Les dieux du stade (3)

Souvenez-vous, je vous parlais le 6 mars dernier du calendrier dénudé qu'avait réalisé le personnel de l'Athénée en 1997 avec le photographe Fabien Calcavechia et vous en avais reproduit deux pages le 19 juin.

Grâce à l'autorisation du photographe et de ses modèles, en voici aujourd'hui deux autres!
(Les deux jeunes hommes de cette photo travaillent encore actuellement à l'Athénée)

 

(c) Fabien Calcavechia

 

(c) Fabien Calcavechia

 

Bon début de semaine à tous.


PS: Désolée de l'envoi tardif de ce billet dû à quelques problèmes techniques qui nous auront occupés une bonne partie de la matinée...


Un spectacle dans un fauteuil

À l’Athénée, la majorité des sièges datent de l’époque de construction du théâtre, même si certains ont été fabriqués lors de sa rénovation: du côté des anciens, une vis non enfoncée jusqu’au bout, un dossier mal fixé et c’est un spectateur qui risque de tanguer…

Jano, régisseur général de l’Athénée déjà aperçu derrière un gros tas de velours, vérifie et répare donc les premiers rangs malmenés par la fosse de The Rake’s Progress.

 

Après Les Règles du savoir-vivre dans la société moderne, c’est Au Temps des croisades par les Brigands et les 26 000 Couverts qui se prépare!

À demain.


“Denise, ça fait demi-monde. Je t’appellerai Mireille.”

Il y a quelques mois, un certain Hervé Riot téléphonait à Julie Bellanger, assistante de direction à l’Athénée, pour lui annoncer une drôle de nouvelle: l’une des pensionnaires de la maison de retraite où il travaille venait de décéder, et il se retrouvait avec des papiers que la famille ne souhaitait pas récupérer. Et de nombreux documents mentionnant abondamment Louis Jouvet, il avait pensé que l’équipe de l’Athénée serait intéressée...

Quelques semaines plus tard, un gros classeur et un album photo intitulé “Vie exquise de 1916 à 1949” atterrissait donc à l’Athénée. À l’intérieur, des photos et lettres de Louis Jouvet, des programmes de ses spectacles et surtout, un récit complet des moments que l’auteure a passés avec la troupe de Louis Jouvet.

Denise Mireille Delavigne a en effet fait partie de la compagnie Louis Jouvet au moment de sa tournée en Amérique du Sud de 1941 à 1945: si la carte de ce périple est aujourd’hui visible dans l’un des couloirs de l’Athénée (premier étage, côté cour), nous n’avions que peu d’informations à ce sujet.

Je n’en suis qu’au début du déchiffrage du manuscrit et de l’examen des très nombreuses photographies, mais je me ferai un plaisir de vous livrer quelques anecdotes, photos et extraits de lettres au fil de mes lectures.

À bientôt donc en compagnie de Denise (rebaptisée Mireille par Louis Jouvet dès leur première conversation), Louis, Madeleine, Christian, Romain, Monique, Wanda, René, Camille, Léon, Marthe, Germaine et tant d’autres en tournée théâtrale en Amérique du Sud dans les années 1940.

Bon mardi!


“Le comédien parle”

“On ne tirera pas au clair l’idée de ce métier d’acteur, parce que ce n’est pas une idée claire.”

Machiniste, accessoiriste, costumier, éclairagiste, peintre, metteur en scène, comédien et directeur de l’Athénée de 1934 à 1951, Louis Jouvet a laissé de nombreux écrits sur sa pratique du théâtre où transparaît toujours une profonde humilité.

Le comédien parle, mais il ne le fait jamais à son compte: pour Louis Jouvet, l’acteur ne peut être ni penseur ni philosophe, car “il a une façon de penser qui est de sentir haut”.
Attaché à un texte au point de complètement se l’approprier, le comédien est un faussaire professionnel qui s’empare d’un personnage à son propre bénéfice, et l’égoïsme originel qui le pousse à vampiriser autant le personnage que le texte serait paradoxalement le point de départ de sa sincérité.

S’il se laisse envahir et porter par ce qu’il joue, le comédien selon Jouvet n’est pas pour autant transformé: la passion connue sur scène ne contamine pas sa vie, et sa solitude à la sortie de la représentation en est encore plus accrue.
Installé dans le mensonge, il va de l’être au paraître et se rend progressivement compte qu’avant d’être une vocation spirituelle, être acteur est surtout un métier: le théâtre est une discipline, et pour les comédiens “tout doit être suspect sauf le corps”.

