Master chef

Splendid's de Jean Genet s'est terminé ce week-end. Sa metteure en scène, Cristèle Alves Meira, ne dirigera plus ses comédiens depuis le balcon plongé dans le noir.

 

NB : si vous ne voyez pas les photos, cliquez sur "charger/afficher les images" qui doit apparaître sur votre messagerie, vers les en-têtes de l'email (Expéditeur, objet, etc.)

 

 

 

Les affaires de l'Athénée reprennent cependant dès cette semaine : jeudi, c'est la première du Tour d'Écrou, un opéra du compositeur britannique Benjamin Britten.

Vous ne connaissez pas Benjamin Britten ? Vous trouverez de quoi le découvrir demain.
Vous connaissez Benjamin Britten ? Vous trouverez de quoi approfondir votre culture demain.
Vous êtes un éminent spécialiste de Benjamin Britten ? Laissez-moi un mail, je serais ravie de vous poser quelques questions demain.

Bonne reprise !

 

PS : bravo aux 42% de répondants qui ont trouvé la bonne réponse au sondage de la semaine dernière.
Jean-Paul Sartre tenait Splendid's pour une pièce réussie, Splendid's devait d'abord s'intituler Frolic's et a été publiée dans les années 1990, et il y a deux cadavres dans l'hôtel où se déroule Splendid's : l'Américaine prise en otage et le frère de Pierrot, tous deux morts avant le début de la pièce.


La gueule de l'emploi

NB : si vous ne voyez pas les photos, cliquez sur "charger/afficher les images" qui doit apparaître sur votre messagerie, vers les en-têtes de l'email (Expéditeur, objet, etc.)

 

 


Tewkik Jallab

"BRAVO
Riton, garde ta belle gueule, reste aussi beau. Aussi beau jusqu’à la fin. "

 

 

Hammou Graïa


"RITON
Écoutez les gars, il y a encore un détail : on ne peut pas descendre dans la rue en frac, on va se foutre de notre gueule."

 

 

Lahcen Razzougui

"RITON
Tu l’engueules comme tu l’engueulais avant de la tuer. Tu as toujours été grossier avec les femmes."

 

 

Cédric Appietto

 

"JEAN
Ta sale gueule…
 
RITON
A le malheur d’être plus belle que la tienne. Glacée elle t’éblouira encore. Et ma sale gueule t’emmerde. "

 

Jean-Emmanuel Pagni

 

"BOB
Ce serait drôle de doucement la laisser choir sur leur gueule. "

 

 

Saïd Bey

 

"LE POLICIER
Mais rassure-toi, je ne suis pas l’esclave qui se révolte. Ce n’est pas la haine qui me fait gueuler : c’est l’amour. "

 

 

Pascal Tagnati

 

"SCOTT
Mais je continue : il nous reste donc très peu de temps, deux heures peut-être avant, ou de sauter avec tout l’immeuble, ou de nous décharger dans la gueule la dernière cartouche, ou aller nous rendre à la police."

 

 

Nebil Daghsen


"LE POLICIER
Si je pouvais parler ! J’ai la langue clouée, la gueule pâteuse."

 

 

Tewfik Jallab

 

Splendid's de Jean Genet mis en scène par Cristèle Alves Meira a de la gueule (cassée ou non) : il vous reste une représentation ce soir à 20h et deux demain à 15h et 20h pour en juger.
Bon week-end à tous !

 

PS : la devinette sur Genet est toujours active sur le blog! Cliquez ici pour y répondre.


Martine fait du jardinage

Le 23 septembre dernier, suite à un échange de mail avec l'une d'entre vous, je vous faisais part de ma perplexité quant à l'expression "être greffé sur un concombre" qui signifie "être malchanceux".
J'ai eu quelques propositions d'explications plus ou moins argumentées (à lire ici), mais la plus convaincante fut sans doute celle des spécialistes de botanique : faire une greffe sur un concombre (pour croiser des variétés par exemple) serait voué à l'échec car la greffe ne prendrait jamais.

Bon, là, je répète ce qu'on m'a dit, parce que j'ai l'impression en faisant quelques recherches sur des sites dédiés au jardinage et au potager (sans commentaires...) que certains pratiquent apparemment la greffe du concombre/sur concombre/avec concombre. Mais je vous avoue que mes compétences en la matière s'arrêtent là.


