric Appietto, Mickaël Gaspar, Céline Fuhrer (cachée) et Xavier Legrand.

 

La robe de juge vue à travers deux lattes du gril.

 

Le plateau de Vénus vu d'en haut

 

Les coulisses de Vénus vus d'en bas: des accessoires sous la scène.

 

Aujourd'hui, une partie du personnel de l'Athénée a décidé d'aller manifester dans le cadre d'une journée d'action nationale destinée à défendre les arts et la culture. À Paris,  la manifestation partira à 14h30 du Palais Royal. Des rassemblements sont également prévus à Nantes, Lyon, Bordeaux et Marseille.

 

Le prochain spectacle à l'Athénée sera Timouk, un conte musical interprété entre autres par Claire-Marie le Guay au piano et Marie Gillain à la narration. Rendez-vous ce samedi à  20h!

 

Bonne semaine.


J’admire.

En période de spectacle, les techniciens arrivent avant les comédiens et repartent souvent plus tard.

Il y a en effet de nombreuses choses à faire avant et après chaque représentation: avant, il faut préparer le plateau, tester le son, vérifier le fonctionnement des projecteurs et mettre en place le décor et les accessoires; après, il faut ranger, sécuriser la scène et tout éteindre.

Dans cette vidéo de six minutes, vous aurez un aperçu du travail  quotidien (et du sens de l’humour) de Marie-Noëlle, Jean-Noël, Richard, Jérôme ou Julien avant chaque représentation de Vénus.

 


Si vous n’arrivez pas à lire la vidéo, cliquez pour aller sur YouTube.


Pour voir Vénus, il vous reste ce soir et demain. Demain aura également lieu un café-débat sur le thème “peut-on échapper à sa famille?”: rendez-vous à l’Athénée de 17h à 18h30!

Bon week-end.


N'oubliez pas, c'est une histoire d'amour...

Gina Djemba est comédienne: c’est elle que vous avez beaucoup vue en photo sur le blog ces derniers temps et qui tient le rôle-titre de Vénus actuellement à l’Athénée.

Conversation à 16h dans le foyer des comédiens de l’Athénée, avant que Gina se prépare pour la représentation.


«_ Tu dînes déjà?
_ Oui, je ne peux pas manger juste avant une représentation, sinon je me sens trop lourde. J’ai besoin d’être vide pour prendre…

_ Jouer, c’est prendre?
_ C’est à la fois prendre et donner, que cela soit avec ses partenaires ou avec le public. Les relations avec les spectateurs ou les autres comédiens sont différentes chaque soir, et je suis particulièrement attentive aux réactions du public: un regard, un rire, cela n’a l’air de rien, mais c’est déjà énorme. C’est une forme de don.

_ Les réactions des spectateurs sont-elles différentes d’un soir à l’autre sur Vénus? Y a-t-il des choses qui t’étonnent?
_ Non, les réactions sont assez égales sur Vénus. Mais il m’est déjà arrivé sur d’autres pièces de sentir des salles glaciales… J’ai le sentiment que le public de Vénus est extrêmement impliqué. Il y a tout de même une chose qui m’a étonnée au début, c’est l’absence de rires sur les scènes de la pièce intérieure, Pour l’amour de la Vénus [passages d’un vaudeville écrit au 19e siècle sur la vénus hottentote et réintégrés dans la pièce par Suzan-Lori Parks. Extrait vidéo publié sur le blog le 17 mars]; ces scènes grotesques nous faisaient beaucoup rire en répétitions, et je me suis rendue compte lors des représentations que cela ne prêtait en fait pas nécessairement à rire: finalement, ne serait-ce pas être complice du drame vécu par la vénus hottentote que de s’esclaffer devant cela?
De même, il m’arrive d’entendre des rires nerveux lors de certaines scènes très dures: parce que parfois, devant la violence, on ne peut avoir aucune autre réaction que celle-ci… C’est par ce genre de signaux que je sens que le public de Vénus est impliqué dans ce qu’il voit -le texte étant assez complexe, l’écoute est de toutes façons nécessaire...
J’aime beaucoup la scène où je descend en salle pour raconter l’histoire du chocolat et en offrir quelques-uns aux spectateurs: je perçois à ce moment-là une écoute extrême de la part du public et me sens entièrement connectée à lui. Cette écoute attentive m’aide d’ailleurs beaucoup, car il s’agit d’un passage où je dois sortir du personnage de Vénus pour raconter l’histoire du chocolat: je m’appuie beaucoup sur les spectateurs pour me dégager de toute l’agitation de mon personnage.

