Le blog est à vous

Bonjour à tous,

J’espère que vous avez passé une bonne Toussaint, ou un bon Halloween, ou juste un bon week-end (selon vos convictions).

Comme je vous le disais mercredi dernier, je souhaite ouvrir le blog à vos créations et remercie déjà ceux qui m’ont envoyé des textes: la première contribution sera publiée d’ici quelques jours!
N’hésitez pas à me contacter pendant l’année au gré de votre inspiration ou de vos venues à l’Athénée: je serai ravie de pouvoir publier vos textes, photos, dessins ou vidéos régulièrement.

Autre chose, et cette fois c’est moi qui viendrai plutôt à vous: on parle souvent des artistes, un peu des techniciens et administratifs, encore moins des spectateurs. C’est pourquoi je ferai des portraits de quelques-uns d’entre vous pendant l’année, soit en contactant ceux qui m’auront fait des commentaires sur le blog, soit en venant vous voir avant ou après une représentation à l’Athénée selon des critères totalement arbitraires (du style “tiens, elle est toute seule” ou “il a l’air gentil, avec un peu de chance il ne m’enverra pas balader” ou encore “elle a de belles lunettes”).

Les portraits ne citeront que le prénom de la personne, pourront ne pas comporter de détails permettant de la reconnaître et seront relus par l’intéressé(e) avant publication.

Que ceux qui aimeraient se prêter au jeu n’hésitent pas à se manifester par mail (clemence(at)athenee-theatre.com) ou lors de leur venue à l’Athénée! Je ressemble à une jeune femme avec les cheveux courts, deux bras, un carnet et un gros appareil photo, mais attention, je ne suis pas là tout le temps…

En espérant vous rencontrer bientôt, je vous souhaite un bon lundi!


Et si vous preniez ma place?


Que diriez-vous d’écrire un matin dans l’année à plusieurs milliers de spectateurs de l’Athénée?


Dit comme ça, certes, ça peut faire peur: mais voyez, je le fais tous les jours depuis plus d’un an et jusqu’à présent, j’ai survécu.
Les commentaires, mails et autres lettres que quelques-uns d’entre vous m’ont écrits au fil du temps m’ayant en outre laissé entrevoir votre potentiel de créativité, je me suis dit qu’après tout, j’allais bien vous laisser la place pour quelques billets.

L’appel à projet est donc ouvert: ceux qui se sentent la fibre créatrice dans un domaine publiable sur le blog (texte, photographie, vidéo, dessin, musique...) peuvent m’envoyer leur création à mon adresse mail, clemence(at)athenee-theatre.com, ou à l'Athénée (Clémence Hérout, Athénée Théâtre Louis-Jouvet, 24 rue de Caumartin, 75009 Paris).
NB: dans mon adressse mail, remplacez le (at) par @, c’était pour éviter les spams.


Je publierai vos envois au fur et à mesure
pendant l’année mais attention, quelques précisions:
- Les contributions envoyées doivent avoir un lien avec l’Athénée! Quelques pistes: votre première fois à l’Athénée, votre dernière fois à l’Athénée, toutes vos fois à l’Athénée, une anecdote en rapport avec l’Athénée, une photo de l’Athénée bref, tout ce que vous souhaiterez en rapport avec l’Athénée.
- Votre création doit être de qualité: pas de photo floue prise avec un téléphone portable, pas de vidéo non montée, pas de brouillon de texte, même si nous pourrons bien sûr peaufiner votre projet ensemble.
- Attention, plusieurs milliers de personnes vous regardent: essayez d’être original!
- Essayez de ne pas faire trop long! Voici quelques exemples de limites à ne pas dépasser: pas plus de cinq photos ou dessins (sauf s’il s’agit d’une série), pas plus de six cents mots pour les textes, pas plus de dix minutes pour la vidéo ou la musique…
- Respectez la loi et ne m’envoyez que des documents dont vous êtes exclusivement l’auteur.
- Soyez altruiste: les contributions ne peuvent pas être rémunérées.
- Prenez votre temps: nous avons jusqu’au mois de juin prochain.

