La vie rêvée

« Faut-il rêver sa vie au risque de la perdre ? » C'était le thème du café-débat qui a eu lieu à l'Athénée il y a deux semaines.
Animé par Lola Gruber, le débat réunissait Volodia Serre, metteur en scène des Trois Sœurs de Tchekhov passé à l'Athénée, et Jean-Pierre Martin, écrivain.

 

Dans le foyer-bar de l'Athénée.
De dos, le public. De face au fond, Jean-Pierre Martin, Lola Gruber et Volodia Serre.



Est-on maître de son destin, vit-on sa vie, décide-t-on de son existence ?
Jean-Pierre Martin et Volodia Serre ont donné quelques pistes de réponses à partir de leur vie personnelle et des pièces de Tchekhov, évoquant la question de la reproduction sociale conceptualisée par Pierre Bourdieu, l'idéalisation du passé chez les personnages de Tchekhov ou l'impression tenace que la génération d'avant vivait mieux que la nôtre.

L'on ne peut ainsi s'empêcher de penser à l'existentialisme dans le sens que lui donnait Jean-Paul Sartre et souvent résumé dans la phrase « l'existence précède l'essence » : selon Sartre (en le simplifiant), l'être humain aurait le choix de se définir au cours de sa vie ; il naît d'abord et se détermine ensuite : condamné à être libre, l'homme ne se construit que par ses choix. Ce sont ses choix qui définissent ce qu'il est, et il n'y a pas de nature humaine préalable.

(pour mémoire, j'avais fait une  courte note sur l'existentialisme à l'occasion du passage des Mains sales de Jean-Paul Sartre à l'Athénée, à (re)lire ici)

Dans le foyer-bar de l'Athénée.
De gauche à droite, Jean-Pierre Martin, Lola Gruber et Volodia Serre.

 

Mais à écouter Volodia Serre et Jean-Pierre Martin, j'ai également pensé à Jacques Bouveresse commentant Robert Musil. Jacques Bouveresse est un philosophe français vivant, qui a récemment été mis en avant dans les médias pour avoir refusé la légion d'honneur qui lui a été attribuée contre son gré en juillet dernier. Robert Musil est un écrivain autrichien (1880-1942) surtout connu pour L'Homme sans qualités.

D'après Jacques Bouveresse, L'Homme sans qualités pose entre autres la question de l'ironie de l'histoire ou, plus exactement, pourquoi l'histoire ne se réalise jamais de la manière que l'on voudrait. Si l'on parle d'Histoire avec un grand H, citons par exemple le déclenchement de la première guerre mondiale que personne n'avait prédit. Et si l'on parle d'histoire individuelle, notons que notre vie ne se passe jamais comme aimerions —en d'autres termes, le destin se réaliserait sans que nous n'ayons prise sur lui.

Si l'histoire ne se réalise donc pas par l'action des humains, elle se ferait, selon Musil analysé par Bouveresse, par des principes qui leur échappent, comme  :
- le plagiat (les hommes et femmes politiques reproduisent toujours les mêmes recettes et supposées solutions sans inventivité ni réflexion : Musil parle ainsi de « pensée de réserve »)
- la créativité de surface (l'on retrouve souvent la rhétorique du guide ou de l'homme providentiel en politique, alors que celui-ci n'a finalement que peu d'emprise réelle sur l'histoire. En effet, les changements n'adviendraient pas par le centre mais plutôt par la périphérie)
- le train-train (on laisse les choses se faire sans agir en espérant que les problèmes se résoudront d'eux-mêmes)
- l'amplification des erreurs dans la transmission de l'information (comme dans le jeu du téléphone arabe où une phrase passée d'une personne à l'autre finit déformée, le chemin que l'on souhaite suivre n'ira jamais dans le sens exact qu'on essaie de lui donner)
- l'amorphisme humain (il n'y a pas de nature humaine par excellence : l'être humain s'adapte aux conditions extérieures)
- la promenade sans but (l'histoire se réalise selon les lois du hasard, telle un promeneur qui, parti marcher sans but déterminé, s'arrêterait devant un immeuble, prenait le temps de discuter avec un passant et décidait de l'accompagner un bout de chemin pour tourner ensuite dans une rue qui lui paraîtrait intéressante, etc. C'est ainsi qu'il se retrouve à un point vers lequel il ne se dirigeait pas.).

