Amen (ou Awomen, selon votre genre)

Si vous avez vu Une visite inopportune mise en scène par Philippe Calvario, vous aurez sans doute remarqué d'étranges silhouettes apparaître à la fin du spectacle.

Si vous plongez vers le programme pour en savoir plus, vous lirez du côté de la liste des acteurs : "Louis Arène, Sissi Duparc, Michel Fau, Éric Guého, Marianne James, Lionel Lingelser et Les Sœurs de la Perpétuelle Indulgence".

Les Sœurs de la Perpétuelle Indulgence, c'est une association qui fait de la prévention contre le SIDA, aide les personnes séropositives, cherche à donner une image positive des homosexuels au sein de la société et combat les discriminations, le tout dans un esprit pour le moins festif et décalé.

Voici les vœux des Sœurs de la Perpétuelle Indulgence tels qu'elles les ont formulés sur leur site internet  :
«- la promotion de la joie multiverselle ou omniverselle, bref partout sur la Terre et pour tous les créatures,
- l’expiation de la honte et de la culpabilité stigmatisante,
- la paix et le dialogue entre communautés,
- la charité,
- l’information et la prévention du VIH et des IST,
- le droit et le devoir de mémoire,
ce qui, vous en conviendrez, n'est déjà pas si mal.
Certaines rajoutent l'amour, le droit à la différence, la joie et la fête.»

Chez les Sœurs de la Perpétuelle Indulgence donc, pas de prévention gnan-gnan par des jeunes gens en tee-shirt bleu ciel enfilant des préservatifs sur une banane en t'expliquant qu'il ne faut pas le mettre à l'envers, mais des happenings joyeux, colorés et efficaces faits par des personnes bien renseignées sur le fond et très originales sur la forme.

Pour ceux et celles qui n'ont pas vu Une visite inopportune, vous pouvez découvrir les Sœurs de la Perpétuelle Indulgence en photo ici.

(Et je précise avant qu'on m'en fasse la remarque que les Sœurs ne sont pas là pour se moquer des catholiques. Elles précisent ainsi : «nous avons choisi l’image de la nonne qui, dans l’inconscient collectif, reste une figure de bonté, d’amour et de don de soi. Nous ne cherchons en rien à les ridiculiser. »)

Deux Sœurs de la Perpétuelle Indulgence apparaissent à la fin d'Une visite inopportune, dont le personnage principal est en train de mourir des suites du SIDA. Pour les voir, vu qu'Une visite inopportune s'est terminée à l'Athénée, il faudra aller à Nevers où le spectacle se jouera demain et après-demain.

L'Athénée accueillera Ali Baba ou les quarante voleurs, un opéra de Cherubini, dans deux semaines !


PS : j'aurais bien aimé avoir trouvé la blague du titre toute seule, mais la paternité en revient aux Sœurs de la Perpétuelle Indulgence.


L'art du kitsch

La semaine dernière, alors que je faisais quelques recherches sur Copi, je tombai sur le nom d'Isabelle Barberis, qui a écrit des articles et consacré sa thèse à l'écrivain argentin.

Son nom me disait quelque chose, et pour cause : Isabelle et moi avons plusieurs amis en commun sur Facebook, et je l'avais souvent vue laisser des commentaires à des articles liés au théâtre que publiaient nos contacts communs.

Je pus ainsi la contacter assez facilement par Facebook et échanger quelques messages avec elle : Isabelle est agrégée de lettres, chercheuse et enseignante en études théâtrales, elle connaît le blog de l'Athénée (ouf) et surtout, heureux hasard (ou presque, car les spécialistes français de Copi ne sont pas légion), elle est intervenue auprès de comédiens suivant un stage sur Copi auprès de Philippe Calvario, le metteur en scène d'Une visite inopportune.