Les commentaires de ce billet vous sont ouverts ainsi que mon adresse mail pour toute remarque ou question!

À bientôt j’espère, et bon mercredi.


Et plus si affinités - interview!

Guillaume Bourgain est le secrétaire général de l’Athénée, c’est-à-dire qu’il coordonne la communication, les relations publiques, la presse, la billetterie et l’accueil; c’est vers lui que Patrice Martinet nous avait envoyée lorsqu’on lui avait posé la question soulevée par le slogan de la nouvelle saison que vous avez pu découvrir sur la brochure: qu’y a t-il dans l’air?

«_ Ou, plus exactement, d’où vient cette phrase en couverture de la brochure, “il y a quelque chose dans l’air” ?
_ Nous cherchions un fil conducteur pour guider la saison, et nous nous sommes aperçus que tous les spectacles programmés à l’Athénée à partir de septembre prochain témoignaient de la volonté de s’affranchir de quelque chose: des convenances dans Les Règles du savoir-vivre dans la société moderne, d’un statut social dans Julie, d’une certaine éducation dans Les garçons et Guillaume, à table!, de clichés colonialistes dans Vénus, d’un poids familial et social dans Une Maison de poupées
L’élaboration de ce slogan a en tout cas été un vrai travail d’équipe, car pour y réfléchir nous avons sollicité tout le monde à l’Athénée, et plus particulièrement Lola Gruber, qui est responsable de tous les contenus écrits, ou Malte Martin, notre graphiste.

_ Le premier slogan auquel vous aviez pensé était “Et plus si affinités”, pourquoi?
_ C’était une phrase qui renvoyait moins aux spectacles qu’à tous les “plus” que l’on a décidé de proposer au public pour la saison prochaine.
Pour mettre en place toutes ces activités autour des spectacles, nous sommes partis de l’idée que les spectateurs comme les artistes disent se sentir bien dans ce Théâtre: c’est un lieu où l’on a plaisir à se retrouver, à tel point qu’un jour je me suis entendu dire “on verra ça à la maison” pour parler de l’Athénée! Nous avons donc souhaité continuer à tisser des liens avec le public au-delà du spectacle lui-même, c’était d’ailleurs déjà l’idée de ton blog, en construisant un parcours autour de chaque spectacle et en variant les propositions: chaque spectacle aura son “Entre nous” sous une forme différente.
Il y a aura des tchats (ce sont des conversations par internet) avec certains metteurs en scène, des rencontres introductives avant le spectacle, des discussions avec les artistes après… Il y aura également des café-débats animés par Lola Gruber qui seront de vrais moments de réflexion autour de la programmation et de son lien avec l’actualité: le thème du débat sera établi environ un mois à l’avance et les invités viendront d’horizons très différents afin de conserver la liberté de ton spécifique de l’Athénée.
Et nous continuons bien sûr à proposer des événements à l’extérieur, comme des concerts et rencontres à la FNAC, des débats à la Bibliothèque Nationale de France, des projections de films en lien avec les spectacles au cinéma Le Balzac… La programmation au Balzac est d’ailleurs plus dense que la saison qui vient de s’achever: il y aura cinq films la saison prochaine dont un avec un accompagnement musical en live!

_ L’Athénée semble prendre un vrai virage allant vers l’échange avec le public : vous êtes confiants dans votre succès?

_ Évidemment, on ne peut pas prévoir ce que cela va donner: le principe étant d’instaurer un échange détendu et libre, la relation qui se créera dépendra des interventions du public, des artistes, de nos partenaires… L’idée centrale est vraiment de se dire: puisque nous nous sentons bien ensemble, prolongeons le débat ! J’espère que nous arriverons à créer de vrais moments de rencontres où la parole pourra circuler entre tous.»

Espérons donc que vous serez donc autant au rendez-vous sur les tchats, rencontres, débats, projections que vous l’avez été cette année! Bonne journée à tous.


