Soyez bon et le monde changera en bien

Phi-Phi, l'opérette actuellement à l'Athénée, raconte l'histoire du sculpteur Phidias à qui l'on passe commande d'une statue sur le thème : "l'Amour et la Vertu fondent le bonheur domestique". Le personnage d'Ardimédon sera chargé de personnifier l'Amour, Aspasie représentera la vertu.

Dans sa mise en scène, Johanny Bert a prêté à la marionnette d'Ardimédon un grand corps d'homme musclé taillé en V, tandis qu'Aspasie arbore une poitrine généreuse et une taille de guêpe.
Dans l'entretien que j'ai eu avec Johanny Bert, je lui posais justement cette question de la représentation de la vertu, ce à quoi il a répondu par une autre question : qu'est-ce que la vertu ?

Bonne question.

Il semblerait que le mot "vertu" provienne du latin "virtus" qui, d'après le dictionnaire latin-français Gaffiot, signifie : "qualités qui font la valeur de l'homme, moralement et physiquement". Un autre dictionnaire précise qu'il s'agit de la « force virile, de vir, "homme" » (détail amusant lorsqu'on voit que la notion de "vertu" s'applique souvent aux femmes, ou en tout cas de manière particulière, comme on va le voir plus bas).


Le dictionnaire Trésor de la Langue Française donne plusieurs définitions de la vertu :

- Courage physique ou moral

- Disposition habituelle, comportement permanent, force avec laquelle l'individu se porte volontairement vers le bien, vers son devoir, se conforme à un idéal moral, religieux, en dépit des obstacles qu'il rencontre

- Retenue, chasteté, fidélité conjugale
Enfin, cela concerne surtout les femmes, d'après l'exemple cité en illustration, à savoir Louis Ménard dans Rêveries d'un païen mystique : "la chasteté, pour la femme, est synonyme de vertu, comme pour l'homme la justice et le courage, car le milieu de l'homme est la cité, le milieu de la femme est la famille".
Ce qui est confirmé par l'emploi des expressions développées ensuite dans l'article, telles que "femmes de petite vertu" ou "une vertu" qui signifie "femme qui constitue un modèle de chasteté, de fidélité amoureuse"

- Propriété d'un corps, de quelque chose à quoi on attribue des effets positifs. Exemple : les vertus d'une plante, les vertus d'un dialogue.

- En vertu de  : par le pouvoir de. Exemple : "en vertu des pouvoirs qui me sont conférés".

L'on se rapproche ainsi du sujet de Phi-Phi , comme l'expliquait le musicologue Philippe Cathé dans sa présentation du spectacle avant-hier à l'Athénée (voir ici pour un compte-rendu), souffle un vent de libération des mœurs, en particulier féminines.

En philosophie, la notion de vertu est assez éloignée des questions de mœurs et de la morale puritaine. On pourrait consacrer plusieurs livres à la question, mais voici quelques repères brefs (en toute modestie).

Chez Platon, puis dans l'épicurisme et le stoïcisme, les vertus sont des dispositions qui concourent à une vie bonne. Les vertus cardinales (ou vertus fondamentales pour construire la perfection morale) sont la sagesse, la tempérance, la prudence et la justice.
En ce sens, une vie bonne est aussi une vie heureuse, et la vertu est liée au bonheur.
Spinoza s'inscrit dans cette filiation en définissant la vertu comme ce qui nous pousse à agir conformément à la raison, mais Kant introduit une nuance en la dissociant du bonheur : la vertu ferait partie de la force de la volonté mais, dans le sens où elle pousserait à agir contre les penchants de la sensibilité, pourrait ne pas conduire à une vie heureuse.

Chez Aristote, le sens de "vertu" est différent mais se rapproche finalement du sens que développera ensuite Spinoza : c'est la qualité qui accomplit la nature d'un être. La vertu d'un cheval serait de bien courir, tandis que celle de l'homme serait d'agir sous la conduite de la raison.

Dans Phi-Phi, les femmes sont autant de petites vertus que les hommes, et chacun semble agir selon les penchants de sa sensibilité pour accéder au bonheur dans la bonne humeur, car les deux vertus principales de l'opérette sont sans doute son caractère corrosif et son pouvoir de faire rire.

