Flash-back

La saison 2008-2009 de l’Athénée s’est terminée avec Les Mains sales et Les Justes (ou Les Mains justes, pour ceux qui voudront aller plus vite), mais vous souvenez-vous des spectacles qui ont habité l’Athénée et ce blog depuis septembre dernier?
Flash-back (ou analepse, pour ceux qui préfèrent éviter les anglicismes) très subjectif:

 

Le texte oublié sur le banc de Rêve d’automne
de Jon Fosse mis en scène par David Géry.



«Il y a quelque chose qui pourrait toucher à la pornographie dans l’opéra.»
Paul-Alexandre Dubois, le metteur en scène de L’Opéra de quatre notes de Tom Johnson en entretien sur le blog.

Extrait du Tribun/Finale de Mauricio Kagel mis en scène par Jean Lacornerie:
«La police, c’est vous!»

 

La seule photo que j’avais réussi à prendre de Claus Peymann/Sik Sik,
le spectacle double de Carlo Cecchi.

 

«Si tu veux essayer de plaire à tout prix, tu pleures dès que tu en entends un tousser dans la salle! Si je peux te donner un conseil : pense à ta grand-mère et fais une œuvre!»
Céline Sallette, actrice dans après la répétition d'Ingmar Bergman mis en scène par Laurent Laffargue, à des étudiants en art venus voir le spectacle.

 

Le Magazine, l’émission de Lionel Esparza diffusée sur France Musique en direct de l’Athénée à l’occasion des voix d’Olivier Messiaen.

 

«Cette compagnie est un véritable collectif, une troupe où on travaille dans le sens de l'œuvre et non dans celui des individualités. C'est un dialogue constructif où tout le monde va dans la même direction.»
Jean-Philippe Salerio, le metteur en scène de l’opérette La Cour du Roi Pétaud, en entretien sur le blog.

 

Les bouts de bois que l’on frappe l’un contre l’autre dans
La Puce à l’oreille de Georges Feydeau mis en scène par Paul Golub pour faire un bruit de claque.

 

Les enfants partant du premier concert de Claire-Marie Le Guay, pianiste en résidence à l’Athénée: un deuxième concert a suivi, et vous pourrez la retrouver l’année prochaine!

 

Le lustre magnifique de l’opéra Les Enfants terribles de Jean Cocteau et Philip Glass mis en scène par Paul Desveaux.

 

«Dans En attendant Godot, chaque réplique ouvre mille portes…»
Patrick Zimmermann, comédien dans En attendant Godot de Samuel Beckett mis en scène par Bernard Levy, en entretien sur le blog.



La traduction française de la morale de Cosi fan tutte, l’opéra de Mozart et Da Ponte mis en scène par Yves Beaunesne et dirigé par François Bazola:
«Heureux celui qui, malgré les ennuis, arrive à prendre la vie du bon côté…»

 

Chantal et Gérard: c’est le prénom des deux spectateurs qui, après avoir vu Riders to the Sea de Ralph Vaughan Williams d’après John Millington Synge à l’Athénée, ont décidé de se rendre sur les îles d’Aran où se déroulait l’action de l’opéra.

Un concentré (et une sélection!) des effets sonores que l’on pouvait entendre dans La Cantatrice chauve, un opéra de Jean-Philippe Calvin d’après Eugène Ionesco mis en scène par François Berreur.
(Retrouvez la vidéo ici sur YouTube)

 


«À quel monde meilleur rêvez-vous? Et comment allez-vous le construire?»
étaient les questions posées pour le cinquième forum de discussion des jeunes organisé par l’Athénée: le 15 mai dernier, quatre cents lycéens ont ainsi pu débattre à l’Athénée avec Daniel Cohn-Bendit, François Durpaire, Susan Georges et Bruno Rebelle.

 

Après trois ans de résidence et quatre concerts cette saison à l’Athénée Théâtre Louis-Jouvet, le Quatuor Psophos tire sa révérence avec le concert de clôture, Brahms/Strauss, dans le décor des Mains sales.