Et vous, à quoi rêvez-vous?

Vendredi dernier a eu lieu le cinquième forum de discussion jeunes organisé par l'Athénée Théâtre Louis-Jouvet. Autour des spectacles En attendant Godot, Les Mains sales et Les Justes, plus de quatre cents lycéens étaient invités à réfléchir à deux questions: à quel monde meilleur rêvez-vous? Et comment allez-vous le construire?

Aujourd'hui prise en charge par toute l'équipe communication et relations publiques de l'Athénée et plus particulièrement par Alexandra Maurice, chargée des relations avec le public scolaire, l’idée est venue il y a quelques années de Dorothée Burillon, alors secrétaire générale de l’Athénée : dégager des questions posées par la programmation et travailler de longue haleine avec des professeurs et intervenants pour permettre à des jeunes d’y penser pendant plusieurs mois en nourrissant leur réflexion de spectacles vus à l’Athénée.
Sur des thèmes comme les rapports entre filles et garçons, le statut des femmes, l’engagement politique ou les nègres d’aujourd’hui, il s’agit pour ces jeunes de développer une pensée tant individuelle que collective en liant le théâtre à des problématiques d’ordre politique ou social.

Cette année donc, à quel monde meilleur rêvaient nos lycéens? Grâce à leurs professeurs et à un dossier pédagogique réalisé par l’Athénée en partenariat avec la revue Philosophie magazine, le forum a pu aborder les notions d’utopie, d’altermondialisme, de révolution, d’écologie, d’engagement ou d’action politique.
Forts de leurs questions et de leurs raisonnements, nos jeunes en provenance des lycées André Malraux de Gaillon, Romain Rolland de Goussainville,  Fontenelles de Louviers, Henri Matisse à Montreuil-sous-Bois, Paul Bert, Condorcet et Jules Ferry de Paris et du lycée international de Saint-Germain-en-Laye sont venus rencontrer Daniel Cohn-Bendit, François Durpaire, Susan Georges et Bruno Rebelle pour deux heures vendredi 15 mai 2009 à l’Athénée Théâtre Louis-Jouvet.

Daniel Cohn-Bendit, coprésident du groupe des Verts-EFA au Parlement européen, a d’abord fait une courte introduction présentant les thèmes du débat en s’attardant sur des questions d’écologie, d’émigration, de solidarité et de respect avant de laisser la parole aux intervenants.

Bruno Rebelle est ancien directeur de Greenpeace France et aujourd’hui responsable de la coordination des actions de Greenpeace International.
Pour lui, on ne peut pas promettre un avenir meilleur. La crise écologique, l’implication d’enjeux écologiques, sociaux et politiques et le risque de l’inaction ou du repli identitaire ne devraient pas cependant empêcher le rêve collectif.
Le changement est possible, et il est reste nécessaire de trouver le rêve qui fait que la vie vaut la peine d’être vécue. En cela, la prise de conscience écologique est, à son sens, essentielle.

Susan George est membre du conseil scientifique d’Attac.
Elle a rappelé la différence entre altermondialisme et antimondialisme en prenant soin de préciser qu’Attac appartient à la première mouvance : il s’agirait de changer la mondialisation actuellement dominée par les banques et les entreprises, tout en rappelant qu’il ne fallait pas avoir d’illusions sur la démocratie au niveau mondial. De son point de vue, des organisations comme le Fonds Monétaire International et l’Organisation Mondiale du Commerce règnent comme des super-ministères où le citoyen n’aurait pas sa place.
Le changement est un travail de longue haleine qui, selon elle, doit respecter des principes de non-violence pour des raisons éthiques et stratégiques : elle a enfin appelé à l’union pour aller vers des progrès qui finissent par changer le monde petit à petit.

