La vie rêvée

« Faut-il rêver sa vie au risque de la perdre ? » C'était le thème du café-débat qui a eu lieu à l'Athénée il y a deux semaines.
Animé par Lola Gruber, le débat réunissait Volodia Serre, metteur en scène des Trois Sœurs de Tchekhov passé à l'Athénée, et Jean-Pierre Martin, écrivain.

 

Dans le foyer-bar de l'Athénée.
De dos, le public. De face au fond, Jean-Pierre Martin, Lola Gruber et Volodia Serre.



Est-on maître de son destin, vit-on sa vie, décide-t-on de son existence ?
Jean-Pierre Martin et Volodia Serre ont donné quelques pistes de réponses à partir de leur vie personnelle et des pièces de Tchekhov, évoquant la question de la reproduction sociale conceptualisée par Pierre Bourdieu, l'idéalisation du passé chez les personnages de Tchekhov ou l'impression tenace que la génération d'avant vivait mieux que la nôtre.

L'on ne peut ainsi s'empêcher de penser à l'existentialisme dans le sens que lui donnait Jean-Paul Sartre et souvent résumé dans la phrase « l'existence précède l'essence » : selon Sartre (en le simplifiant), l'être humain aurait le choix de se définir au cours de sa vie ; il naît d'abord et se détermine ensuite : condamné à être libre, l'homme ne se construit que par ses choix. Ce sont ses choix qui définissent ce qu'il est, et il n'y a pas de nature humaine préalable.

(pour mémoire, j'avais fait une  courte note sur l'existentialisme à l'occasion du passage des Mains sales de Jean-Paul Sartre à l'Athénée, à (re)lire ici)

Dans le foyer-bar de l'Athénée.
De gauche à droite, Jean-Pierre Martin, Lola Gruber et Volodia Serre.

 

Mais à écouter Volodia Serre et Jean-Pierre Martin, j'ai également pensé à Jacques Bouveresse commentant Robert Musil. Jacques Bouveresse est un philosophe français vivant, qui a récemment été mis en avant dans les médias pour avoir refusé la légion d'honneur qui lui a été attribuée contre son gré en juillet dernier. Robert Musil est un écrivain autrichien (1880-1942) surtout connu pour L'Homme sans qualités.

D'après Jacques Bouveresse, L'Homme sans qualités pose entre autres la question de l'ironie de l'histoire ou, plus exactement, pourquoi l'histoire ne se réalise jamais de la manière que l'on voudrait. Si l'on parle d'Histoire avec un grand H, citons par exemple le déclenchement de la première guerre mondiale que personne n'avait prédit. Et si l'on parle d'histoire individuelle, notons que notre vie ne se passe jamais comme aimerions —en d'autres termes, le destin se réaliserait sans que nous n'ayons prise sur lui.

Si l'histoire ne se réalise donc pas par l'action des humains, elle se ferait, selon Musil analysé par Bouveresse, par des principes qui leur échappent, comme  :
- le plagiat (les hommes et femmes politiques reproduisent toujours les mêmes recettes et supposées solutions sans inventivité ni réflexion : Musil parle ainsi de « pensée de réserve »)
- la créativité de surface (l'on retrouve souvent la rhétorique du guide ou de l'homme providentiel en politique, alors que celui-ci n'a finalement que peu d'emprise réelle sur l'histoire. En effet, les changements n'adviendraient pas par le centre mais plutôt par la périphérie)
- le train-train (on laisse les choses se faire sans agir en espérant que les problèmes se résoudront d'eux-mêmes)
- l'amplification des erreurs dans la transmission de l'information (comme dans le jeu du téléphone arabe où une phrase passée d'une personne à l'autre finit déformée, le chemin que l'on souhaite suivre n'ira jamais dans le sens exact qu'on essaie de lui donner)
- l'amorphisme humain (il n'y a pas de nature humaine par excellence : l'être humain s'adapte aux conditions extérieures)
- la promenade sans but (l'histoire se réalise selon les lois du hasard, telle un promeneur qui, parti marcher sans but déterminé, s'arrêterait devant un immeuble, prenait le temps de discuter avec un passant et décidait de l'accompagner un bout de chemin pour tourner ensuite dans une rue qui lui paraîtrait intéressante, etc. C'est ainsi qu'il se retrouve à un point vers lequel il ne se dirigeait pas.).

Ce n'est pas pour autant que l'homme serait complètement impuissant à maîtriser sa vie et le cours de l'Histoire : car si l'histoire ne se fait jamais complètement comme on aimerait qu'elle se fasse et que l'imprévu arrive finalement plus souvent qu'on ne le croit, elle se fait à travers l'être humain qui peut, par de petites actions, faire pencher la balance (on se rapproche ici du principe de la créativité de surface selon lequel les changements adviennent par la périphérie). Ainsi, l'être humain pourrait faire l'histoire s'il voulait réellement la faire.

