1h14

Hier paraissait sur le blog la première partie de mon entretien avec Philippe Sireuil, metteur en scène de Savannah Bay de Duras actuellement à l'Athénée. Voici la suite et fin :

«— On sait que personnage de la dame âgée dans Savannah Bay était une actrice (ou l'est peut-être encore), et vous avez choisi de placer l'action dans le décor un théâtre vide. Savannah Bay, est-ce du théâtre dans le théâtre, ou est-ce autre chose ?
— La pièce est un don de Marguerite Duras à Madeleine Renaud, cette femme "dans la splendeur de l’âge", qui a créé la pièce avec Bulle Ogier sous la direction de l’auteure et dont l’auteure a emprunté le prénom pour définir le personnage de la dame âgée. Il ne me semble cependant pas qu’on puisse dire qu’il s’agisse d’une énième mise en abîme du théâtre.
Pour ce qui est de mon choix, l’espace vide du plateau, ce n’est pas pour sursignifier le lieu de l’écriture. La nudité du théâtre me semblait au contraire l’endroit le plus approprié pour échapper à la figuration, pour "convoquer" les fantômes de Savannah Bay.
Cela me paraissait le meilleur moyen pour immerger doucement le spectateur dans l’écriture et l’histoire, de laisser affleurer ces filigranes  —dont j’ai déjà parlé— à son entendement, de donner à écouter les mots, la langue, les silences, à l’aide de quelques accessoires —une servante, un rocking-chair, un vieil enregistreur et une robe rouge. Au travers de ces derniers et du personnage de la dame âgée, le théâtre est là, bien entendu, mais il irrigue sans noyer, du moins je l’espère ; il va et il vient, comme l'écriture de Duras fluctue entre la possibilité d'un réel et la réalité d'autres possibles.
J’ai dit ailleurs à propos de La Musica deuxième, autre texte de Duras que j’ai mis en scène, que trop de concret écrasait son théâtre, mais que trop d’éther risquait de l’assommer. Le choix d’un théâtre vide pour offrir à Savannah Bay l’écrin le plus adéquat cherchait à éviter ces deux écueils.

— Vous me disiez que la représentation de Savannah Bay devait durer très exactement 1h13 ou 1h14. Pourquoi ce respect du temps à la minute près est-il si important pour vous ?
— La pièce de Marguerite Duras est un objet rare, mais c’est un objet fragile fait de multiples petites pièces, comme un puzzle, ou un rébus. Chez Duras, il y a les mots, mais il y a aussi les silences entre les mots qui sont consécutifs de son écriture, comme chez Beckett, Sarraute, Jon Fosse, et d’autres encore. Mettre en scène, c’est donc aussi chercher un temps, le rythme de son déroulement, un équilibre entre ce qui est dit et ce qui est tu qui puisse faire écouter l’un sans étouffer l’autre, et réciproquement.
Au bout des répétitions, cette durée de soixante-quatorze minutes s’est imposée aux deux actrices et à moi-même comme étant la durée "juste" de notre  représentation. Elle s’est de plus révélée comme la balise étalon qui allait nous permettre de mesurer si nous étions "au dedans" ou "au dehors" du spectacle que nous avions construit : en effet, quand, pour une raison ou une autre, les actrices dérogeaient à cette durée, je me disais que quelque chose n’allait pas, n’allait plus. Pareil que la musique : suffit pas de jouer la mélodie, faut encore choisir le bon tempo… 
Comme je ne fais pas partie de ces metteurs en scène qui viennent se ronger les ongles tous les soirs dans la salle ou en coulisses (Jean-Pierre Vincent dit joliment que mettre en scène c’est savoir faire, mais c’est aussi laisser vivre !), pouvoir me renseigner à distance sur le temps de la représentation me permet de voir si notre travail reste sur ses rails ou s’il me faut revenir pour aider les actrices à conserver ce délicat équilibre auquel nous sommes parvenus. Cela étant, il ne faut pas exagérer : ces soixante-quatorze minutes peuvent maigrir ou grossir d’une ou d’une et demie, je n’en ferai pas une maladie. L’acteur n’est pas un robot aux ordres, bien entendu, il ne s’agit pas ici de mécaniser quoique ce soit, c’est même tout le contraire qui est recherché ici. »