_ C’est un rôle qui me semble difficile à endosser, parce qu’il porte la pièce, qu’il demande une certaine nudité et qu’il ne ressemble à aucun personnage “classique”. Tu n’as pas eu peur en découvrant la pièce?
_ Je ne connaissais pas l’histoire de Saartje Baartman, la véritable vénus hottentote, avant de lire la pièce. Je me suis sentie mise en confiance dès l’audition: d’habitude, un casting, c’est très expéditif. Là, Cristèle Alves Meira, la metteure en scène, a pris le temps de m’expliquer sa démarche, de me faire faire des improvisations… Elle m’a fait jouer différents stades de la vie de Vénus, a abordé mon rapport à la nudité, m’a fait travailler sur l’obscénité, le monstrueux… Elle a une véritable vision: avec elle, tout a un sens, et la nudité, lorsqu’elle apparaît, est nécessaire.

_ Quelles sont les difficultés propres au rôle de Vénus?

_ Tout d’abord, il faut lui donner une forme de naïveté, ou de simplicité: elle a des difficultés à parler et évolue par étapes. Il y a donc quelque chose de primitif, ou d’élémentaire, d’animal, chez elle, qu’il fallait jouer sans pour autant la rendre bête.
C’est d’ailleurs la deuxième difficulté: ne surtout pas en faire une femme stupide, car elle est loin de l’être. S’il existe une ambiguïté d’une femme qui se laisse exploiter, on sent tout de même qu’elle possède un fort caractère: elle a décidé de partir, quand même… Ce paradoxe entre la détermination et la soumission d’une femme contrainte et forcée qui se retrouve face à ce qu’elle n’aurait jamais imaginé est très intéressant à jouer.
Ce qui m’a beaucoup motivée, c’est sans doute le fait que Vénus soit tiré de l’histoire d’une femme qui a réellement existé: je me sens au service de Saartje Baartman, et c’est sans doute pour cela que j’ose beaucoup de choses sur scène. Je me suis aussi beaucoup documentée sur sa véritable histoire.

_ Dans l’interview qu’elle m’a accordée, Cristèle Alves Meira, la metteure en scène, me parlait de la prothèse des fesses en disant qu’il était indispensable que tu en sentes bien le poids. Es-tu d’accord avec cela?
_ Entièrement. D’ailleurs, la prothèse des fesses a mis beaucoup de temps à se construire, et j’ai eu l’impression de devenir Vénus au fur et à mesure qu’elle prenait forme… Ces fesses sont comme un masque : elles me donnent l’impression d’être habillée et sans elles, je n’aurais pas pu être Vénus.

_ Les différentes perruques que tu portes agissent-elles aussi comme une forme de masque?

_ Les coiffures apportent un port de tête, et elles montrent également l’évolution du personnage. La perruque à la Brigitte Bardot est le signe extérieur d’appartenance à une certaine bourgeoisie. À ce sujet, la scène où elle se maquille a été très difficile [extrait vidéo de la scène en répétition sur le blog le 8 mars], car je ne voulais pas singer les bourgeoises de cette époque: mais c’est une scène où c’est l’imaginaire de Vénus qui parle, c’est son échappatoire, sa respiration… Cela permettait de faire exister sa fantaisie et ses espoirs autant que sa désillusion. Dans cette scène, on voit en fait qu’elle a quitté sa prison pour une cage dorée où elle se conduit comme une enfant qui joue à la grande dame… La poudre que je mets fait aussi office de masque en transformant Vénus en une sorte de clown triste. Pour moi, c’est la scène la plus difficile à vivre, bien plus que celles où je me fais battre, car elle intervient après le premier avortement, après qu’elle se soit fait couper les cheveux… Ce moment où elle se fait couper les cheveux correspond à une perte d’identité, à une négation de sa féminité, à une déchéance: elle est entièrement devenue un objet d’études au point de se faire couper les cheveux pour qu’ils soient analysés. C’est le dernier stade, on ne peut plus aller plus loin…

