Il faut se grouiller, apparemment

En ce moment, l'Athénée propose tous les soirs deux spectacles sur des textes de Jean Genet : Divine en salle Christian-Bérard et Les Bonnes dans la grande salle.

Plus nombreux que d'habitude, les spectateurs sont ainsi à l'étroit dans le hall du Théâtre et il est plus facile de se faufiler parmi les gens pour entendre quelques bouts de conversation à la volée, quelques minutes avant le début des représentations (merci à ceux et celles qui se reconnaîtront).

 

 

 

Une jeune femme : "— Quelle foule ! C'est comme Où est Charlie, mais sans Charlie."

Deux messieurs aux cheveux gris :
"—Ça dure 1h40 ? Ça va !
— Oui, quand j'ai vu que cela durait 1h40, j'ai pensé que tu voudrais bien m'accompagner…."

Un monsieur à un autre : "— Bonne année !"

Une dame au téléphone : "— Alors reviens vers l'arrière de l'opéra… Prends la rue Scribe. Non, pas vers la Madeleine ! Le repère, c'est la station Auber du RER A, c'est juste en face. Tu vois où elle est ? (silence) Bon. Quand tu es face à l'opéra, tu prends la rue Scribe, à gauche. Non, tu ne passes pas devant les Galeries Lafayette, enfin ce n'est pas très loin, mais tu ne passes pas devant. (silence) Tu es rue Scribe là ? Oui, SCRIBE ! Dès que tu vois la station Auber, c'est la rue juste à gauche. (silence) Bon, grouille-toi !"

Une dame en rejoignant une autre : "—Comme j'étais en avance, j'ai fait les courses à côté… Du coup je suis en retard"

À la billetterie, avec un monsieur et une dame souhaitant acheter des places pour Divine en dernière minute : "—Je suis désolée messieurs-dames, on ne va vraiment pas pouvoir vous faire rentrer à Divine, c'est plein. Est-ce que vous voulez réserver pour un autre soir?
— Je ne sais pas, j'aimais bien cet horaire, 19h… Les autres soirs, c'est à 20h, non ?
— Mardi prochain, c'est aussi à 19h, si vous voulez.
— Va pour 19h mardi prochain alors.
— Très bien, je vais prendre votre nom… Et vous, Madame ?
— Eh bien moi du coup je vais rester là et aller voir Les Bonnes, s'il y a de la place ce soir…
— Oui c'est possible. Vous verrez, Les Bonnes, c'est très bien aussi."

Toujours à la billetterie : "— Vous réglez ensemble ? Cela fera 25€ pour les deux."

Au comptoir des invitations et places réglées :
"—On jongle, c'est un spectacle très prisé!"

Alors que le hall se vide et que la plupart des spectateurs ont gagné leurs places, très peu de temps avant le début des représentations :

"—Excusez-moi, je viens avec une amie, mais elle n'est pas encore arrivée… Ça va commencer tout de suite ?
—On a encore un tout petit peu de marge… Vous savez où elle est ?
—Je ne sais pas, je vais l'appeler…. (au téléphone) Ouais, t'es où là ? Mais grouille-toi !!!"

 

Pour voir Divine mis en scène par Gloria Paris et chorégraphié par Daniel Larrieu et/ou Les Bonnes mises en scène par Jacques Vincey, c'est tous les jours à l'Athénée (sauf le lundi) jusqu'au 4 février ! Bon début de semaine.


L'homme à tout (bien) faire

Manu est un technicien polyvalent : non content d'assurer la régie générale de La Botte secrète, il fait aussi quelques passages remarqués sur scène pendant le spectacle, qu'il soit de fluo chaussé ou chargé d'une machine à fumée.

Manu travaille pour la compagnie des Brigands depuis plusieurs années : si vous avez vu Au Temps des croisades en 2009, vous le connaissez déjà pour ses apparitions remarquées avec une perceuse ou avec une armure (et des clés).

La situation n'est pas banale, car on voit rarement des membres de l'équipe technique apparaître sur scène hormis pour déplacer un élément de décor. Manu a cependant l'air de trouver que tout est normal : "on est au service du spectacle. Si mon apparition doit en faire partie, je le fais sans me poser de question".