Pour voir Savannah Bay mis en scène par Philippe Sireuil, c'est jusqu'à demain à l'Athénée. Vous pouvez également voir Le Shaga mis en scène par Claire Deluca et Jean-Marie Lehec, donné en même temps dans la salle Christian-Bérard.


L'histoire de la pierre blanche

Comme je vous le racontais mardi, un problème de son m'empêche de vous livrer l'interview vidéo de Philippe Sireuil que j'avais commencé à fabriquer pour vous
(je lance d'ailleurs un appel aux âmes charitables : si vous avez un micro avec une prise jack 3,5 mm dont vous n'avez pas usage, pensez à moi, c'est bientôt Noël). 

Voici donc l'entretien quand même, mais par écrit.

Philippe Sireuil est le metteur en scène de Savannah Bay de Marguerite Duras actuellement présenté à l'Athénée.

«—Avant de la découvrir vraiment, j'avais quelques a prioris négatifs sur l'écriture de Duras, comme beaucoup de gens, je crois. Ce n'est pas la première fois que vous montez ses textes, mais aviez-vous également des idées reçues à leur sujet ?
—Oui, bien sûr. Il y a trois décennies d’ici, je disais même de son théâtre qu’il s’agissait d’un "boulevard pour intellos". J’étais venu à Marguerite Duras par certains de ses romans, et j’avais le sentiment que son écriture s’était anémiée au contact de la scène.
Je ne suis toujours pas un "durassien" même si j’ai fait mienne cette magnifique recommandation aux acteurs qu’elle a écrite : "Dites-vous ceci : la pièce n’agira pas tout de suite mais le lendemain pour la plupart  des gens. Faites votre boulot. Laissez la pièce agir à un autre moment. Vous venez proposer quelque chose. Les gens ne peuvent pas dire oui ou non tout de suite. Laissez les tranquilles. Être troublé prend du temps." [Premier état des Recommandations aux comédiens (texte inédit), publié dans les Cahiers de l’Herne]
Avec Marguerite Duras, on est toujours dans une position inconfortable, entre dénuement dramatique et tension émotionnelle.  Comme toutes les grandes écritures, la sienne ne se laisse pas apprivoiser facilement par la scène.
Il y a chez elle un appétit du scandale que je trouve beau : dans Savannah Bay par exemple, l’acte de cette jeune femme qui, alors qu'elle vient de mettre au monde le fruit d'une passion exceptionnelle —un crime, comme l’écrit Duras—, se jette dans les flots pour ne pas survivre à cet amour, pour qu’il ne puisse pas prendre fin dans l’accommodement et le flétrissement, et qui, dans le même temps, laisse derrière elle le fruit de cet amour, un bébé de quelques jours, aux mains d'une fragile destinée. Geste forcément sublime, "forcément coupable" qui contient et contredit dans le même temps la figure généreuse de la maternité.