Ce n'est pas pour autant que l'homme serait complètement impuissant à maîtriser sa vie et le cours de l'Histoire : car si l'histoire ne se fait jamais complètement comme on aimerait qu'elle se fasse et que l'imprévu arrive finalement plus souvent qu'on ne le croit, elle se fait à travers l'être humain qui peut, par de petites actions, faire pencher la balance (on se rapproche ici du principe de la créativité de surface selon lequel les changements adviennent par la périphérie). Ainsi, l'être humain pourrait faire l'histoire s'il voulait réellement la faire.

Pour plus de développements sur ces questions, on peut lire L'Homme sans qualités de Robert Musil traduit en français par Philippe Jacottet et Robert Musil. L'Homme probable, le hasard, la moyenne et l'escargot de l'histoire de Jacques Bouveresse.
Dans le cadre du cycle de débats « Théâtre des Idées » organisé par le Festival d'Avignon, Jacques Bouveresse a fait une intervention sur le thème de l'ironie de l'histoire à partir de laquelle j'ai écrit ce billet : il y développe entre autres ses analyses de l'œuvre de Musil en faisant des liens avec la situation actuelle. Vous pouvez l'écouter ici.

La plupart des personnages de La Cerisaie n'ont pas de prise sur leur histoire : incapables d'agir, ils laissent la vie se faire dans une époque qui les dépassent. C'est à l'Athénée dans la mise en scène de Paul Desveaux jusqu'au 11 décembre.

 

PS : vous pouvez (ré)écouter le café-débat ici. Le prochain café-débat aura lieu en mars autour du spectacle L'Échange de Claudel mis en scène par Bernard Lévy.
Jean-Pierre Martin publiera son prochain roman, Les Liaisons ferroviaires, en janvier 2011 aux éditions Champ Vallon.


Le Temps des cerises

L'Athénée se prépare à accueillir le dernier spectacle de son cycle Tchekhov : pour découvrir les arbres de La Cerisaie mis en scène par Paul Desveaux, c'est à partir de ce soir et jusqu'au 11 décembre.

 

La Cerisaie de Tchekhov mis en scène par Paul Desveaux réunit Vincent Debost, Daniel Delabesse, Amandine Gaymard, Christophe Giordano, Christophe Grégoire, Jean-Claude Jay, Fany Mary, Justine Moulinier, Océane Mozas, Gilian Petrovski, Maëlle Poésy etBaptiste Roussillon.
À ce soir pour la première.


Êtes-vous du genre flemmard ?

Lorsque je discute du blog avec mes interlocuteurs quels qu'ils soient, ceux-ci ont souvent l'air de compatir à mon triste sort qui me condamne à trouver un nouveau sujet tous les jours (je vous rassure, ce n'est pas si triste).

Mais voilà, au-delà de la compassion, pourquoi ne m'aideriez-vous pas ou, plus exactement, pourquoi n'essaierai-je pas de traiter des sujets de votre choix ?

À vos méninges : je vous laisse me proposer des sujets en rapport avec le théâtre en général et l'Athénée en particulier, dans le domaine du réalisable (ou pas, finalement, car j'aime beaucoup les défis et l'humour absurde)

Vous pouvez m'indiquer vos idées de sujets en laissant un commentaire à ce billet (cliquez ici) ou en m'écrivant à mon adresse mail en prenant soin de remplacer (at) par @ : clemence(at)athenee-theatre.com.

Bon mercredi et à demain pour la première de La Cerisaie.


Ce blog est d'un plan-plan…

La grande salle de l'Athénée est très belle, tout le monde le dit : le lustre, le velours rouge, les fauteuils cloutés, les dorures, les loges et cariatides font de cette salle à l'italienne une merveille qui a valu, entre autres beautés du bâtiment, à l'Athénée d'être classé monument historique.

Mais voilà, ce qui a du charme n'est pas toujours pratique et fonctionnel (et je ne parle pas que de vos relations de couple) : la salle de l'Athénée pose parfois quelques dilemmes quant à la catégorie de places à acheter et le placement à choisir, car la vue de face n'est pas réservée à tous les fauteuils.

Pour vous aider à mieux vous repérer (à moins que je ne contribue à vous embrouiller), voici quelques plans de salle de l'Athénée à travers les âges.

Ils sont classés du plus ancien au plus récent, mais je n'ai pas leur date exacte, sauf pour le dernier qui est celui dont l'équipe de l'Athénée se sert actuellement.