Manu sur la scène de l'Athénée, avant une représentation de La Botte secrète


Comment s'est-il retrouvé là ? "Pendant une répétition d'Au Temps des croisades, je suis allé sur scène pour mettre une vis. Le metteur en scène a voulu le garder pour le spectacle et j'ai mis une vis chaque soir".
(ceux qui ont vu Au Temps des croisades et qui se souviennent du joyeux bordel qui y régnait ne seront sans doute pas étonnés)

Et pourquoi le retrouve t-on sur scène dans La Botte secrète ? "Parce que les Brigands, s'ils changent de metteur en scène chaque année, aiment faire des clins d'oeil aux spectacles précédents"



Pour apercevoir Manu en action entouré de la troupe des Brigands, il vous reste quatre jours : ce soir, vendredi, samedi et dimanche.
Ensuite l'Athénée accueillera deux textes de Genet : Les Bonnes et Divine !

Le blog fait une pause demain et reprendra lundi. La devinette sur l'opéra-bouffe restera active sur le blog jusque-là (pour y répondre, cliquez ici et regardez à droite).


Bon week-end !


Botta Botta Bottam Bottae Bottae Botta

Suite à mon petit lexique de la chaussette de mardi où j'expliquais que le titre du spectacle La Botte secrète annonçait bien une histoire de pied, un lecteur, Gérard, me pose la question suivante :
"Êtes-vous sûre qu'il s'agit d'une chaussure à longue tige? Ne s'agit-il pas plutôt d'un coup de fleuret? (voir Les Trois Mousquetaires)


En effet, le mot "botte" a la particularité de revêtir quatre étymologies et donc quatre sens différents.


Lorsqu'il vient du néerlandais "bote", le mot désigne un groupe d'objets de même nature réunis et serrés par un lien (une botte de foin, par exemple).
Le sens a d'ailleurs dérivé dans l'argot pour évoquer l'ensemble des étudiants sortis en tête de l'École Polytechnique et pouvant accéder aux carrières les plus prestigieuses.

Venant peut-être d'une déformation médiévale de "sabot", la botte est aussi une chaussure enveloppant le pied et une partie de la jambe.

Empruntée à l'italien "botta" qui veut dire "coup", la botte devient un coup porté avec une épée ou un fleuret, ou encore des propos destinés à embarrasser quelqu'un.

Quand elle issue du latin tardif "buttis" (bouteille), la botte est un tonneau de mesure.


Habituellement, lorsqu'on parle de "botte secrète" comme l'évoquait Gérard, c'est du troisième sens évoqué ici et donc de combat armé dont il est question : il s'agit d'un coup imparable porté à son adversaire, souvent par surprise.


Le sens de La Botte secrète qui commence demain à l'Athénée est bien différent, l'escrime n'étant pas au centre de l'intrigue. Indice : la botte en question a laissé une trace fort remarquée…


Pour découvrir la nouvelle création des Brigands qui viennent à l'Athénée depuis dix ans, rendez-vous à l'Athénée du 16 décembre au 8 janvier ! Il s'agit d'un opéra-bouffe de Claude Terrasse et Franc-Nohain dirigé par Christophe Grapperon et mis en scène par Pierre Guillois.


Mais que fait la police ?

Le Shaga et Savannah Bay de Marguerite Duras se sont terminés ce week-end.
J'ai eu l'occasion de vous dire à plusieurs reprises que Le Shaga se jouait dans la petite salle Christian-Bérard de l'Athénée pendant que Savannah Bay se donnait dans la grande, ce qui n'a pas manqué de faire réagir Mister K, lecteur de ce blog :


"OBJET : au sujet de Christian Bérard, UNE FOTE !!!
MESSAGE :
Bonjour Clémence,
Je suis passé tout à l'heure au théâtre pour réserver des places pour le spectacle mis en scène et joué par Robert Wilson.
Dans votre blog vous écrivez "Christian Bérard" sans trait d'union, c'est normal pour un prénom et un nom.
Or sur l'affiche et le programme de l'Athénée, il y a un trait d'union entre Christian et Bérard. Le pauvre doit se retourner dans sa tombe !!!!
Même chose pour Louis Jouvet avec un trait d'union ! Je ne savais pas que Jouvet était un saint du calendrier !!! Notre langue est suffisamment massacrée, c'est inutile d'en rajouter!
Je gagne quoi pour ces deux remarques ?!!!"