_ Lorsqu’elle a rencontré Cristèle Alves Meira, Suzan-Lori Parks, l’auteure du texte, lui a dit: “n’oubliez pas que c’est une histoire d’amour”. Vénus, c’est une histoire d’amour, pour toi?
_ Oui, mais c’est l’histoire d’amour la pire qui soit! Vénus et le Baron-Docteur sont deux individus tous les deux perdus dans leur solitude qui se retrouvent parce que chacun espère devenir quelqu’un grâce à l’autre. C’est donc davantage une histoire sur l’idée d’amour qu’une histoire d’amour proprement dit…

_ Le lieu même de cette histoire d’amour, le lit, est d’ailleurs à l’image de ce que tu viens d’expliquer: de loin, il a l’air confortable, et puis quand on se met dedans, quelle horreur...
_ Oui, c’est un lit formé d’un matelas gonflable, de poufs avec des billes en polystyrène et d’oreillers en plume. C’est un lit où tu sombres comme dans un gouffre… Le lit devrait évoquer quelque chose de paisible, mais c’est en fait l’endroit où se déroulent les choses les pires: rien de ce que l’on fait d’habitude dans un lit ne s’y passe! Ils n’y font pas l’amour, et lorsqu’ils dorment, ils font des cauchemars… À la fin, le lit devient d’ailleurs le tombeau de Vénus…

_ Je crois que tu tournes également une série télévisée pendant la journée, ce n’est pas fatiguant de tout cumuler?
_ Si, mais le théâtre est à la base de tout. J’aime beaucoup tourner pour le cinéma et la télévision car c’est un autre exercice tout à fait intéressant et complémentaire. Mais au cinéma, c’est aussi le montage qui détermine ce que sera un film. Au théâtre, tu agis en fonction du public, de tes partenaires et des imprévus. Il y a une véritable marge personnelle. Je suis d’ailleurs assez désespérée de voir que pour beaucoup de gens, le travail du comédien consiste juste à apprendre un texte...»


Pour voir Gina Djemba et ses partenaires dans Vénus, vous avez jusqu’à samedi!

Samedi aura également lieu le troisième café-débat de la saison sur le thème "peut-on échapper à sa famille?". Pour écouter débattre Jean-Louis Ezine, Nicole Prieur et François de Singly, rdv à 17h à l'Athénée! L'entrée est libre.

Bon jeudi.


Déconseillé aux moins de 18 ans

Je ne mets quasiment jamais de photos de spectacle proprement dites sur le blog: en journée je traîne plutôt du côté des coulisses, et en soirée je ne tiens pas à déranger les spectateurs avec les claquements de mon appareil photo pendant les représentations.

Mais pour Vénus, il se trouve que j’étais présente à l’Athénée le jour de la séance photo, c’est-à-dire au moment où avait lieu une représentation uniquement destinée à des photographes professionnels alignés dans la salle avec pieds d’appareil photo et téléobjectifs.

Voici donc les quelques “photos officielles” (mais sans pied ni téléobjectif) que j’ai prises de Vénus mis en scène par Cristèle Alves Meira. La faible luminosité de certaines correspondent à l’atmosphère visuelle de Laïs Foulc, créatrice des lumières du spectacle.

 

Gina Djemba

 

Julien Béramis et Gina Djemba

 

Céline Fuhrer, Mickaël Gaspar et Xavier Legrand

 

Gina Djemba

 

Cédric Appietto, Gina Djemba,
Xavier Legrand, Céline Fuhrer et Mickaël Gaspar

 

Gina Djemba

 

Gina Djemba

 

Gina Djemba

 

Mickaël Gaspar

 

Laurent Fernandez et Cédric Appietto

 

Gina Djemba

 

Mickaël Gaspar, Céline Fuhrer et Xavier Legrand

 

Xavier Legrand, Mickaël Gaspar, Céline Fuhrer et Gina Djemba

 

Laurent Fernandez et Gina Djemba

 

Gina Djemba

 

Gina Djemba

 

Gina Djemba

 

Cédric Appietto

 

Gina Djemba

 

Julien Béramis et Gina Djemba

 

Céline Fuhrer, Mickaël Gaspar, Xavier Legrand, Julien Béramis, Laurent Fernandez et Cédric Appietto

 

Mickaël Gaspar, Céline Fuhrer, Julien Béramis, Laurent Fernandez, Xavier Legrand et Cédric Appietto

 

Les heureux (ou pas) inscrits à Facebook pourront aller voir d'autres photos mises en ligne sur le profil de l'Athénée Théâtre Louis-Jouvet (vous pouvez en profitez pour devenir fan de la page du blog, j'ai besoin d'amis).