Voici un extrait de nos échanges où elle a répondu avec beaucoup d'enthousiasme et de précision à mes questions, inaugurant le genre de l'interview-Facebook sur le blog et démontrant combien le travail universitaire peut se mêler avec beaucoup de grâce et de naturel au travail artistique :


«— En quoi ont consisté vos interventions auprès des acteurs de Copi ?
— Le principe en était assez simple et humble : j'ai répondu aux questions des comédiens de Philippe Calvario sur Copi, sa biographie, ses textes, sans séparer l'anecdote du concept. Les pièces sont plus complexes qu'on ne se le représente en général à cause de leur dimension carnavalesque —or le carnaval, c'est quelque chose d'éminemment complexe!
Bien sûr, il ne s'agissait en aucun cas d'adopter une position professorale, cela c'est passé sur le mode de la conversation libre bien que soutenue. J'ai été étonnée par la curiosité que Copi suscitait chez les comédiens, mais cela s'explique par la nature même de ce théâtre qui fonctionne en grande partie sur le principe du malentendu. Le malentendu, le code switching (1) inextricable, renvoient à la situation de l'étranger ou de l'exclu cherchant à se faire comprendre des "autochtones"... Eh bien nous avons ensemble essayé de dissiper des malentendus pour entendre Copi. C'était sur ce mode, plus que sur celui de l'analyse de texte, encore moins de l'"interprétation". J'ai été rassurée sur le fait qu'un travail universitaire puisse arriver jusque sur le plateau de manière naturelle.

Une visite inopportune est-elle une sorte de parodie et si oui, de quoi ?
— Cela demanderait de définir la parodie - qui renvoie à la parodos, un terme grec pour désigner les commentaires du choeur et le "contre-chant". L'écriture de Copi n'est pas étranger au chant et à la glossolalie (2).
Même si c'est moins visible dans Une visite inopportune que dans d'autres pièces, les personnages se battent pour avoir leur "grand air" et occuper le devant de la scène. Je pense qu'avant d'être parodique, le théâtre de Copi relève d'une mimesis (3) affolée, d'une superposition de masques. Dans la parodie, on arrive en général à discerner quel est le "modèle" parodié et la plupart du temps subverti ou mis à mal. Cela implique une distance critique dans lequel le théâtre sentimental de Copi ne se retrouve pas. La parodie froide y alterne avec des moments d'empathies sincères, en insufflant par alternance le chaud et le froid.
Ce théâtre mixant allègrement les modèles et les références de tous ordres dans une "cuisine" impure, difficile de discerner l'objet de la parodie à proprement parler, même si on repère aisément des morceaux de Molière, des morceaux de Proust, des morceaux de Genet, des morceaux de Tennessee Williams, des morceaux de Cocteau entre autres... et bien sûr des morceaux de Copi. C'est un texte-arlequin.
Une visite inopportune est une parodie de comédie bourgeoise et de vaudeville, donc une parodie de parodie, une parodie au carré dans laquelle le sens de la relation parodique ... est sens dessus dessous. C'est cet excès qui permet la carnavalisation du Sida, car tout est permis. A part dans la performance, je ne connais pas de théâtre aussi libre.

— Copi, c'est kitsch ?
— Eh bien là aussi, cela revient à tenter une définition du kitsch! La pièce la plus kitsch de Copi est sans doute Le Frigo, dans laquelle Copi se kitschise lui-même. Le kitsch est une momification du souvenir, et c'est bien le sujet d'Une visite inopportune. Mais c'est un kitsch hautement conscient et distant, qui recoupe plus la définition du Camp (4) comme détournement par imitation, mimicry (5) plus que mimesis. "Campy" est aussi plus précis, car le terme appelle le jeu et le geste de l'acteur-diva, celui qui investit tous ses signes morts pour leur donner vie, dans un dernier regard par-dessus l'épaule.»


Pour découvrir sur le plateau cette écriture carnavalesque où s'entremêlent les références, les humeurs et les genres, il vous reste encore trois représentations de la mise en scène de Philippe Calvario : ce soir, demain à 15h et demain à 20h. Bon week-end à tous !

