Colophane sans sable

Samedi à l'Athénée, les accessoires peuplant les coulisses avaient changé de nature:

 

C'est de la colophane, que l'on applique sur les archets des instruments à cordes frottées (violon, alto, violoncelle, etc.) pour permettre la vibration de la corde.

 

À 15h avait lieu en effet un concert en lien avec Caligula : dans le décor de la pièce (sans le sable bien sûr, pitié pour les instruments), quatre musiciens de l'Orchestre de Paris ont interprété des œuvres de compositeurs dont la vie a été très liée au politique et à l'histoire.
Bruno Putzulu, interprète du rôle de Caligula, est venu dire des extraits du texte de Camus entre les œuvres.



Voici la fin du concert dans une vidéo de moins de trois minutes, en espérant que vous me pardonnerez mes quelques soucis de micro :

 

À l'Athénée, Caligula se joue jusqu'à samedi ! Le prochain (et dernier de la saison) concert de l'Orchestre de Paris à l'Athénée aura lieu le 2 avril 2011 sur le thème "Humour noir" en lien avec Une visite inopportune de Copi.

Bon mercredi.


Un galimatias musical

Quatre concerts pour quatre quatuors
Cette saison, l'Orchestre de Paris donne des concerts à l'Athénée en lien avec les pièces programmées.

Ce samedi à 15h, en résonance à Caligula d'Albert Camus, vous pourrez entendre un concert sur le thème "néo-classique ou oppression".

 


Néo-classique ou oppression
Comme chez Camus, l'art et politique s'entremêlent dans la vie et les œuvres des cinq compositeurs choisis :
Erwin Schulhoff et Hans Krasa furent tous deux déportés (et exécutés) dans les camps nazis,
Bartok favorisa la reconnaissance de l'identité nationale hongroise (et la création de la Hongrie en 1918) en intégrant la musique paysanne hongroise dans ses œuvres*,
le style de Stravinsky se modifia au rythme de ses exils
et Chostakovitch subit toute sa vie l'oppression du régime soviétique et le poids du réalisme socialiste.


Chostakovitch et le réalisme socialiste

C'est dans les années 1930 que la doctrine du réalisme socialiste fait son apparition en URSS. Sa définition la plus claire se trouve sans doute dans les statuts d’unions de créateurs soviétiques qui ont été rédigés en 1934 :
l'on y apprend que le réalisme socialiste exige "une représentation véridique et historiquement concrète de la réalité dans son développement révolutionnaire [qui doit] se combiner à la tâche [...] de l’éducation idéologique des travailleurs dans l’esprit du socialisme".

La fonction assignée à l'art est claire : l’artiste devient un "ingénieur des âmes" (l'expression date de 1932 et est de Staline lui-même) chargé d’une fonction d’éducation et de mobilisation des masses.

Mais l'on passa rapidement de l'art prolétarien à l'art totalitaire : en 1936, un article extrêmement violent à l'égard de Chostakovitch paraît dans La Pravda et marque le début d'une campagne dite "anti-formaliste".
Après avoir défini le contenu idéologique des œuvres d’art, le "réalisme socialiste" s'attaquait ainsi également à leur forme en dénonçant à la fois le "formalisme" et le "naturalisme" : le formalisme était défini comme la prégnance de la forme sur le message, et le naturalisme comme la description de la réalité hors de la perspective marxiste (c'est-à-dire n'analysant pas la vie selon des critères sociaux et historiques).

Publié dans la même Pravda après la parenthèse de la seconde guerre mondiale, le décret Jdanov, (du nom du préposé aux arts du comité central et du conseil des commissaires du peuple), achève la subordination de l’art à l’État :
"on considère que, s’il y a des malfaçons dans la production […], il est naturel d’émettre un blâme, mais s’il y a des malfaçons dans l’éducation des âmes humaines […], on peut l’admettre. Et pourtant, n’est-ce pas une faute plus pire [sic] ?"
La chasse aux sorcières est en marche : Chostakovitch, Mandelstam, Vertov, Eisenstein et bien d’autres en feront les terribles frais et, de campagnes d’intimidation en déportations, l’œil pervers de Staline usa de la manipulation et des revirements pour mieux asseoir sa domination.