En conclusion, comme le disait un graffiti aperçu sur un mur lyonnais il y a quelques mois, "soyez bon et le monde changera en bien".

Phi-Phi se joue jusqu'à dimanche ! Bon week-end.


L'évolution des moeurs

Hier soir, Philippe Cathé, musicologue, est venu au foyer-bar de l'Athénée pour donner quelques clés de compréhension sur Phi-Phi, créé le lendemain de l'armistice de 1918.

Il a d'abord expliqué que l'opérette avait été inventée par Hervé (nom de naissance : Florimond Ronger) et non par Offenbach comme on l'imagine souvent. Né en 1825, Hervé nous a laissé des œuvres comme Don Quichotte et Sancho Pança, L'Œil crevé, Chilpéric ou Le Petit Faust (qui parodiait le Faust de Gounod).

Philippe Cathé a ensuite évoqué le rôle primordial de la première guerre mondiale dans l'économie du spectacle : avec la Grande Guerre et les années qui l'ont suivie, la jeunesse a été décimée et les nouveaux riches sont apparus.
Plus vieux, moins aristocratique, ayant envie de s'amuser, ce nouveau public qui a le pouvoir et l'argent guide le spectacle vers des opérettes légères, drôles et plus faciles à comprendre que l'opéra.

La première guerre mondiale a également changé la place des femmes : le travail des femmes inauguré en temps de guerre devrait-il s'arrêter alors que l'on connaît une importante pénurie d'hommes après la guerre ? Donc non seulement les femmes travaillent désormais, mais l'on préfère en plus épouser une femme qui travaille plutôt qu'une femme qui possède des biens, ces derniers perdant leur valeur avec l'inflation galopante des années d'après-guerre.

L'évolution des mœurs des femmes prend ainsi la forme d'une certaine autonomie que l'on retrouve dans Phi-Phi où souffle une liberté correspondant pleinement à l'esprit des années folles, même si la société n'était pas forcément prête à accepter un tel vent de changement : à ce titre, le scandale provoqué par le roman La Garçonne écrit en 1922 par Victor Margueritte (où l'on découvre l'histoire d'une femme prenant de multiples amants) montre que l'on ne plaisantait pas encore complètement avec les mœurs de ces dames...
Phi-Phi est ainsi un bon indicateur de la place des femmes dans la société des années folles, d'autant plus que l'œuvre ne se clôt pas sur une fin bien rangée où tout le monde rentrerait dans le rang…

Philippe Cathé a conclu sur la richesse de Phi-Phi qui permet des mises en scènes très différentes, qu'elles jouent sur les anachronismes de la Grèce Antique ou en proposent une relecture radicale : de son point de vue, la mise en scène de Johanny Bert actuellement à l'Athénée est à la fois dans la fidélité et la relecture  décapante de l'œuvre, mais également dans la continuité du travail des Brigands qui proposent de voir autrement le répertoire de l'opérette.


Le prochain "d'abord", ces rencontres d'une demi-heure au foyer-bar vous proposant quelques clés de compréhension sur les œuvres, aura lieu le 14 janvier pour Le Journal d'un disparu, opéra pour piano (ou cycle de mélodies, selon la définition) de Janacek mis en scène par Christophe Crapez.

Demain, de 12h30 à 14h, vous pourrez assister à une conférence en musique sur le renouveau de l'opérette en France. C'est sur le site Richelieu de la Bibliothèque Nationale de France, 2 rue Vivienne dans le 2e arrondissement de Paris (plus d'informations en bas de cette page)

Phi-Phi se joue jusqu'à dimanche !



Merci à Philippe Cathé, en espérant ne pas avoir déformé ses propos


Grand chef (d'orchestre) et petite cuisine (interne)

Vendredi dernier, nous avons rappelé la définition du raccord, cette répétition d'environ une demi-heure qui a lieu avant chaque représentation de Phi-Phi pour retravailler quelques courts passages de l'œuvre.
Il s'agit donc d'une séance de travail très rapide qui intervient une fois que le spectacle est monté, et qui est vouée à caler certains détails à la demande du chef d'orchestre (en l'occurrence, Christophe Grapperon).