Pour plus de développements sur ces questions, on peut lire L'Homme sans qualités de Robert Musil traduit en français par Philippe Jacottet et Robert Musil. L'Homme probable, le hasard, la moyenne et l'escargot de l'histoire de Jacques Bouveresse.
Dans le cadre du cycle de débats « Théâtre des Idées » organisé par le Festival d'Avignon, Jacques Bouveresse a fait une intervention sur le thème de l'ironie de l'histoire à partir de laquelle j'ai écrit ce billet : il y développe entre autres ses analyses de l'œuvre de Musil en faisant des liens avec la situation actuelle. Vous pouvez l'écouter ici.

La plupart des personnages de La Cerisaie n'ont pas de prise sur leur histoire : incapables d'agir, ils laissent la vie se faire dans une époque qui les dépassent. C'est à l'Athénée dans la mise en scène de Paul Desveaux jusqu'au 11 décembre.

 

PS : vous pouvez (ré)écouter le café-débat ici. Le prochain café-débat aura lieu en mars autour du spectacle L'Échange de Claudel mis en scène par Bernard Lévy.
Jean-Pierre Martin publiera son prochain roman, Les Liaisons ferroviaires, en janvier 2011 aux éditions Champ Vallon.


On y revient toujours

Tchekhov est ce genre d'auteur que l'on peut revoir inlassablement au théâtre tant ses textes semblent se révéler à chaque fois au gré des comédiens et des mises en scène : en regardant autour de moi, j'ai l'impression que beaucoup de spectateurs aiment bien aller voir plusieurs mises en scène d'une même pièce de Tchekhov et qu'une fois qu'on a commencé avec Tchekhov, on n'en finit jamais.

L'Athénée vous offre un cycle Tchekhov avec ses trois dernières pièces*, Oncle Vania, Les Trois Soeurs et La Cerisaie. Pour ma part, c'était la première fois que je voyais Oncle Vania, mais j'avais déjà vu Les Trois Soeurs et La Cerisaie.

Et vous, aviez-vous déjà vu ces trois pièces de Tchekhov ? Vous pouvez répondre au sondage en cliquant ici (c'est sur la droite) ou laisser un commentaire au billet.  Je suis également curieuse de voir dans quelles mises en scène vous les avez vues !
Je précise que je ne peux pas proposer plus de quatre possibilités de réponses et ne peux pas faire en sorte qu'on puisse en cocher plusieurs… Je vous laisse donc vous exprimer avec plus de diversité et de précisions en commentaire.

Avez-vous déjà vu Oncle Vania, Les Trois Soeurs et/ou La Cerisaie ?
Oui, j'ai déjà vu au moins l'une de ces trois pièces et j'aimerais la/les revoir à l'Athénée.
Oui, j'ai déjà vu au moins l'une de ces trois pièces mais je préfère aller voir autre chose.
J'ai déjà vu d'autres pièces de Tchekhov mais pas celles-ci. Je découvrirais avec plaisir une ou plusieurs de ces trois pièces à l'Athénée.
Je n'ai jamais vu/lu de pièces de Tchekhov.

Les Trois Soeurs mis en scène par Volodia Serre se joue encore deux semaines à l'Athénée! La Cerisaie mis en scène par Paul Desveaux commencera ensuite le 25 novembre.

 

* J'exclue Les Méfaits du tabac qui est un monologue publié après Les Trois Soeurs.


Les chaises

 

 

Les chaises d'Oncle Vania ont quitté l'Athénée ce week-end : rendez-vous à partir de jeudi pour la suite du cycle Tchekhov avec Les Trois Sœurs mis en scène par Volodia Serre qui y dirige ses trois propres sœurs, Joséphine, Léopoldine et Alexandrine Serre.


"Forgeons, forgeons ensemble, nous serons forgerons"

Lorsque Oncle Vania mis en scène par Serge Lipszyc a été créé, le rôle titre était tenu par un professeur de technologie : la pièce a en effet d'abord été montée dans le cadre des rencontres de théâtre organisées tous les ans par l'ARIA, Association pour les Rencontres Internationales Artistiques en Corse.