C’est ainsi que Chostakovitch eut à subir le chaud et le froid soufflé par la mécanique implacable de broyage des individus, recevant six prix Staline tout en endurant, entre autres, deux campagnes de dénigrement particulièrement violentes : c’est toute la contradiction d’un régime qui, en écrasant les artistes sans relâche, montrait paradoxalement l’importance qu’il leur accordait.

Forcé à la coopération, subissant l’humiliation, Chostakovitch sut la plupart du temps exprimer sa résistance dans des partitions bien plus novatrices et équivoques qu’on ne l’a d’abord cru. Il évita ainsi ce que Siniavski dénonçait dans un texte paru dans la revue Kultura en 1957 pour dénoncer le réalisme socialiste : "Ce n’est ni du classicisme, ni du réalisme. C’est le demi-art demi-classique d’un non-réalisme à peine socialiste".
La doctrine momifiée du réalisme socialiste subsista jusqu’à l’éclatement de l’URSS en 1990 : Chostakovitch, lui, est mort en 1975.

 

L'art de l'engagement
Albert Camus n'eut de cesse de critiquer le totalitarisme soviétique et refusa farouchement toute compromission, prônant la résistance, multipliant les prises de position courageuses et refusant les idéologies.

Vous pouvez découvrir son Caligula jusqu'au 5 février. Et pour entendre les compositeurs qui lui ont été associés par les équipes de Caligula et de l'Orchestre de Paris, c'est ce samedi à 15h.

Bon mercredi.

 


* À l'instar de Janacek pour la Tchécoslovaquie à la même époque : j'en parlais sur le blog ici à l'occasion du Journal d'un disparu.


NB : "un galimatias musical" est le titre de l'article
anonyme (mais sans doute rédigé par Staline) publié dans La Pravda du 28 janvier 1936 pour attaquer l'opéra Lady Macbeth du district de Mzensk de Chostakovitch.

Bibliographie : Michel Aucouturier, Le Réalisme socialiste.
Solomon Volkov, Chostakovitch et Staline.


4 musiciens et 3 sœurs

Samedi, quatre musiciens de l'Orchestre de Paris se mêlaient aux trois sœurs de Tchekhov pour un spectacle associant musique et théâtre :
entre des œuvres des compositeurs russes Taneïev et Tchaïkovski, les interprètes des Trois Sœurs lurent des lettres que l'actrice Olga Knipper adressa à son mari, Anton Tchekhov, autour de l'année 1900.

 



Lecture de lettres d'Olga Knipper entre le quatuor de Taneïev et celui de Tchaïkovski.

Debout, de gauche à droite : Joséphine Serre, Léopoldine Serre et Alexandrine Serre.
Assis, de gauche à droite : Pascale Meley, Antonin André-Requena, Nicolas Peyrat et Thomas Duran.

 



Les musiciens saluent après leur exécution du quatuor de Tchaïkovski. Les trois sœurs sont restées sur scène pour écouter le concert.

Debout, de gauche à droite : Pascale Meley, Antonin André-Requena, Nicolas Peyrat et Thomas Duran.
Assises, de gauche à droite : Joséphine Serre, Léopoldine Serre et Alexandrine Serre.


L'équipe salue après le spectacle.

De gauche à droite : Léopoldine Serre, Pascale Meley, Antonin André-Requena, Joséphine Serre, Nicolas Peyrat, Thomas Duran et Alexandrine Serre.

 

Une demi-heure plus tard, l'on put assister au premier café-débat de la saison sur le thème « faut-il rêver sa vie au risque de la perdre ? » avec Jean-Pierre Martin, écrivain, et Volodia Serre, metteur en scène des Trois Sœurs. J'aurai l'occasion de vous en reparler très vite.