Malheureusement c'est l'affiche et le programme de l'Athénée qui avaient raison, et j'ai bien eu vite fait de me ranger derrière la loi de la raison orthographique sur le blog en intercalant un trait d'union entre "Christian" et "Bérard".

Si nous étions d'accord sur la règle, tout le monde à l'Athénée n'avait cependant pas la même explication, et l'on me dit d'abord que cette orthographe était liée au nombre de mots accolés : quand on a un groupe de mots qui va ensemble ("Athénée Théâtre Louis-Jouvet", "rue Édith-Piaf", "salle Christian-Bérard"), on serait tenté de mettre des traits d'union entre chaque mot puisque tout va ensemble, mais les règles typographiques stipuleraient qu'il ne faut mettre un trait d'union qu'entre les deux derniers mots.

J'avais une autre explication, corroborée par une autre personne de l'Athénée et par une amie éditrice : lorsqu'on donne un nom à un lieu, on lui assigne un trait d'union entre le nom et le prénom (ou entre le premier mot et le deuxième), ceci pour marquer le changement d'un nom qui devient un nom de lieu.

Ce sont les exemples donnés par le Lexique des règles typographiques en usage à l'imprimerie nationale (oui, j'ai ce livre dans ma bibliothèque, tout métier a ses inconvénients) qui nous permettent de trancher.
Le livre stipule à l'article "nom de rue" que "Dans une dénomination composée, tous les éléments, à l'exception de l'article initial, sont liés par des traits d'union". Exemples : "la rue du Chat-qui-pêche, la rue Eugène-Sue, la rue Neuve-des-Boulets, la rue du 25-août-1944, l'impasse des Trois-Visages".

Tout nom ou expression qui devient nom de lieu se retrouve ainsi affublé de trait(s) d'union entre chaque mot, quel que soit le nombre de mots. Voilà pourquoi on écrit "Athénée Théâtre Louis-Jouvet" et "Salle Christian-Bérard" lorsqu'on veut respecter les règles typographiques françaises…

Mister K ne gagne donc rien pour son message (à part la mention de son nom sur cet illustre blog), en espérant qu'il ne m'en voudra pas. N'hésitez cependant pas à m'écrire si vous avez d'autres questions ou remarques !

À l'Athénée, Krapp's Last Tape (La dernière bande) de Samuel Beckett mis en scène et interprété par Robert Wilson commence vendredi ! Attention, il n'y a que sept représentations.

Bon début de semaine !


Les charmes de l'Occident

C'est en 1966 que le metteur en scène Roger Blin présente au Théâtre de l'Odéon sa mise en scène des Paravents de Jean Genet.
La guerre d'Algérie est terminée depuis quatre ans et la pièce n'est pas un brûlot explicite et manichéen sur la question coloniale, mais le scandale éclate rapidement.

Messe noire opaque et dérangeante où les Européens se fabriquent des mannequins à médailles et décorations, où les militaires sont juchés sur des chaussures démesurées et où les Arabes se révoltent dans une sanctification du Mal assez ambiguë, la pièce touche également à d'autres questions qui pouvaient chatouiller l'extrême-droite : travestissement, sublimation des prostituées, érotisme troublant (d'ailleurs mis en avant dans la version de Roger Blin), résurrection des morts et homosexualité diffuse parcourent ainsi le texte.

Ce qui est en jeu, c'est donc autant l'antimilitarisme de Genet que la nostalgie coloniale de certains et la "vulgarité" supposée de la pièce.
Alors que les quinze premières représentations ont lieu sans incidents connus, des manifestations ont lieu devant le Théâtre de l'Odéon à l'initiative d'associations d'Anciens Combattants le 29 avril 1966.
Le lendemain, « les  "paras" investissent l'Odéon-Théâtre de France, montent sur scène, molestent des comédiens, comme Maria Casarès, invitée à "foutre le camp". Jets d'objets divers (chaises, oeufs, boulons). Fumigènes, cris, insultes, bagarre généralisée. Le rideau de fer est baissé. Le spectacle s'interrompt. Un quart d'heure après, il reprend. Dehors, une foule amassée n'en continue pas moins à vociférer, réclamant son annulation. Les forces de l'ordre sont réquisitionnées. Elles le seront désormais, chaque soir, lors de toutes les représentations qui suivront, perturbées par les mêmes manifestations.» (Didier Mereuze)