«Le théâtre de l’engagement, c’est peut-être vouloir défendre le texte dans un monde où les paroles sont sommées de laisser la place à l’image, où le fond cède à la forme. Mais quand il n’y a plus de paroles, c’est le début de la barbarie! C’est ce que nous combattons.»
Guy-Pierre Couleau, le metteur en scène des Mains sales de Jean-Paul Sartre et des Justes de Camus, en entretien sur le blog.

La troupe des Justes d’Albert Camus mis en scène par Guy-Pierre Couleau salue pour sa dernière représentation à l’Athénée.

Le public de la présentation de la saison 2009-2010 de l’Athénée commençant à sortir du théâtre: si vous n’avez pas pu y assister, cliquez ici pour découvrir les spectacles que vous propose l’Athénée à partir de septembre prochain!

 

 

Et vous, qu’avez-vous retenu de cette saison 2008-2009 de l’Athénée Théâtre Louis-Jouvet? Pour nous le dire, cliquez ici et laissez un commentaire sur le blog!

Bon début de semaine à tous.


PS : des commentaires au billet de jeudi se sont ajoutés pendant le week-end, promis, je vous réponds aujourd’hui! Le sondage sur votre lecture du blog est toujours actif.

 


Vacances to the Sea

Il reste encore deux représentations de Riders to the Sea !

Pour ceux qui iront le voir ce soir ou demain, voici un petit avant-goût du spectacle en version montage technique ou répétitions (et pour ceux qui l’ont vu hier ou avant-hier, appelons ça un rappel).



 

Pour découvrir Riders to the Sea, vous pouvez vous rendre à l’Athénée ce soir ou demain !

Le blog prend une semaine de vacances pour vous revenir le lundi 20 avril avec les répétitions de La Cantatrice chauve, un opéra de Jean-Philippe Calvin sur la pièce d’Eugène Ionesco qui sera donné à l’Athénée pour trois représentations du 30 avril au 3 mai.

Joyeuses Pâques à ceux qui les fêtent et à dans une semaine !


Riders to the chant

Entretien avec Jacqueline Mayeur

Jacqueline Mayeur interprète le rôle de Maurya, la mère, dans Riders to the Sea : lorsque l’opéra s’ouvre, Maurya a déjà perdu son mari, son beau-père et cinq fils en mer. Interview à quelques minutes de la première :

“_ Maurya est-il un rôle de tragédienne?

_ Oui, et c’est très agréable, d’ailleurs : je n’ai jamais l’impression de chanter ou de jouer, mais vraiment de vivre ce rôle! La porte s’ouvre et je suis Maurya, ce n’est que lorsque je m’allonge à côté de mon fils mort que Jacqueline se réveille.

_ Qu’y a-t-il de particulièrement difficile dans l’interprétation de ce personnage?
_ C’est difficile nerveusement, du fait que c’est un drame. Jouer quatre soirs de suite n’est pas évident, car il faut retrouver une émotion nouvelle chaque jour! Ce qui est important pour moi, c’est de garder une émotion intacte et de toucher les gens qui nous écoutent : il faut renouveler chaque soir son interprétation en fonction de l’air que l’on respire et des choses que l’on vit…

_ Christian Gangneron, le metteur en scène, me disait que Riders to the Sea n’était pas un opéra triste : êtes-vous d’accord?
_ Je nuancerais tout de même un peu : tout le début est triste et Maurya est dans la douleur car on commence sur la perte d’un fils.  Dans cette société-là, sur ces îles-là et à cette époque-là, les filles sont moins importantes, car elles sont surtout vouées à se marier et à avoir des enfants. À la fin de l’opéra, Maurya n’a plus de raison de vivre car même si elle a tout perdu, elle a réalisé son destin, le but de sa vie étant de mettre au monde et élever des garçons. Elle accepte finalement son sort et le prend de manière positive.