Historien, enseignant et chercheur, François Durpaire est venu aborder la question de l’homme providentiel.
Avec la victoire d’Obama, les États-Unis pourront-ils se remettre à espérer? Alors que, d’après lui, les Américains ne croyaient plus en rien, Obama est le sujet d’un culte de la personnalité qui l’aurait transformé en figure du messie. C’est l’Amérique post-raciale, c’est-à-dire qui ne pense plus en termes de races, qui aurait voté pour lui.
Son statut de sauveur ne le rendrait pas pour autant démagogique, et il pourrait au contraire s’appuyer sur sa popularité pour réformer la société nord-américaine.

Les lycéens ont ensuite pu poser leurs questions aux intervenants, provoquant ainsi un débat d’une heure et demie modéré très courtoisement par Daniel Cohn-Bendit, s’improvisant pour l’occasion professeur en gestion de micro («on ne t’entend pas, fais comme si tu étais une chanteuse!» puis, vers la fin, pour faire plus court:  «La chanteuse!!!»). Questions (et réponses) choisies:

«_ Notre société traverse une crise violente: en Grèce, aux Antilles, on a vu des jeunes être en tête de la contestation. Pourquoi en métropole les mouvements étudiants ne sont-ils pas moteurs? Aussi, pourquoi les révoltes de banlieue ne débouchent-elles pas sur des collectifs (ou autre organisations)?»
Pour François Durpaire, aucun homme politique n’a compris les émeutes de 2005. Pour lui, il s’agit d’une révolution ethnique et non sociale, liée à la ségrégation raciste qui existerait de fait en France.
Susan George interprète quant à elle les émeutiers de 2005 comme des gens demandant à ce que la démocratie fonctionne aussi pour eux.

«_ Peut-on être menacé en France par un régime totalitaire?»
Pour Bruno Rebelle, oui, sans aucun doute. Nous serions même déjà menacés par ce régime totalitaire…

«_ Est-il possible d’imaginer aujourd’hui un combat politique qui ne soit pas mené par une logique “d’idéal extrême” comme l’ultralibéralisme, le communisme, et aujourd’hui “l’ultra écologie”? »

_ Pour Bruno Rebelle, “l’ultra” implique une idéologie simple là où le monde reste extrêmement complexe : pour lui, il faut sortir de “l’anti” et croiser des faisceaux.

«_ Pourquoi une entreprise peut-elle délocaliser pour polluer ailleurs et moins cher?»
Parce que, expliquent Susan George et Bruno Rebelle, il n’existe pas de régulation, mais il peut tout de même y avoir des freins. Le consommateur a en particulier son rôle à jouer pour mesurer ce qu’il y a comme sang, comme sueur et comme pollution dans ce qu’il achète.

Aux dernières questions posées à la suite par manque de temps et demandant, en vrac: s’il n’était pas urgent de faire la révolution, si nos intervenants choisiraient la liberté, l’égalité ou la fraternité, si une troisième guerre mondiale était probable et si rêver à un monde meilleur n’était pas une démarche personnelle (est-il possible et souhaitable de rêver tous de la même chose?), nos intervenants ont proposé une réponse globale en forme de conclusion .

Susan George a réaffirmé qu’en matière de changement, il y avait urgence, et qu’il fallait rêver à haute et intelligible voix avec d’autres. Sur la révolution, elle a demandé à ce qu’on lui indique où étaient le tsar à renverser et le Palais d’Hiver à prendre, rappelant ainsi que l’adversaire n’était pas si évident à trouver…
Des trois valeurs françaises, elle choisirait la fraternité, indiquant que pour elle, la solidarité était primordiale pour réduire les inégalités, et a terminé sur la nécessité de construire un héritage pour ceux qui viendraient après nous.

François Durpaire a choisi d’insister sur l’histoire de la France qui ne fonctionnerait que par des cycles révolutionnaires, rappelant que le mot révolution signifiait aussi, presque paradoxalement, “retour sur soi-même”. Lui aussi mettrait l’accent sur la fraternité tout en rappelant l’existence du mot sororité : hé oui, les femmes sont là aussi...
Sur la probabilité d’un conflit mondial, il a indiqué que la question ne le faisait pas sourire, connaissant l’influence de la crise économique de 1929 sur le déclenchement de la seconde guerre mondiale. Comme Susan George, il aimerait bien qu’on lui indique quel  est le tsar à renverser, et a enfin exhorté les jeunes à se battre pour participer à la vie publique partout où elle se trouve.

