Écrits de spectateurs (5) : Jean, deuxième volet

Je vous l'avais annoncé en octobre 2009 : avec ce blog, j'écris tous les jours à onze mille personnes. Je ne vois donc pas pourquoi je serais la seule à parler alors que beaucoup d'entre vous ont certainement des choses intéressantes à dire.

Je vous ai donc appelés à la rescousse, vous, mes chers lecteurs. Laetitia, Pierre, Jean et Jérôme ont déjà répondu à l'appel en m'envoyant leurs textes et/ou photos parus sur le blog tout au long de la saison.
Jean, spectateur très fidèle de l'Athénée et mécène du spectacle Vénus, avait donc déjà fait un bilan de la saison 2008-2009, que j'avais publié en janvier dernier : le revoici aujourd'hui avec son bilan de la saison 2009-2010 qui vient de se terminer.

 



« Comme au début de la saison 2009/2010 et pour la saison qui s’était terminée, voici l’heure de la synthèse, avec un peu d’avance par rapport à l’année dernière.

Les spectacles de chant ont été les plus nombreux (six sur douze) mais variés : opéra (plus ou moins récents), baroque et comédie. En moyenne, 7,8/10 (cette note est le seul moyen que j’ai trouvé pour relativiser et comparer les spectacles et les saisons, pardonnez-moi cet aspect professoral).

Le fait marquant est quand même (comme l’année dernière) l’extraordinaire qualité des prestations et la diversité des propositions (du XVIIe au XXIe).
Si le comique du Temps des croisades a permis de passer une bonne soirée, j’ai plus été sensible à Dans la Colonie pénitentiaire, peut-être par ce côté sadique partagé. Les amours des tourtereaux fut une belle découverte mais à ne pas consommer sans modération, cela deviendrait vite lassant.
Un peu déçu tout de même par Julie, non pas par la qualité de la musique, ni par la mise en scène, plus par la synthèse minimaliste du texte sur une œuvre de Strindberg, qui en occulte la portée.

Côté One-(wo)man-show (9/10), deux propositions [NDLR : Les Règles du savoir-vivre dans la société moderne et Les Garçons et Guillaume, à table !] dont la qualité est incontestable, sur le texte, la mise en scène et l’interprétation. J’ai admiré la robe de mariée de Mireille Herbstmeyer dont le reflet sur le sol verni était d’un effet très esthétique. L’aisance de Gallienne et sa façon de faire ont permis un texte parfois cru sans choquer les plus prudes.

Enfin, les quatre pièces de théâtre (8,5/10) très différentes les unes des autres. Minetti et Serge Merlin ont été un moment de grand plaisir par la maîtrise du texte, de la diction, de… tout (avec un bis repetita grâce à Extinction au Théâtre de la Madeleine).
Puis j’ai enfin pu voir La Cantatrice chauve après l’avoir ratée l’année dernière dans sa version chantée. Étonnant !
Si la Maison de poupée(s) fut "classique" mais plus intéressante que celle des Amandiers, Vénus fut une expérience extraordinaire : d’abord la découverte des répétitions, des choix techniques puis la générale et enfin les représentations. Belle progression où on se rend (enfin) compte de toute la difficulté à monter un spectacle, de la gestion du temps et de la pression car il n’est pas possible de reporter la date des représentations. Certainement, ces spectacles doivent être douloureux à monter, comme des accouchements.

En synthèse, la programmation d’une grande diversité nous a permis de découvrir un large panel de savoir-faire des comédiens et des techniciens mais aussi la multiplicité des types de spectacles dans le temps. L’homme est terriblement créatif.

La force de l’Athénée reste aussi et surtout son équipe technique que bien des théâtres privés pourraient envier. Cela permet des propositions de spectacles de grande qualité techniques même si on peut craindre pour l’avenir quelques portions congrues. Il suffit de voir les programmes de la saison prochaine à l’Opéra comique par exemple pour se rendre compte que la salle sera de moins en moins utilisée.
En lisant le blog, j’ai découvert que Le Père prenait quatre jours de montage… pour trois représentations seulement. Que de frais pour si peu de spectateurs en cumul sur les représentations !

Au final, la note est de 8,25/10 avec un minimum de 7. Je suis donc extrêmement satisfait de ma saison de spectateur (!!). Je vais donc continuer à m’abonner en espérant pouvoir renouveler l’expérience de Vénus. Merci à tous et aussi au contribuable malgré-lui (pour certains).»