En revanche, j'aimerais bien tester les vôtres, de compétences, dans un domaine plus en rapport avec les sujets qui nous occupent habituellement :


Splendid's de Jean Genet se joue à l'Athénée jusqu'à samedi. Laquelle de ces affirmations  est fausse, d'après vous ?

- Splendid's devait d'abord s'intituler Frolic's
- Pour Jean-Paul Sartre, Splendid's était une pièce ratée
- Splendid's a été publié cinquante ans après son écriture
- Il y a au moins deux cadavres dans l'hôtel où se déroule Splendid's

Pour voter, cliquez ici pour aller sur le blog et choisissez une réponse sur votre droite, à la rubrique "sondage".

Splendid's se joue encore ce soir et demain à 20h et samedi à 15h et 20h.

Bon jeudi


La liberté n'a pas toujours les mains propres

La bataille des Paravents, dernier acte

Je vous parlais la semaine dernière puis avant-hier du scandale provoqué par la représentation des Paravents de Jean Genet au Théâtre de l'Odéon en 1966.

Après avoir subi des attaques physiques de groupes d'extrême droite (billet de jeudi dernier), la pièce fut discutée jusque sur les bancs de l'Assemblée nationale où des députés proposèrent de supprimer ou réduire la subvention accordée à l'Odéon (billet d'avant-hier).


Voici quelques extraits de la réponse sans appel d'André Malraux, Ministre des Affaires Culturelles :

« La liberté, Mesdames, Messieurs, n'a pas toujours les mains propres ; mais quand elle n'a pas les mains propres, avant de la passer par la fenêtre, il faut y regarder à deux fois. […]
Si nous étions vraiment en face d'une pièce antifrançaise, un problème assez sérieux se poserait. Or, quiconque a lu cette pièce sait très bien qu'elle n'est pas antifrançaise. Elle est antihumaine. Elle est anti-tout. Genet n'est pas plus antifrançais que Goya anti-espagnol. […]
Par conséquent, le véritable problème qui se pose ici […] c'est celui, comme vous l'avez appelé de la "pourriture". […] Ce que vous appelez de la pourriture n'est pas un accident. C'est ce au nom de quoi on a toujours arrêté ceux qu'on arrêtait. Je ne prétends nullement —je n'ai d'ailleurs pas à le prétendre— que M. Genet soit Baudelaire. S'il était Baudelaire, on ne le saurait pas. […]
Ce qui est certain, c'est que l'argument invoqué : "cela blesse ma sensibilité, on doit donc l'interdire", est un argument déraisonnable. L'argument raisonnable est le suivant : "Cette pièce blesse votre sensibilité. N'allez pas acheter votre place au contrôle. On joue d'autres choses ailleurs […]." Si nous commençons à admettre le critère dont vous avez parlé, nous devons écarter la moitié de la peinture gothique française, car le grand retable de Grünewald a été peint pour les pestiférés. Nous devons aussi écarter la totalité de l'œuvre de Goya ce qui sans doute n'est pas rien. Et je reviens à Baudelaire que j'évoquais à l'instant…
Le théâtre existe pour que les gens y retrouvent leur propre grandeur. Mais le Théâtre de [l'Odéon] n'est pas un théâtre où l'on ne joue que Les Paravents. C'est un théâtre où l'on joue Les Paravents, mais entre Le Pain dur de Claudel et les classiques, en attendant Shakespeare.
Il ne s'agit plus du tout de savoir si on donne de l'argent pour jouer Les Paravents. Il s'agit de savoir si l'on doit ne jouer dans un théâtre de cette nature que des œuvres qui sont dans une certaine direction. […]
C'est pourquoi on ne peut s'engager dans une telle voie qu'avec une extrême prudence et je ne supprimerai pas pour rien la liberté des théâtres subventionnés. J'insiste sur les mots "pour rien", car si nous interdisons Les Paravents, ils seront rejoués demain, non pas trois fois mais cinq cents fois. Nous aurons à la rigueur prononcé un excellent discours et prouvé que nous étions capables de prendre une mesure d'interdiction, mais en fait nous n'aurons rien interdit du tout.
[…] En fait nous n'autorisons pas Les Paravents pour ce que vous leur reprochez et qui peut être légitime ; nous les autorisons malgré ce que vous leur reprochez, comme nous admirons Baudelaire pour la fin d'Une charogne et non pas pour la description du mort. »


Finalement, les deux amendements ne seront même pas soumis au vote : Christian Bonnet retirera l'amendement n°85 après la discussion, provoquant une interruption de séance destinée à permettre à la Commission des Finances de se réunir ; deux heures plus tard, celle-ci notifiera sa volonté de retirer également l'amendement n°48.