 

(1) Permutation, inversion, changement
(2) Terme employé par Artaud pour désigner une manière de parler en "langue étrangère"
(3) Imitation
(4) Sur le Camp, on peut lire un article de Susan Sontag ici.
(5) Proche du terme français "mimétisme"


Lorsque j'étais barman à l'Athénée

Mardi, je publiais la première partie des interviews vidéo réalisées avec les acteurs d'Une visite inopportune de Copi : on y voyait Michel Fau parler de l'écriture de Copi, Sissi Duparc à qui j'ai demandé une variation autour de la robe de chambre et Louis Arène qui évoquait le monologue qu'il a écrit et mis en scène sur le métier de comédien.

Voici aujourd'hui Marianne James que j'ai interrogée sur son personnage à la fois drôle et inquiétant et Éric Guého qui nous raconte un épisode méconnu : il y a dix ans, il était barman à l'Athénée.

 

La vidéo se trouve ici sur YouTube.


Une visite inopportune de Copi mis en scène par Philippe Calvario se joue encore ce soir, demain soir ainsi que samedi à 15h et à 20h !


Bonne journée.


Où est le couteau du rosbeef ?

À l'Athénée, la chambre d'hôpital d'Une Visite inopportune continue à se déconstruire jusqu'à samedi. Pour ceux et celles qui ne l'ont pas (encore) vu, un aperçu du spectacle vu des coulisses, du balcon et du gril.

Il s'agit de photos de répétitions.

 

Sissi Duparc

 

Michel Fau

 

Michel Fau

 

Sissi Duparc et Éric Guého

 

Éric Guého

 

Michel Fau et Lionel Lingelser

 

Michel Fau

 

Marianne James

 

Marianne James et Michel Fau

 

Bonne journée ensoleillée (en tout cas chez moi) à tous.


Est-ce que vous portez une robe de chambre ?

Entre pudeur et dévoilement du corps, légèreté et sérieux, Une visite inopportune de Copi se joue jusqu'à samedi.

En attendant d'aller voir le spectacle, voici quelques moments passés dans l'intimité de la loge des acteurs à parler de sujets drôles ou graves : aujourd'hui, les trois acteurs Michel, Sissi et Louis nous parlent de l'écriture de Copi, du plaisir de porter une robe de chambre (ou pas) et du questionnement du comédien.

La vidéo est visible ici sur YouTube.

 

Je publierai la deuxième partie de ces interviews dans la semaine.

Une visite inopportune se joue jusqu'à samedi !


Je n'ai pas de bonne idée de titre, aujourd'hui

Suite à la parution de mon article de vendredi, j'ai reçu nombre de messages inquiets de mes amis s'inquiétant de savoir si j'avais envie de me faire virer, mais je vous rassure, je suis encore là : à croire que notre Martinet préféré est bien magnanime, ou qu'il prend son temps pour rédiger la lettre de rupture de mon contrat. Hum.

Profitons donc encore de ma présence (même si je faiblis, impossible de trouver un titre correct ce matin) avec ces quelques photos prises pendant les répétitions d'Une Visite inopportune :

 

La salle vue du premier étage de l'hôpital d'Une Visite inopportune.
On aperçoit en bas le metteur en scène Philippe Calvario et son assistante Lola Accardi.

 

Toujours vus du premier étage, les techniciens et régisseurs Benoît, Damien, et Jean-François, le directeur technique adjoint Dominique Lemaire et la comédienne Sissi Duparc.

 

Vus derrière le rideau en plastique, le metteur en scène Philippe Calvario et son assistante Lola Accardi.

 

Le comédien Louis Arène.

 

Les techniciens Mathieu et Julien

 

Les comédiens Lionel Lingelser et Louis Arène en train de lire un article paru sur Une Visite inopportune dans la presse.

 

Les mêmes, dans la même occupation, de dos.

 

Dominique Lemaire, directeur technique adjoint de l'Athénée

 

L'assistante à la mise en scène Lola Accardi devant les comédiens Lionel Lingelser et Louis Arène.

