Le pressentiment

Le Journal d'un disparu, cycle de mélodies de Janacek mis en scène par Christophe Crapez, a commencé hier à l'Athénée et se joue encore ce soir, demain et dimanche.

Christophe Crapez a choisi d'insérer au début de l'œuvre le premier mouvement d'une sonate pour piano composée par Janacek : surnommée "1er octobre 1905", elle a été écrite en mémoire d'un ouvrier tué lors d'une manifestation.

Mécontent, Janacek tenta de détruire la partition, mais les deux premiers mouvements ont été sauvés par la pianiste Ludmila Toutchkova : ils sont respectivement intitulés "le pressentiment" et "la mort".

C'est "le pressentiment" que Christophe Crapez a choisi de faire entendre sous les doigts du pianiste Nicolas Krüger au début du spectacle.
Pour découvrir la grande sensibilité et l'originalité de Janacek, voici donc ce premier mouvement, interprété par le pianiste tchèque Rudolf Firkusny. Il fut l'élève de Janacek avant de s'exiler à la seconde guerre mondiale pour les États-Unis où il est décédé en 1994.



 

Pour entendre le premier mouvement de cette sonate ainsi que le Journal d'un disparu interprété par Nicolas Krüger, Christophe Crapez, Eva Gruber, Séverine Etienne-Maquaire, Sacha Hatala et Ainhoa Zuazua, c'est jusqu'à dimanche !
Ce soir, Jacques Amblard, musicologue, viendra présenter l'œuvre à 18h30 dans le foyer-bar de l'Athénée.

Bon week-end !


PS auto-promotionnel
: dimanche, allumez votre radio sur France Musique de 16h à 18h! L'émission "L'air des lieux" sera consacrée à l'Athénée Théâtre Louis-Jouvet : vous pourrez y entendre entre autres les douces voix de Patrice Martinet, directeur du théâtre, Denis Léger, directeur technique, et la mienne, si je n'ai pas été coupée au montage.
La fréquence de France Musique à Paris : 91,7. L'émission sera ensuite disponible en podcast ou en écoute à la carte.


Journal d'un montage

Hier après-midi, l'équipe du Journal d'un disparu s'attelait aux derniers préparatifs avant la première qui aura lieu ce soir : comme vous pouvez le constater, d'étranges perches peuplent la scène…

Jano, régisseur général à l'Athénée

 

Jano, régisseur général à l'Athénée

 

Thomas et Priscilla, respectivement technicien et stagiaire en technique à l'Athénée

 

Le Journal d'un disparu, cycle de mélodies composé par Janacek à partir de poèmes, se joue jusqu'à dimanche.

Demain à 18h30, vous pourrez assister à un "d'abord" où Jacques Amblard, musicologue, vous présentera l'œuvre : rendez-vous au foyer-bar !


Qui me rendra ce que j'ai perdu ?

Le Journal d'un disparu, que vous pourrez voir à l'Athénée à partir de demain, a été composé par Janacek sur des poèmes écrits en dialecte valaque (sud-est de l'actuelle République Tchèque).

Ce cycle de poèmes raconte une histoire d'amour entre un paysan et une jeune tzigane et est divisé en vingt-deux parties :

1 - J'ai rencontré une jeune tzigane
2 - La noire tzigane
3 - Des lucioles dansent
4 - Déjà de jeunes hirondelles pépient
5 - Que c'est pénible de labourer
6 - Ohé ! Mes bœufs gris !
7 - J'ai perdu une chevillette
8 - Ne regardez pas tristement
9 - Bonjour, petit Janik
10 - Ô Dieu lointain
11 - L'odeur du sarrasin fleuri
12 - Une charmille sombre
13 - Partie au piano solo
14 - Le soleil monte
15 - Mes petits bœufs gris
16 - Qu'ai-je donc fait ?
17 - Personne n'échappe à sa destinée
18 - Je ne songe maintenant qu'à une chose
19 - Une pie vole
20 - J'ai une jolie aimée
21 - Mon cher papa
22 - Adieu, mon pays natal

Pour vous donner une idée du texte, en voici quelques extraits traduits par Emilia Essora:

5 - « Que c'est pénible de labourer, j'ai si peu dormi, j'ai si peu dormi, et lorsque je m'endormais, c'est d'elle que je rêvais. »

11 - « L'odeur du sarrasin fleuri arrive jusqu'au bois. "Veux-tu voir, Yanik, comment dorment les tziganes?" Elle cassa une petite branche, prit une pierre et la jeta. "Voilà, mon lit est fait", dit-elle en riant. "La terre est mon oreiller, le ciel ma couverture, et les mains, refroidies par la rosée, je les réchauffe dans mon giron." Elle était couchée par terre, elle n'avait qu'une petite jupe, et ma pauvre vertu pleurait à chaudes larmes. »

14 - « Le soleil monte, l'ombre devient plus courte. Oh ! Qui me rendra ce que j'ai perdu?»

21 - « Mon cher papa, comme vous vous trompez, si vous croyez que je prendrai la jeune fille que vous me choisirez. Qui a commis une faute, qu'il expie son péché : moi, non plus, je ne veux pas éviter mon sort. »

On peut consulter le texte intégral et un commentaire de l'œuvre ici. J'ai écrit un billet sur Janacek hier.


Le Journal d'un disparu mis en scène par le ténor Christophe Crapez (que certains d'entre vous avez peut-être déjà vu à l'Athénée dans La Société Anonyme des Messieurs Prudents, Le Docteur Ox, Les Brigands ou L'Opéra de quatre notes) se joue de demain à dimanche !


La révolution de velours

De jeudi à dimanche, vous pourrez écouter Le Journal d'un disparu à l'Athénée : l'œuvre a été composée par Janacek sur des poèmes écrits dans un dialecte de l'Est de la République Tchèque et racontent l'amour d'un paysan pour une Tzigane.

Si l'histoire évoquée dans ces poèmes pouvait rappeler à Janacek une partie de sa vie personnelle, la langue utilisée a sans doute été déterminante dans son choix de les mettre en musique.
Né en 1854 et décédé en 1928, Janacek a en effet joué un rôle déterminant dans la mise en avant des identités culturelles tchèques et moraves.
Il parcourt ainsi son pays (qui deviendra la Tchécoslovaquie à l'effondrement de l'empire austro-hongrois en 1917) à la recherche de musiques populaires : collectant des chansons paysannes dès 1886, Janacek oeuvre à la reconnaissance du folklore musical de sa région et, par là-même, à la revendication d'une identité tchécoslovaque.


D'origine paysanne et jouées sans partition, les musiques populaires ont souvent été sous-estimées, mais Janacek relève le défi de les intégrer à la musique dite savante.
Le défi paraît impossible tant tout semble séparer musique populaire et classique : les tonalités ne sont pas les mêmes, d'autant que les chants paysans peuvent très bien hésiter entre plusieurs tons ou commencer en mineur pour se terminer en majeur.
Ensuite, d'un point de vue rythmique, les musiques occidentales reposent sur une symétrie parfaite où chaque mesure est égale à la suivante et où une croche vaut une moitié de noire et une ronde le double de la blanche : rien de semblable avec la musique populaire d'Europe de l'Est où une demi-mesure peut par exemple être légèrement plus longue que celle qui la précède —et cette complexité rythmique est quasiment impossible à retranscrire dans notre système de notation.

Janacek, à l'instar du Hongrois Bartok ou du Roumain Enesco, parvient pourtant à se construire un style singulier et inédit où le genre savant s'imprègne du folklore, et accompagne ainsi les revendications identitaires d'une région qui réclamera rapidement son indépendance.
Si le nationalisme quasi-forcené de Janacek dans sa vie courante se retrouve dans sa musique où la composante folklorique est déterminante, il est intéressant de souligner que sa volonté de retranscrire ce qu'il entend ne s'arrête pas aux musiques populaires entendues dans la campagne tchèque et morave.

Le compositeur s’attache en effet à la mélodie du parler et transforme en musique des phrases saisies au vol, mais aussi le bruit de la mer ou encore des chants d’oiseaux.
Désirant abandonner les conventions expressives propres à la musique, Janacek réintroduit la prose dans l’opéra et s’inspire du langage parlé pour composer. Il ne s’agit pas d’imiter la nature mais bien d’admettre l’existence d’un univers musical en-dehors de la musique elle-même.


