Nous avons tous besoin de consolation

L’histoire des Larmes amères de Petra von Kant de Fassbinder est celle de l’amour déçu de Petra pour Karine.
Passionnelle et déséquilibrée, leur relation détruit Petra au fur et à mesure de la pièce jusqu’au jour de ses trente-cinq ans où elle explose devant sa mère Valérie, sa fille Gabi, son assistante Marlène et son amie Sidonie.

L’apaisement arrive après cette scène d’anniversaire apocalyptique, quand Petra se retrouve seule avec sa mère Valérie.
La discussion est l’occasion de parler de leur relation, du rapport entre Petra et sa fille Gabi et de son amour pour Karine. C’est une très belle scène, qui est aussi la dernière de la pièce. Extrait :


« VALÉRIE : Gabi dort à présent.
PETRA : Je vais me ressaisir, mère.
VALÉRIE : Devant la peur, l’homme est tout petit.

Valérie va au bar, prépare deux drinks, en apporte un à Petra.

PETRA : Merci
VALÉRIE : Ça va faire presque trente-cinq ans que tu es née. Gabi a été choquée.
PETRA : Ah maman, je t’en prie.
VALÉRIE : Ce n’est pas un reproche, Petra. Il faut que tu le saches, c’est tout. J’ai été sur la tombe de père, quelqu’un y avait déposé des fleurs. Je ne sais pas qui. C’est la deuxième fois que ça arrive.
PETRA : J’avais peur que tu me méprises à cause de Karine.
VALÉRIE : Je sais. Peut-être même l’aurais-je fait, qui sait. Il y a trente-cinq ans, il pleuvait. La pluie frappait à la vitre.
PETRA : J’ai souvent peur, mère. On est si seul.
VALÉRIE : Maintenant je vais souvent sur la tombe de père. Bien plus souvent qu’autrefois. Je retourne aussi à l’église.
PETRA : Ces six derniers mois, même le travail ne me faisait plus plaisir. Et toujours la sensation que ma tête allait éclater de douleur.
VALÉRIE : Il faut trouver le courage d’avoir la foi. Nous avons tous besoin de quelque consolation. Tous, Petra. Et... sans Dieu, nous sommes seuls, tous.
PETRA : Non, mère. Ce n’est pas une consolation. Il faut apprendre à aimer sans rien exiger.
VALÉRIE : C’est la même chose, Petra. Crois-moi.
PETRA : Je ne l’ai pas aimée. Je l’ai simplement voulue pour moi. C’est passé. Ce n’est que maintenant que je commence à l’aimer. J’ai appris, mère, et ça a fait très mal. Pourtant apprendre, ça devrait être beau, ça ne devrait pas faire souffrir.
VALÉRIE : Il te faudra être bonne pour Gabi. Les enfants sont tellement sensibles.
PETRA : Je sais.
VALÉRIE : Avant de s’endormir, elle a beaucoup pleuré. Il faut que tu lui donnes une chance de réapprendre à te connaître.
PETRA : Ne me fais pas souffrir, mère. Qu’est-ce que tu y gagnes ?
VALÉRIE : Ce qu’on sait, on doit pouvoir le dire.»


Texte français : Sylvie Müller. Éditions l’Arche



Les Larmes amères de Petra von Kant de Fassbinder mis en scène par Philippe Calvario avec Maruschka Detmers, Joséphine Fresson, Julie Harnois, Roberto Magalhaes, Odile Mallet, Carole Massana et Alix Riemer se joue jusqu’à samedi.


Le bruit de la soie

Dans Les Larmes amères de Petra von Kant, les larmes se sèchent dans des tissus moirés et les cris se perdent dans les canapés capitonnés...

 

 

Athénée - Tissus Petra von Kant

Athénée - Tissus Petra von Kant

Athénée - Tissus Petra von Kant

Athénée - Tissus Petra von Kant

Athénée - Tissus Petra von Kant

Athénée - Tissus Petra von Kant

Athénée - Tissus Petra von Kant

 



Le personnage de Petra von Kant étant une créatrice de mode célèbre, les mannequins drapés et les robes de haute couture peuplent le plateau du spectacle. Pour les voir portés  ou malmenés, vous avez jusqu’à la fin de la semaine !


Ça brille

Sur le plateau des Larmes amères de Petra von Kant, les matières brillantes, réfléchissantes ou jouant de la transparence laissent apparaître le lustre de la grande salle aux endroits les plus inattendus : dans l'entrebâillement d’un rideau de perles, dans le sol doré ou dans l’assise d’une chaise.