Jean nous livrera peut-être un troisième bilan à la fin de cette saison 2010-2011 qui commence le 23 septembre prochain avec Oh les beaux jours de Samuel Beckett dans une mise en scène de Robert Wilson !

Bonne journée.


PS : dans les messages qu'ils m'ont laissés sur le blog, certains ont émis des doutes concernant la photo de Rome que j'ai publiée hier pour témoigner de mes vacances : ah là là, se coltiner les 551 marches menant à la coupole de la Basilique Saint-Pierre en plein mois d'août avec son appareil photo de quatre kilos pour se faire ensuite soupçonner d'avoir emprunté la photo sur internet… Quelle ingratitude !


D'abord

Vous n'êtes peut-être pas du genre à aimer assister aux rencontres organisées après les spectacles. En ce qui me concerne, j'ai du mal à parler d'un spectacle dix minutes après l'avoir vu, et si j'ai quelques questions qui me viennent, j'ai parfois envie de les laisser sans réponse (mais ce n'est évidemment qu'un avis personnel).

Pour les gens comme moi (et les autres), l'Athénée propose des rencontres avant les spectacles, comme une sorte d'introduction à ce que vous allez voir.

C'était avant la représentation du Père de vendredi dernier qu'était projeté un documentaire sur la genèse de l'oeuvre composée par Michael Jarrell sur un texte de Heiner Müller et mise en scène par André Wilms.
 
Réalisé par Laurent Feneyrou et Benoît Martin, le documentaire donnait un aperçu de la création du Père, tant du point de vue de la partition que du spectacle : Michael Jarrell, le compositeur, évoquait l'ambiguïté du texte de Müller (entre recherche et mise à distance du père), tandis que Gilles Privat, comédien dans le spectacle, expliquait comment la musique donnait selon lui un espace au texte qui résonnait ainsi comme s'il était sur un coussin, ou qu'André Wilms, le metteur en scène, définissait Le Père comme un très court roman d'apprentissage.

Laurent Feneyrou, Lola Gruber et Benoît Martin

 

Après le visionnage du documentaire, ses deux auteurs sont montés sur scène pour une rencontre modérée par Lola Gruber, auteure des textes à l'Athénée (les programmes de salle et brochures, entre autres).
Il y fut question des harmonies destructurées de la musique de Michael Jarrell, de la nécessité de conserver la radicalité de chacun des artistes créateurs du Père et d'un mystérieux effet sonore appelé Waveform Synthesis qui consiste à spatialiser le son pour, par exemple, vous donner l'impression que l'on chuchote à votre oreille...

Il faudra attendre la saison prochaine pour assister à une nouvelle rencontre avant un spectacle : le premier "d'abord" aura lieu le 5 janvier 2011 à l'occasion de Phi-Phi.
En revanche, il y aura un "ensuite", c'est-à-dire une rencontre après une représentation, dès le 28 septembre à l'occasion d'Oh les beaux jours de Beckett mis en scène par Bob Wilson (puis pour Oncle Vania, Les Trois Soeurs ou La Cerisaie, et il y aura également des projections de films au Cinéma Le Balzac ou des cafés-débats, mais n'anticipons pas).

Bon début de semaine!


Batterie de cuisine

Comme je vous le disais hier, les percussions employées dans Le Père (théâtre musical à l'Athénée jusqu'à samedi) sont pour le moins inhabituelles.

Voici ce que mon micro a pu capter de ces drôles d'instruments lors de la première qui a eu lieu hier :

 

Si vous n'entendez rien, cliquez ici pour aller sur YouTube.

 

Le Père se joue encore ce soir et demain.

Bon week-end et à lundi !


"Il manque encore une Spontex, là"

Le Père, une pièce de théâtre musical de Michael Jarrell d'après Heiner Müller, commence ce soir à l'Athénée pour trois représentations.

L'orchestre est inhabituel, puisque la partition est composée uniquement pour des percussions qui seront interprétées à l'Athénée par l'ensemble des Percussions de Strasbourg.



Mais si l'on y regarde de plus près, la composition de l'orchestre n'est pas le seul élément étonnant : la nature des instruments, pour peu que l'on s'y attarde, réserve quelques sourires.