Tenant autant de l'éducation populaire que de la décentralisation théâtrale, l'ARIA a été initiée par Robin Renucci en 1998 pour proposer des stages de théâtre mélangeant amateurs et professionnels, proposer une sensibilisation au théâtre dans les écoles et organiser des rencontres de théâtre tous les étés dans la vallée du Giussani, en Haute-Corse.
Ainsi les comédiens professionnels peuvent-ils bénéficier de formations spécifiques, mais il existe également des stages où amateurs, professeurs de l'Éducation Nationale et comédiens professionnels travaillent ensemble pour monter des pièces qui sont ensuite présentées au public au mois d'août.
Pendant l'année, l'ARIA monte également une collaboration de longue haleine avec des écoles primaires, des collèges et des lycées en sensibilisant leurs élèves au théâtre par des ateliers et des exercices de réflexion sur les textes, le tout souvent lié au patrimoine artistique et culturel de la Haute-Corse.

Dans la distribution actuelle d'Oncle Vania, quatre personnes ont été stagiaires à l'ARIA à des années différentes : Judith d'Aleazzo (rôle d'Éléna), Sylvain Méallet (assistant à la mise en scène et rôle du valet de ferme) et Estelle Clément-Bealem (Sonia) en tant que comédiens professionnels, Michèle Gaulupeau (la nourrice) en tant qu'amateure (elle est enseignante de lettres à la retraite). Serge Lipszyc (metteur en scène), Robin Renucci (Vania), René Loyon (Alexandre Sérébriakov) et Danièle Gauthier (la mère de Vania) y sont formateurs.

Les stages d'été de l'ARIA consistent à réunir des personnes de tous horizons à Olmi-Cappella pendant cinq semaines : la première semaine, les quatre-vingts stagiaires travaillent avec les formateurs (comédiens, metteurs en scène, costumiers, créateurs lumières, décorateurs, chanteurs, etc.). À la fin de cette première semaine, chaque metteur en scène propose le projet qu'il souhaite monter, et chaque stagiaire choisit celui auquel il veut participer. Il reste ensuite quatre semaines pour créer chaque spectacle avant de tous les présenter au public.

C'est ainsi que Serge Lipszyc a mis en scène Oncle Vania en plein air à Olmi-Cappella et que la production a été reprise dans une distribution remaniée à l'Athénée.
Si vous voulez participer aux stages de l'ARIA, que vous soyez comédiens, professeurs, avocats, maçons, agents de recouvrement ou serveurs dans un restaurant, c'est ici.
Si vous voulez soutenir l'ARIA, c'est .
Si vous voulez voir Oncle Vania, c'est à l'Athénée ce soir à 20h et demain à 15h et 20h.

La semaine prochaine, le cycle Tchekhov continue avec Les Trois Soeurs mis en scène par Volodia Serre qui joue dans le spectacle ainsi que ses trois vraies sœurs, Alexandrine, Joséphine et Léopoldine Serre.


La programmation de films en lien avec Tchekhov continue au cinéma le Balzac : ce samedi ou mercredi prochain à 11h, venez découvrir La petite Lili de Claude Miller !

Bon week-end de la Toussaint et à mardi !


L'emmerdeuse

J'aime bien prendre des photos de spectacles à l'Athénée, mais c'est quasiment impossible de le faire sans gêner les spectateurs.
Du coup, pour Oncle Vania, j'ai préféré gêner les acteurs en me postant dans les coulisses pendant la représentation.

Voici donc ce que donne Oncle Vania vu de profil :
(NB : j'étais dans les coulisses situées à droite lorsqu'on regarde la scène. Sur les photos, le public se trouve donc sur la gauche)

 

Robin Renucci, Judith d'Aleazzo, Serge Lipszyc et Estelle Clément-Bealem (derrière)

 

Judith d'Aleazzo, Serge Lipszyc et Robin Renucci

 

Estelle Clément-Bealem, Robin Renucci, Laurent Huon, René Loyon et Judith d'Aleazzo

 

Robin Renucci et Judith d'Aleazzo

 

Robin Renucci

 

Michèle Gaulupeau et Laurent Huon

 

Robin Renucci, Estelle Clément-Bealem, Serge Lipszyc et Danièle Gauthier

 

Michèle Gaulupeau, Danièle Gauthier et Laurent Huon

 

Toute l'équipe d'Oncle Vania quelques secondes avant les saluts.

 

Estelle Clément-Bealem, Robin Renucci, Danièle Gauthier et René Loyon sortant de scène pendant les saluts.

 

 

Une petite entorse à la vue de profil : Robin Renucci vu dans l'entrebâillement d'une porte (mal fermée) qui mène à la salle.
Pardon au spectateur assis juste derrière cette porte et qui a dû se demander d'où venait ce drôle de bruit d'obturateur dans son dos…

 

 

Oncle Vania se joue encore ce soir, demain et samedi à 15h et 20h.


