"Si tu veux essayer de plaire à tout prix, tu pleures dès que tu en entends un tousser dans la salle!" expliquait Céline Sallette, comédienne d'après la répétition, à des lycéens le 25 novembre dernier.
Heureusement que les artistes arrivent à ne plus (trop) se formaliser de ces événements sonores bien fréquents, même si, personnellement, il m'arrive d'avoir des envies de meurtre dans les salles où les toussoteurs sont légion et se raclent la gorge à foison. L'acoustique d'une salle à l'italienne comme celle de l'Athénée conçue pour que les spectateurs soient surtout là pour se montrer accentue légèrement le problème, et le moindre bruit corporel prend des proportions qui frôlent le phénomène.
Mais il y a toux et toux, et il serait injuste de mettre tous les catarrheux dans le même crachoir : voici donc une petite typologie de la toux au théâtre.
- Le bronchitique, le vrai, aux quintes de toux grasses assourdies dans une écharpe à qui on ne peut pas décemment en vouloir, à moins de trouver que tous les enrhumés devraient rester devant leur télé.
- Le bronchitique, le vrai, aux quintes de toux grasses non assourdies dans une écharpe, qui ne cherche pas à être discret et à qui on peut décemment en vouloir de ne même pas faire semblant de mettre sa main devant sa bouche. Spécimen souvent âgé qui attend en général le moment émotion de la pièce pour se mettre à farfouiller dans son sachet de pastilles à la sève de pin des Alpes.
- Le Parisien, l'authentique, qui se racle la gorge abîmée par la pollution à tout moment de la journée sans s'en rendre compte.
- Le tousseur agaçant, l'intempestif, dont le toussotement tout sauf maladif apparaît comme un signe d'ennui ou de désapprobation. Genre de petite toux nerveuse et brève très fréquente au début de la pièce et qui s'évanouit au fur et à mesure que le spectacle étend son influence sur le public. Indice de manque de concentration, ce genre de toux semble arriver en réaction, comme si son émetteur cherchait à résister au spectacle ou à montrer aux autres qu'il n'est pas dupe de l'illusion.
- Le toussoteur contagieux, l'inopportun, qui émet une toute petite toux au moment d'un silence sur scène ou entre deux mouvements d'une même œuvre musicale. En général, il en suffit d'un pour qu'une toux globale se déclenche dans la salle afin de meubler un silence ou embarrassant parce que plein d'émotion (et la toux arrive comme une alternative à la petite larme) ou contrariant parce la réaction est impossible à moins de passer pour un béotien qui n'a pas compris que l'œuvre n'était pas encore finie (on tousse alors au lieu d'applaudir).
- Le toussoteur mondain, le tête à claques, qui émet un raclement de gorge sonore pour montrer qu'il est là. Toux bruyante et aiguë généralement suivie d'un air royalement indifférent aux têtes qui se tournent. Spécimen heureusement rare à l'Athénée.
Je verrai jeudi pour la première de La Cour du Roi Pétaud si cet inventaire médico-social aura eu son petit effet, même si j'en doute beaucoup au vu de ces temps enrhumés... Le récapitulatif est d'ailleurs peut-être incomplet et vous êtes invités à l'améliorer.
Et vous d'ailleurs, quel tousseur êtes-vous?
Bon mercredi!