_ Vous parliez des îles d’Aran, y êtes-vous déjà allée?
_ Non, malheureusement. À la création de Riders to the Sea, nous avons beaucoup étudié ces îles, j’ai vu le documentaire L’Homme d’Aran de Robert Flaherty, mais je ne m’y suis pas rendue. Si on reprend l’opéra, on ira peut-être là-bas!

_ Pourquoi les deux opéras de Vaughan Williams, Riders to the Sea et The Pilgrim’s Progress, sont-ils si méconnus en France?
_ Il y a beaucoup de choses méconnues, et c’est souvent quand les artistes meurent que les œuvres se révèlent. Vaughan Williams a été un peu éclipsé par Benjamin Britten ou Edward Elgar, mais le grand succès que l’on rencontre avec Riders to the Sea montre que les spectateurs sont très heureux de découvrir ces œuvres moins célèbres…

_ C’est rare, des rôles de femmes vraiment intéressants à l’opéra, non?
_ Il y en a! Je pense en particulier à Carmen de Georges Bizet ou à The Medium de Gian Carlo Menotti... Ce sont des femmes de caractère comme Maurya, même si elle ne résiste pas vraiment à sa vie. L’année dernière, nous avions créé, toujours avec la compagnie Arcal et la mise en scène de Christian Gangneron, Les Sacrifiées, un opéra de Thierry Pécou sur un livret de Laurent Gaudé : c’était l’histoire de trois générations de femmes algériennes confrontées à des situations terribles. Ce qui est bien avec la musique contemporaine ou méconnue, c’est que nous avons la possibilité de créer des personnages que personne  n’a interprétés avant nous et de les faire vivre pour la première fois…

_ Nous évoquions la langue particulière de Synge avec Christian Gangneron : a-t-elle été difficile à appréhender, pour vous?
_ Oui et non, car la langue va très bien avec la façon de chanter. J’y ai vraiment trouvé du plaisir, les sonorités sont plus ouvertes, moins pointues que l’anglais.

_ Étiez-vous déjà venue à l’Athénée Théâtre Louis-Jouvet?

_ C’est la première fois que j’y joue, mais je suis déjà venue en tant que spectatrice. La première fois que j’y suis allée, j’étais au conservatoire! La salle est magnifique, et le contraste entre les dorures du théâtre et l’austérité du spectacle risque d’être saisissant…”

Pour découvrir Jacqueline Mayeur, Elsa Levy, Sevan Manoukian, Patrice Verdelet, le choeur Thibaut de Champagne et l’orchestre du Grand Théâtre de Reims dans Riders to the Sea mis en scène par Christian Gangeron et dirigé par Jean-Luc Tingaud, c’est à l’Athénée jusqu’à samedi! Bon jeudi...


The Riders' Progress

Avec l’interview de Christian Gangneron hier matin, vous avez pu vous familiariser avec Riders to the Sea côté artistique : avec cette petite vidéo de moins de deux minutes, découvrez le côté technique!

C’était hier, et le montage du spectacle battait son plein, car il faut ajuster le décor et les lumières à chaque théâtre : vous verrez sur cette vidéo que chaque projecteur doit être installé à une place précise et réglé en fonction du décor, de la taille de la scène ou de la place du public, et vous entendrez quelques scies et perceuses installant le décor ou l’adaptant à la scène de l’Athénée.

Ceux qui ne voient pas la vidéo peuvent cliquer ici pour aller sur le blog ou pour aller sur YouTube. Si on vous propose d'installer le logiciel Flash, dites oui !

Pour découvrir le décor au complet et l’ambiance lumineuse très particulière (et très différente de ce que l’on peut voir sur cette vidéo) de Riders to the Sea, c’est à partir de ce soir et jusqu’à samedi à l’Athénée! Bonne journée...


L'opéra tragique - interview !