Nous nous reposerons

Oncle Vania se termine par une longue réplique où Sonia, interprétée par Estelle Clément-Bealem, évoque la paix de l'âme après la mort :

« Nous allons vivre, oncle Vania, toi et moi. Nous allons vivre une longue, longue, série de jours, et de longues soirées ; nous allons supporter patiemment les épreuves que le destin nous enverra ; nous allons travailler pour les autres, maintenant et plus tard, quand nous serons vieux, sans connaître de repos, et, quand notre heure sera venue, nous mourrons docilement et, là-bas, de l'autre côté du tombeau, nous dirons combien nous avons souffert, combien nous avons pleuré, combien nous avons eu la vie amère, et Dieu aura pitié de nous, et toi et moi, mon oncle, mon oncle bien-aimé, nous verrons une vie lumineuse, splendide, pleine de grâce, et nous nous réjouirons, et, en nous retournant sur nos malheurs de maintenant, nous aurons un sourire de compassion —et nous nous reposerons. Je crois, mon oncle, je crois avec ardeur, passionnément… Nous nous reposerons ! Nous nous reposerons ! Nous entendrons les anges, nous verrons tout le ciel constellé de diamants, et nous verrons le mal terrestre, toutes nos souffrances se noyer dans la charité qui remplira le monde entier, et notre vie deviendra douce, tendre, légère, comme une caresse. Je crois, je crois… Mon pauvre, mon pauvre oncle Vania, tu pleures… Tu n'as pas eu de joie dans ta vie, mais, attends un petit peu, oncle Vania, attends… Nous nous reposerons… Nous nous reposerons ! Nous nous reposerons ! »

La semaine dernière, je vous parlais du genre musical du Lied à propos du concert qui a eu lieu samedi à l'Athénée. Il se trouve que nous pouvons en reparler aujourd'hui à propos de Rachmaninov qui a composé un Lied sur une partie de cette réplique.

Né en 1873 en Russie et mort en 1943 aux États-Unis où il a émigré après la révolution russe de 1917, Rachmaninov est surtout resté célèbre pour ses œuvres pour piano. Influencé par Tchaïkovski et appartenant au post-romantisme, il a aussi laissé des cycles de Lieder où l'exigence littéraire dans ses choix de textes et la finesse des sentiments laissent transparaître des thèmes récurrents comme la recherche de la sérénité, un certain pessimisme quant à son époque et la joie de la contemplation de la nature.

En 1906, il a écrit un cycle de quinze romances pour piano et voix (opus 26) où l'on trouve des auteurs russes variés comme Tolstoï, Tchekhov, Tioutchev ou Merejkovski.
La troisième romance de ce cycle (op.26 n°3), My otdokhniom, est une mise en musique profonde, émouvante et spirituelle d'extraits de cette dernière réplique d'Oncle Vania.

Voici, du russe traduit en français, l'extrait choisi par Rachmaninov :
« Nous nous reposerons ! Nous entendrons les anges, nous verrons tout le ciel constellé de diamants, et nous verrons le mal terrestre, toutes nos souffrances se noyer dans la charité qui remplira le monde entier, et notre vie deviendra douce, tendre, légère, comme une caresse. Je crois, je crois… Nous nous reposerons ! Nous nous reposerons ! »

Vous pouvez écouter cette romance interprétée par le baryton finlandais Kalevi Olli en cliquant ici. Elle dure moins de trois minutes.

Vous pouvez voir Oncle Vania de Tchekhov mis en scène par Serge Lipzsyc avec Robin Renucci à l'Athénée jusqu'à samedi.


On nous ment.

En tant que fouineuse professionnelle, je me dois de rôder dans les coulisses pendant les représentations.

Voici ce que j'y ai vu lors d'une représentation d'Oncle Vania à l'Athénée :

 

Sylvain Méallet, assistant à la mise en scène et comédien, prépare le vin qui sera servi sur scène quelques minutes plus tard.
Note : oui, il y a un truc. Tout est faux. Le vin que les acteurs boivent sur scène n'est pas du vrai vin. La vodka n'est pas de la vraie vodka. Ne croyez pas tout ce qu'on vous dit à la télé.

 

Michèle Gaulupeau, qui joue la nourrice, patiente entre deux scènes en suivant la pièce dans les écrans de retour.

 

Sylvain Méallet et Michèle Gaulupeau dans le miroir du foyer des comédiens.


Sylvain Méallet termine la préparation du vin-qui-n'est-pas-du-vin-mais-bon.

 

Judith d'Aleazzo et Estelle Clément-Bealem, comédiennes, se changent et se recoiffent entre deux actes.