Le prochain concert de l'Orchestre de Paris à l'Athénée aura lieu le 29 janvier à l'occasion de Caligula de Camus, sur le thème "néo-classique ou oppression".

Le prochain café-débat aura lieu le 12 mars 2011 autour du spectacle L'Échange de Claudel mis en scène par Bernard Lévy.

Les Trois Sœurs mis en scène par Volodia Serre se joue à l'Athénée jusqu'à samedi.

Bon lundi !


La Belle au Bois Dormant

Mercredi, nous évoquions le compositeur Taneïev dont le Quatuor n°3 op.7 sera joué à l'Athénée demain à 15h par des musiciens de l'Orchestre de Paris.
Il se trouve que Taneïev fut l'élève de Tchaïkovski (qui l'incita d'ailleurs à composer des quatuors à cordes) dont l'on entendra également l'un des quatuors demain.

Tchaïkovski, tout le monde connaît : ou plutôt, tout le monde croit connaître. Casse-Noisette, Le Lac des Cygnes ou son Concerto pour violon* ont été joués et rejoués et souvent utilisés dans la publicité ou dans le cinéma. Tchaïkovski est en effet celui qui créa le genre du ballet symphonique avec La Belle au Bois Dormant, Casse-Noisette ou Le Lac des Cygnes justement, mais on l'a souvent résumé à cela.

Si l'originalité et la créativité de ses ballets ne sont pas à remettre en cause, il serait dommage d'oublier que Tchaïkovski a aussi composé des opéras superbes comme La Dame de Pique ou Eugène Onéguine et des œuvres de musique de chambre (quatuors ou trios par exemple) novatrices et essentielles dans la musique russe.

Plus ambiguës qu'elles ne semblent l'être au premier abord, les œuvres de Tchaïkovski mêlent classicisme et romantisme, musique russe et occidentale, art savant et folklore, orchestration brillante et mélodies féeriques. Ses opéras sont des chefs-d'œuvre extrêmement poignants, et sa musique du chambre permit la naissance du genre en Russie : son Quatuor n°1 op.11 est ainsi le premier quatuor à cordes composé par un Russe.
Le genre du quatuor à cordes, c'est en effet le symbole de la musique pure et l'emblème de la tradition occidentale (citons en particulier les quatuors de Haydn, Beethoven et Schubert qui font référence en la matière) : pourtant Tchaïkovski a réussi à se l'approprier pour donner à ses quatuors l'empreinte de sa personnalité tumultueuse et une coloration typiquement russe.

C'est le Quatuor à cordes n°3 op.30, le dernier qu'il a composé, qui sera joué à l'Athénée demain. Écrite en 1876 à Paris au cours de la composition du Lac des Cygnes, l'œuvre rencontra un immense succès en dépit des doutes de Tchaïkovski (qui avait de toutes façons une sérieuse tendance à dévaloriser son travail) : très émouvante au point de faire régulièrement pleurer ses auditeurs (on fera le test demain), la partition est considérée comme le chef-d'œuvre de la musique de chambre de Tchaïkovski.

À demain 15h pour écouter ce quatuor de Tchaïkovski et le Quatuor n°3 op.7 de Taneïev interprété par des musiciens de l'Orchestre de Paris !

À 17h30, vous pourrez assister gratuitement au café-débat "Faut-il rêver sa vie au risque de la perdre?" Et à 20h, place aux Trois Sœurs de Tchekhov mis en scène par Volodia Serre qui se joue encore une semaine.

Bon week-end !


* si si, vous le connaissez, surtout si vous avez vu le film Le Concert de Radu Mihaileanu.
Sinon, vous pouvez l'écouter ici dans la version d'Isaac Stern.


L'âme russe

Depuis quelques années, l'Athénée programme aussi de la musique.