Entretien avec Christian Gangneron

Christian Gangneron est le metteur en scène de l’opéra Riders to the Sea qui commence demain soir à l’Athénée Théâtre Louis-Jouvet :

_ Qu’est-ce qui vous a particulièrement plu dans Riders to the Sea, qui est une pièce de John Millington Synge mise en musique par Ralph Vaughan Williams?
_ C’était un véritable coup de foudre. Cela me semble difficile de ne pas avoir de choc en écoutant cet opéra : comme il n’est pas connu, ce n’est pas toujours évident de convaincre  le public de venir le découvrir, mais les spectateurs sortent tous en état de choc.
C’est réellement un opéra à part, très puissant et extrêmement ramassé : il dure trente-cinq minutes (aux représentations à l’Athénée, il sera précédé de Songs of the Travel, des poèmes de Robert Louis Stevenson mis en musique par Ralph Vaughan Williams), et il n’y a ni un mot ni une note de trop!  Cela arrive comme des embruns dans le visage, c’est vivifiant au sens fort du mot.

_ Riders to the Sea montre des personnages habitant sur les îles d’Aran, au large de l’Irlande, et plus particulièrement une famille dont les hommes se noient en mer. Est-ce une nouvelle forme de tragédie?
_ Oui, et en ce sens je m’inscris en faux par rapport à Steiner lorsqu’il parle de mort de la tragédie : certes, peut-être que les conditions favorables au développement de ce genre ont disparu, mais Steiner ne parle pas de Synge dans son livre La Mort de la tragédie… Il y a pourtant une place pour le renouveau de la tragédie et Synge en a été le pionnier. Ce qui a miné l’esprit de la tragédie, c’est sans doute le triomphe des idéologies religieuses ainsi que l’idée de progrès : mais la ruine de ces idéologies, autant politiques que religieuses, associée aux questions sur l’absence de salut et de progrès, a réinstallé le tragique.
Riders to the Sea est une tragédie du quotidien, sans roi et sans reine, pour détourner le titre d’un film : il n’y a pas de héros, pas de démesure, pas de faute. Il y a tragédie car on dépasse l’état psychologique et social d’une situation historique déterminée pour se sentir appartenir à la race des mortels. On est confronté à la mort et à des choses terrifiantes, mais c’est une forme de paix qui se dégage à la fin.

_ En cela, le phénomène de catharsis, ou purification de l’âme par la tragédie, existe bien dans Riders to the Sea ?
_ Oui, il y a une catharsis, incontestablement : malgré la présence de la mort et les événements épouvantables qui surviennent, les spectateurs se sentent apaisés en sortant. Ce n’est pas triste! À travers l’horreur, les personnages purgent le ressentiment qu’ils pouvaient avoir et trouvent enfin le repos, et parvenir à cette acceptation apaisée est justement la fonction principale de la tragédie!
À partir du quotidien difficile de ces gens habitant sur des confettis perdus au large de l’Irlande, cultivant une terre hostile et mangeant des bouts de poissons pourris lorsque la mer est trop mauvaise pour aller pêcher, Riders to the Sea nous propose une leçon de vie incroyable.
L’esprit de l’œuvre dépend étroitement du lieu même des îles d’Aran qui fascinent énormément : Synge s’y est rendu sur les conseils du poète Yeats, Robert Flaherty en a fait un documentaire magistral, Nicolas Bouvier en a tiré des récits de voyage magnifiques… Il y a une fascination pour la force de vie admirable des habitants de ces îles, et l’amour des gens du peuple est trop rare dans la littérature occidentale pour que l’on puisse se permettre de passer à côté…

_ Y a-t-il une connivence entre le genre de la tragédie et celui de l’opéra?
_ Oui, et d’ailleurs l’opéra est né, avec Orfeo de Monteverdi, du désir de retrouver les conditions de représentation de la tragédie grecque! Il s’agissait de revenir aux sources, de recréer ce genre : et en cherchant la tragédie grecque, on a trouvé l’opéra, un peu comme Christophe Colomb a débarqué aux Amériques en visant les Indes…

_ Est-ce que vous pourriez expliquer ce qu’est le keening?
_ Oui, c’est effectivement essentiel dans Riders to the Sea. Le keening est un chant de deuil traditionnel : lorsque l’on retrouve un homme noyé, les femmes de l’île se rassemblent et chantent des lamentations sans texte : ce sont des chorals sans mots, juste des syllabes. Il y a une grande solidarité entres les habitants des îles d’Aran, et la catharsis passe par la prise en charge ritualisée et communautaire de la mort d’un individu. Dans la pièce de Synge, il y a un choeur pour le keening, mais c’est impossible à réaliser au théâtre! Vaughan Williams a mené un réel travail d’ethnomusicologue et a retranscrit ces chants de pleureuses dans son opéra.