 

Philippe Calvario, metteur en scène

 

Mathieu, technicien son, dans le noir (d'où la mauvaise qualité de la photo)

 

Julien, régisseur

 

Jean-François, régisseur

 

 

Une Visite inopportune de Copi mis en scène par Philippe Calvario avec Marianne James, Michel Fau, Louis Arène, Sissi Duparc, Éric Guého et Lionel Lingelser se joue encore cette semaine ! Après il sera trop tard….


Cajoline

À l'Athénée, les doigts de fée de Liza, l'habilleuse, prennent soin des costumes d'Une Visite inopportune qu'ils lavent et repassent chaque jour.

 

 

 

 

 

 

 

Une Visite inopportune se joue jusqu'à la fin de la semaine prochaine !

Après-demain à 15h, vous pourrez venir écouter l'Orchestre de Paris dans un concert sur le thème de l'humour noir.
Et à 17h30, rendez-vous au foyer-bar pour un café-débat sur le politiquement correct avec Philippe Calvario (metteur en scène) et Marie-France (interprète, auteure, comédienne).


C'est hénaurme

Lorsque Copi écrit Une Visite inopportune, qui raconte sur un mode humoristique l'histoire d'un acteur en train de mourir des suites du sida, il se sait condamné par la même maladie dont il mourra quelques mois plus tard, justement pendant les répétitions d'Une Visite inopportune.

Il faut sans doute un certain courage, ou un grand goût pour l'humour noir, ou une gigantesque force de vie, ou un cynisme débordant, ou tout cela à la fois, pour oser livrer une pièce testamentaire aussi corrosive pour le théâtre que pour soi-même.

Mais Copi n'a pas fait les choses à moitié, et son théâtre joue souvent sur le "trop" sans jamais pourtant se départir d'une certaine fraîcheur : mêlant l'absurde et la profondeur, le boulevard et l'opéra, la provocation et la naïveté, le rêve et le corps dans tout ce qu'il a de plus… corporel, le comique et le tragique, il crée un théâtre délirant et inclassable dont chaque texte porte immanquablement sa marque très personnelle.

Né en 1939 à Buenos-Aires en Argentine, exilé dès son plus jeune âge pour fuir la dictature péroniste, Raul Damonte Botana dit Copi s'installe définitivement à Paris en 1962 où il meurt en 1987.
D'abord dessinateur pour Le Nouvel Observateur, il publie des bandes dessinées mais aussi des romans et nouvelles et évidemment du théâtre. Parmi ses œuvres, citons Une langouste pour deux, La Guerre des pédés, Virginia Woolf a encore frappé, Eva Peron, L'Homosexuel ou la Difficulté de s'exprimer, Le Frigo ou encore La Tour de la Défense.

Sa Visite inopportune se joue à l'Athénée dans la mise en scène de Philippe Calvario jusqu'au 9 avril.

Bon mercredi !


Bon appétit bien sûr !

 

Dans Une visite inopportune de Copi mis en scène par Philippe Calvario, le sorbet attire les petites bêtes, le poulet passe de main en main (ou de bouche en bouche) et ce qu'il y a d'intéressant dans le rosbeef, c'est surtout son couteau.

 

 

 

 

Et puis il y a des choses qui ne peuvent pas vraiment se manger —ou en tout cas, ça serait très mal vu.

 

 

 

Une visite inopportune de Copi mis en scène par Philippe Calvario avec Marianne James, Michel Fau, Louis Arène, Sissi Duparc, Éric Guého, Lionel Lingelser et les Sœurs de la Perpétuelle Indulgence se joue jusqu'au 9 avril !

Ce soir, vous pourrez rencontrer l'équipe du spectacle : rendez-vous après la représentation au foyer-bar !


On vous surveille

 

À l'Athénée, le personnage joué par Michel Fau dans Une visite inopportune est l'objet de tous les regards : pour y joindre le vôtre, c'est à partir de ce soir et jusqu'au 9 avril.

Bon jeudi.

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