Cette saison, l'Athénée et l'Orchestre de Paris proposent "Quatre concerts pour quatre quatuors" où les œuvres sont choisies en fonction des pièces jouées à l'Athénée.
En résonance avec le cycle Tchekhov (Oncle Vania, Les Trois Sœurs et La Cerisaie), vous pourrez ainsi entendre samedi le concert "musique russe".

Cette fois-ci, le quatuor sera à cordes : deux violons, un alto et un violoncelle, qui interpréteront des œuvres de Taneïev et Tchaïkovski.

J'entends d'ici les plus expressifs d'entre vous se demander intérieurement "mais c'est qui, Taneïev?" (voyez comme je suis perspicace). Taneïev (ou Tanayev, selon les transcriptions), est un compositeur russe né à Vladimir (ouest de la Russie) en 1856 et mort près de Moscou en 1915.
Homme extrêmement cultivé qui cumulait les savoirs en mathématiques, musique, histoire, langues et philosophie, il séjourna deux ans à Paris où il fréquenta les compositeurs français Saint-Saëns, Fauré et Gounod. Professeur au Conservatoire de Moscou avant d'en être le directeur, il fut un musicien très actif dans bon nombre de domaines : la pédagogie donc, mais aussi le piano (élève de Nicolas Rubinstein, il donna des concerts en tant que pianiste), la théorie musicale (il écrivit des ouvrages sur les techniques du contrepoint et du canon) mais aussi la composition.

Ses connaissances extrêmement pointues en matière de technique musicale et son intérêt pour les lettres et la philosophie donnent aux œuvres qu'il a composées une très grande perfection formelle autant qu'une sensible élévation spirituelle.
À la fois simples et élégants, ses quatuors à cordes contribuent à donner à la musique de chambre russe des bases formelles qui lui manquaient sans doute, le genre ayant été beaucoup négligé par les compositeurs russes jusqu'à Tchaïkovski (qui fut le premier compositeur russe à écrire un quatuor à cordes).

Son Quatuor à cordes n°3 op.7, qui sera joué samedi, fut justement dédié à Tchaïkovski dans sa première version, puis au compositeur Rachmaninov dans sa seconde : Taneïev décida en effet de remanier sa partition après avoir entendu des quatuors de Rachmaninov. Ample et très maîtrisé, ce quatuor porte également des influences de Haydn, Beethoven et Schubert, considérés comme les maîtres du quatuor à cordes.

Taneïev fut d'ailleurs l'élève de Tchaïkovski, dont le Quatuor à cordes n°3 op.30 sera également joué samedi.
Et pour ceux qui se demandent qui est Tchaïkovski, rendez-vous dans le billet de vendredi.


Bon jeudi 11 novembre ! Les Trois Soeurs ne fait pas relâche en ce jour férié et se jouera donc aussi demain.

 

Merci à Pierre-Émile Barbier pour son article sur Taneïev
dans le
Guide de la musique de chambre paru chez Fayard.


Et mon tambour, tu l'aimes mon tambour ?

Bonjour à tous,
J'espère que vous avez passé un bon week-end.

À l'Athénée, le concert Variations sur percussions dont nous parlions sur le blog ici et a eu lieu samedi dans le décor de la pièce Oh les beaux jours.

Pour vous faire une idée sonore et visuelle du concert, voici la vidéo de quarante secondes que j'ai réalisée pendant les répétitions.



Si vous n'arrivez pas à lire la vidéo, cliquez ici pour la regarder sur le blog ou pour aller sur Youtube.

 


Oh les beaux jours se joue jusqu'à samedi ! Bon lundi.


Merci à Nicolas Martynciow, Eric Sammut, Emmanuel Curt, Florent Jodelet et Florence Alibert pour leur collaboration.


Non, vous ne recevrez pas le billet en cinq exemplaires aujourd'hui

C'était la bérézina hier matin sur le blog : le billet a été envoyé cinq fois, le sondage n'était pas en ligne, on ne pouvait pas laisser de commentaire, bref, de quoi nous mettre de bonne humeur pour toute la journée !