 

 

 

 

 

 

 

 

Merci à Denis Léger, directeur technique de l'Athénée
et pourvoyeur en chef de vieux documents.

 

 

La Cerisaie de Tchekhov mis en scène par Paul Desveaux commence jeudi !

Bon mardi.


Trac, horlogerie, garçonnière, pyramide et violoncelle - interview

Olivia Brunaux et Féodor Atkine interprètent respectivement le rôle de Nora et de Torvald dans Une maison de poupées mise en scène par Nils Öhlund.

Rencontres croisées dans la loge de chacun avant une représentation:


«Olivia, tu interprètes un rôle considéré comme mythique. Quelles sont ses difficultés particulières, à part que tu as de la concurrence cette année à Paris ?
— Que le rôle soit déjà interprété ailleurs dans d’autres mises en scène ne me dérange pas, puisque je ne suis tout simplement pas allée voir les autres versions… La vraie grande difficulté de départ à vrai dire, même si cela va peut-être te paraître idiot, c’est la longueur du texte: j’ai rarement eu un texte aussi long à apprendre et m’y suis prise vraiment très à l’avance.
Une autre difficulté résidait dans la dimension personnelle de l’interprétation: l’une des idées principales de Nils Öhlund étant l’écho que ce texte d’Ibsen a en chacun de nous aujourd’hui, il fallait éviter de mélanger ma vie et mon rôle, faire abstraction des résonances que le personnage peut avoir chez moi...
Enfin, Nora était un rôle de jeune femme pour moi —c’est d’ailleurs l’un des rôles que j’ai passé à ma sortie du Conservatoire il y a quelques années, à l’Athénée en plus! Mais pour Nils Öhlund, Nora et Torvald formaient un couple plus âgé qui devait avoir vécu ensemble assez longtemps.

— Tu as donc déjà joué le rôle de Nora à l’Athénée?

— Oui, il y a vingt-quatre ans. C’était à ma sortie du Conservatoire national supérieur d’art dramatique dont le théâtre était en travaux… J’étais très en colère, car je n’allais pas passer mon examen de sortie dans les locaux du conservatoire mais à l’extérieur, à savoir la scène de l’Athénée! Mais j’y suis donc revenue vingt-quatre ans plus tard pour faire une Nora vingt-quatre ans plus vieille…

— C’est un personnage qui te poursuit…

— Oui, pourtant je suis plus à l’aise dans les rôles comiques, mais on m’en propose rarement pour m’offrir plutôt des rôles de pauvres filles un peu tristes, parfois au bord de la dépression, voire qui commettent un meurtre ou se suicident... Alors que je prégère les comédies à la Blake Edwards, que j’ai adoré joué dans Vent de panique de Bernard Stora, et que mon rêve aurait été de jouer dans La Garçonnière, tu sais, ce film en noir et blanc de Billy Wilder avec Shirley MacLaine !
J’ai vraiment le trac en général, et encore plus sur ce rôle de Nora, car le travail est très riche et intense. Nils Öhlund est un vrai metteur en scène dans le sens où chaque réplique est soutenue par une demande précise de lui: à chaque réplique, chaque geste, chaque déplacement, je pense à ce qu’il m’a dit, car tout est réglé comme une horlogerie. Tout est toujours sur le fil, et parfois je me demande si je vais arriver au bout de la représentation!...

— Nora annonce-t-elle le féminisme, à ton avis?

Une maison de poupées aborde évidemment le féminisme, mais il s’agit surtout d’une pièce sur le couple. On a donné le pouvoir aux hommes dans le couple pour je ne sais quelle raison alors que le couple n’a pas de sexe et que nous sommes tous des individus: nous avons tous la même peau… J’aime particulièrement chez Ibsen cette partie féminine que beaucoup d’hommes n’assument pas: on sent qu’il comprend bien les femmes, en tout cas qu’il les éprouve.
Bien sûr, il ne s’agit pas d’un féminisme radical dressant les femmes contre les hommes, mais c’est une pièce qui pose quelques questions. Par exemple, pourquoi les femmes gagnent-elles moins que les hommes dans la France de 2010? En quel honneur?»