Pour Gerold Schumann, le metteur en scène de Minetti qui commence jeudi à l'Athénée, un grand acteur est d'abord un homme humble; dans cette pièce, Thomas Bernhard brouille justement les pistes entre comédien et personnage et interroge l’art de l’acteur dans ce Portrait de l’artiste en vieil homme: qui joue (à) quoi?

Bon début de semaine à tous!


Les citations de ce billet sont tirées de Témoignages sur le théâtre, un recueil de textes de Louis Jouvet paru chez Flammarion.


Cachez ce vert...

Abus de pouvoir et second degré

Nous parlions le 13 novembre dernier du poids des superstitions dans le milieu du théâtre, et c’est en commentaire à ce billet qu’une lectrice dénommée Cécile me demandait plus de précisions sur la superstition entourant la couleur verte.

Patrice Martinet, le directeur de l’Athénée, ayant récemment lâchement profité de sa supériorité hiérarchique pour m’interdire de monter sur le plateau à cause de mon pull vert pomme, je me suis dit qu’il était temps d’analyser ces croyances empêchant la blogueuse de base de laisser libre cours à ses instincts vestimentaires.

L’avenir de la recherche en question

Force est de constater que je ne suis pas tout à fait sûre de la véracité de ce que je vais vous livrer : le domaine de la superstition étant par définition peu enclin à la rationalisation,  des recherches, même minutieuses, ne suffisent pas toujours à élucider ce genre de questions !

Déjà, si le vert est considéré comme pouvant porter malheur dans les théâtres français, c’est par exemple le jaune en Espagne et le violet en Italie : les Italiens et Espagnols ont sans doute de très bonnes raisons de craindre ces couleurs, mais en ce qui concerne la France j’ai trouvé de très nombreuses explications plus ou moins farfelues.


Critique de la raison pure

- La plus répandue consiste à affirmer que Molière portait un costume vert lorsqu’il est mort sur scène : le problème, c’est qu’en fait ce costume était peut-être jaune. Doit-on craindre les deux couleurs? (et par là-même encore rétrécir les possibilités de ma garde robe ?)

- On parle également souvent des Mystères, ces représentations médiévales portant sur la religion et les mythes où le personnage du traître Judas aurait souvent été vêtu de vert.

- Le vert étant aussi la couleur de l’émeraude, il aurait hérité de sa mauvaise réputation due à sa grande fragilité et sa tendance à facilement se rayer.

- Certains estiment encore que l’éclairage au gaz, introduit dans les théâtres au début du 19e siècle en France (1822 à l’Opéra Garnier, très exactement), n’aurait pas mis en valeur les tons verts. N’ayant bizarrement pas de lampe à gaz chez moi, je ne peux pas vérifier ce que cela donne à côté de mon pull vert pomme.

- Enfin, une explication concerne l’oxyde de cuivre, vous savez, cette couche de vert qui couvre le cuivre pour lui permettre de mieux résister aux attaques de l’air.
L’oxyde de cuivre aurait été utilisé comme teinture au Moyen-Âge alors qu’il est extrêmement nocif en cas de contact avec la peau et de surcroît instable en présence d’humidité (et donc de sueur). De nombreux comédiens auraient donc été intoxiqués par leur propre costume teinté de cette manière.
L’explication paraît rationnelle, malheureusement mes recherches (y compris dans des traités de chimie, admirez l’abnégation) ne m’ont pas permis d’établir que ce vert-de-gris ait pu servir à teindre des vêtements: il est sûr qu’il était courant en peinture ou en poterie avant d’être abandonné à cause de sa haute toxicité et de son instabilité, mais aucune occurrence trouvée, en tout cas de mon côté, pour la teinture de tissu!
Y a t-il un spécialiste de l’industrie textile médiévale parmi vous ?

Le mot de la fin

Puisque nous parlions d’absurde il y a quelques jours, concluons sur une devise des Shadoks : s’il n’y a pas de solution, c’est qu’il n’y a pas de problème.


Cela n’empêchera évidemment pas Godot de vous attendre à l’Athénée à partir de jeudi prochain, car inutile de vous dire que les répétitions battent actuellement leur plein.
À après après-demain !


Théâtre de poche

Vous ne l'avez peut-être jamais remarquée mais, entre les deux portes d'entrée de l'Athénée, vous pouvez trouver une maquette d'un spectacle de Louis Jouvet.

Reproduction du décor construit par Christian Bérard, décorateur et costumier très proche de Louis Jouvet, pour L'École des femmes de Molière créé le 9 mai 1936 à l'Athénée, elle peut s'animer et s'allumer grâce à des petits leviers situés sur le côté.