Pierre Bas (député Union pour la nouvelle République - Union démocratique du travail et membre de la Commission des Finances), le justifiera ainsi :

« Personne, à la Commission, n'a prétendu qu'il fallait interdire la pièce. […] La question qui se posait était : faut-il, sur des deniers publics, aider à cette représentation ??Cet après-midi, Monsieur Christian Bonnet a cité Goya. Il a eu tort. En effet […], la famille royale espagnole a payé pour se voir ridiculisée pour les siècles à venir. […]
Je crois […] que le vote de la Commission des finances a été émis parce qu'il existe dans ce pays des plaies qui saignent encore et que des événements graves, qui ont frappé certains d'entre nous […], ont laissé des traces.
Nous sommes sûrs, monsieur le Ministre, que vous avez compris ce qui s'est passé […]. Vous avez compris certainement les scrupules de ceux qui voulaient refuser les crédits au Théâtre de [l'Odéon], et la position de ceux qui voulaient les maintenir en se plaçant du point de vue […] de la liberté de création et de la crainte que l'on a, dès qu'on commence à censurer ou à interdire, de créer des précédents qui entraveraient pour l'avenir la liberté d'expression [en] France. »



Les Paravents de Jean Genet se seront donc joués comme prévu jusqu'au 6 novembre 1966 au Théâtre de l'Odéon dans la mise en scène de Roger Blin.

Du côté de l'Athénée en 2011, c'est Splendid's du même Genet qui se joue jusqu'à samedi. Bonne journée !

 

 

L'intégralité des débats de la séance du 27 octobre 1966 est disponible en téléchargement (fichier PDF) sur le site de l'Assemblée Nationale ici.

Merci à Juliette Caron du Théâtre de l'Odéon



Ce que vous ne verrez pas à l'Athénée

Avant d'être donné à l'Athénée, Splendid's mis en scène par Cristèle Alves Meira avait été présenté dans une première version au Colombier de Bagnolet.

En reparcourant les images prises à cette occasion, je me suis rendu compte que presque tous les accessoires que j'avais photographiés avaient disparu de la version définitive du spectacle.

Tour d'horizon de ce que vous ne verrez pas dans Splendid's :

 

La radio écoutée par les gangsters : on n'entend plus que sa voix.

 

 

Un ventilateur. Peut-être une confiance très grande a t-elle été apportée dans le système de chauffage et climatisation de l'Athénée.

 

 

Un bol de (faux) sang : il y en a toujours, mais moins et dans un autre contenant.

 

 

Une rose blanche : les gangsters ne se font pas vraiment de fleur.

 

 

Les acteurs sont toujours là, eux. Pour les voir, c'est jusqu'à samedi à l'Athénée.


Les esthètes de la décadence

La bataille des Paravents de Genet, épisode 2 :

Comme je vous l'écrivais jeudi, les représentations des Paravents de Jean Genet au Théâtre de l'Odéon en 1966 ont donné lieu à des manifestations violentes de groupes fascisants accusant la pièce de nuire à l'image de la France (et surtout de son armée).

Quelques mois après la première, des députés relaient la polémique au sein même des débats de l'Assemblée Nationale, proposant la suppression de la subvention au Théâtre de l'Odéon (alors appelé Théâtre de France).

La discussion passionnante qui en découle témoigne des difficultés, toujours d'actualité, posées par le subventionnement de lieux culturels par la puissance publique : un artiste soutenu par l'État a t-il le droit de lui cracher à la gueule ? L'État doit-il subventionner les arts ?
Une pièce de théâtre ne provoquerait sans doute plus autant de débats dans l'hémicycle aujourd'hui, mais la qualité des interventions de chacun, la diminution de crédits utilisée comme censure et la question de l'aide de l'État aux secteurs considérés comme d'utilité publique ont beaucoup de résonances aujourd'hui.