À l'automne 1966, le groupe Occident (dont nous pouvons citer quelques anciens membres : Patrick Devedjan, Gérard Longuet, Alain Madelin ou Hervé Novelli) rejoint la contestation et pratique des actions violentes et quotidiennes comprenant des jets  de rats morts sur scène.
La contestation gagne l'Assemblée nationale où des députés interpellent André Malraux, Ministre des affaires culturelles, le 27 octobre 1966.

La suite lundi.


D'ici là, Splendid's de Jean Genet se joue à l'Athénée jusqu'à la fin de la semaine prochaine dans la mise en scène de Cristèle Alves Meira. À demain !




Pour aller plus loin
Todd Shepard, L'Extrême-droite et mai 68
Jean-François Sirinelli et Pascal Ory, Les Intellectuels en France de l'affaire Dreyfus à nos jours
Didier Méreuze, "Les grands scandales de l'art : Les Paravents ravivent les plaies de la guerre d'Algérie", La Croix du 12 août 2010


Dernier billet avant l'été !

Après le billet d'hier sur le côté pile de la présentation de la saison 2011-2012 de l'Athénée où les artistes sont venus présenter les spectacles qui seront programmés au Théâtre à partir de septembre, voici aujourd'hui le second volet avec des photos de quelques artistes du côté scène.
Vous reconnaîtrez Patrice Martinet, directeur de l'Athénée, à droite de chaque photo.

 

Cristèle Alves Meira, metteure en scène de Splendid's de Jean Genet, avec Patrice Martinet, directeur de l'Athénée.

 

 

Jean-Luc Tingaud et Olivier Bénézech, chef d'orchestre et metteur en scène de l'opéra Le Tour d'Écrou de Britten.

 

 

Philippe Sireuil, metteur en scène de Savannah Bay de Marguerite Duras.

 

Jean-Marie Lehec et Claire Deluca, metteurs en scène du Shaga de Marguerite Duras.

 

 

Loïc Boissier, directeur de la compagnie des Brigands, venu présenter La Botte secrète, opéra-bouffe de Claude Terrasse et Franc Nohain.

 

 

Vincent Dumestre, directeur musical de l'opéra Caligula de Pagliardi

 

 

Philppe Calvario, metteur en scène des Larmes amères de Petra von Kant de Fassbinder et de Les Visages et les Corps de Patrice Chéreau.

 

Catherine Kollen, directrice de la compagnie Arcal, venue présenter L'Histoire du soldat de Stravinski.

 

Jacques Vincey, metteur en scène des Bonnes de Jean Genet, dans l'écran de retour placé dans le foyer des artistes.

 

Il faudrait également citer Gloria Paris et Daniel Larrieu de Divine d'après Genet, Dan Jemmett d'Ubu enchaîné d'après Alfred Jarry et Robert Wilson de La dernière bande de Beckett, qui n'apparaissent pas dans mes articles d'hier et d'aujoud'hui.



Ce billet est le dernier de cette saison : je vous souhaite un bel été et vous retrouverai avec plaisir en septembre !


Je ne trompe pas mon mari (normal, je ne suis pas mariée)

J'ai déjà eu l'occasion de vous parler des talents de chineur de l'équipe de l'Athénée en matière de vieux documents : ici par exemple, avec un programme datant de 1883, lorsque l'Athénée s'appelait Eden Théâtre.

Aujourd'hui, découvrez quelques pages d'un programme de la pièce Je ne trompe pas mon mari de Feydeau, donnée à l'Athénée aux alentours de 1915.

 

La couverture
(qui, remarquez-le, n'a pas grand-chose à voir avec la pièce concernée)

 

Présentation de l'Athénée à droite, publicité à gauche

 

Publicité à gauche, présentation de la pièce à droite, en anglais s'il vous plaît !

 

Toujours une publicité à gauche, distribution de la pièce à droite.

