Pas laid mais juste moche

Pendant que Les Larmes amères de Petra von Kant de Fassbinder se donnent dans la grande salle, leur metteur en scène Philippe Calvario propose une lecture dans la salle Christian-Bérard, juste au-dessus.

Il a choisi le texte Les Visages et les Corps, de Patrice Chéreau.

Grand invité” du Musée de Louvre en fin 2010, le metteur en scène et cinéaste y a présenté des expositions, spectacles, films et lectures : en préparant l’événement, il a tenu un journal où il évoque son travail autour du texte Rêve d’automne de Jon Fosse (qu’il a mis en scène dans le salon Denon du Louvre) mais aussi son métier de metteur en scène et cinéaste, sa vie amoureuse ou ses rencontres avec les artistes Bernard-Marie Koltès, Jean Genet, Hervé Guibert ou Visconti.

Évoluant dans un décor de brocante, Philippe Calvario passe une cinquantaine de minutes à lire des extraits des Visages et des corps dans l’ambiance intime (très intime, c’est tout petit) de la salle Christian-Bérard. Mercredi, quand il a commencé, il s’est mis à pleuvoir, et on entendait le bruit des gouttes sur le toit. Quelques citations relevées au passage :


«Il a écrit sur une carte postale de Tanger : “je pense que tu penses que je pense à toi”. Nous sommes séparés, j’ai disparu parce que je pensais que je me moquais de lui. Quand je reviens, c’est lui qui part. Il y a longtemps.»

«Je suis un voleur à l’étalage, un pilleur malin qui prend son bien là où il le trouve et qui mange à chaque repas toutes les personnes et les œuvres qu’il admire.»

«Les corps sont beaux, comme ils bougent ce soir dans l’espace. Confrontation avec le mien, déjà moins drôle. »

«Les trois jours avec Genet au théâtre des Amandiers à Nanterre [...], Genet dans la salle déserte qui donne des instructions, Yves Bernard, mon directeur de plateau, affolé à la perspective de devoir répéter la manœuvre devant l’auteur : “il ne va pas rester là toute la journée ?”»

«Visconti lui-même que je vois pour la première fois à Spoleto et qui me regarde, indulgent —il sort de la représentation du premier opéra que je mets en scène. “C’est dur de monter un opéra”, me dit-il dans un français irréprochable.»

«Solitude de l’adolescence, molle et sans grâce, conscience de pas habiter mon corps, d’être laid et moche, ou pas laid mais juste moche

«Le silence n’est pas l’absence, l’absence n’est pas la mort. Mais en suis-je bien sûr ?»

Pour entendre ce texte de Patrice Chéreau lu par Philippe Calvario, il vous reste ce soir et demain. Sinon le livre est édité chez Skira Flammarion, et Les Larmes amères de Petra von Kant se jouent encore une semaine !

J’attends toujours votre aide sur les pièces de théâtre abordant l’homosexualité féminine...


Je me sens démunie

Le format du blog ne me permet d’aborder que des sujets possibles à synthétiser sans raccourcis et ne nécessitant pas des semaines d’investigation.
C’est parce que certaines questions étaient trop complexes et délicates pour être traitées en un court article sur un blog quotidien que je les ai donc immédiatement écartées (en vrac, quelques idées d’articles passées aux oubliettes : la transexualité et le travestissement dans le droit français à l’occasion de Divine, les prises d’otages de touristes occidentaux pour Splendid’s, l’historique des opéras pour marionnettes au moment de Caligula, le détail de la conception nietzschéenne de la musique pour Nietzsche/Wagner : le Ring, l’influences des époux/épouses de personnalités au pouvoir à l’occasion d’Ubu enchaîné...)

En souhaitant aborder le traitement de l’homosexualité féminine au théâtre en écho aux Larmes amères de Petra von Kant actuellement à l'Athénée (la pièce parle de l’amour de Petra pour Karine), je ne m’attendais pas à rencontrer de difficultés particulières. J’imaginais qu’une rapide recherche dans ma mémoire et dans des encyclopédies me permettrait de trouver rapidement deux ou trois textes de théâtre ayant fait date dans l’évocation de l’homosexualité féminine et qu’il serait facile de comparer leur traitement du sujet.