En sortant de la loge d’Olivia, on trouve celle de Féodor Atkine à gauche au bout du couloir:


«La grande majorité des critiques que l’on peut lire dans la presse ou sur des blogs s’accordent pour reconnaître la dimension nouvelle qui est donnée au rôle de Torvald, que tu interprètes dans cette Maison de poupées
— Mais pas seulement Torvald! Dans son adaptation, Nils Öhlund a voulu mettre en exergue les caractères essentiels de Kristine, Krogstad, Rank et Torvald autour de Nora. Il s’agit à mon sens d’une excellente idée, car dans les autres traductions, les autres personnages n’étaient là que pour étayer celui de Nora. Nils a donné un autre équilibre à la pièce, et son travail a été formidable à ce niveau-là.

— On évoque souvent la difficulté du rôle de Nora, mais celui de Torvald, son mari, me semble aussi très complexe, non?
— On peut effectivement tomber dans tous les écueils avec ce rôle: tomber, à cause du texte et de la situation, dans un côté presque caricatural du personnage qui deviendrait purement et simplement manichéen, une sorte de macho stupide, paternaliste, un peu vulgaire et sans émotion qui ne comprend strictement rien et ne comprendra jamais rien.
C’est un véritable écueil que l’on a réussi à éviter dans la mesure où, malgré sa rigueur et le fait qu’il soit promu à un poste à responsabilité sociale particulière, il a une immense tendresse et une certaine écoute. Et, incontestablement, quand il est confronté sans échappatoire possible à sa propre incompréhension, à sa propre bêtise et à son incapacité foncière à écouter, il est bien obligé de reconnaître la réalité des faits: il le fait, et c’est intéressant.
Mais effectivement, il aurait pu devenir terriblement excessif, hâbleur, stupide et n’être que la représentation d’un schéma mental masculin qui, étonnement, est encore en vigueur…

— Ce schéma est donc pour toi toujours actuel: ce n’est pas toujours ce que l’on a pu entendre dans les différents commentaires de la pièce...
— Seuls des hommes peuvent oser dire que le sujet de la pièce est dépassé. Au contraire, j’ai entendu nombre de femmes dire: “quelle modernité!”. Très peu de choses ont changé, non pas dans les faits eux-mêmes, mais dans l’état d’esprit. Je ressens au quotidien le poids des stéréotypes.
C’est quelque chose qu’on n’arrivera peut-être jamais à dépasser, parce que ces stéréotypes proviennent d’un élément fondamental essentiel et ineffaçable: la femme a un rapport au cosmos, à l’universel, à la création pure par le simple fait d’enfanter que l’homme ne connaîtra jamais. Il ne peut même pas imaginer ce que cela peut être.
La relation au vivant, à la vie et à la mort, ce mysticisme concret qui est celui de la femme génitrice, est un élément qui a poussé l’homme à lui nier la valeur fondamentale qu’il pouvait avoir et à en concevoir un autre pour son propre profit: du fait de sa constitution, l’homme est devenu acteur de mort alors que la femme est actrice de vie.
Mais bien évidemment, cela ne s’arrête pas là, car cela l’a également poussé à devenir fondamentalement créateur! À l’heure actuelle, il existe des temples, des pyramides, des temples, des cathédrales, etc., qui sont aussi là pour pallier cette absence de capacité de création que l’homme, au-delà de son côté négationniste, a voulu avoir pour essayer de toucher à un divin quelconque que seule la femme pouvait approcher. C’est de l’ordre de la métaphysique.

— Je te pose donc la question rituelle: Une maison de poupées est-elle une pièce féministe?
— Une pièce féministe? Féministe? Non, c’est une pièce humaine; ou, plus exactement, le traitement de Nils Öhlund en fait une pièce humaine. Si elle a pu être considérée comme un étendard féministe, c’est sans doute en détournant le propos d’Ibsen qui était de dévoiler les travers d’une cohabitation mâle-femelle, mais dans les deux sens. Nora par exemple, si l’on se réfère à ce qui est écrit, travestit la réalité d’une façon pathologique...
C’est plus une pièce humaine, un drame équilibré dans la version de Nils, et non pas quelque chose de purement orienté. On en est arrivé à réaliser une pièce qui n’est pas dogmatique, je crois.