Aujourd'hui les problèmes sont réglés : vous pouvez répondre à la question que je vous posais hier (comment choisissez-vous vos spectacles ?) ici, et vous pouvez même étoffer votre réponse en laissant un commentaire au billet. Je salue d'ailleurs les courageux qui ont réussi à répondre au sondage ou à me laisser un commentaire dès hier.
En tout cas, je suis désolée du désagrément que cela a pu vous causer. Si cela vous console, sachez que cela m'en a causé aussi.

Demain à 15h aura lieu le concert Variations sur percussions dans le décor de la pièce Oh les beaux jours.
Nous parlions du concert mercredi avec deux de ses interprètes ; et comme la percussion est un genre encore peu connu, n'hésitez pas à cliquer ici : vous pourrez voir un court extrait des répétitions et découvrir la poésie d'une œuvre de John Cage.

À demain à l'Athénée, ou à bientôt sur Oh les beaux jours qui se termine le 9 octobre !


Jouer dans du carton

Depuis quelques années, l'Athénée programme aussi de la musique. Cette année, le cycle "4 concerts pour 4 quatuors" (en partenariat avec l'Orchestre de Paris) propose des concerts en lien avec les pièces de théâtre programmées.

Le premier concert aura lieu ce samedi à 15h. Les œuvres choisies par les musiciens, tous percussionnistes, sont en rapport avec Oh les beaux jours de Beckett et seront interprétées dans le décor de la pièce imaginé par Robert Wilson.


Conversation avec Éric Sammut et Nicolas Martynciow, membres de ce quatuor de percussionnistes et musiciens à l'Orchestre de Paris :

« — On vous a passé commande d'un concert en rapport avec Oh les beaux jours de Samuel Beckett actuellement à l'Athénée. Pourquoi avoir choisi ces œuvres de Bartok, Berio et Cage ?
Éric Sammutt : — Au départ, nous étions partis pour faire un concert à quatre : on réfléchissait chacun de notre côté et John Cage (1912-1992) est apparu comme étant le principal compositeur du concert : on joue ainsi deux de ses pièces. Peu de compositeurs de cette époque ont composé pour percussions : tout cela date de moins de trente ans… Mais l'on voulait tout de même y associer d'autres compositeurs, et en particulier Berio et Bartok dont l'esthétique nous semble répondre à celle de Beckett : on interprétera donc leurs duos pour violons, mais avec des percussions. Et nous avons complété avec des œuvres de Nicolas et moi-même : je compose plutôt pour claviers et Nicolas plutôt pour les peaux, nous sommes complémentaires…

— Je suis un peu surprise que l'on puisse interpréter des œuvres pour violons aux percussions…
Éric Sammut : — Les tessitures du violon correspondent aux instruments de percussions ! On peut jouer toutes les notes, seul le son est différent. Le but n'est pas d'imiter le violon, seulement de profiter d'autres compositions : on prend une pièce et on la transcrit dans un autre univers. Des artistes chinois ont monté Carmen de Bizet en chinois par exemple : on transforme l'esthétique, mais pas l'idée qui reste la même. On garde l'esprit musical, on essaie de le laisser intact : cela est possible avec certaines musiques, comme les œuvres de Bach par exemple, qui est le compositeur le plus transcrit —on peut le jouer sur des cailloux ou des morceaux de bois, ça marche ! C'est le compositeur universel. Alors qu'avec Chopin cela fonctionne moins, parce qu'il est plus pianiste que musicien : c'est l'esthétique du piano qui l'a rendu génial, tandis que le génie de Bach réside plus dans la musique que dans l'instrument… Bartok et Berio sont des musiciens de cet ordre là.

— Vous dites que John Cage vous est apparu tout de suite, pouvez-vous expliquer pourquoi ?