 

Judith d'Aleazzo remet le col d'Estelle Clément-Bealem.

 

Oncle Vania se joue jusqu'à samedi.

Hier après-midi, Robin Renucci, qui interprète Oncle Vania, était l'invité du Grand Entretien sur France Inter : vous pouvez écouter l'émission ici (puis cliquez sur "en un clic : écoutez l'émission du lundi 25 octobre 2010" dans la colonne rouge "réécouter" située sur la droite).

Bon mardi !


La gaufre, la gaufre !

Tchekhov a une réputation d'écrivain un peu sombre. Toujours très touchants, ses personnages sont souvent les victimes d'un monde où les valeurs sûres s'effondrent et l'humanité s'effrite.

Mais les pièces de Tchekhov sont aussi truffées d'humour et de clins d'œil, pour peu qu'on les mette un peu en avant. À l'Athénée, la mise en scène de Serge Lipszyc navigue d'une émotion à une autre en provoquant quelques éclats de rire.
Pour les sceptiques, voici un choix partiel et partial de répliques comiques tirées d'Oncle Vania :


«— Et j'ai beaucoup changé depuis ?
— Beaucoup. Tu étais jeune dans ce temps-là, tu étais beau ; maintenant tu te fais vieux. La beauté, c'est plus ça. Et la vodka, faut dire aussi, tu craches pas dessus. »

« — Ferme tes écluses, La Gaufre ! »

 « — Oh oui, j'étais un homme phare, mais qui ne donnait de lumière à personne… »

« — Pendant vingt-cinq ans, il parle et il écrit sur ce que les gens intelligents savent depuis belle lurette et qui n'intéresse pas les imbéciles. […] Il est à la retraite, son nom ne dit rien à personne, c'est l'inconnu parfait. […] Mais regarde-le : il marche, on dirait Jupiter ! »

« — Quand même, il fait beau, aujourd'hui… Pas trop chaud…
— Un temps à se pendre avec plaisir… »

« — La vérité, c'est que, grâce à moi, tout le monde est à bout, tout le monde s'ennuie »

«— C'est vrai que je ne connais pas la campagne, mais j'ai beaucoup lu. »

Après s'être fait surprendre dans une position délicate, faisant comme si de rien n'était :

« —Aujourd'hui, très cher Ivan Petrovitch, il ne fait pas trop mauvais. Ce matin, le ciel était couvert, on aurait dit qu'il allait pleuvoir, et maintenant — du soleil. À dire vrai, l'automne est splendide… et les blés d'hiver non plus, ils ne viennent pas mal. Mais voilà, les jours ont raccourci... (Il sort) »

« — Tu n'es pas fou, tu es simplement toqué. Un bouffon de bas étage. Avant, je pensais que tous les toqués étaient malades, pas normaux, et maintenant, l'opinion que j'ai, c'est que l'état de l'homme est d'être toqué. Tu es parfaitement normal.»

 

(La traduction française est d'André Markowicz et Françoise Morvan)



Oncle Vania monté par Serge Lipszyc avec Robin Renucci se joue jusqu'à samedi! Bon lundi.


NB : « La Gaufre » est le surnom du personnage de Téléguine interprété par Laurent Huon. Le texte explique pourquoi, mais ne comptez pas sur moi pour révéler l'information!


Oncle Vania à l'allemande

Hier, je vous expliquais ce qu'était une allemande au théâtre, c'est-à-dire une répétition où l'on déroule la pièce en accéléré.

Après la définition, voici aujourd'hui l'exemple en vidéo : l'équipe d'Oncle Vania faisant une allemande avant la première à l'Athénée.

Il s'agit d'une vidéo d'environ cinq minutes où vous ne verrez que des extraits de cette répétition, l'allemande ayant duré environ une heure.

 



Si vous ne voyez pas la vidéo, cliquez ici pour aller sur le blog ou pour la voir sur YouTube.

 

Oncle Vania se joue encore pendant une semaine !

Demain à 15h, vous pourrez venir écouter des œuvres du compositeur Hugo Wolf dans le cadre de la programmation musicale de l'Athénée en collaboration avec la Fondation Royaumont. Plus d'informations ici.


Scènes de la vie de campagne

L'Oncle Vania mis en scène par Serge Lipszyc a d'abord été joué en plein air, en Haute-Corse : presque logique pour une pièce où la campagne occupe tout l'arrière-plan.

 

 

Pour l'Athénée, la scénographie (ici en cours d'installation) conçue par Sandrine Lamblin s'est installée sur du vrai plancher : pour la voir, c'est jusqu'au 30 octobre !

Bon week-end.

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