Déjà, en cherchant dans tout ce que j’ai pu lire ou voir, je ne trouve rien. Ou pour le moins rien de flagrant, car si l’on cherche les sens cachés et autre sous-textes, l’on peut toujours trouver ici ou là des traces d’homosexualité latente (avec Les Bonnes de Jean Genet par exemple, dans la fascination des deux bonnes pour leur maîtresse). Bref, pas d’homosexualité féminine évidente dans les pièces dont je me souviens.
Du côté de l’homosexualité masculine en revanche, je pense à des textes de Jean Genet, Copi, Tony Kushner, Bernard-Marie Koltès, Christophe Botti ou Jean-Luc Lagarce.

J’ouvre mon dictionnaire du théâtre, pensant trouver l’entrée “homosexualité” entre HOLMBERG Kalle (metteur en scène finlandais) et HONGRIE (le théâtre en) : c’est un échec. Je tape “homosexualité théâtre” dans mon ami Google qui ne me renvoie que des titres traitant de l’homosexualité masculine.
Il semblerait que nous soyons en effet confrontés à une double difficulté, ni l'homosexualité ni les personnages féminins importants n'étant très répandus au théâtre.

Comme le jour où je cherchais des informations sur L’Egisto, j’ai fini par envoyer hier des messages à mes collègues et mes amis intéressés par le théâtre (ou par l'homosexualité féminine d'ailleurs), en leur demandant s’ils/elles pensaient à quelque chose.

Depuis, j’attends. Si vous avez des idées...
(pour laisser un commentaire, c'est sur le blog en-dessous de l'article)


En attendant, si vous voulez aller voir la seule pièce traitant de l’homosexualité féminine que je connaisse, c’est à l’Athénée jusqu’au 9 juin avec Les Larmes amères de Petra von Kant de Fassbinder.
Ce soir, vendredi et samedi, son metteur en scène Philippe Calvario lira le texte de Chéreau Les Visages et Les Corps en salle Christian-Bérard à 20h.


Dernier billet avant l'été !

Après le billet d'hier sur le côté pile de la présentation de la saison 2011-2012 de l'Athénée où les artistes sont venus présenter les spectacles qui seront programmés au Théâtre à partir de septembre, voici aujourd'hui le second volet avec des photos de quelques artistes du côté scène.
Vous reconnaîtrez Patrice Martinet, directeur de l'Athénée, à droite de chaque photo.

 

Cristèle Alves Meira, metteure en scène de Splendid's de Jean Genet, avec Patrice Martinet, directeur de l'Athénée.

 

 

Jean-Luc Tingaud et Olivier Bénézech, chef d'orchestre et metteur en scène de l'opéra Le Tour d'Écrou de Britten.

 

 

Philippe Sireuil, metteur en scène de Savannah Bay de Marguerite Duras.

 

Jean-Marie Lehec et Claire Deluca, metteurs en scène du Shaga de Marguerite Duras.

 

 

Loïc Boissier, directeur de la compagnie des Brigands, venu présenter La Botte secrète, opéra-bouffe de Claude Terrasse et Franc Nohain.

 

 

Vincent Dumestre, directeur musical de l'opéra Caligula de Pagliardi

 

 

Philppe Calvario, metteur en scène des Larmes amères de Petra von Kant de Fassbinder et de Les Visages et les Corps de Patrice Chéreau.

 

Catherine Kollen, directrice de la compagnie Arcal, venue présenter L'Histoire du soldat de Stravinski.

 

Jacques Vincey, metteur en scène des Bonnes de Jean Genet, dans l'écran de retour placé dans le foyer des artistes.

 

Il faudrait également citer Gloria Paris et Daniel Larrieu de Divine d'après Genet, Dan Jemmett d'Ubu enchaîné d'après Alfred Jarry et Robert Wilson de La dernière bande de Beckett, qui n'apparaissent pas dans mes articles d'hier et d'aujoud'hui.



Ce billet est le dernier de cette saison : je vous souhaite un bel été et vous retrouverai avec plaisir en septembre !

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