Nicolas Martynciow : — Je cherchais un rapport entre Beckett et la musique, je ne sais pas trop. J'avais déjà vu Oh les beaux jours : j'ai eu l'impression que l'esthétique de Cage était très proche du style de Beckett… Dès qu'on nous a proposé ce concert à l'Athénée, cela m'a paru évident. Je suis incapable de l'intellectualiser, c'est… C'est évident quoi.

— Disons, pour davantage expliciter votre choix, qu'effectivement les styles de Beckett et Cage mettent tout deux en œuvre la variation (c'est-à-dire la répétition d'un motif en le modifiant légèrement) et une certaine économie de moyens ; peut-être qu'il y a également chez les deux artistes une forme de conscience de l'absurdité de l'existence.
Vous allez jouer dans le décor d'Oh les beaux jours : qu'est-ce que cela vous inspire ?

Éric Sammut : — Il y a le monticule au milieu alors qu'on a besoin de place… C'est très risqué pour nous, car les percussions nécessitent bien plus d'espace et de temps d'installation que des violons ! Nous allons donc jouer avec l'espace du théâtre et peut-être utiliser les loges d'avant-scène pour y mettre des instruments.
Mais nous avons l'habitude de jouer dans des endroits insolites : nous avons donné des concerts dans des décors d'opéras, dans une usine de carton et même à Castorama, où l'on nous avait demandé de jouer de la musique avec leur matériel ! On a donc joué du Bach, entre autres, avec des perceuses, des marteaux, des tournevis…  Mais ce qui nous intéresse, c'est surtout la lumière : l'atmosphère lumineuse est très importante car elle change toujours l'ambiance. Si elle est dans des tons plutôt froids, on va essayer de réchauffer l'ambiance, car je trouve qu'il faut mettre de la couleur dans la percussion, que cela soit un son chaud, que l'on donne envie aux gens de voyager…
On a souvent l'occasion de jouer à l'étranger, mais très peu à Paris, alors pour nous ce concert est vraiment important, et nous espérons que beaucoup de gens viendront nous écouter...

— On a surtout parlé de vous en tant qu'instrumentistes alors que deux de vos compositions font aussi partie du programme. Pouvez-vous évoquer votre démarche de compositeur ?

Nicolas Martynciow : — J'essaie de mettre très peu d'instruments pour essayer d'utiliser au maximum les possibilités sonores de chacun : il n'y a pas d'instrument mélodique dans mes œuvres qui font ainsi entendre le rythme pur. Je joue beaucoup avec mes influences qui sont le jazz et la musique contemporaine, avec des clins d'oeil à Bartok et à Stravinski.
Quant à Éric, c'est un musicien très cultivé qui connaît énormément de musiques : il a l'oreille absolue et, quand il écoute un morceau, il le mémorise avec une facilité déconcertante, ce qui lui permet sans doute aussi d'agréger bon nombre de styles dans ses œuvres... Contrairement à moi, il utilise principalement des claviers dans ses œuvres où l'on retrouve aussi beaucoup d'influences et même de citations, qu'elles soient cinématographiques (le titre Lost in the ocean évoque ainsi deux films, Lost in translation et Ocean's eleven) ou musicales : il est passionné par le jazz et la chanson française par exemple. »


Variations sur percussions aura lieu ce samedi 2 octobre à 15h à l'Athénée Théâtre Louis-Jouvet dans le décor d'Oh les beaux jours.
Le programme musical est composé de 3e construction et She is asleep de John Cage,  de transcriptions de duos pour violon de Bartok et Berio, de Lost in the Ocean d'Éric Sammut et de Sweet Swaff de Nicolas Martynciow.
Le concert rassemblera quatre percussionnistes, Nicolas Martynciow, Eric Sammut, Emmanuel Curt  et Florent Jodelet.



PS : nous avions déjà évoqué ce genre de sujet sur le blog : Pierre, lecteur du blog et percussionniste de son état, m'avait envoyé un texte fort drôle sur la condition du percussionniste moyen à lire ici.