— Le 11 mai dernier, tu étais l’invité du Partage de Midi sur France Musique où tu as évoqué les œuvres de Pêteris Vasks, qui est un compositeur letton contemporain. J’étais vraiment très heureuse que tu en parles, car il s’agit d’un artiste exceptionnel encore bien trop peu connu en France…
— Oui, je l’ai découvert grâce à un concert retransmis sur Arte. Ma femme et moi avons été bouleversés. Je trouve ses œuvres immenses, il sait déchaîner les émotions d’une façon extrêmement concrète, et c’est magnifique. C’est du niveau de Gustav Mahler, pour moi.»

Puisqu’il serait injuste que seuls Féodor Atkine et moi-même connaissions les œuvres de Pêteris Vasks ici, voici, grâce à la magie de YouTube, le deuxième mouvement de l’une de ses œuvres, Musica Adventus. Bonne écoute!

Si vous n'entendez rien, cliquez ici pour l'écouter sur YouTube.

 

Une maison de poupées se joue encore pour trois représentations à l’Athénée: ce soir et demain à 15h puis 20h.


Quartier libre

Le résumé d’une soirée à l’Athénée avec Une maison de poupées:

des conversations dans les coulisses aux applaudissements du public en passant par le spectacle en accéléré, dix minutes de son que vous pourrez écouter en fermant les yeux ou en faisant autre chose car, contrairement à mes habitudes, aujourd’hui il n’y aura pas d’image.

 

Si vous n’entendez rien, cliquez pour aller sur YouTube.




Une maison de poupées se joue jusqu’à samedi.


Aux feux !

Xavier Carré est le créateur des lumières d’Une maison de poupées, et il a également été régisseur du spectacle lorsqu’il était en tournée.
On ne le voit pas beaucoup sur la photo, parce qu’un créateur/régisseur lumière est rarement sous les projecteurs: son boulot, c’est plutôt d’être derrière, ou sur sa console, ou… bon, pas souvent sous les projecteurs quoi.

Depuis qu’Une maison de poupées se joue à l’Athénée, ce sont Jano et Mano, régisseurs du théâtre, qui ont pris la relève comme c’est le cas sur toutes les pièces accueillies à l’Athénée.

Xavier est actuellement à Aix-en-Provence où il officie en tant que régisseur général adjoint au Théâtre de l'Archevêché en prévision du Festival d’Art Lyrique, mais il a pris le temps de m’envoyer le plan de feux qu’il a établi pour les représentations d’Une maison de poupées à l’Athénée.

Qu’est-ce qu’un plan de feux?
Tout simplement un schéma indiquant le type de chaque projecteur utilisé ainsi que son emplacement et son orientation dans le théâtre.
Vous reconnaîtrez ici la scène arrondie et la salle de l’Athénée ainsi que, pour ceux qui ont vu le spectacle, le tracé du décor conçu par Virginie Leforestier.

 

(Désolée pour les puristes, j’ai dû couper le plan en deux pour raisons techniques)


Après les deux concerts de Claire-Marie Le Guay hier, Une maison de poupées reprend ce soir et se joue jusqu’à samedi.

Demain, vous pourrez dialoguer avec Nils Öhlund, metteur en scène du spectacle, via le tchat (ou conversation instantanée par internet) de l’Athénée: rendez-vous demain sur le site de l’Athénée entre 19h et 20h!

Bonne journée.


Cigares, billets doux et boules de Noël

Dans Une maison de poupées, Nora aime faire les décorations de Noël et mange du chocolat en cachette, Torvald vante l’esthétique de la broderie et ramène du travail à la maison, Kristine fait du tricot, Rank fume le cigare et Krogstad écrit beaucoup de lettres.

Et les acteurs du spectacle?


«Oui, j’ai fait de la broderie quand j’avais vingt-cinq ans, dans les années soixante-dix… J’étais bien entendu dans la mouvance “Flower Power”, et je brodais le dos de mes vestes en jean avec des panneaux bouddhiques: j’avais des tambours de différentes dimensions qui me permettaient de faire un travail ciselé; je faisais des grands Bouddhas assis sur des fleurs de lotus avec, de chaque côté, les quatre premiers disciples. Chaque dos de veste me prenait entre quatre et six mois de travail...»