 

Ce soir à 19h, Cristèle Alves Meira, metteure en scène de Vénus, répondra à vos questions sur le tchat de l’Athénée: connectez-vous entre 19h et 20h sur le site de l’Athénée et posez vos questions pour une conversation écrite en direct!

Vénus continue jusqu'à samedi.


La femme sans tête

La langoureuse Asie et la brûlante Afrique,
Tout un monde lointain, absent, presque défunt,
Vit dans tes profondeurs, forêt aromatique !
La Chevelure in Les Fleurs du Mal (Charles Baudelaire)



De Jeanne Duval, on ne sait presque rien. Maîtresse de Charles Baudelaire durant une vingtaine d’années, son nom pouvait être aussi bien Jeanne Lemer ou Jeanne Prosper, comme elle a pu naître à Saint-Domingue, à Haïti ou en Afrique du Sud, en 1827, en 1823 ou en 1819.

Elle a inspiré nombre des écrits de Baudelaire, à commencer par quelques poèmes du chapitre “Spleen et Idéal” dans Les Fleurs du Mal que l’on a regroupés, bien que l’expression ne soit jamais apparue chez Baudelaire (mais plutôt dans une lettre de sa mère), sous le nom de “cycle de la Vénus noire”
Ces poèmes sont Parfum exotique, La Chevelure, Je t’adore à l’égal de la voûte nocturne, Sed non satiata, Le Serpent qui danse et Le Balcon, mais le biographe de Jeanne Duval, Emmanuel Richon, estime qu’il y en a bien davantage, et pas que dans Les Fleurs du Mal.



“Bizarre déité, brune comme les nuits,
Au parfum mélangé de musc et de havane,
Œuvre de quelque obi, le Faust de la savane,
Sorcière au flanc d'ébène, enfant des noirs minuits,
   
Je préfère au constance, à l'opium, au nuits,
L'élixir de ta bouche où l'amour se pavane ;”
Sed non satiata in Les Fleurs du Mal (Charles Baudelaire)



Car Jeanne Duval était noire, et c’est ce qui semble l’avoir résumée aussi bien pour les contemporains de Baudelaire que pour la postérité : femme sans nom domiciliée au 6 rue de La-Femme-sans-tête (aujourd’hui rue Le Regrattier à Paris), elle est en tout cas restée femme de couleur.


À te voir marcher en cadence,
Belle d'abandon,
On dirait un serpent qui danse
Au bout d'un bâton.
Le Serpent qui danse in Les Fleurs du Mal (Charles Baudelaire)


Les similitudes avec Saartje Baartman (ou la Vénus hottentote) qui a inspiré Vénus de Suzan-Lori Parks actuellement à l’Athénée sont bien présentes: c’est peut-être à elle aussi qu’Abdellatif Kéchiche a songé en intitulant son prochain film La Vénus noire.

En effet, le réalisateur de L’Esquive ou de La Graine et le Mulet prépare actuellement un film sur Saartje Baartman: à sa sortie, vous pourrez dire que vous connaissiez déjà l’histoire de la Vénus hottentote -ou, mieux, vous pourrez comparer le film et la pièce de théâtre.

Vénus de Suzan-Lori Parks mis en scène par Cristèle Alves Meira se joue à l’Athénée jusqu’à samedi !

Bon mardi.


Passer en revue

Qui sont les acteurs de Vénus ? Galerie de portraits en jeu.

 

Cédric Appietto

 

Julien Béramis

 

Gina Djemba

 

Laurent Fernandez

 

 

Céline Fuhrer

 

Mickaël Gaspar

 

Xavier Legrand

 

 

Vénus de Suzan-Lori Parks mis en scène par Cristèle Alves Meira continue jusqu'à samedi! Bon début de semaine.


Mais qu'est-ce que c'est que ce cirque?