 

 

Je vous laisse chercher les quelques anomalies présentes sur ces images, en espérant pouvoir vous proposer très vite un aperçu sonore de tous ces ustensiles…


Le Père mis en scène par André Wilms, avec les Percussions de Strasbourg, Gilles Privat, Suzanne Leitz-Lorey, Truike van der Poel et Raminta Babickait, se joue demain, après-demain et samedi à l'Athénée dans le cadre du Festival Agora de l'IRCAM.

Bonne journée !


"Il faut chercher à savoir pourquoi le peuple accepte seulement des sous-produits."

"Ma langue, pour des raisons bizarres, est considérée comme difficile ; pour l'unique raison qu'elle est en fait toute simple, directe et précise. On n'a plus l'habitude d'écouter des textes précis."



Qui est Heiner Müller ?

C'est l'auteur d'un texte qu'a repris le compositeur Michael Jarrell pour Le Père, œuvre de théâtre musical qui sera jouée à l'Athénée demain, vendredi et samedi.



Le Père est un récit où Heiner Müller retrace autant une vie que l'histoire de l'Allemagne : en dix fragments, l'on passe du nazisme au communisme tout en plongeant dans les liens entre un père et son fils.

Né en Allemagne en 1929, Heiner Müller a quatre ans lorsque son père se fait arrêter en pleine nuit par les Nazis. Refusant l'exil, il assistera successivement à la débâcle de l'Empire nazi, l'occupation et la partition de l'Allemagne, l'expérience communiste de la République Démocratique Allemande (où il avait choisi de rester), la chute du mur de Berlin et la réunification de l'Allemagne. Il est décédé à la toute fin de l'année 1995.



"Une raison essentielle d'écrire des pièces réside dans le malin plaisir ; il est la source de tout humour – le malin plaisir, c'est de voir que quelque chose tourne au vinaigre et qu'on est en mesure de le décrire. C'est là, je crois, un modèle de base du théâtre et également du comique... Prendre conscience du caractère comique de mes pièces est, à mon avis, important, mais personne apparemment ne le voit ni ne le saisit – raison pour laquelle les choses, si souvent, tournent mal."



Resté célèbre pour ses pièces de théâtre, il a également écrit des récits et des poèmes, et a été directeur du théâtre du Berliner Ensemble.
Explorant le destin de l'Allemagne, ses écrits très singuliers témoignent d'une écriture fragmentaire où pointent souvent la réécriture et le montage de textes existants, comme Hamlet, Philoctète, Les Liaisons dangereuses ou Médée. Le mythe et la grande histoire se mêlent aux histoires amoureuses et familiales dans une grande variété de tons souvent imprégnée de second degré.

Parfois interdit en RDA (comme sa pièce Hamlet-Machine, censurée pour "pessimisme historique"), il est rapidement connu en Europe de l'Ouest et aux États-Unis. En France, il est révélé par Bernard Sobel, Jean-François Peyret, Jean Jourdheuil ou Patrice Chéreau.

Après une collaboration avec Bob Wilson pour un opéra qui ne verra jamais le jour, ses textes sont adaptés en musique par Pascal Dusapin (Medeamaterial) ou Michael Jarrell (Le Père).

Le Père se joue à l'Athénée pour trois représentations à partir de demain. Créé dans le cadre du Festival Agora de l'IRCAM (Centre Pompidou), il est mis en scène par André Wilms.

À demain !

NB : toutes les citations sont extraites d'un entretien avec Heiner Müller réalisé par Rolf Ruth et Petra Schmitz pour le Theater Heute d'avril 1982. Traduction : Heinz Schwarzinger.


L'art du désordre organisé

En venant dimanche à l'Athénée alors que la pièce Les Amours tragiques de Pyrame et Thisbé s'était terminée la veille, je pensais trouver un plateau quasiment vide et deux ou trois techniciens en train de préparer tranquillement la venue du Père qui se joue à partir de jeudi.

Et en fait, hum… comment vous dire ?

 

Le Père, une œuvre de théâtre musical du compositeur contemporain Michael Jarrell sur un texte de l'auteur allemand Heiner Müller (1929-1995), nécessite en effet quatre jours de montage technique réalisé par presque trente techniciens.

 

Le montage se poursuivait encore hier et se terminera ce soir avant de laisser place aux dernières répétitions avec les musiciens, comédiens et chanteurs.

Le Père a été créé il y a une dizaine de jours en Allemagne et se jouera à l'Athénée jeudi, vendredi et samedi dans le cadre du festival Agora de l'IRCAM.

Bon mardi !


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