 

Athénée - Lustre Petra von Kant

Athénée - Lustre Petra von Kant

Athénée - Lustre Petra von Kant

Athénée - Lustre Petra von Kant

Athénée - Lustre Petra von Kant

Athénée - Lustre Petra von Kant

 


Ce soir à 20h30 au cinéma Le Balzac, vous pourrez découvrir le film que Fassbinder tira de sa propre pièce en 1972. La projection du film se fera en présence de l’équipe du spectacle Les Larmes amères de Petra von Kant, qui se joue jusqu'à samedi.


Pas laid mais juste moche

Pendant que Les Larmes amères de Petra von Kant de Fassbinder se donnent dans la grande salle, leur metteur en scène Philippe Calvario propose une lecture dans la salle Christian-Bérard, juste au-dessus.

Il a choisi le texte Les Visages et les Corps, de Patrice Chéreau.

Grand invité” du Musée de Louvre en fin 2010, le metteur en scène et cinéaste y a présenté des expositions, spectacles, films et lectures : en préparant l’événement, il a tenu un journal où il évoque son travail autour du texte Rêve d’automne de Jon Fosse (qu’il a mis en scène dans le salon Denon du Louvre) mais aussi son métier de metteur en scène et cinéaste, sa vie amoureuse ou ses rencontres avec les artistes Bernard-Marie Koltès, Jean Genet, Hervé Guibert ou Visconti.

Évoluant dans un décor de brocante, Philippe Calvario passe une cinquantaine de minutes à lire des extraits des Visages et des corps dans l’ambiance intime (très intime, c’est tout petit) de la salle Christian-Bérard. Mercredi, quand il a commencé, il s’est mis à pleuvoir, et on entendait le bruit des gouttes sur le toit. Quelques citations relevées au passage :


«Il a écrit sur une carte postale de Tanger : “je pense que tu penses que je pense à toi”. Nous sommes séparés, j’ai disparu parce que je pensais que je me moquais de lui. Quand je reviens, c’est lui qui part. Il y a longtemps.»

«Je suis un voleur à l’étalage, un pilleur malin qui prend son bien là où il le trouve et qui mange à chaque repas toutes les personnes et les œuvres qu’il admire.»

«Les corps sont beaux, comme ils bougent ce soir dans l’espace. Confrontation avec le mien, déjà moins drôle. »

«Les trois jours avec Genet au théâtre des Amandiers à Nanterre [...], Genet dans la salle déserte qui donne des instructions, Yves Bernard, mon directeur de plateau, affolé à la perspective de devoir répéter la manœuvre devant l’auteur : “il ne va pas rester là toute la journée ?”»

«Visconti lui-même que je vois pour la première fois à Spoleto et qui me regarde, indulgent —il sort de la représentation du premier opéra que je mets en scène. “C’est dur de monter un opéra”, me dit-il dans un français irréprochable.»

«Solitude de l’adolescence, molle et sans grâce, conscience de pas habiter mon corps, d’être laid et moche, ou pas laid mais juste moche

«Le silence n’est pas l’absence, l’absence n’est pas la mort. Mais en suis-je bien sûr ?»

Pour entendre ce texte de Patrice Chéreau lu par Philippe Calvario, il vous reste ce soir et demain. Sinon le livre est édité chez Skira Flammarion, et Les Larmes amères de Petra von Kant se jouent encore une semaine !

J’attends toujours votre aide sur les pièces de théâtre abordant l’homosexualité féminine...


Cet article ne respecte pas la loi Evin

Suite à mon article d’hier sur la régie plateau, voici de quoi vous donner une idée en images du nombre d’accessoires à placer correctement chaque soir sur le plateau des Larmes amères de Petra von Kant.

Je reporte sous certaines photos ce qui est mentionné dans la liste à disposition des régisseurs :

 


Téléphone
Billets
Cendrier en forme de petit panier + deux cigarettes

 

 

 

 


Blouse de travail sur paravent avec deux tissus dans poche

 



Cendrier + cigarette (tasser le bout) + briquet
Bouteille cognac + deux gros verres
Bouteilles carrée whisky + Polignac Cognac
Verre jus d’orange
2 verres remplis d’eau

 



Télécommande table lumineuse
Cendrier + briquet

 


Un gâteau de type tropézienne, Paris-Brest ou Saint Honoré
Vérifier régulièrement état des bougies anniversaires n°3 et n°5

 

 

 


(Mentions légales : fumer pue et boire rend bête)



Les Larmes amères de Petra von Kant de Fassbinder avec Maruschka Detmers continuent jusqu’au 9 juin. Leur metteur en scène, Philippe Calvario, lit à partir de ce soir et jusqu'à samedi en salle Christian-Bérard Les Visages et les corps de Patrice Chéreau.

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