Bruno Rebelle a distingué l’urgence de la précipitation en estimant que le facteur déclenchant du changement serait la crise écologique dans ses convergences avec la crise sociale. La valeur principale reste également la solidarité pour lui, afin que nous puissions vivre ensemble et que les pays en voie de développement aient leur place. Avec la crise, il a beaucoup été question de richesse et de bien-être : pour lui, la rencontre de l’autre, la culture et l’échange sont pourtant d’autres moyens de penser le bonheur.

Daniel Cohn-Bendit a enfin conclu sur l’impossibilité de penser la société et le changement sans le respect de l’autre avant de clore le débat : enfin, de le clore officiellement, car avec Daniel Cohn-Bendit et François Durpaire en haut et Susan George et Bruno Rebelle en bas, la discussion continuait à tous les étages de l’Athénée…

 

Et vous, à quel monde meilleur rêvez-vous?
Sur ces questions de projet et d’action politiques, vous pouvez aller voir Les Mains sales
de Sartre mis en scène par Guy-Pierre Couleau actuellement à l’Athénée jusqu’au 30 mai. Bonne journée !


La musique à l'oreille

Ils étaient bien là hier après-midi pour le concert de l'apprenti-mélomane de la pianiste Claire-Marie Le Guay : quatre cents cinquante-six enfants très sages et leurs quatre-vingts-dix accompagnateurs (très sages aussi).

Le seul moment où ils ont fait un peu de chahut a été à l'heure du départ : pas besoin de beaucoup de concentration pour enfiler son blouson, d'autant que le concert appelait manifestement à beaucoup de commentaires.

Un long chapelet de gentils mouflets s'est ensuite longuement égrené dans le Square de l'Opéra Louis-Jouvet.

Touchés par la lumière (à moins que j'extrapole à partir d'une photo surexposée, peut-être), nos apprentis mélomanes ont ensuite laissé la place aux spectateurs plus grands du concert du soir.


Le désordre amoureux de La Puce à l'oreille reprend ses droits à partir d'aujourd'hui : vous pouvez y amener vos petits, mais à votre charge ensuite de répondre à leurs petites questions sur les choses de la vie…

Bon mardi !


Place à l'initiative

Alexandra Maurice, qui vole des perruques pour ensuite se retrouver derrière les barreaux, sait aussi montrer le bon exemple à notre jeunesse : c'est ainsi que, le mardi 25 novembre dernier, elle avait organisé la venue à l'Athénée d'étudiants du lycée l'Initiative situé dans le 19e arrondissement de Paris.

Aéo, Alison, Charles, Clémence, Iolani, Jean-François, Lily, Marie, Romain, Sidonie, Valentine

On vous l'a dit, Alexandra Maurice est responsable des invitations et chargée des relations avec le public scolaire : elle est là pour accompagner les professeurs souhaitant faire découvrir le théâtre à leurs élèves, sensibiliser les jeunes au spectacle et organiser des rencontres entre artistes et étudiants. Comme on peut aussi approcher le théâtre par une stratégie du détour, pour reprendre la formule de Jean-Pierre Sarrazac, les élèves du lycée l'Initiative sont d'abord venus pour dessiner l'Athénée et le décor d'après la répétition avant d'aller voir le spectacle le soir.

C'est ainsi qu'une quinzaine de jeunes déambulèrent, appareil photo et crayon en main, pour capter pendant une heure et demie les lignes et l'esprit de l'Athénée habité par la pièce de Bergman mise en scène par Laurent Laffargue. Pendant ce temps, leur professeur, Monsieur Jean-Luc Parthonnaud, m'accorda un petit entretien tout en prenant de temps en temps ses élèves en photo.

Monsieur Jean-Luc Parthonnaud, Marie, Aurélie, Justine.