Mon projet de publier un montage vidéo montrant des extraits du raccord du 23 décembre a donné lieu à des discussions avec quelques membres de l'équipe de Phi-Phi : voir l'envers du décor et le travail quotidien des artistes et techniciens revêt-il un intérêt pour le public ? Est-ce facile pour une équipe artistique de voir sa petite cuisine interne mise au grand jour ?

Pour ma part, si je comprends la difficulté à avoir quelqu'un dans ses pattes qui enregistre et prend des photos pendant le travail sans avoir aucun contrôle sur ses publications autre que le droit à l'image, je reste convaincue que la vie des coulisses suscite l'intérêt et la curiosité de qui s'intéresse au spectacle vivant.
Et à l'heure où le travail artistique et intellectuel (ou social et de santé, d'ailleurs) est souvent dénigré ou nié, il me semble important de montrer la réalité du travail des artistes au jour le jour.

Je remercie donc les artistes qui, depuis trois ans, ont accepté ma présence auprès d'eux et vous laisse à cette vidéo de six minutes où vous pourrez découvrir des extraits d'un raccord ayant lieu avant une représentation de Phi-Phi, en espérant qu'elle vous intéressera :

 

Si vous ne voyez pas la vidéo, elle est visible sur YouTube ici.

 

Remerciements particuliers à Christophe Grapperon

Phi-Phi interprété par la compagnie des Brigands (mise en scène : Johanny Bert. Direction musicale : Christophe Grapperon) se joue jusqu'à dimanche !


Interview bidon

Phi-Phi, l'opérette actuellement jouée à l'Athénée, met en scène Phidias, un sculpteur grec qui a vraiment existé (voir une courte biographie ici) entouré de Périclès et d'Aspasie, qui ont vraiment existé aussi (leur courte biographie est ).

Que penseraient les véritables Phidias, Périclès et Aspasie de Phi-Phi ? Petite conversation avec les intéressés depuis leur tombe où ils se retournaient :

« — Quelle est la part de vérité dans Phi-Phi ?
Périclès : — Écoutez, Clémence du blog de l'Athénée, de vous à moi, cette histoire est totalement abracadabrantesque ! Je ne grince pas en marchant et j'ai toujours détesté les épaulettes.
Aspasie : — C'est sûr qu'en termes plastiques, ma silhouette est très proche de celle proposée dans la marionnette qui me représente : de ce point de vue, c'est très réussi. Je conteste cependant le libertinage qui m'est prêté : je n'ai jamais aimé que Périclès ! Enfin, la plupart du temps.
Phidias : — C'est un tissu de mensonges de bout en bout !!! Le fait que la Vénus de Milo n'ait pas de bras n'est absolument pas le résultat d'un accident mais bien celui d'une idée novatrice née dans mon cerveau d'artiste génial ! Qui a intérêt à dissimuler mon influence déterminante sur le surréalisme ? Encore un complot des béotiens, des Spartiates et des Texans ! Et parlons-en, de cette marionnette ! Je n'ai jamais eu de bide, vous m'entendez? Jamais !

— Mais tout de même, Monsieur Phidias, vous avez bien été marié, n'est-ce pas ?
— Cela ne vous regarde pas ! Dans tous les cas, elle ne m'aurait jamais trompé, et surtout pas avec cet impertinent de Comédon !

— Non, Ardimédon…
— C'est pareil ! Ce n'est qu'une vulgaire et insolente excroissance que j'aurais eu vite fait de chasser avec mes dix doigts !

— Monsieur Périclès, vous êtes un tel amoureux des arts que vous n'avez pas hésité à dépenser des sommes importantes pour favoriser la vie artistique de votre temps…

— C'est une excellente question, et je vous remercie de me l'avoir posée. Vous savez, Mademoiselle Clémence du blog de l'Athénée, je n'aime pas les contre-vérités. Je suis comme vous, j'aime qu'on parle franchement : si la Grèce d'en bas a été choquée par certaines de mes dépenses, c'est sans doute parce que je n'ai pas assez expliqué mes réformes ; je saurai désormais faire preuve de pédagogie. Franchement, Mademoiselle Clémence du blog de l'Athénée, de vous à moi, n'êtes-vous pas d'accord pour donner à la Grèce antique l'éclat qu'elle mérite ? Je ne trouve pas normal que l'on critique le Parthénon et les sculptures chryséléphantines, et je veux que cela cesse : je saurai à cet égard faire preuve de toute la bravitude qui me caractérise.