«J’adore faire les décorations de Noël. Je n’ai pas eu de noël lorsque j’étais enfant, alors aujourd’hui je fais des noëls comme ceux que j’ai vus au cinéma. Je commence à chercher des cadeaux des mois avant, et chacun de mes enfants a sa couleur de papier cadeau pour visualiser immédiatement quels paquets sont à lui ou non. Mon compagnon me regarde avec des yeux ronds et fait un peu son Torvald à dire qu’on dépense peut-être trop de sous !...
J’ai été élevée à la campagne par des gens pas très riches, et je me souviens d’un noël où j’avais juste eu une clémentine et le livre du Petit Poucet. Et puis je passais Noël sans mes parents, parce que mes parents étaient divorcés, ce qui était rare dans les années 1960: j’étais la seule de ma classe dans ce cas...
À Noël, je fais semblant de laisser les enfants décorer, ou plutôt je replace les décorations derrière parce que ce n’est pas toujours très bien réparti dans le sapin…»

«Ah ah, bien sûr que je ramène du travail à la maison… Je ne peux pas faire autrement. Ce n’est même pas à la maison d’ailleurs, c’est 24h sur 24! Je travaille en dormant, en promenant les enfants, en faisant les courses... Oui, évidemment.
Être comédien, c’est un travail permanent —c’est d’ailleurs pour cette raison que l’on est arrivé à calculer que si l’on compte tout le travail que nous avons à faire en dehors des répétitions et des représentations, nous les interprètes, nous sommes rémunérés entre 1,75 et 2,25 euros de l’heure en moyenne…»

«Ah non! J’ai mon jardin secret, mais je n’achète pas de chocolat en cachette, jamais! J’assume même complètement ce genre de choses, à ce niveau-là je suis même plutôt provoc’ comme femme…»

«Oui, j’écris des lettres à plein de gens, j’adore écrire. On a toute la place que l’on veut… En général, j’écris quatre ou cinq feuillets recto-verso. Hier par exemple, j’ai écrit à quelqu’un à qui j’écris souvent, parce que j’avais besoin de lui écrire. Pour moi, écrire est l’une des choses les plus importantes; j’arrive à écrire des choses que je n’aurais pas pu écrire avant.
Je n’écris pas pour me dissimuler, dans le sens où je n’écris pas des choses que je n’arriverais pas à dire dans la vie, mais c’est sûr que je ne formule pas les choses de la même manière à l’écrit ou à l’oral. L’écriture, c’est une musique, un rythme, un souffle, une ponctuation, le vent, l’herbe, l’espace, les bruits, le hors-champ… C’est important le hors-champ, l’endroit où tu écris:  quand il y a de l’orage, j’écris très bien par exemple, j’adore cette ponctuation du claquement ou des roulements du tonnerre.
J’écris à la main: je déteste écrire avec un ordinateur parce que je mets quatre heures à trouver une touche... Par contre, qu’est-ce que j’écris mal... Il y a des gens qui ont une belle écriture, j’en suis très jaloux. Mes destinataires prennent parfois du temps pour répondre aux premières lettres que je leur envoie car ils mettent quinze jours à tout défricher —je dis bien “défricher”, comme un jardin… Mais ensuite, il s’habituent à ma manière de ne pas fermer les voyelles (je ne ferme pas mes a, on dirait des u), de mettre des grandes barres aux t, de mal mettre les pieds de mes p… Je ne sais pas si cela signifie quelque chose.
Hier, il m’est arrivé un truc incroyable: installé à une terrasse au soleil, je me suis rapidement aperçu que la jeune femme à côté de moi était ostensiblement en train de lire ce que j’écrivais. Alors je lui demande: “vous lisez ce que j’écris?” et elle me répond avec une voix très douce:  “oui je m’en excuse, je ne peux pas m’en empêcher... Mais je ne lis pas ce que vous écrivez, je regarde votre main écrire...” Du coup, on a parlé écriture et littérature arabe, parce qu’elle était marocaine.»

«Oui, cela m’est arrivé de tricoter pour mon beau petit-fils. J’ai commencé à lui tricoter une couverture très colorée, mais je n’ai pas fini d’assembler les carrés. Le pauvre, il a déjà deux mois et demi et il n’aura sa couverture que pour cet été...
J’avais aussi tricoté pour ma fille, un truc qu’elle n’a jamais mis, ce sont ses poupées qui l’ont porté… Et je l’avais tricoté en bleu parce que je pensais que ce serait un garçon. Parfois j’ai des accès d’instinct maternel où je suis contente de faire quelque chose avec amour, où je choisis la laine, où je passe du temps… Mais je n’aime pas spécialement tricoter non, je préfère écrire.»