N'hésitez pas à vous amuser avec ce petit théâtre à volonté : après le traditionnel relâche du lundi soir, La Puce à l'oreille vous donne l'occasion de venir à l'Athénée jusqu'au 7 février! Bonne journée.


La fenêtre de l'absurde

La fenêtre qui ne mène à rien évoquera peut-être à certains des bombardements en cette période troublée côté Moyen-Orient.

Même en étudiant les plans du quartier avec Denis Léger, directeur technique de l'Athénée, on n'a pas pu trouver de quelle époque cette fenêtre pouvait bien dater, ni sur quoi elle devait donner, ni pourquoi elle est restée tout là-haut avec ses carreaux cassés. Une idée?

Bon week-end et à lundi.


Les grands mystères de Dominique Lemaire (4)

Comme la pomme de grand secours, je veille à votre sécurité. Il faut m'adjoindre un autre objet pour que je puisse fonctionner. Qui suis-je?

Bonne journée !


L'Athénée se tape l'affiche (1)

Nous avions évoqué le 13 octobre dernier les correspondances entre un événement culturel et sa communication mais n'avons pas parlé des modes en matière de graphisme. Vous avez vu lundi une affiche de 1949 au graphisme que nous définirons comme spartiate -il faut dire qu'à l'époque, on parlait davantage de maquettistes.

Les photos que Dominique Lemaire a prises des affiches de l'Athénée depuis 1982 nous donnent un petit aperçu de l'évolution de la communication visuelle avec le temps :

Mai 1982 : l'Athénée est le "rendez-vous des compagnies théâtrales subventionnées" et vous sert du Bouillon le cœur sur la main.

 

Février 1983 : l'Athénée aimait déjà le rose et avait manifestement déjà embauché quelqu'un pour espionner la vie de ses coulisses.

 

Septembre 1983 : et pourtant, Pierre Desproges n'avait pas encore déclaré son vibrant "Je hais les cintres. Le cintre agresse l'homme! Par pure cruauté!"

 

Février 1985. A cette époque, le texte était apparemment déjà central à l'Athénée Théâtre Louis-Jouvet.

 

Octobre 1985. Une affiche qui parle à tout le monde.

 

Octobre 1986 : le premier spectacle que Patrice Martinet, aujourd'hui directeur, vit à l'Athénée, avec sa deuxième version en 1987 :

 

La communication de l'Athénée a donc toujours eu la bougeotte, et vous aurez la suite des années 80 au prochain épisode!

Les voix d'Olivier Messiaen continue jusqu'à dimanche : ce soir, émission en direct sur France Musique suivie d'un concert gratuit donné par des élèves de conservatoires de Paris! Bon mercredi.


PS à ceux qui ne comprennent pas le titre : il fallait être plus jeune.
(Pardon, il fallait que je me venge, je n'étais même pas née au moment des quatre premières affiches...)


A l'ombre des jeunes filles en fleurs

On en a déjà parlé, la salle à l'italienne de l'Athénée permet aussi aux spectateurs d'être vus. Une rapide visite des bureaux permet de constater que les architectes ont étendu le concept au reste du bâtiment, me permettant ainsi de vous présenter quelques personnes que vous ne voyez pas souvent :

Vous connaissiez Alexandra Maurice, responsable des invitations et attachée aux relations publiques, en version gang des perruques : la voici aujourd'hui derrière les barreaux.

 

L'arbre ne cache pas toujours la Florence (Cognacq, attachée à la communication).


Accroché au mur, Louis Jouvet veille sur Patricia Mitaine, comptable principale.
En ce qui me concerne, je me demande à ce moment-là comment je vais faire pour descendre de cet horrible endroit.

Hélène Faget, secrétaire technique, peut accéder à la cuisine par la voie rapide et faire coucou à Amandine Gougeon, directrice du développement, dont j'ai emprunté le bureau pour prendre cette photo.

 

La dernière fois que j'ai fait remarquer à Patrice Martinet le caractère très relatif du rangement de son bureau, il m'a répondu en citant l'article "Eloge du désordre" publié dans Témoignage sur le théâtre de Louis Jouvet et dont je vous livre un extrait qui sera bien utile à tous les bordéliques en manque de justification face aux persécutions des maniaques : "le théâtre vit dans le désordre : c'est sa condition d'existence. La grandeur du théâtre est fondée sur un désordre organique, nécessaire, constant : le désordre explique et démontre un art dramatique prospère."

A demain!

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