— La question de la transmission, de l'héritage et du récit est très présente dans Savannah Bay. Est-ce que c'est cette problématique de la mémoire qui est au centre de la pièce ?
— Une dame âgée et une jeune fille se croisent dans un espace que j'ai voulu être un théâtre vide, prenant en compte le fait que la dame âgée a été (et est peut-être toujours) actrice. Une énigme les relie. Une tension les sépare : il y a d’un côté celle qui ne se souvient plus, ou plutôt qui refuse de se souvenir, qui dénie au passé le pouvoir d’expliquer (c’est du moins l’hypothèse que j’ai prise dans la manière de construire le spectacle),  de l’autre celle qui veut savoir, qui veut comprendre, qui demande à l’histoire, aux histoires de lui donner la clé de son identité. La jeune fille, avec opiniâtreté, va conduire la dame âgée à rejouer, à déjouer l’énigme du geste insensé de Savannah, à se réapproprier la douleur d’une histoire qu’elle avait voulu enfouir. Mémoire, transmission, mais aussi quête d’identité.
Comme toujours chez Duras, rien n'est totalement dit, "rien n’est totalement joué" comme elle le fait dire à la dame âgée, tout est dans les filigranes de l’écrit : il faut sans cesse creuser dans les mots et entre eux pour retrouver comment l'histoire s'est tissée au travers des différents possibles de l’écriture, qui use (et ruse) du glissement constant des temps grammaticaux : présent ou passé, futur ou conditionnel ; du passage tout aussi soudain du vouvoiement au tutoiement.
La jeune fille, in fine, comprendra qu’il n’y a pas d’explication à ce qui s'est passé, qu’il ne peut y avoir que des hypothèses ou des incertitudes, qu’il n’y a jamais une vérité, mais des vérités. Là est la beauté de la pièce qui nous renvoie à cette question sans réponse : comment se fonde l'acte d'amour, et comment, au travers de cet acte d'amour, se fonde l’acte de mourir de cet amour.»


La suite de l'entretien avec Philippe Sireuil paraîtra demain sur le blog! Pour voir Savannah Bay et Le Shaga qui se jouent en ce moment à l'Athénée, c'est jusqu'à samedi.


Il y a beaucoup de parachutistes qui s'ignorent

Il y a quelques années, en cours de cinéma, un professeur nous montrait à moi et mes camarades le court-métrage Césarée réalisé par Marguerite Duras.

C'est en cherchant ce court-métrage pour vous le montrer que je suis tombée sur une interview de Duras qui m'a semblé plus intéressante : comme son évocation de l'an 2000 frappait par sa clairvoyance (c'est ici sur le blog), ses propos sur l'insolence, le pouvoir ou l'industrie culturelle résonnent toujours pleinement aujourd'hui et témoignent d'un réel engagement.


Pour ceux qui n'auraient pas le temps d'écouter 15 minutes d'entretien, voici quelques morceaux choisis :


"— Est-ce qu'il vous arrive de cultiver l'insolence pour votre plaisir ?
Pour ma santé peut-être. [...]
Dans l'insolence, je trouve tout de même qu'il y a quelque chose de douteux : c'est quand même un dialogue avec l'ennemi.  [...]

Tout le monde se dit marxiste aujourd'hui de nos jours. Même la droite. [...]

Il y a des producteurs [de cinéma] fauchés, ça existe. Mais il y a les producteurs qui produisent les grosses productions du samedi soir, ce que j'appelle le cinéma des travailleurs, celui qui ne se choisit pas, ces salles dans lesquelles les gens s'engouffrent comme on va à l'usine… Ces gens se disent qu'il y a du fric là et qu'ils vont le prendre, qu'ils vont le piquer… C'est déjà un comportement de droite. Vous, ça ne vous intéresserait pas de faire une chose abominable, très très ennuyeuse, uniquement pour gagner de l'argent… [...]
Je ne connais pas les cinéastes en place : toute cette clique commerciale, je ne la connais pas, pensez-vous, j'aurais honte de sortir avec. [...] [Il faudrait instaurer] un mot d'ordre très bref : insultez-les. [...]

Les films sur la guerre m'ont toujours parus suspects : quand vous avez envie de faire un film sur la guerre, c'est ce que vous traînez derrière vous une sorte de nostalgie —peut-être pas de la guerre à proprement parler, mais en tout cas de la violence. [...]
Ces films ont beaucoup de succès, toujours : il y a beaucoup de parachutistes qui s'ignorent. [...]

Elle est tout, notre époque. C'est un chaos. Mais la place de l'insolence y est peut-être moins grande que celle de la colère ou du refus. [...]