— Qu'aimeriez-vous dire à Monsieur Phidias, à qui vous disputez Aspasie dans Phi-Phi?
— Casse-toi, pauv'con !

— Madame Aspasie, votre rôle essentiel dans la vie intellectuelle athénienne n'est pas vraiment mis en avant dans Phi-Phi
— Eh oui camarade, comme d'habitude, on préfère que les femmes montrent leur corps plutôt que leurs capacités intellectuelles! Qu'importe, je préfère accéder à la sagesse qu'à la célébrité. Bon, c'est vrai que je suis sacrément canon aussi, alors je comprends qu'on en parle…

— Qu'aimeriez-vous dire aux spectateurs de Phi-Phi ?

— Que je cherche de nouveaux admirateurs fortunés pour élargir ma garde-robe. Les dons pécuniaires sont les bienvenus en loge n°4. »

Phi-Phi se joue jusqu'à dimanche ! Bon mardi.



Merci à LM et IS pour l'idée de l'interview-bidon et à JD pour les idées rhétoriques.


10 de der

 

© Malte Martin

 

 

Une bonne année 2011 à tous.


On est raccord

Avec la pièce Oncle Vania, nous avions vu ce qu'était une allemande, c'est-à-dire une répétition où l'on joue la pièce en accéléré sans dire l'intégralité du texte pour caler les déplacements, les places de chacun et les changements de décors, de costumes ou d'accessoires (pour revoir la vidéo présentant des extraits d'une allemande d'Oncle Vania, rendez-vous ici. Pour avoir la définition d'une allemande et d'une italienne, c'est ).

Avec Phi-Phi, découvrons aujourd'hui son pendant musical : avant la représentation d'une œuvre musicale, l'équipe procède souvent à ce qu'on appelle un raccord.

Un raccord est une répétition de moins d'une heure où l'on refait certains courts passages du spectacle pour régler quelques détails musicaux —un tempo, une intensité, un équilibre entre instruments ou entre l'orchestre et les chanteurs par exemple.

C'est normalement le chef d'orchestre qui décide, selon les répétitions et représentations précédentes, des passages à retravailler. La plupart du temps, ces passages sont très courts.

À l'Athénée, l'équipe de Phi-Phi effectue un raccord d'environ une demi-heure avant chaque représentation sous la direction de Christophe Grapperon, le directeur musical du spectacle. J'espère pouvoir vous en proposer un montage vidéo dès la semaine prochaine.

Il ne vous reste plus que dix jours pour voir Phi-Phi, une opérette de 1918 mise en scène par Johanny Bert et dirigée par Christophe Grapperon !

Bonne fin d'année 2010.


Fo-fosse

Dans la fosse de Phi-Phi, vous trouverez dix musiciens : le chef d'orchestre entouré de neuf instrumentistes.
Tour d'horizon des instruments nécessaires à l'orchestration de l'œuvre réalisée par Thibault Perrine (je précise au passage que Phi-Phi connaît de nombreuses versions, l'œuvre ayant été beaucoup reprise depuis sa création en 1918) :

 

Le clavier du piano avec les mains de Nicolas Ducloux

 

Des sourdines pour les cuivres

 

Clarinette et saxophone soprano (en si bémol)

 

Saxophone alto (en mi bémol)





Trompette

 

Violoncelle

 

 

La tête de la contrebasse.

 

 

Il manque le violon, le trombone et la flûte.

Les musiciens ne sont pas les mêmes tous les soirs, alors citons-les tous : Pablo Schatzman et Benjamin Fabre (violon en alternance), Annabelle Brey, Jérôme Huille, Marlène Rivière (violoncelle en alternance), Nicolas Crosse, Benjamin Thabuy (contrebasse en alternance), Nicolas Ducloux (piano), Boris Grelier, Claire Luquiens (flûte en alternance), François Miquel, Christian Laborie, Julien Chabod (clarinette en alternance), Émilie Heurtevent (saxophone), André Feydy, Vincent Mitterrand, Rodolphe Puechbroussous (trompette en alternance) et Frédéric Lucchi (trombone).