Le député Christian Bonnet, membre du Mouvement Républicain Populaire, dépose à l'automne 1966 au nom de la Commission des finances une proposition d'amendement visant à retirer la subvention du Théâtre de l'Odéon ; en cas de rejet de cet amendement n°48, il propose à titre personnel l'amendement de repli n°85 visant à la réduction de la subvention de l'Odéon de 270 000 francs (soit le montant estimé du coût de la création des Paravents).

Comme il l'explique le 27 octobre 1966 à l'Assemblée Nationale, son problème n'est pas exactement la pièce de Jean Genet mais bien le fait qu'elle ait été montée dans un théâtre subventionné :
L'Odéon « ne répond pas à la définition que M. le ministre des affaires culturelles donnait il y a un instant des maisons de la culture : le lieu où les gens se rencontrent pour rencontrer ce qu'il y a de meilleur en eux.
L'amendement que j'aurai l'honneur de défendre tout-à-l'heure ne procède pas d'une réaction de pudibonderie ni d'un réflexe de santé à l'encontre d'un texte ordurier […].
Le Parlement […] a pour mission de contrôler l'utilisation des fonds publics. C'est pourquoi, insensible aux criailleries hypocrites des esthètes de la décadence, j'en suis venu à penser qu'il n'appartenait pas à une scène subventionnée —tout est là —[…] de monter, aux frais de contribuables dont certains ont eu la douleur de perdre un fils en Algérie, une pièce comme Les Paravents.»


Le député Bertrand Flornoy (Union pour la nouvelle République - Union démocratique du travail), précisant qu'il ne votera pas en faveur de l'amendement, ajoute tout de même :
« Nous prenons au sérieux la société de demain, nous essayons de la rendre fraternelle pour les jeunes et non odieuse ou méprisable […] Je m'interroge : n'est-ce pas le rôle de l'État d'aider exclusivement —je dis bien exclusivement— ces initiatives, ces efforts de dévouements ? […]
Un certain nombre de mes amis et moi, nous ne voterons pas l'amendement tendant à supprimer la subvention allouée au Théâtre [de l'Odéon]. Mais jamais le mot de subvention ne nous a paru aussi haïssable, et jamais la charité […] ne nous a paru aussi misérable.»


Christian Bonnet ajoutera après l'intervention d'André Malraux : « je maintiens que […] Goya n'a très certainement pas été soutenu financièrement par l'État espagnol pour peindre bon nombre de ses tableaux. […] il n'est pas au pouvoir du contribuable de se soustraire à l'impôt et si je dis que Monsieur Jean Genet n'a pas passé la mesure en souhaitant que sa pièce soit montée sur une scène, je dis et je maintiens que la direction du Théâtre [de l'Odéon] a, elle, passé la mesure en la montant sur une scène subventionnée.
Je hais l'intolérance, je réprouve la censure. Les hommes de notre génération savent bien à quels excès l'une et l'autre peuvent mener. Mais je pense qu'un théâtre ne peut à la fois demander à l'État près de 300 millions d'anciens francs […] et refuser tout droit de regard de la puissance publique et du parlement sur son activité.
On nous dira alors : vous allez scléroser les théâtres nationaux. Je réponds à cela que jusqu'à présent il n'apparaît pas que tant et tant d'auteurs aient été découverts par ces théâtres nationaux. […] M. Jean Genet a fait une pièce admirable : Les Bonnes qui a été, si ma mémoire est exacte, jouée au Théâtre de l'Athénée [NDLR : l'Athénée était privé à cette époque] et était déjà une valeur consacrée avant d'être redécouverte par le Théâtre [de l'Odéon] »

Monsieur Fernand Grenier, député du Parti Communiste, intervient :
« Si un film ou une pièce met en cause […] des médecins, des avocats, des architectes […], l'ordre des médecins, des avocats, des architectes pourra en demander l'interdiction.
On ne peut s'engager dans une telle voie.
Nous connaissons trop les responsabilités de la censure dans la crise du cinéma: la censure officielle, la censure des producteurs, l'auto-censure des auteurs qui n'ont plus osé aborder aucun sujet social important dans les films en raison de la censure officielle. […]
Cette censure, vous voulez l'imposer au théâtre par le biais d'une diminution de crédit.»