Bien sûr qu'il faut se battre contre la tour, contre tout ce qu'elle suppose. Mais on peut se battre avec humour : on peut dire qu'elle penche par exemple. Ce que tout le monde sait. La tour penche. Maintenant qu'elle est faite, on peut bien l'avouer. [...]

Je n'insulte personne dans la rue. Je fais comme beaucoup d'autres femmes par exemple, je déclare que je me suis fait avorter. Dans ce cas-là, on m'insulte dans la rue. Les gens m'insultent parce que j'ose le dire."

 

 

Vous pouvez écouter l'entretien ici ou cliquer ci-dessous, sur l'image :


Je ne connais pas l'origine exacte de l'interview, la description sous la vidéo étant rédigée en vietnamien
(véridique) et rien ne m'ayant permis d'en trouver une autre occurrence. D'après un autre site internet, il s'agirait d'un entretien avec André Halimi réalisé en décembre 1973, mais rien d'autre ne me permet de le confirmer : peut-être serez-vous vous meilleur détective que moi ?


Ce soir, je pars interviewer Philippe Sireuil, le metteur en scène de Savannah Bay : l'entretien paraîtra la semaine prochaine sur le blog ! Savannah Bay et Le Shaga de Duras se jouent jusqu'à samedi prochain. Bon week-end.


Je viens tous les jours vous voir

Deux textes très différents de Marguerite Duras sont présentés en ce moment à l'Athénée : d'un côté le drôle et fantasque Shaga, de l'autre le drame à mi-chemin entre récit, théâtre et poésie de Savannah Bay.

Parce que l'écriture de Duras est finalement assez mal connue, voici le début de Savannah Bay  :

"D'abord on entendu très fort la chanson Les Mots d'amour chantée par Édith Piaf.
Au bout du quatrième couplet, LA DAME ÂGÉE apparaît dans la pénombre. Elle vient du décor.
Peu après elle, LA JEUNE FILLE entre à son tour. Elle rejoint LA DAME ÂGÉE. Dans la pénombre elles sont arrêtées et écoutent le chant. Le chant diminue. Elles parlent.


LA DAME ÂGÉE  Qu'est-ce que c'est ?
LA JEUNE FILLE Un disque pour vous.

LA JEUNE FILLE et LA DAME ÂGÉE écoutent la chanteuse.

LA JEUNE FILLE Vous reconnaissez cette chanson ?
LA DAME ÂGÉE (hésitation) C'est-à-dire… un peu… oui.

Le disque continue. LA DAME ÂGÉE suit le chant avec toujours la même intensité.

LA DAME ÂGÉE Qui chante ?
LA JEUNE FILLE Une chanteuse qui est morte.
LA DAME ÂGÉE Ah.
LA JEUNE FILLE Il y a une quarantaine d'années
LA DAME ÂGÉE (écoute) On dirait qu'elle est là.
LA JEUNE FILLE (temps) Elle est là (temps). À la Magra vous avez dû chanter ça… Pendant plusieurs étés.
LA DAME ÂGÉE Ah, peut-être… peut-être.
LA JEUNE FILLE (affirme) Oui.
LA DAME ÂGÉE (écoute) Elle a beaucoup de talent.
LA JEUNE FILLE Oui (temps). Le disque était dans la maison depuis toujours. Et puis il a été cassé.
LA DAME ÂGÉE (à peine dit) Ah oui… (silence. Le disque a baissé d'intensité. Elle montre la direction de la musique). Celle-là qui chante, je l'ai connue ?
LA JEUNE FILLE Le nom ne vous dirait rien.
LA DAME ÂGÉE Non.
LA JEUNE FILLE (temps) Vous reconnaissez la voix ?
LA DAME ÂGÉE Pas la voix… quelque chose dans la voix, la force peut-être… C'est une voix qui a beaucoup de force…
LA JEUNE FILLE C'est votre force. C'est votre voix.
LA DAME ÂGÉE (n'écoute pas) Elle s'est tuée, cette femme-là.
LA JEUNE FILLE (hésitation) Oui. (temps) Vous le saviez.
LA DAME ÂGÉE (temps) Non. Je l'ai dit au hasard. (temps) C'est peut-être ce qu'elle chante qui porte à le croire. (Silence. Le disque se termine) Pendant des mois il m'est arrivé à moi aussi de mourir chaque soir au théâtre. Des mois durant, chaque soir.