C'est de saison

Comme je vous le disais hier en vous montrant les coulisses de l'événement, l'Athénée présentait sa saison 2010-2011 il y a peu.


Tour d'horizon partiel et partial, que vous pourrez compléter en allant voir les vidéos de la soirée sur la fiche de chaque spectacle du site internet de l'Athénée :


Oh les beaux jours de Beckett - mise en scène de Robert Wilson


Adriana Asti
, que vous connaissez peut-être pour l'avoir vue au cinéma chez Visconti, Bertolucci ou Pasolini, jouera dans Oh les beaux jours mis en scène par Robert Wilson.
En tournage à Venise pour le prochain film d'André Téchiné, elle présente le spectacle par téléphone :

Si vous n'entendez rien, cliquez ici pour aller sur YouTube.

 

 

Orchestre de Paris : 4 concerts pour 4 quatuors

Quatre quatuors de musiciens
issus de l'orchestre de Paris viendront donner quatre concerts tout au long de la saison, en lien avec les spectacles théâtraux de l'Athénée.

Découvrez des compositeurs du 20e siècle au moment d'Oh les beaux jours, de la musique russe pour accompagner le cycle Tchekhov (Oncle Vania, Les Trois Soeurs et La Cerisaie), des œuvres abordant le néo-classique et la question de l'oppression à l'occasion de Caligula et des partitions pleines d'humour noir en résonance avec Une Visite inopportune.



Oncle Vania de Tchekhov - mise en scène de Serge Lipszyc

C'est Robin Renucci, que vous avez peut-être vu dans Un Village français ou chez Chabrol, Mocky ou Bertolucci, qui interprétera Oncle Vania. Il est venu présenter le spectacle mis en scène par Serge Lipszyc.

 

Patrice Martinet et Robin Renucci

 

 

Fondation Royaumont - 4 récitals pour 6 chanteurs

 

(c)Malte Martin

Depuis quelques saisons, l'Athénée vous propose d'entremêler théâtre et musique : avec la Fondation Royaumont, découvrez quatre concerts pour voix et piano en octobre, décembre, mars et mai.


Les Trois Soeurs de Tchekhov - mise en scène de Volodia Serre


Volodia Serre, le metteur en scène des Trois Soeurs, a vraiment trois soeurs, toutes comédiennes.

C'est donc tout naturellement qu'il leur a confié les rôles-titres et qu'il interprétera également leur frère dans le spectacle.

Ils sont venus en famille nous lire quelques morceaux choisis de Tchekhov dont on oublie trop souvent le potentiel comique.

Si vous ne voyez pas la vidéo, cliquez ici pour aller sur YouTube.


 

La Cerisaie de Tchekhov - mise en scène de Paul Desveaux

Pour compléter ce cycle Tchekhov, Paul Desveaux, déjà venu à l'Athénée pour Les Enfants terribles, est venu présenter sa Cerisaie dont vous trouverez cette jolie citation dans la brochure 2010-2011 de l'Athénée : "c'est beau, c'est sensible, à part qu'on ne comprend rien".

 

© Malte Martin

 

 

Résidence de Claire-Marie Le Guay

La pianiste Claire-Marie Le Guay est en résidence à l'Athénée depuis deux saisons
: très attachée à la sensibilisation à l'art, elle a construit un véritable projet pédagogique où elle passe du temps dans des écoles primaires parisiennes et donne des concerts spécialement pour les enfants.
Elle donne également des récitals pour les adultes, au nombre de deux cette saison.

 

Claire-Marie Le Guay en coulisses avant d'entrer sur la scène de la présentation de saison.




Phi-Phi, une opérette d'Henri Christiné et Albert Willemetz - mise en scène de Johanny Bert pour Les Brigands

Si vous êtes un habitué de l'Athénée, vous connaissez déjà l'univers déjanté de la compagnie des Brigands qui livrent une opérette ou un opéra-bouffe au Théâtre tous les ans.