Cristèle Alves Meira est la metteure en scène de Vénus actuellement à l’Athénée.

Si vous aviez déjà pu voir sur le blog une vidéo où elle expliquait l’histoire de la vénus hottentote et le projet de mécénat citoyen lancé pour soutenir le spectacle, voici cette fois une discussion où elle explique ses choix artistiques de mise en scène.

 

«_ Le texte de Suzan-Lori Parks est très particulier: non seulement il intègre des documents historiques concernant la vraie vénus hottentote ou des scènes de pièces de théâtre écrites à l’époque, mais il est entièrement construit sur un flash-back et ne suit pas de linéarité au sens habituel du terme.
Que se dit-on lorsqu’on lit ce texte pour la première fois dans la perspective d’en faire une mise en scène?

_ Ce qui m’a immédiatement frappée, c’est son aspect hybride et morcelé: l’architecture, extrêmement complexe, crée différents niveaux de jeu. Rendre cet espace-temps bouleversé fluide et abordable pour le spectateur est un véritable défi de mise en scène…
J’ai également eu une intuition très forte pour un univers de cirque ou de fête foraine, une atmosphère de fantasmagorie et de cauchemar… La question des corps, du rendu de la monstruosité des personnages, s’est aussi posée tout de suite: où se situe le monstrueux? Qui l’est, qui ne l’est pas? Comment montrer la différence physique de Vénus tout comme celle des bêtes de foire qu’elle côtoie? Comment traiter ces corps difformes, observés, tripotés, volés, vendus?
Et juste après la lecture du texte, je me suis évidemment plongée dans l’étude des faits historiques qui ont inspiré la pièce…

_ Concernant la difformité des corps, comment as-tu finalement fait le choix de mettre une prothèse de fesses au personnage de Vénus?
_ J’ai immédiatement écarté l’idée de choisir une comédienne métisse et callipyge: nous ne sommes pas habitués à voir des corps ronds dans notre société, et montrer des rondeurs nues sur scènes aurait immanquablement, à mon avis, provoqué un effet pervers de voyeurisme -et vu l’histoire dont traite la pièce, il était évidemment d’autant plus impossible de tomber dans ce travers… De toutes façons, ne montrer que des grosses fesses aurait fermé toutes les autres possibilités de lecture de la pièce: au-delà de l’histoire tragique de Saartjie Baartman, Vénus traite aussi des prostituées forcées, des esclaves sexuelles et des femmes-objets… Il fallait donc, à mon sens, éviter de retomber dans le voyeurisme tout en élargissant les lectures pour évoquer toutes ces femmes.
Le théâtre est aussi le lieu du masque: cette prothèse en est une forme. La couleur or de la prothèse fut une évidence, car ces fesses sont un moyen de gagner de l’argent, un bijou, une mine d’or, un trésor, un fétiche devenu l’objet d’un rituel….
Mais ces fesses sont également la cause du calvaire de Vénus, et elles deviennent pour elle une croix très lourde à porter, d’où la ceinture en cuir cloutée qui permet de l’attacher. La prothèse est également très lourde, pour que Gina Djemba, qui interprète le rôle de Vénus, en sente tout le poids…

_ Dans les fêtes foraines où elle est exhibée, Vénus côtoie d’autres bêtes de foire, que Suzan-Lori Parks appelle “le choeur des merveilles humaines”. Elles sont interprétées dans ton spectacle par le trio Céline Fuhrer, Mickaël Gaspar et Xavier Legrand qui semblent former comme un corps unique. Peux-tu nous expliquer ton choix?

_ Je ne voulais surtout pas faire interpréter ces freaks*, ou bêtes de foire, par des comédiens arborant des masques d’Elephant man ou de femmes à barbes: pour moi, la monstruosité se situe ailleurs. À vrai dire, j’ai été inspirée par certains photomontages du photographe Pierre Molinier (1900-1976) pour inventer une espèce de corps à six jambes et trois têtes, cette forme étrange créée à partir de trois corps normaux… Céline, Mickaël et Xavier, en plus d’être comédiens, sont également acrobates, trapézistes ou contorsionnistes…