«Je ne fume jamais le cigare, j’ai horreur de ça. Même l’odeur de la fumée de cigare, ça me fait vomir. En revanche je n’ai pas de problème avec la cigarette, ni avec le whisky d’ailleurs. Et après le spectacle, quel bonheur de boire un très bon vin !»

 

Ce soir, les acteurs d'Une maison de poupées font relâche pour laisser place à la pianiste Claire-Marie Le Guay pour son concert Piano Sostenuto où elle interprétera Brahms, Chopin et Karol Beffa.

Bon lundi!


Quelques dessins d'enfants

Vous vous en souvenez peut-être: il y a un mois, la pianiste Claire-Marie Le Guay donnait avec l’actrice Marie Gillain cinq représentations du conte musical Timouk à l'Athénée: quatre représentations destinées aux enfants et une aux adultes.

Depuis, une grosse enveloppe kraft est arrivée sur le bureau d’Alexandra Maurice, responsable des relations avec le public scolaire. Sur le dessus, une lettre :

 

Les élèves d’une classe de CE1 ont donc réalisé des dessins après avoir vu Timouk à l’Athénée.

Voici mes petits préférés choisis selon des critères totalement arbitraires liés à mon goût personnel:

 

Caroline

 

 

Iliana

 

 

Anonyme

 

 

Aline

 

 

Anonyme

 

Ulysse

 

Claire-Marie Le Guay sera de nouveau à l’Athénée lundi: après être passée dans de nombreuses classes ces dernières semaines pour une initiation musicale, elle donnera un concert pour les écoliers à 14h30.

Les plus grands pourront venir à 20h pour le concert Piano Sostenuto rassemblant des œuvres de Brahms et Chopin ainsi qu’une création mondiale de Karol Beffa, compositeur français né en 1973 et déjà lauréat de nombreux prix et récompenses. Rendez-vous ce lundi 17 mai!

De son côté et hormis ce relâche de début de semaine, Une maison de poupées continue jusqu’au samedi 22 mai.

 


Le metteur en scène est-il un acteur comme les autres?

La suite de l’interview de Nils Öhlund, metteur en scène d’Une maison de poupées (vous pouvez retrouver la première partie dans le billet d’hier, ici).

 

— Pourquoi avoir traduit le texte d’Ibsen toi-même?
— En comparant les traductions existantes, j’ai constaté que certains endroits, souvent névralgiques d’ailleurs, étaient traduits très différemment: le sens n’était pas toujours le même, il fallait faire un choix. Je suis donc allé à la source norvégienne pour voir quel était le mot original et essayer de comprendre pourquoi il avait été traduit comme ci ou comme ça.
Avec mes notions d'anglais, d'allemand et de suédois, le norvégien m'a paru assez accessible: je me suis alors décidé à me faire envoyer un dictionnaire norvégien-français pour traduire le texte mot à mot et réaliser ma propre adaptation.
Finalement, je ne voulais pas passer par le prisme d’un autre traducteur et ai décidé de mettre la traduction au service du sens du projet: le travail de dramaturgie commence en effet dès la traduction. La langue d’Ibsen est sèche, directe et répétitive, loin de la richesse de la langue française. Je tenais à restituer ce côté brut. Je ne suis pas universitaire, je n’ai pas de vérité d’Ibsen à restituer, j’ai peut-être fait des erreurs: mais nous ne jouerons que quelques mois alors qu’Ibsen, lui, restera. Je cherche juste à dialoguer avec lui. Cela passait aussi par le filtre de l’acteur que je suis: le jeu est forcément lié à la langue...
Le seul problème, c’est peut-être que ce texte est très connu et qu’il est monté quatre fois cette saison à Paris: la majorité des spectateurs viennent donc avec une certaine idée de la pièce et non pas avec la virginité ou la fraîcheur que l’on pourrait attendre. J’aurais sans doute aimé que le public fasse une découverte innocente de notre histoire et que nous subissions pas forcément la comparaison…

— Tu viens de le rappeler, tu es d’abord acteur, et Une maison de poupées est ta première mise en scène. As-tu eu la tentation de jouer dans le spectacle?

— Non, car j’ai aussi choisi cette pièce en pensant à des acteurs précis. J’aimerais jouer ce texte, évidemment, j’adorerais, même les rôles féminins. Mais la mise en scène décuple aussi le plaisir car, au-delà du fait que je préfère les répétitions aux représentations, quelque part, elle permet de vivre tous les rôles.