Le metteur en scène Johanny Bert, après avoir présenté Phi-Phi, a fait monter son équipe sur scène pour une démonstration très en jambes :

Si vous ne voyez pas la vidéo, cliquez ici pour aller sur YouTube.

 

 

Le Journal d'un disparu, opéra de Leos Janacek - direction musicale et mise en scène de Christophe Crapez.

Chanteuse dans le spectacle, Éva Gruber était déjà venue à l'Athénée pour L'Opéra de quatre notes : elle revient cette fois-ci dans Le Journal d'un disparu qu'elle s'est chargée de présenter.

Janacek est un compositeur tchèque né en 1854 et décédé en 1928. Il a composé des œuvres comme la Sinfonietta, L'Affaire Makropoulos, De la Maison des morts, Jenufa ou La petite Renarde rusée.

Voici un court extrait sonore (moins d'une minute) du Journal d'un disparu :

 

Si vous ne voyez pas la vidéo, cliquez ici pour aller sur YouTube.

 

 

Caligula de Camus - mise en scène de Stéphane Olivié Bisson
Stéphane Olivié Bisson : "Dans l'imaginaire collectif, Camus, c'est la photo en noir et blanc, la cigarette aux lèvres… Ça sent le Panthéon!"

 

Avant de partir, il offrit à Patrice Martinet, directeur de l'Athénée, ce livre rassemblant Albert Camus, René Char et Henriette Grindat.

 

 

La Voix humaine, opéra de Poulenc d'après Cocteau - mise en scène de Vincent Vittoz

Vincent Vittoz est venu présenter l'opéra de Poulenc composé d'après l'œuvre éponyme de Jean Cocteau :

 

 

L'Échange de Paul Claudel et l'opéra Didon et Énée de Purcell - mises en scène de Bernard Levy

Bernard Levy a déjà mis en scène
deux spectacles à l'Athénée : En attendant Godot et Fin de partie, deux pièces de Beckett.

Il revient deux fois cette saison dans deux œuvres très différentes, L'Échange de Paul Claudel dont il espère faire "quelque chose d'âpre, de sensuel, de drôle mais terriblement émouvant" et Didon et Énée de Purcell qu'il abordera en novice de l'opéra.

 

 

Une Visite inopportune de Copi - mise en scène de Philippe Calvario

Philippe Calvario : "La visite inopportune, c'est cette saleté de mort qui arrive un peu trop tôt…"

 

 

Ali Baba ou les quarante voleurs, opéra de Cherubini - mise en scène de Charlotte Nessi

Comme l'a dit Charlotte Nessi, "on connaît tous Ali Baba même si on ne sait plus très bien ce que font les quarante voleurs".

© Malte Martin

 

 

Le Récit de la servante Zerline de Hermann Broch - mise en scène d'Yves Beaunesne

"Voilà encore une journée de passée qui ne reviendra plus"

Vu à l'Athénée pour sa mise en scène de Cosi fan tutte de Mozart, Yves Beaunesne a un vrai talent pour donner envie d'aller voir ses spectacles, décuplé ici par la présence de l'actrice Marilu Marini.

Je vous laisse donc regarder la vidéo sur le site de l'Athénée en lançant un appel de fashion victim :

Le jour de la présentation de saison, Marilu Marini portait ces chaussures. Je veux les mêmes. Merci de me communiquer toute information me permettant de les trouver ("pique-les dans la loge de Madame Marini quand elle reviendra jouer le spectacle" N'EST PAS une information valable !). Merci.

 

 

Il est encore temps de vous abonner pour cette saison 2010-2011 !
La saison actuelle n'est pas encore terminée : Guillaume Gallienne joue jusqu'au 17 juillet la reprise de son spectacle Les Garçons et Guillaume, à table !

Bon jeudi et à demain pour le premier portrait de spectateur sur ce blog.


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