_ J’ai diffusé mercredi sur le blog une vidéo de ce que vous appelez la “pièce intérieure”, ces passages d’une pièce écrite au 19e siècle sur Saartjie Baartman et réintégrée par Suzan-Lori Parks dans son texte. Dans cette mise en abyme, tu superposes vidéo et comédiens en chair et en os, pourquoi?
_ La vidéo était d’abord là pour répondre à une contrainte financière, car ces passages de Pour l’amour de la Vénus auraient demandé cinq comédiens supplémentaires. Mais elle agit, elle aussi, comme une sorte de masque en jouant sur un glissement constant entre ce que l’on montre et ce que l’on cache: le corps des comédiens est masqué par la vidéo, mais ce sont leurs visages qui jouent… C’était d’ailleurs un véritable défi à relever et  beaucoup de problèmes techniques à résoudre pour travailler sur l’interactivité entre un corps filmé et des comédiens qui jouent en temps réel! Au final, on obtient de nouveaux freaks*, des marionnettes, des personnages à moitié réels et à moitié virtuels…
De manière générale, la vidéo agit comme un révélateur dans le spectacle: je te disais au début que l’image du cirque m’était immédiatement venue à la première lecture, parce que j’ai tout de suite pensé à une galerie de miroirs déformants. La pièce traite d’un corps que l’on juge difforme, et la vidéo, soit en projetant des diapositives d’anatomie sur le corps de Vénus, soit en déformant des corps, soit en faisant des gros plans, crée cette galerie de miroirs déformants.

_ Le personnage de Vénus change plusieurs fois de coiffure pendant le spectacle: est-ce dans le sens de cette idée de déformation?

_ Non, les changements de coiffure de Vénus évoquent plutôt son changement de situation, son embourgeoisement progressif: elle rêve de devenir une dame, et pour cela elle s’achète de nouvelles robes, se coiffe différemment et tente de se blanchir la peau… La scène avec le Baron-docteur où elle lui demande s’il l’aime m’a fait penser à la première scène du Mépris de Jean-Luc Godard avec Brigitte Bardot et Michel Piccoli: c’est pour cela que la coiffure de Vénus ressemble à ce moment-là à celle de Bardot dans ce film.

_ L’entracte réserve bien des surprises aux spectateurs: sans trop en dévoiler, quel est le sens de cet intermède peu orthodoxe?

_ De rappeler cette ambiance de cirque et de cinéma mélangés -car l’écriture de Suzan-Lori Parks comme ma mise en scène me semblent s’approcher du cinéma. Et comme le texte de Parks explose l’espace-temps, j’avais envie que le spectacle déborde aussi bien le lieu que le temps de la représentation.

_ Tu joues également beaucoup avec le rideau de fer de l’Athénée, comme tu l’avais d’ailleurs fait, d’une autre manière, pour Les Nègres monté à l'Athénée en 2007.
_ Oui, j’avoue que les rideaux de fer de théâtre me fascinent: c’est à la fois lourd, théâtral, industriel… Vénus traite de la pudeur, de ce que l’on choisit de montrer ou non: par exemple, Vénus montre ses seins mais cache ses aisselles, car c’est là que se situe sa pudeur. De même, la boîte en bois où elle est exhibée permet de ne montrer que des bouts de son corps. Le rideau de fer, selon qu’il soit levé ou baissé ou que l’on laisse sa petite porte ouverte, permet de créer comme un cadrage et de jouer sur cette ambivalence montrer/cacher. Il s’agit également de servir le texte qui commence par le finale avant d’entamer un flash-back: le finale, c’est quand le rideau se baisse…»

* monstres, en anglais

 

Vénus se joue encore pour un peu plus d’une semaine! Bon week-end.


Pop-corn et chocolat

Pendant les représentations de Vénus, des choses étranges se passent dans la salle et le foyer de l’Athénée: certaines plairont d’ailleurs sans doute beaucoup aux gourmands...
(À ce sujet, conseil d’ami: si vous êtes au parterre, choisissez le rang D. Et à l’entracte, courez au foyer-bar, mais ne tardez pas trop à revenir dans la salle)

 

Julien Béramis

 

Julien Béramis et Gina Djemba

 

Julien Béramis

 

Laurent Fernandez

 

Gina Djemba

 

Laurent Fernandez

 

Julien Béramis et des spectateurs

 

Gina Djemba

 

Bon jeudi à tous!

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