Chahutant les frontières entre savant et populaire, entre nature et culture et entre Tchécoslovaquie et Autriche-Hongrie, Janacek crée aussi une œuvre hybride
du point de vue strictement formel : entre opéra et cycle de Lieder*, son Journal d'un disparu composé en 1919 sera joué à l'Athénée à partir de jeudi dans la mise en scène de Christophe Crapez.



Bon mardi !

 

* Si vous avez manqué un épisode sur le Lied, rendez-vous ici pour un très modeste début de définition.


C'est de saison

Comme je vous le disais hier en vous montrant les coulisses de l'événement, l'Athénée présentait sa saison 2010-2011 il y a peu.


Tour d'horizon partiel et partial, que vous pourrez compléter en allant voir les vidéos de la soirée sur la fiche de chaque spectacle du site internet de l'Athénée :


Oh les beaux jours de Beckett - mise en scène de Robert Wilson


Adriana Asti
, que vous connaissez peut-être pour l'avoir vue au cinéma chez Visconti, Bertolucci ou Pasolini, jouera dans Oh les beaux jours mis en scène par Robert Wilson.
En tournage à Venise pour le prochain film d'André Téchiné, elle présente le spectacle par téléphone :

Si vous n'entendez rien, cliquez ici pour aller sur YouTube.

 

 

Orchestre de Paris : 4 concerts pour 4 quatuors

Quatre quatuors de musiciens
issus de l'orchestre de Paris viendront donner quatre concerts tout au long de la saison, en lien avec les spectacles théâtraux de l'Athénée.

Découvrez des compositeurs du 20e siècle au moment d'Oh les beaux jours, de la musique russe pour accompagner le cycle Tchekhov (Oncle Vania, Les Trois Soeurs et La Cerisaie), des œuvres abordant le néo-classique et la question de l'oppression à l'occasion de Caligula et des partitions pleines d'humour noir en résonance avec Une Visite inopportune.



Oncle Vania de Tchekhov - mise en scène de Serge Lipszyc

C'est Robin Renucci, que vous avez peut-être vu dans Un Village français ou chez Chabrol, Mocky ou Bertolucci, qui interprétera Oncle Vania. Il est venu présenter le spectacle mis en scène par Serge Lipszyc.

 

Patrice Martinet et Robin Renucci

 

 

Fondation Royaumont - 4 récitals pour 6 chanteurs

 

(c)Malte Martin

Depuis quelques saisons, l'Athénée vous propose d'entremêler théâtre et musique : avec la Fondation Royaumont, découvrez quatre concerts pour voix et piano en octobre, décembre, mars et mai.


Les Trois Soeurs de Tchekhov - mise en scène de Volodia Serre


Volodia Serre, le metteur en scène des Trois Soeurs, a vraiment trois soeurs, toutes comédiennes.

C'est donc tout naturellement qu'il leur a confié les rôles-titres et qu'il interprétera également leur frère dans le spectacle.

Ils sont venus en famille nous lire quelques morceaux choisis de Tchekhov dont on oublie trop souvent le potentiel comique.

Si vous ne voyez pas la vidéo, cliquez ici pour aller sur YouTube.


 

La Cerisaie de Tchekhov - mise en scène de Paul Desveaux

Pour compléter ce cycle Tchekhov, Paul Desveaux, déjà venu à l'Athénée pour Les Enfants terribles, est venu présenter sa Cerisaie dont vous trouverez cette jolie citation dans la brochure 2010-2011 de l'Athénée : "c'est beau, c'est sensible, à part qu'on ne comprend rien".

 

© Malte Martin

 

 

Résidence de Claire-Marie Le Guay

La pianiste Claire-Marie Le Guay est en résidence à l'Athénée depuis deux saisons
: très attachée à la sensibilisation à l'art, elle a construit un véritable projet pédagogique où elle passe du temps dans des écoles primaires parisiennes et donne des concerts spécialement pour les enfants.
Elle donne également des récitals pour les adultes, au nombre de deux cette saison.

 

Claire-Marie Le Guay en coulisses avant d'entrer sur la scène de la présentation de saison.