La réponse de Malraux sera conforme à son style : lyrique et cinglante. Rendez-vous mercredi pour la lire ainsi que la suite des débats.



La pièce Splendid's de Genet ne connaîtra pas le même parfum de scandale, et pour cause : elle ne fut publiée et jouée que dans les années 1990. Pour la découvrir dans la mise en scène de Cristèle Alves Meira, c'est encore toute la semaine à l'Athénée.


C'est petit, une loge

Pourquoi rester sur scène quand on a tout un théâtre pour soi ?

 

Nebil Daghsen

 

Hammou Graïa

 

Tewfik Jallab

 

Cédric Appietto

 

 

À l'Athénée, les gangsters de Splendid's ne comptent pas rester planqués dans les coulisses alors que le public arrive : faites un petit tour dans le théâtre et regardez autour de vous avant que la pièce commence…

 

Jean-Emmanuel Pagni

 

Nebil Daghsen

 

Hammou Graïa

 

 

Saïd Bey

 

Bon week-end !


Les charmes de l'Occident

C'est en 1966 que le metteur en scène Roger Blin présente au Théâtre de l'Odéon sa mise en scène des Paravents de Jean Genet.
La guerre d'Algérie est terminée depuis quatre ans et la pièce n'est pas un brûlot explicite et manichéen sur la question coloniale, mais le scandale éclate rapidement.

Messe noire opaque et dérangeante où les Européens se fabriquent des mannequins à médailles et décorations, où les militaires sont juchés sur des chaussures démesurées et où les Arabes se révoltent dans une sanctification du Mal assez ambiguë, la pièce touche également à d'autres questions qui pouvaient chatouiller l'extrême-droite : travestissement, sublimation des prostituées, érotisme troublant (d'ailleurs mis en avant dans la version de Roger Blin), résurrection des morts et homosexualité diffuse parcourent ainsi le texte.

Ce qui est en jeu, c'est donc autant l'antimilitarisme de Genet que la nostalgie coloniale de certains et la "vulgarité" supposée de la pièce.
Alors que les quinze premières représentations ont lieu sans incidents connus, des manifestations ont lieu devant le Théâtre de l'Odéon à l'initiative d'associations d'Anciens Combattants le 29 avril 1966.
Le lendemain, « les  "paras" investissent l'Odéon-Théâtre de France, montent sur scène, molestent des comédiens, comme Maria Casarès, invitée à "foutre le camp". Jets d'objets divers (chaises, oeufs, boulons). Fumigènes, cris, insultes, bagarre généralisée. Le rideau de fer est baissé. Le spectacle s'interrompt. Un quart d'heure après, il reprend. Dehors, une foule amassée n'en continue pas moins à vociférer, réclamant son annulation. Les forces de l'ordre sont réquisitionnées. Elles le seront désormais, chaque soir, lors de toutes les représentations qui suivront, perturbées par les mêmes manifestations.» (Didier Mereuze)

À l'automne 1966, le groupe Occident (dont nous pouvons citer quelques anciens membres : Patrick Devedjan, Gérard Longuet, Alain Madelin ou Hervé Novelli) rejoint la contestation et pratique des actions violentes et quotidiennes comprenant des jets  de rats morts sur scène.
La contestation gagne l'Assemblée nationale où des députés interpellent André Malraux, Ministre des affaires culturelles, le 27 octobre 1966.

La suite lundi.


D'ici là, Splendid's de Jean Genet se joue à l'Athénée jusqu'à la fin de la semaine prochaine dans la mise en scène de Cristèle Alves Meira. À demain !




Pour aller plus loin
Todd Shepard, L'Extrême-droite et mai 68
Jean-François Sirinelli et Pascal Ory, Les Intellectuels en France de l'affaire Dreyfus à nos jours
Didier Méreuze, "Les grands scandales de l'art : Les Paravents ravivent les plaies de la guerre d'Algérie", La Croix du 12 août 2010


Ça me fait une belle jambe

 

Dans Splendid's, les gangsters retranchés dans un hôtel sont loin d'être unis comme les doigts de la main.