(Silence)

LA JEUNE FILLE Je vais chanter cette chanson et vous, vous répéterez les parloes. (LA DAME ÂGÉE fait une légère moue) Vous ne voulez pas ?
LA DAME ÂGÉE Si… Si… Je veux bien. (Silence. Elle regarde LA JEUNE FILLE. Brusquement, elle s'étonne) Qui êtes-vous ? (Silence) Vous êtes une petite fille …? (Silence, LA DAME ÂGÉE se lève. Peur) Je ne me souviens jamais exactement…

LA JEUNE FILLE se place devant LA DAME ÂGÉE


LA JEUNE FILLE Je viens tous les jours vous voir. Regardez-moi."


Pour entendre le texte dans la bouche de Jacqueline Bir et Edwige Baily, c'est à l'Athénée jusqu'à la semaine prochaine !

Aujourd'hui à 12h30, une rencontre est organisée par l'Athénée et la Bibliothèque Nationale de France sur l'écriture de Duras, au site Richelieu de la BNF

(toutes les informations : Conférence sur le théâtre de Marguerite Duras avec Philippe Sireuil, metteur en scène de
Savannah Bay et Claire Deluca, metteure en scène et comédienne dans Le Shaga, modérée par Joëlle Pagès-Pindon, professeure de Chaire supérieure, spécialiste de Marguerite Duras, en partenariat avec la Bibliothèque nationale de France. BnF 58 rue de Richelieu 75002 Paris
mercredi 16 novembre de 12h30 à 14h, entrée libre)


Le strict minimum

À l'Athénée, Savannah Bay de Duras mis en scène par Philippe Sireuil mise sur l'épure.

Entièrement nu, le plateau de la grande salle ne compte également qu'un minimum d'accessoires : un fauteuil, un chapeau, un magnétophone et une lampe qu'on appelle servante (pour savoir pourquoi, lisez ici un article paru il y a trois ans sur le blog à ce sujet)

 

 

 

Interprété par Jacqueline Bir et Edwige Baily, Savannah Bay est l'histoire d'une jeune femme interrogeant une dame âgée, peut-être sa grand-mère, sur le destin tragique d'une troisième femme et de son histoire d'amour. La pièce se joue jusqu'à fin novembre.


Excusez-moi pour ce contretemps

Lundi, je vous posais une question concernant Le Shaga et Savannah Bay, deux pièces de Duras actuellement jouées à l'Athénée : "Une personne travaillant sur l'un des deux spectacles a étroitement collaboré avec Marguerite Duras de son vivant: de qui s'agit-il ?"

La plupart des répondants ont trouvé : il s'agit de Claire Deluca, metteure en scène et comédienne du Shaga.

Claire Deluca fut une fidèle collaboratrice de Duras : jouant dans la plupart de ses pièces, d'ailleurs mises en scène par Duras elle-même (Le Shaga, La Musica, Eaux et Forêts, Yes peut-être), elle adapta également Hiroshima mon amour au théâtre et participe régulièrement à des colloques et articles consacrés à Marguerite Duras.

Claire Deluca m'a justement communiqué une lettre que lui a envoyée Marguerite Duras en 1974 et dont voici la photocopie :

 

(si vous ne voyez pas l'image, cliquez sur "charger/afficher les photos" en haut de la sous-fenêtre de ce message dans votre messagerie)

 

Je vous retranscris le contenu :

"Marguerite Duras, le 21 juillet 74

Chère Claire,
Impossible de trouver un instant pour vous téléphoner. Je viens de finir le tournage d'India Song.
Ce mot pour vous dire que Le Shaga tient toujours mais qu'il est remis à plus tard. J'ai cru pouvoir faire deux films à la file mais c'est impossible.
Je vous téléphonerai bientôt pour vous demander vos dates de liberté —en fin août —ou septembre —ou octobre.
Excusez-moi pour ce contre-temps.
Très tendrement,
Votre amie Marguerite."