 

 

La publicité ci-dessus en plus gros plan.

 

 

 

Merci à Denis Léger, directeur technique de l'Athénée et grand brocanteur en chef.


PS : grâce à vous, Antoine, stagiaire à l'Athénée, a gagné 2500 vues supplémentaires depuis hier pour sa vidéo tournée dans le Théâtre! Merci pour lui.
Si vous n'avez pas lu le billet d'hier et que vous ne savez pas de quoi on parle, cliquez ici.


Une histoire à laquelle on ne comprend pas tout

Isabelle Druet interprétait le rôle de Didon dans Didon et Énée passé récemment à l'Athénée.
Demain à 15h, elle donnera un récital intitulé Complaintes et berceuses à l'Athénée, accompagnée de la pianiste Anne Le Bozec : en partance pour Bruxelles où elle était invitée sur le plateau de la RTBF, Isabelle a accepté de répondre à mes questions. Conversation téléphonique depuis la Gare du Nord de Paris :



« — Pourquoi avoir appelé ce concert "complaintes et berceuses" ?
— J'avais depuis un moment l'envie de travailler sur le thème de la berceuse et de la complainte : ce sont les complaintes qui me touchent le plus, ces histoires un peu tragiques dans les musiques traditionnelles. J'ai expérimenté ce répertoire avant de venir au chant lyrique : c'est ce qui m'attirait chez certains compositeurs allemands, mais l'on trouve également des correspondances chez les Français Duparc et Chausson.

Au départ, nous avions pensé à un récital autour la berceuse uniquement, mais je n'avais pas envie que cela soit trop calme ou trop monotone. La complainte permettait d'avoir deux visions, de vivre deux aventures différentes : l'apaisement de la berceuse et le côté tragique de la complainte. Ce sont deux styles qui se marient bien et qui permettent d'aborder des compositeurs moins connus en allant d'un genre à l'autre  : il ne s'agit pas du tout des mêmes univers musicaux, et pourtant il y a des liens.


— Effectivement, le programme semble hétéroclite à première vue : Duparc et Chausson (deux compositeurs français fin 19e-début 20e), Zemlinsky (un Autrichien du début du 20e siècle), Britten (un Britannique du 20e siècle) et Montsalvatge (un Espagnol disparu en 2002).
Est-ce que tu peux expliquer comment s'est constitué le programme musical de ce concert ?

— Cela s'est construit en plusieurs temps et les œuvres se sont imposées petit à petit pour former un ensemble qui s'articule bien. En fait, nous avions participé à un concert donné à la salle Pleyel dans un but humanitaire et où nous avions joué des œuvres de Britten, Montsalvatge et Strauss sur l'idée de la berceuse.
Anne Le Bozec [qui accompagne Isabelle Druet au piano] et moi-même avons eu envie de développer ce programme en jouant les cycles entiers et d'y ajouter Duparc, Chausson puis Zemlinsky. Cela nous permettait de balayer un sceptre musical assez large sans pour autant proposer un programme incohérent.

J'aime beaucoup le poète Maeterlinck, c'est comme cela que je suis venue à Zemlinsky [compositeur des Maeterlinck Lieder] ; et au niveau de l'atmosphère, les textes des trois Lieder de Chausson vont très bien avec Maeterlinck. Avec Duparc, on commence par la complainte pour terminer par un pays où se fait la guerre, tandis qu'A charm of Lullabies de Benjamin Britten est assez drôle et pas toujours apaisé, pour ce qui est censé être un cycle de berceuses! On passe par exemple d'une berceuse très douce à une pièce où la mère menace son enfant qui ne veut pas s'endormir : ce n'est pas du tout uniforme.
Quant à Montsalvatge, c'est Anne Le Bozec qui avait très envie de faire ce cycle : c'est une poésie très évocatrice qui fait un peu penser aux comptines enfantines dont l'on ne comprend pas bien d'où peuvent venir les paroles.