 

 

Bravo jette un chat aux jambes de Johnny qui, ne sachant plus sur quel pied danser,

 

 

laisse Riton reprendre la main pendant que Pierrot marche à côté de ses pompes.

 

 


Passé chez les va-nu-pieds en sous-main, le policier prend son pied à tirer sur ses anciens collègues.

 

 

Scott lève pourtant rarement le petit doigt, même lorsque Rafale se suicide comme un pied ou que Bob a la main légère sur la politesse.

 

Les bras vous en tombent ?

 

 

Conduisez vos pas vers l'Athénée jusqu'à la fin de la semaine prochaine pour Splendid's de Jean Genet.


Quel toupet !

Cristèle Alves Meira est la metteure en scène de Splendid's de Jean Genet. En 2007, elle avait présenté une autre pièce de Genet, Les Nègres, à l'Athénée.


«— Cristèle, qu'est-ce qui te plaît chez Jean Genet en général et dans Splendid's en particulier ?
— Il y a chez Genet une dimension cérémonielle extrêmement présente, une grande théâtralité. Ses pièces touchent à un métaphysique (même s'il n'aimerait pas le terme) qui nous renvoie à un théâtre sacré : les personnages qu'il porte dans son théâtre, ou en tout cas à qui il donne la parole, sont toujours des figures qui ont en elles une image, qui possèdent une certaine identité. Et c'est précisément cette image qu'il s'amuse à déconstruire dans Les Bonnes, Le Balcon ou Les Nègres : comme si ses personnages étaient des figures qu'il éclaire d'un regard extérieur et qu'il détruit en jouant sur les stéréotypes et clichés.
Il donne également la parole aux morts : son théâtre est jalonné de résurrections… Les fantômes sont moins présents dans Splendid's, même si le personnage de Scott déclare : "nous avons déjà cessé de vivre". Ils sont déjà morts, ou en tout cas ils sont condamnés à l'être : j'ai essayé de jouer sur ceux qui sont presque morts et ceux qui le sont déjà...
J'aime également dans Splendid's cette imagerie du gangster, qui est chargée dans le texte d'un imaginaire propre aux années 1950 et que je tente de revisiter. Les années 1950 sont imprégnées des polars ou films américains de gangsters de l'époque ; il s'agit d'une imagerie particulière : j'ai fait un autre choix sur la figure du gangster, inspiré des bandits d'aujourd'hui et que Genet n'aurait pas pu concevoir à l'époque.


— Pourquoi as-tu choisi de placer l'action au Maroc ?
— J'ai fait ce choix de manière indirecte : c'était cette année le centenaire de la naissance de Jean Genet, qui est enterré à Larache au Maroc, où il a passé la fin de sa vie. L'Institut français de Tanger m'a proposé de présenter une pièce pour lui rendre hommage.
J'avais déjà en vue de travailler sur Splendid's, et cette invitation, ce contexte ont été le point de départ de mon choix de mise en scène. Les révolutions arabes, qui sont intervenues après, nous ont rattrapés : cela inscrit notre travail dans une certaine actualité et lui donne de nouvelles résonances, mais ce n'était pas du tout volontaire.
Le choix de jouer quelques passages en arabe induit de nouvelles lectures et donne une nouvelle dimension à la figure de l'otage américaine : l'arabe fait intrusion dans le français, le monde arabe fait face à l'Occident.


— Quel arabe avez-vous choisi pour les passages que vous avez traduits ?
— Nous avons beaucoup réfléchi à ces questions… Le policier s'exprime en arabe dialectal marocain et la radio en arabe classique, car c'est souvent le cas des médias nationaux au Maroc.


— Pourquoi ce titre, Splendid's ?
— La pièce a porté plusieurs titres : d'abord Leur toupet était célèbre, puis Frolic'sSplendid's est le nom de l'hôtel où sont retranchés les gangsters. À l'instar des personnages de la pièce qui se donnent des noms américanisants, le titre porte aussi cette connotation anglophone qui participe à l'ambiance de gangsters des films noirs des années 1950…»


Splendid's se joue encore jusqu'à la fin de la semaine prochaine. Et pour poser vos questions en vrai à Cristèle Alves Meira, rendez-vous ce soir au foyer-bar de l'Athénée apès la représentation! Elle sera là ainsi que son équipe pour une rencontre publique. Bonne journée à tous.

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