Pour les écouter dans Phi-Phi, vous avez jusqu'à la fin de la semaine prochaine ! Bonne journée.


Phi j'écoute !

Concernant Phi-Phi, on sait qui sont Phidias, Aspasie et Périclès, que les marionnettes ont beaucoup de doigté, quelles ont été les intentions du metteur en scène, et que certains accessoires ont bien inspiré l'une des interprètes.

Mais finalement, on ne sait pas à quoi l'œuvre ressemble, musicalement parlant : voici donc quelques extraits sonores de Phi-Phi.
Ils ont été captés depuis la salle lors d'une représentation (pardon à mes chers voisins de fauteuil que j'ai dû gêner avec la lumière de mon enregistreur), et l'ensemble dure moins de trois minutes :

 

Si vous n'arrivez pas à lire l'extrait, cliquez ici pour l'entendre sur le blog ou pour l'écouter sur YouTube.

 

Phi-Phi se joue jusqu'au 9 janvier !


Money makes the world go round

Emmanuelle Goizé est une chanteuse et comédienne habituée de la compagnie des Brigands : interprète dans Au Temps des Croisades, La Cour du Roi Pétaud, Arsène Lupin Banquier, Toi c'est moi, Ta bouche ou Geneviève de Brabant (et caetera et caetera…), elle est Madame Phidias dans Phi-Phi.

Je suis allée l'embêter dans sa loge après une représentation en lui demandant ce que lui inspiraient quelques photos prises dans les coulisses de Phi-Phi :

 

« Composition très Muppet Show ! Une marionnette qui fait un peu la gueule, genre ancienne gloire de Hollywood… »

« C'est l'éjaculation d'opérette, mais après : juste un petit tas de confettis... »

 

« J'ai toujours trouvé que cela ressemblait à un dessert glacé, mais plus à servir au jour de l'an qu'au Noël en famille… En fait, plus exactement, cela me fait penser à une scène du film Amadeus de Milos Forman où le personnage de Salieri fait manger une pâtisserie appelée le "téton de Vénus" à la femme de Mozart pour essayer de la soudoyer. »

 

« Ambiance technique. Bon c'est coloré quand même, parce qu'on fait de l'opérette, mais c'est sérieux par ici, voire dangereux : port du casque rose obligatoire. »

« Ah, les chaussures vernies rouges… Des chaussures de fées, comme celles de Judy Garland dans Le Magicien d'Oz… »

 

« — Euh… Je ne sais pas ce que c'est…
— Je l'ai pris en photo dans les coulisses, donc a priori c'est à vous… Mais ne me demande pas où c'était exactement, je ne m'en souviens plus…
— Eh bien cela m'inspire un grand mystère… »

 

« Mais je n'avais jamais vu qu'il y avait des trèfles à quatre feuilles sur le tablier que je porte pendant le spectacle ! De toutes façons, je savais déjà que j'avais beaucoup de chance d'être là tous les soirs… »

 

« C'est Périclès qui grince. Il faut voir le spectacle pour comprendre ce trucage haute technologie bien plus élaboré que le cinéma en 3D. »

 

« — …
— Tu ne pars pas dans le nord de la France pour tes vacances ?
— Il y a des endroits très beaux dans cette région mais non effectivement, cela ne me viendrait pas à l'idée d'y passer mon mois de décembre ! »

«  C'est un accessoire qui n'est finalement pas dans le spectacle, mais qui nous suit quand même. D'ailleurs il y a des choses comme ça qui nous suivent et qu'on retrouve dans le foyer ou les coulisses comme un fauteuil vert, une chaise à moumoute ou un chien en contreplaqué qui proviennent respectivement des anciens spectacle Toi c'est moi, Les Brigands et Geneviève de Brabant… Il y a des choses comme ça qui nous suivent… »

 

« Money makes the world go round! C'est le titre d'une chanson de Cabaret qui trouve d'ailleurs sa confirmation dans Phi-Phi… »

 

« Indice chez vous : dans quelle scène de Phi-Phi utilise-t-on la télécommande ? On peut d'ailleurs étendre le quizz aux objets que l'on devine autour : la tête de Pirée, un camion orange, une cloche, une cigarette, un briquet, un tablier et une ardoise avec une craie. Je laisse les spectateurs chercher où ces objets interviennent dans le spectacle et à quoi ils servent… »

 


Pour retrouver tous ces objets dans leur contexte, c'est dans Phi-Phi, à l'Athénée jusqu'au 9 janvier !