— C'est sûr que ces histoires de pomme de reinette et de pomme d'api ou de souris verte, c'est pour le moins étrange…

— Oui, ou "Bateau sur l'eau, la rivière au bord de l'eau" : je ne sais pas quoi répondre à mon fils lorsqu'il me demande ce que signifient ces paroles !… Pour en revenir à Montsalvatge, ce sont des mélodies avec une atmosphère espagnole et une touche de poésie qui permettent de terminer sur une envolée un peu étrange. Le cycle est très varié : on passe d'une mélodie très rythmée évoquant un lézard et une lézarde qui pleurent à des choses lyriques très douces.
J'aime bien ce côté médiéval où l'on imagine une dame avec sa harpe qui chante des chansons dans sa tour : j'ai envie de retrouver cette atmosphère un peu magique où on se laisse emporter par un conte auquel on ne comprend pas toujours tout. »


Pour vous laisser emporter par les contes d'Isabelle Druet, c'est demain à l'Athénée à partir de 15h pour le récital Complaintes et Berceuses qui dure 1h.

Le Récit de la Servante Zerline mis en scène par Yves Beaunesne reprendra ses droits le soir-même à 20h et se joue jusqu'à la semaine prochaine !

Bon week-end.

 

PS : mardi, j'ai publié deux des poèmes mis en musique dans ce récital : pour les (re)lire, c'est ici.


La devinette du lundi

Brice Cousin et Marilu Marini, qui jouent en ce moment à l'Athénée Le Récit de la Servante Zerline d'après Hermann Broch, ont un point commun.
D'après vous, lequel ?

 

- Ils ont été nommés officiers des Arts et Lettres
- Ils sont également metteurs en scène
- Ils ont déjà joué à l'Athénée auparavant
- Ils ont des origines argentines

N'hésitez pas à répondre au sondage en cliquant ici ! (le sondage est à droite sur la page)



Le Récit de la Servante Zerline
d'après Hermann Broch et mis en scène par Yves Beaunesne se joue jusqu'au 28 mai 2011. Bonne journée !


Je découvre tout

À l'Athénée, Le Récit de la Servante Zerline a commencé hier.
Le texte a été adapté d'un passage du roman Les Irresponsables écrit par l'écrivain autrichien Hermann Broch en 1950.

En voici un passage, situé au début du spectacle, dans la traduction et l'adaptation de  Marion Bernède et Yves Beaunesne :


« Ce sont des semblants de mensonges qu’elle a à la bouche, des mensonges aggravés derrière lesquels elle cache toute l’abomination… Je ne sais pas du tout ce qu’elle peut bien mijoter avec le livre de prières, ni dans quel lit elle se précipite… Je finirai malgré tout par le découvrir… je découvre tout. 
 
Je découvre tout. J’ai aussi découvert comment la viei… comment Madame la Baronne s’est fait faire l’enfant à l’époque… J’ai même fini par le découvrir très rapidement. Je n’étais déjà plus toute jeune, plus toute niaise à l’époque, c’était il y a longtemps, plus de trente ans. À l’époque, oui, à l’époque j’étais encore chez Madame la Générale… [...] Mais à cette époque-là, Son Excellence était déjà morte.
Un beau jour, c’était en février, je m’en souviens comme si c’était hier, la neige humide collait aux carreaux, Madame la Générale me sonne. Je monte. "Zerli, Zerli tu sais que nous devons réduire notre train de vie, mais je ne veux pas te perdre complètement… Ne voudrais-tu pas aller chez ma fille ? Elle attend un enfant et je préférerais que ce soit toi qui aille là-bas auprès de mon petit-fils, plutôt qu’une bonne d’enfants étrangère."

Oui, j’ai obéi et je suis partie. Le cœur lourd, malgré tout. Je n’étais déjà plus si jeune et Dieu sait que j’aurais préféré avoir mes propres enfants et m’en occuper. Mais quand une fille entre en service, elle doit se sortir ces pensées-là de la tête : il faut renoncer à tout cela et un enfant est un accident qu’elle doit redouter. »



Pour entendre la suite dans la bouche de l'actrice Marilu Marini, c'est jusqu'au 28 mai !

Et demain après-midi, découvrez la prochaine saison de l'Athénée : pour entendre parler des spectacles qui se joueront à partir de septembre et en rencontrer les artistes, venez à l'Athénée demain à partir de 15h. Un verre est offert à l'issue de la présentation et l'entrée est libre dans la limite des places disponibles.

Bon week-end !

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