— Prenons le rôle de Torvald par exemple, puisque tu lui donnes une place essentielle dans ta mise en scène. En quoi est-il intéressant à jouer pour un acteur?

— C'est un rôle magnifique, complexe, attachant et repoussant en même temps. La difficulté est de créer de la sympathie en même temps que de l’antipathie, ce qui provoquera de l’empathie au final.
[Silence] Enfin là, je suis en train de te dire ce que j’aimerais que le public ressente… Je fais la traduction et la mise en scène, je joue tous les personnages et puis je fais le public aussi, quel mégalomane…

— Tu viens de me dire que tu préfères les répétitions aux représentations. Les acteurs disent plutôt habituellement le contraire!
— Pour moi, les moments de grâce ont toujours lieu en répétition. Tu vis quelque chose en répétition que tu essaies de retrouver lors de la représentation. En répétitions, les acteurs sont détachés du désir de plaire: on est simplement dans l’instant, dans l’écoute, et l’“aimez-moi” qui est inhérent à tout acteur en représentation est absent. J’estime qu’il faut se libérer de cela et ne pas essayer de séduire le public.

— Cela signifie-t-il que tu es déçu par les représentations lorsque tu les compares aux répétitions, que cela soit en tant qu’acteur ou que metteur en scène?

— Non, car si les moments de grâce ont lieu en répétitions, ils se font par instant. Après ces moments décousus, la représentation crée une unicité grâce à la présence du public. Je ne suis donc pas déçu par les représentations, je cherche simplement à retrouver la fluidité, la liberté et le détachement des répétitions. Les soirées complètement magiques arrivent, mais elles sont rares et donc très précieuses. Jouer, c'est être en quête de la représentation idéale, ne pas oublier que rien n'est jamais acquis...

— Il y a un an presque jour pour jour, nous avions un entretien à propos des Justes et des Mains sales où tu me disais que “tout ce qu’on fait, c’est pour être moins seul”: es-tu toujours d’accord avec cela?
— Oui, plus que jamais. Voir toute une équipe, acteurs, techniciens, administratifs, costumiers, scénographes, etc. défendre ton projet et prendre charge ce dont tu as rêvé, c’est tellement vertigineux! Et encore plus si le public nous rejoint! Cela m’émeut beaucoup: nous ne sommes pas seuls, nous ne sommes pas seuls… Notre nature nous pousse à la recherche de l’autre alors que l’on ne pourra jamais faire l’expérience de l’autre.
D’ailleurs, dans Une maison de poupées, en interrogeant le couple, on pose également la question de l’individualisme! Est-il nécessaire? Comment exister à l’intérieur d’un couple, quelle part de liberté laisser à l’autre?
[Silence]
C’est formidable, tu m’écoutes… Et puis comme on se connaît, c’est bien, je n’ai pas besoin d’essayer de me faire passer pour quelqu’un d’intelligent…

— Il y a aussi la thérapie pour ça, si tu veux.
— Ah ah, mais je n’ai pas besoin, le théâtre est aussi l’endroit où tu peux mettre des mots sur des émotions. C’est l’endroit où tout est possible, où tu peux tout exprimer dans un cadre très protecteur. Il y a une adrénaline qui me fait retrouver ce que je ressentais lorsque je pratiquais le rugby en compétition: j’étais souvent capitaine d’équipe et me devais donc d’emmener le groupe, comme aujourd’hui en tant que metteur en scène…
Le rugby est une belle école de la vie où tu gagnes un esprit de solidarité, et j’y ai parfois atteint un tel état de transcendance que j’aurais été prêt à me faire piétiner pour faire gagner l’équipe! Enfin je ne parle pas de cela aux acteurs, parce que le sport a parfois mauvaise presse auprès d’eux… D’ailleurs, de se retrouver en "compétition" avec d’autres Maisons de poupées mises en scène par Stéphane Braunschweig, Jean-Louis Martinelli ou Michel Fau où jouent Audrey Tautou, Chloé Réjon ou Marina Foïs me donne l’impression d’être un club de troisième division à qui on permet de participer à la coupe d’Europe…»


Pour voir le petit club d’Une maison de poupées composé de Nils Öhlund, Féodor Atkine, Olivia Brunaux, Alexis Danavaras, Emmanuelle Grangé et Bernard Mazzinghi, c’est jusqu’au 22 mai à l’Athénée !

Bonne journée.

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