Après avoir créé Le Shaga en 1968 dans la mise en scène de Marguerite Duras, Claire Deluca propose sa version de la pièce dans la salle Christian-Bérard de l'Athénée : c'est en ce moment jusqu'au 26 novembre.

Au même moment, dans la grande salle, vous pouvez découvrir Savannah Bay de Duras mis en scène par Philippe Sireuil.


"Ça commencera comme ça, par une indiscipline"

En faisant quelque recherches sur Marguerite Duras sur le blog, je suis tombée sur une vidéo surprenante : en septembre 1985, Michel Drucker interrogeait Marguerite Duras sur l'an 2000.

Retranscription de la conversation :



Michel Drucker : "Les hommes ont toujours eu besoin de réponses, même si un jour elles s'avèrent fausses ou seulement provisoires. Alors en l'an 2000, où seront les réponses ?


Marguerite Duras
: Il n'y aura plus que ça. La demande sera telle qu'il n'y aura plus que des réponses. […] Je crois que l'homme sera littéralement noyé dans l'information, dans une information constante […]. Ce n'est pas loin du cauchemar. Il n'y aura plus personne pour lire. Ils verront de la télévision, on en dépose partout […].
On ne voyagera plus, ça ne sera plus la peine de voyager : quand on peut faire le tour du monde en huit ou quinze jours, pourquoi le faire? Dans le voyage, il y a le temps du voyage : ce n'est pas voir vite, c'est voir et vivre en même temps. Vivre du voyage, ça ne sera plus possible.
Tout sera bouché ; tout sera investi. Il restera la mer quand même, les océans. Et puis la lecture. Les gens vont redécouvrir ça. Un homme un jour lira, et puis tout recommencera. On repassera par la gratuité, c'est-à-dire que les réponses à ce moment-là seront moins écoutées.
Ça commencera comme ça, par une indiscipline : un risque pris par l'Homme envers lui-même. Un jour il sera seul de nouveau avec son malheur et son bonheur, qui lui viendront de lui-même. Peut-être que ceux qui se tireront de ce pas seront les héros de l'avenir. C'est très possible. Espérons qu'il y en aura encore…
Je me souviens d'avoir lu le livre d'un auteur allemand de l'entre-deux-guerres, je me souviens du titre, Le dernier civil d'Ernst Glaeser. Ça, j'avais lu ça, que lorsque la liberté aura déserté le monde, il restera toujours un homme pour en rêver. Je crois que c'est déjà commencé."

La vidéo est visible sur le site de l'INA ici.


À l'Athénée, deux textes de Marguerite Duras sont actuellement donnés : Savannah Bay dans la mise en scène de Philippe Sireuil et Le Shaga dans celle de Jean-Marie Lehec et Claire Deluca. Bonne journée !


Yes ! (peut-être)

Marguerite Duras est née Marguerite Donnadieu en 1914 au Viêt-Nam. Elle empruntera son pseudonyme de "Duras" à la commune d'où la famille de son père est originaire, dans le Lot-et-Garonne.

De retour en France dans les années 1930, elle y passe son baccalauréat et y publie en 1943 La Vie Tranquille, après que son premier roman La Famille Taneran a été refusé par Gallimard.
Elle intègre la Résistance pendant la seconde guerre mondiale et s'inscrit ensuite au Parti Communiste avant de le quitter dans les années 1950, en même temps qu'Edgar Morin ou Robert Antelme. Elle signe le Manifeste des 121 contre la Guerre d'Algérie et prend part au comité étudiants-écrivains en 1968.