_ Qu’y a-t-il de caractéristique dans la langue de Synge?
_ Elle nous a posé problème, et il nous a fallu travailler avec des comédiens irlandais connaissant à la fois l’anglais et le gaélique pour qu’ils nous aident à sentir les spécificités, les couleurs et la rythmique de la langue de Synge qui a eu le génie de se servir des images et des couleurs d’une langue populaire pour en faire une langue poétique.
La traduction française que Françoise Morvan a fait de la pièce est superbe et nous a également beaucoup aidé : d’origine bretonne, elle a vécu la période où, parce qu’il était interdit de parler la langue bretonne, celle-ci a été incluse au français qui a été déformé et restructuré par une syntaxe et des images qui viennent du breton. C’est une langue qui s’est faufilée dans une autre, exactement comme chez Synge qui intègre le gaélique à l’anglais. Grâce à l’aide des deux comédiens irlandais, les chanteurs de Riders to the Sea ont vraiment vu comment donner une force et du sens aux récitatifs, ces passages chantés très proches de la parole. En se réappropriant le gaélique, c’est toute la violence de l’océan qui apparaît, mais aussi la violence de la vie.”

Riders to the Sea dans la mise en scène de Christian Gangneron et la direction musicale de Jean-Luc Tingaud commence demain à l’Athénée, tenterez-vous la découverte? Bon mardi.


Le zootrope (3)

Lorsqu’il y a des opéras à l’Athénée, comme Cosi fan tutte la semaine dernière et Riders to the Sea à partir de mercredi, les chanteurs ont la plupart du temps la possibilité de suivre le chef d’orchestre par écran interposé : disposé dans un coin de la scène, il permet aux artistes d’être ensemble sur la musique sans avoir besoin de lorgner sans arrêt du côté de la fosse.

Voici donc à quoi ressemble François Bazola, directeur musical de Cosi fan tutte, découvert jeudi par ses légendes photographiques improvisées et ici en répétition, sur ce petit moniteur : à partir de mercredi, c’est Jean-Luc Tingaud qui prendra sa place pour Riders to the Sea !

 

 

Je vous rappelle que l’Athénée organise une projection du documentaire L’Homme d’Aran de Robert Flaherty en partenariat avec le cinéma Le Balzac : c’est ce soir à 20h en présence de l’équipe du spectacle!
Quant à l’opéra Riders to the Sea, il dure une heure et se joue de mercredi à samedi à l’Athénée . Bonne journée!


Documentons-nous

Les îles d’Aran sont un archipel au large de l’Irlande : vierges de végétation, battues par les vents, on a du mal à imaginer que des hommes aient choisi de s’installer sur ce qui était au départ inhabitable. Six cents kilomètres de murets de pierre parcourent l’île pour la protéger des vents et les terres ne sont devenus cultivables qu’après l’action acharnée de l’homme.

Robert Flaherty est considéré, avec Dziga Vertov, comme le créateur du documentaire : c’est un peu ainsi que le cinéma a commencé, les frères Lumière ayant choisi de capter de courts instants de réel, même un peu arrangés, pour les premiers films de cinéma comme La Sortie de l’usine Lumière à Lyon ou L’Arrivée d’un train en gare de La Ciotat.

Une vingtaine d’années après les frères Lumière et leur invention du cinéma, Robert Flaherty tourna plus de 18 000 mètres de pellicule lors de deux ans passés dans une famille esquimau pour en filmer la vie quotidienne : en 1922, Nanouk l’Esquimau, commandité par une marque de fourrure, sort sur les écrans et invente pleinement le genre du documentaire.