"_ Qui sont vos élèves? Et vous d'ailleurs, vous êtes professeur de quoi?
_ Mes élèves sont des jeunes qui préparent les écoles des beaux-arts. Ils sont le plus souvent issus de CAP, de bac pro ou de bac STI et le lycée l'Initiative est comme une passerelle qui les prépare aux concours très difficiles des écoles de beaux-arts de Paris, Strasbourg, Rennes, Cergy, Saint-Etienne, et caetera, avec en moyenne 90% de réussite. Ce sont souvent des gamins en échec scolaire que l'on a mis dans des formations de communication visuelle et de graphisme, qui ont été formatés par l'Education Nationale et qu'il faut absolument sortir du moule de la pensée dominante. Officiellement, je suis leur professeur de français, mais mon rôle est bien de développer leur culture, leur faire faire des découvertes, leur apprendre à argumenter et leur donner des références artistiques. Pour réussir à ces concours, il ne suffit pas d'être bon techniquement, il faut aussi avoir une culture artistique et savoir en parler.

_ En clair, vous êtes là pour former leur goût selon le sens qu'en donnait Hume dans Les Essais esthétiques, à savoir "un sens fort, uni à un sentiment délicat, amélioré par la pratique, rendu parfait par la comparaison, et clarifié de tout préjugé" ?
_ Oui, c'est un vaste programme culturel et humain que j'essaie de mener pendant mes cinq heures de cours hebdomadaires. Je les emmène au théâtre, à des expositions, voir des spectacles de danse… En ce moment, je les fais travailler sur les mythes, qui sont très présents dans l'art mais qui peuvent aussi se retrouver dans l'idéologie et l'exploitation, comme l'explique Roland Barthes. Ensuite, je passerai à Deleuze, Marx, Foucault…
C'est un travail qu'ils doivent d'ailleurs continuer pendant le week-end, car il est important qu'ils développent une sensibilité et un argumentaire personnels! Je suis là pour les aider à apprécier l'art contemporain et à former leur jugement. Cela les oblige à une grande remise en question, car plus on fait de découvertes artistiques plus le goût évolue, et c'est parfois difficile de se dire "mon dieu, comme c'était horrible ce que j'aimais avant!". Cela demande également une certaine implication financière, car il faut payer des places de spectacles ou des billets d'entrée aux expositions, mais on leur apprend que c'est surtout une question de choix et que c'est à eux de décider où dépenser leur argent.

Les étudiants continuent à parcourir le théâtre en silence et je suis, il faut bien le dire, assez étonnée de leur sérieux, de leur tenue et de leur implication manifeste.

Aéo, Sidonie, Romain, Aurélie, Marie

_ Ils sont en tout cas très agréables et souriants, et ils ont l'air contents d'être là, non?
_ Oui, ils comprennent qu'on ne se moque pas d'eux. Après des années à être passés à la moulinette de l'Education Nationale, ils se sentent valorisés ici. Ils voient que beaucoup de gens se démènent pour eux, qu'on les emmène dans des lieux prestigieux, que des artistes prennent le temps de les rencontrer et qu'on est là pour les amener à faire des découvertes. Et il y a de toutes façons une très bonne dynamique de groupe dans cette classe.

_ C'est la première fois que vous les emmenez au théâtre?

_ Cette classe-là, oui. Mais je suis un habitué de l'Athénée, je viens depuis 1978. Un de mes souvenirs le plus marquant se situe en 1997, lorsque j'avais emmené une classe de première pour L'Illusion comique mise en scène par Jean-Marie Villégier : il était venu leur apprendre à lire des passages de Corneille à la façon du 17e siècle!
_ Cela vous semble important, que vos élèves rencontre les artistes?
_ Définitivement oui, car ils ont des arguments d'autorité : si c'est moi qui leur explique qu'ils doivent travailler dur, je suis dans le rôle du vieux con. Si c'est un artiste, ils l'écoutent et cela accélère nettement leur compréhension et leur production. Je repense à Chantal Thomas, scénographe de Jacques ou la soumission et de L'Avenir est dans les oeufs, qui était venue leur expliquer son travail : elle avait amené tous les dossiers préparatoires à la création de la scénographie et avait détaillé tout le processus et le temps incroyable que cela lui avait pris… C'était le silence total dans la salle de classe, et je peux vous dire qu'après, ils ont travaillé comme des fous! D'ailleurs, Fanny Cottençon, actrice dans après la répétition, était venue au lycée à l'occasion de la sortie du film de Roger Coggio, Le Journal d'un Fou, dans lequel elle avait joué.