Après les années 1950 où se succèdent de nombreuses publications  (Un barrage contre le Pacifique, Le Square, Moderato Cantabile) et l'écriture du scénario du film Hiroshima mon amour réalisé par Alain Resnais, elle se consacre surtout au cinéma avec les films India Song et L'Homme atlantique.
En 1965, sa pièce de théâtre Des journées entières dans les arbres est l'occasion d'une première collaboration avec Madeleine Renaud.

Les années 1980 sont celles d'un tournant dans son écriture : publiant des chroniques dans Libération (L'Été 80) ou des textes d'abord dits devant un magnétophone ou une caméra (La Vie matérielle, Ecrire), elle écrit aussi des choses plus personnelles où sa vie est exposée directement et de manière plus assumée : La Maladie de la mort et L'Amant en sont les exemples les plus frappants.

Décédée en 1996, elle laisse un corpus considérable composé de pièces de théâtre,de romans, de films et de scénarii : outre les œuvres évoquées ci-dessus, citons Détruire dit-elle, La Douleur, La Pluie d'été, Agatha, Yes peut-être, Le Shaga, La Musica ou Les Enfants.


En ce moment, l'Athénée présente deux pièces de théâtre de Duras : Savannah Bay et Le Shaga.


Une personne travaillant sur l'un des deux spectacles a étroitement collaboré avec Marguerite Duras de son vivant : de qui s'agit-il ?


Si vous avez la réponse, vous pouvez gagner deux invitations pour le spectacle de votre choix le 11 ou le 12 novembre. Pour jouer, envoyez-moi à l'adresse clemence@athenee-theatre.com les éléments suivants :
- votre réponse
- votre nom et prénom
- le spectacle que vous souhaitez aller voir (Le Shaga ou Savannah Bay)
- la date que vous préférez (11 ou 12 novembre)

Les dix premiers gagneront deux invitations pour Le Shaga ou Savannah Bay pour le 11 ou le 12 novembre !

Bonne semaine à tous.


Il m'est arrivé de mourir chaque soir au théâtre

J'étais hier soir à la répétition générale de Savannah Bay de Marguerite Duras, qui se joue à partir d'aujourd'hui à l'Athénée.

Seule au balcon, j'ai eu tout le loisir de sortir mon matériel pour filmer quelques extraits de la pièce.
Voici mon préféré, un passage de deux minutes où le personnage interprété par Jacqueline Bir exprime combien le vécu d'une actrice influence son travail.

 

Si vous ne voyez pas la vidéo, cliquez ici pour la regarder sur YouTube.



Savannah Bay de Marguerite Duras mis en scène par Philippe Sireuil avec Jacqueline Bir et Edwige Baily se joue du 4 au 26 novembre à l'Athénée.
Au même moment, dans la petite salle, on joue Le Shaga de Marguerite Duras mis en scène par Claire Deluca et Jean-Marie Lehec.

Bon week-end !


Shagannah Bay

Depuis quelques jours, les équipes de Savannah Bay et du Shaga ont discrètement investi tous les recoins de l'Athénée pour quelques semaines en honneur à Duras.

La grande salle, celle que vous connaissez, accueillera Savannah Bay, tandis que la petite salle, où vous êtes sans doute moins allés (voire pas allés du tout) car elle est moins souvent utilisée, proposera Le Shaga.

Lorsque je suis passée à l'Athénée hier, les deux équipes travaillaient chacune de leur côté en se croisant dans le foyer des comédiens ou au foyer bar.

 

Dans la grande salle, Savannah Bay attendait son filage, qui est la dernière répétition avant la répétition générale.

 

 

Dans la petite salle, Benoît et Carlos réglaient encore quelques détails techniques pour le Shaga.


Savannah Bay de Marguerite Duras mis en scène par Philippe Sireuil et Le Shaga de Marguerite Duras mis en scène par Claire Deluca et Jean-Marie Lehec commencent demain à l'Athénée.

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