Un petit goût d'années folles - Interview

Johanny Bert est le metteur en scène de l'opérette Phi-Phi interprétée par la compagnie des Brigands actuellement à l'Athénée. Interview autour d'un thé et d'une clémentine :

« — Tu as beaucoup axé ta mise en scène sur la représentation du corps. Que nous dit Phi-Phi sur la façon dont on représente les corps aujourd'hui ?
— Même si le propos reste léger et la dramaturgie relativement classique d’une opérette, j’avais besoin de trouver dans le livret ce qui m’amusait et me donnait du sens pour pouvoir le mettre en scène. Il s'agit d'abord d'une opérette créée au début des années folles (1918) certainement à un moment où le public a besoin de divertissement après la guerre. J'avais envie de servir ce propos-là et de m'amuser avec l'œuvre, mais en prêtant également attention à ce répertoire difficile, je crois, à mettre en scène : il n'est pas question de décaler l’oeuvre pour s'en moquer ou sous-entendre qu'elle n'a pas d'intérêt, mais bien de jouer ce qu'il y a à jouer pour essayer d'en faire sortir le pétillant. Je voulais chercher de la pertinence et de la rigueur dans la représentation de ce chassé-croisé de corps qui se mélangent et se courent après.
Je précise d'ailleus qu'au début du spectacle, on entend la voix de Alice Cocéa, créatrice du rôle d’Aspasie lors de la première, le 12 novembre 1918 aux Bouffes Parisiens. Cet enregistrement date des années 1950 : il me paraissait intéressant d’entendre le contexte de la création de Phi-Phi.
Nous avons réalisé un travail centré sur le rapport entre les acteurs et les formes marionnettiques. En lisant et en écoutant le livret, deux choses me sont apparues essentielles : tout d’abord, le plaisir de la musique. J’ai découvert ce répertoire qui regorge de malices musicales, et c’est un vrai plaisir ensuite à travailler sur scène. Ensuite, le fait que nous avons tous en tête une certaine imagerie de l'opérette (avec couleurs et confettis) et de la Grèce antique où se déroule l'action (avec toges et colonnes).
J'ai été interpellé par cette question du corps, du désir pour l'autre, des différences d'âges et des statues réalisées par Phidias qui peuvent être une façon de traiter les corps différemment… J'ai choisi de radicaliser le principe en postulant que les personnages étaient des statues et, pour concevoir les formes marionnettiques, nous avons fait un mélange entre les lignes des sculpteurs grecs antiques et des "représentations modèles" des corps d’aujourd'hui. C'est d'ailleurs drôle de comparer la représentation et l’évolution des corps féminins et masculins entre la Grèce antique et le monde occidental d'aujourd'hui. Il y a des regards qui changent…

— C'est pour cela que le personnage d'Aspasie a une ligne de Barbie ?

— Nous nous sommes amusés avec les lignes lors des constructions des formes marionnettiques pour donner à Aspasie une taille de guêpe, en clin d'œil aux images des magazines de mode.

— Sauf que le corps d'Aspasie est censé représenter la vertu, pas la beauté !
— Mais qu'est-ce que la vertu? C'est une question extrêmement complexe…
[NDLR : c'est un sujet pour le blog. Affaire à suivre]
D'ailleurs, on se rend bien compte au fur et à mesure de l'œuvre qu'Aspasie n'est pas si ingénue que cela : elle divise le prix de ses robes en deux (moitié pour son mari, moitié pour son amant) et assume complètement son libertinage. Comparativement à d’autres pièces mettant en jeu des croisements de couples et de désirs, dans Phi-Phi tout est avoué au grand jour pour le bon plaisir de tout le monde.