En parfaite empathie avec les gens qu’il filme, Flaherty tient non pas à proposer le regard que lui porte sur ses sujets mais bien à restituer le regard que Nanouk et sa famille portent sur eux-mêmes : en d’autres termes, que le film ne porte pas sur la vision du cinéaste mais qu’il rende compte au plus juste du combat de l’homme contre la nature.

C’est toujours dans cette idée d’aborder l’harmonie (ou le désaccord) entre l’humain et son milieu naturel que Flaherty se rend deux ans, de 1932 à 1933, sur les îles d’Aran pour y tourner L’Homme d’Aran, considéré encore aujourd’hui comme l’un des plus grands documentaires de l’histoire du cinéma : les hommes y luttent chaque jour pour leur survie dans un milieu hostile et Flaherty invente l’anthropologie cinématographique.

Moins de cinq ans plus tard, John Millington Synge écrit la pièce à l’origine de l’opéra Riders to the Sea qui commence la semaine prochaine à l’Athénée : il a vécu trois ans sur l’une des îles d’Aran et y situe l’action de Riders to the sea. Pêcheurs perdus en mer, tempête et rochers sont au cœur de l’opéra qui évoque avec intensité la violence des conditions de survie sur ces îles à la fois impitoyables et féeriques.

Lundi soir à 20h, vous pourrez voir au cinéma Le Balzac, dans le 8e arrondissement de Paris, l’immense Homme d’Aran de Flaherty : faites d’une pierre deux coups et découvrez des extraits de Riders to the sea interprétés avant la projection par l’équipe du spectacle...

L'opéra Riders to the sea commencera mercredi à l’Athénée dans la mise en scène de Christian Gangneron et la direction musicale de Jean-Luc Tingaud : le spectacle dure une heure, et des extraits et photos sont disponibles sur le site de l’Athénée.

Bon week-end avec Cosi fan tutte à l’Athénée et à la semaine prochaine pour L’Homme d’Aran et les débuts de Riders to the Sea !


Irish Plays

Beckett, Saint Patrick, Synge : il y a au moins trois Irlandais à l’Athénée -sans compter ceux qu’il y a parmi les spectateurs, vous vous en doutez : d’ailleurs, que ceux-ci n’hésitent pas à se manifester, de préférence en anglais (croire que je maîtrise le gaélique serait vraiment se leurrer…)


Samuel Beckett, vous connaissez : l’auteur d’En attendant Godot est régulièrement programmé à l’Athénée, et présentement jusqu’au 28 mars dans la mise en scène de Bernard Levy.


Saint Patrick, vous avez sans doute une petite idée : ordonné évêque en Gaule au 5e siècle, Patrick évangélisa l’Irlande et y organisa l’Église. Sa vie est l’objet de nombreux mythes difficiles à vérifier, mais toujours est-il qu’il est aujourd’hui le saint patron de l’Irlande dont la date de la fête nationale a été fixée le jour de la sienne.
La Saint Patrick est ainsi l’objet de joyeuses festivités célébrées par les Irlandais du monde entier, et vous avez sans doute en tête des images de trèfles à trois feuilles, vêtements verts, chopes de bières ou bouteilles de whisky irlandais.

La Saint Patrick est le 17 mars, c’est-à-dire demain : l’Athénée ne pouvait pas accueillir une pièce de Samuel Beckett sans fêter sa patrie, aussi ceux qui viendront voir En attendant Godot demain soir auront-ils le privilège de se faire offrir quelques surprises et de fêter l’Irlande au bar à l’issue de la représentation!


Sur John Millington Synge enfin, vous en savez peut-être un peu moins : l’auteur du Baladin du monde occidental a également écrit Cavaliers de la mer, adapté en musique par le compositeur britannique Ralph Vaughan Williams.
Pour voir le théâtre musical de  Riders to the sea mis en scène par Christian Gangneron, rendez-vous à l’Athénée dans trois semaines !


Bonne veille de Saint Patrick, et à demain!

 


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