_ Pour vous, cela doit représenter un investissement énorme…
_ Oui, c'est épuisant, d'autant que l'on doit tout faire dans un laps de temps très court : les dates de concours avancent chaque année. Mais quel plaisir de les amener à faire des découvertes, de leur donner confiance, de les retrouver des années plus tard dans le public des salles de spectacles ou de voir qu'ils ont réussi leur vie professionnelle! J'ai d'ailleurs une ancienne élève qui va travailler avec Chantal Thomas et Laurent Pelly."

 

J'ai laissé Monsieur Parthonnaud et ses élèves terminer leur travail et assister à la représentation d'après la répétition, pour ensuite les retrouver après la pièce pour une rencontre avec Céline Sallette et Fanny Cottençon, actrices dans le spectacle. Morceaux choisis :

"_ Comment en êtes-vous venues à faire du théâtre?
Céline Sallette : _ J'étais amoureuse d'un type qui faisait du théâtre, alors à treize ans je me suis mise à en faire aussi.
Fanny Cottençon : _ Chacun doit trouver son propre moyen d'expression. Vous, ce sont les beaux-arts. Moi, ce sont les mots des autres.

_ Est-ce que vous avez joué dans des films?
Céline Sallette : _ Oui, plein, alors je te conseille d'aller voir sur le site de l'Internet Movie Database, ça ira plus vite.
Fanny Cottençon : _Il paraît qu'Allociné c'est bien aussi.

Le téléphone de Céline Sallette sonne :

_  Excusez-moi, ça doit être ma mère.

_ Comment vous préparez-vous pour entrer dans un personnage? Enfin, comment faites-vous pour dégager une émotion aussi sincère?
_ Quelles études avez-vous faites?
_ Madame Cottençon, comment fait-on pour jouer un personnage qui a bu?
_ Est-ce que cela vous a plus de jouer des actrices?
_ Est-ce que vous cherchez à plaire quand vous jouez?
Céline Sallette : _ Ah non, surtout pas! Tu imagines si tu veux essayer de plaire à tout prix, tu pleures dès que tu en entends un tousser dans la salle! Si je peux te donner un conseil : pense à ta grand-mère et fais une œuvre!
Fanny Cottençon : _ Si tu plais, tant mieux, c'est que quelque part tu as bien fait ton travail. Mais ce n'est pas en cherchant la reconnaissance que tu vas être bon!

_ Mais, finalement, enfin, après la fin de la pièce, ça se termine bien ou pas?
Fanny Cottençon : _ C'est à toi de l'imaginer. Pour toi, comment peut se poursuivre l'histoire après la fin?
_ Je ne sais pas, il n'y a pas vraiment de fin, alors je me disais que peut-être, vous, vous sauriez…"


Ces étudiants reviendront peut-être un jour à l'Athénée de leur propre initiative. En attendant, ils pourront toujours se souvenir de cette journée et remercier leur professeur de tant se démener : souhaitons-leur bonne chance pour leurs concours en espérant qu'un jour, c'est en tant que décorateurs ou scénographes qu'ils pourront déposer leur manteau sur les sièges du théâtre...


Après la répétition
se joue jusqu'à demain soir et laisse ensuite la place à une semaine consacrée à Olivier Messiaen. D'ici là, bon week-end à tous!


BlogCFC was created by Raymond Camden. This blog is running version 5.9.002. Contact Blog Owner