— Tu parlais tout à l'heure de l'imagerie de l'opérette avec frous-frous, couleurs et confettis : c'est aussi ce que tu as voulu éviter, non ?
— Oui, et en même temps cela fait partie intégrante de l’écriture.
Et c’est là, je crois, toute la problématique et le projet de la compagnie des Brigands dont le responsable artistique, Loic Boissier [que j'avais interviewé sur le blog, ici], m'a passé commande de la mise en scène de Phi-Phi : ils prennent un répertoire un peu ancien pour le remettre au goût du jour et le confier à des esthétiques différentes dans un traitement qui est tout sauf muséal, s'orientant au contraire vers une recherche contemporaine… Il s'agit de travailler avec notre époque sans pour autant dénaturer l'œuvre. J'utilise tout de même quelques éléments de l'imagerie de l'opérette, mais de manière détournée (les confettis par exemple !).

— Pourquoi les marionnettes ont-elles des corps morcelés ?

Phi-Phi parlant beaucoup de sensualité et d'érotisme, je voulais trouver une façon singulière de représenter cela sans vulgarité  : il fallait être grivois tout en trouvant de la poésie et de l'humour.
Ces corps fractionnés sont évidemment un parallèle avec la sculpture grecque, mais cela permet surtout de créer une identité visuelle et dramaturgique qui propose un décalage et permet par exemple de littéralement mélanger les corps.
Le travail visuel avec les marionnettes a été écrit de manière presque chorégraphiée : en fait, les chanteurs donnent leur voix, leur énergie, et ce sont leurs doubles marionnettiques qui font la plupart des actions sur scène. On passe de l'acteur à la marionnette de manière sensible. L'utilisation de la marionnette permet de montrer des choses que l'on ne pourrait pas faire avec des humains, mais il y a aussi des choses que la marionnette ne peut pas porter ou qui perdent leur impact. L'interprétation chantée par exemple est pour moi dans cette œuvre, plus pertinente par les chanteurs directement que par les formes marionnettiques... Il y a une alternance entre le corps humain et le corps pantin qui permet que l'un apporte des choses à l'autre. On guide ainsi les spectateurs dans une convention où cinq solistes font les voix tandis que les marionnettes (et leurs trois ombres discrètes derrière chaque personnages) sont les corps : c'est une chorégraphie d’équipe précise et fragile mettant en jeu l’écoute, le travail vocal, les impulsions d’interprétations, etc. Les marionnettes permettent de nous raconter l'histoire avec l'ironie et l'impertinence que cela peut avoir : il y a une bascule constante, on se renvoie la balle comme si les acteurs sortaient et entraient dans l'action sans arrêt.

— Christophe Grapperon, qui est à la fois chef d'orchestre et interprète du rôle de Périclès depuis la fosse, joue également sur cette notion de bascule…

— Oui, et le fait de lui confier le rôle était d'ailleurs très évident : le clin d'oeil à la position du chef d'orchestre allait de soi, d'autant que Christophe a une superbe voix grave!
Il a été extrêmement précieux sur tout le projet, c'est quelqu'un de très précis qui défend ce répertoire avec beaucoup de perfectionnisme et d'attention. Je voulais donner beaucoup de place à la musique et la complicité avec Christophe était importante.
Je suis de toutes façons très bien entouré sur Phi-Phi : l’équipe de construction du spectacle (scénographie, construction marionnettes, costumes, accessoires, lumières, régie plateau, assistanat à la mise en scène...) a été partie prenante de la création et importante dans l’élaboration de ce Phi-Phi.
Les neuf comédiennes qui chantent, dansent et manipulent les marionnettes ont fait un travail remarquable, et les cinq solistes ont de très belles voix que j’ai plaisir à entendre tous les soirs, d'autant qu'ils se sont engagés dans le projet avec beaucoup de précision, d'envie et d'imagination… C'est très agréable de sentir une équipe très présente et qui a envie d'être là dans le travail et de donner du plaisir aux spectateurs. »

Pour prendre du plaisir devant Phi-Phi, c'est jusqu'au 9 janvier ! Bon début de semaine.

Plus de billets


BlogCFC was created by Raymond Camden. This blog is running version 5.9.002. Contact Blog Owner