Phi-Phi, une opérette d'Henri Christiné et Albert Willemetz - mise en scène de Johanny Bert pour Les Brigands

Si vous êtes un habitué de l'Athénée, vous connaissez déjà l'univers déjanté de la compagnie des Brigands qui livrent une opérette ou un opéra-bouffe au Théâtre tous les ans.

Le metteur en scène Johanny Bert, après avoir présenté Phi-Phi, a fait monter son équipe sur scène pour une démonstration très en jambes :

Si vous ne voyez pas la vidéo, cliquez ici pour aller sur YouTube.

 

 

Le Journal d'un disparu, opéra de Leos Janacek - direction musicale et mise en scène de Christophe Crapez.

Chanteuse dans le spectacle, Éva Gruber était déjà venue à l'Athénée pour L'Opéra de quatre notes : elle revient cette fois-ci dans Le Journal d'un disparu qu'elle s'est chargée de présenter.

Janacek est un compositeur tchèque né en 1854 et décédé en 1928. Il a composé des œuvres comme la Sinfonietta, L'Affaire Makropoulos, De la Maison des morts, Jenufa ou La petite Renarde rusée.

Voici un court extrait sonore (moins d'une minute) du Journal d'un disparu :

 

Si vous ne voyez pas la vidéo, cliquez ici pour aller sur YouTube.

 

 

Caligula de Camus - mise en scène de Stéphane Olivié Bisson
Stéphane Olivié Bisson : "Dans l'imaginaire collectif, Camus, c'est la photo en noir et blanc, la cigarette aux lèvres… Ça sent le Panthéon!"

 

Avant de partir, il offrit à Patrice Martinet, directeur de l'Athénée, ce livre rassemblant Albert Camus, René Char et Henriette Grindat.

 

 

La Voix humaine, opéra de Poulenc d'après Cocteau - mise en scène de Vincent Vittoz

Vincent Vittoz est venu présenter l'opéra de Poulenc composé d'après l'œuvre éponyme de Jean Cocteau :

 

 

L'Échange de Paul Claudel et l'opéra Didon et Énée de Purcell - mises en scène de Bernard Levy

Bernard Levy a déjà mis en scène
deux spectacles à l'Athénée : En attendant Godot et Fin de partie, deux pièces de Beckett.

Il revient deux fois cette saison dans deux œuvres très différentes, L'Échange de Paul Claudel dont il espère faire "quelque chose d'âpre, de sensuel, de drôle mais terriblement émouvant" et Didon et Énée de Purcell qu'il abordera en novice de l'opéra.

 

 

Une Visite inopportune de Copi - mise en scène de Philippe Calvario

Philippe Calvario : "La visite inopportune, c'est cette saleté de mort qui arrive un peu trop tôt…"

 

 

Ali Baba ou les quarante voleurs, opéra de Cherubini - mise en scène de Charlotte Nessi

Comme l'a dit Charlotte Nessi, "on connaît tous Ali Baba même si on ne sait plus très bien ce que font les quarante voleurs".

© Malte Martin

 

 

Le Récit de la servante Zerline de Hermann Broch - mise en scène d'Yves Beaunesne

"Voilà encore une journée de passée qui ne reviendra plus"

Vu à l'Athénée pour sa mise en scène de Cosi fan tutte de Mozart, Yves Beaunesne a un vrai talent pour donner envie d'aller voir ses spectacles, décuplé ici par la présence de l'actrice Marilu Marini.

Je vous laisse donc regarder la vidéo sur le site de l'Athénée en lançant un appel de fashion victim :

Le jour de la présentation de saison, Marilu Marini portait ces chaussures. Je veux les mêmes. Merci de me communiquer toute information me permettant de les trouver ("pique-les dans la loge de Madame Marini quand elle reviendra jouer le spectacle" N'EST PAS une information valable !). Merci.

 

 

Il est encore temps de vous abonner pour cette saison 2010-2011 !
La saison actuelle n'est pas encore terminée : Guillaume Gallienne joue jusqu'au 17 juillet la reprise de son spectacle Les Garçons et Guillaume, à table !

Bon jeudi et à demain pour le premier portrait de spectateur sur ce blog.


BlogCFC was created by Raymond Camden. This blog is running version 5.9.002. Contact Blog Owner