Abus de pouvoir et second degré
Nous parlions le 13 novembre dernier du poids des superstitions dans le milieu du théâtre, et c’est en commentaire à ce billet qu’une lectrice dénommée Cécile me demandait plus de précisions sur la superstition entourant la couleur verte.
Patrice Martinet, le directeur de l’Athénée, ayant récemment lâchement profité de sa supériorité hiérarchique pour m’interdire de monter sur le plateau à cause de mon pull vert pomme, je me suis dit qu’il était temps d’analyser ces croyances empêchant la blogueuse de base de laisser libre cours à ses instincts vestimentaires.
L’avenir de la recherche en question
Force est de constater que je ne suis pas tout à fait sûre de la véracité de ce que je vais vous livrer : le domaine de la superstition étant par définition peu enclin à la rationalisation, des recherches, même minutieuses, ne suffisent pas toujours à élucider ce genre de questions !
Déjà, si le vert est considéré comme pouvant porter malheur dans les théâtres français, c’est par exemple le jaune en Espagne et le violet en Italie : les Italiens et Espagnols ont sans doute de très bonnes raisons de craindre ces couleurs, mais en ce qui concerne la France j’ai trouvé de très nombreuses explications plus ou moins farfelues.
Critique de la raison pure
- La plus répandue consiste à affirmer que Molière portait un costume vert lorsqu’il est mort sur scène : le problème, c’est qu’en fait ce costume était peut-être jaune. Doit-on craindre les deux couleurs? (et par là-même encore rétrécir les possibilités de ma garde robe ?)
- On parle également souvent des Mystères, ces représentations médiévales portant sur la religion et les mythes où le personnage du traître Judas aurait souvent été vêtu de vert.
- Le vert étant aussi la couleur de l’émeraude, il aurait hérité de sa mauvaise réputation due à sa grande fragilité et sa tendance à facilement se rayer.
- Certains estiment encore que l’éclairage au gaz, introduit dans les théâtres au début du 19e siècle en France (1822 à l’Opéra Garnier, très exactement), n’aurait pas mis en valeur les tons verts. N’ayant bizarrement pas de lampe à gaz chez moi, je ne peux pas vérifier ce que cela donne à côté de mon pull vert pomme.
- Enfin, une explication concerne l’oxyde de cuivre, vous savez, cette couche de vert qui couvre le cuivre pour lui permettre de mieux résister aux attaques de l’air.
L’oxyde de cuivre aurait été utilisé comme teinture au Moyen-Âge alors qu’il est extrêmement nocif en cas de contact avec la peau et de surcroît instable en présence d’humidité (et donc de sueur). De nombreux comédiens auraient donc été intoxiqués par leur propre costume teinté de cette manière.
L’explication paraît rationnelle, malheureusement mes recherches (y compris dans des traités de chimie, admirez l’abnégation) ne m’ont pas permis d’établir que ce vert-de-gris ait pu servir à teindre des vêtements: il est sûr qu’il était courant en peinture ou en poterie avant d’être abandonné à cause de sa haute toxicité et de son instabilité, mais aucune occurrence trouvée, en tout cas de mon côté, pour la teinture de tissu!
Y a t-il un spécialiste de l’industrie textile médiévale parmi vous ?
Le mot de la fin
Puisque nous parlions d’absurde il y a quelques jours, concluons sur une devise des Shadoks : s’il n’y a pas de solution, c’est qu’il n’y a pas de problème.
Cela n’empêchera évidemment pas Godot de vous attendre à l’Athénée à partir de jeudi prochain, car inutile de vous dire que les répétitions battent actuellement leur plein.
À après après-demain !