Horror Athénée Show

Au collège Evariste Galois de Paris, il existe un club cinéma pour les élèves qui souhaitent s'initier à cette discipline.

En partenariat avec l'Athénée et la Maison du Geste et de l'Image, ils ont écrit le scénario d'un court-métrage en rapport avec l'Athénée et sont venus le tourner dans le Théâtre la semaine dernière en compagnie de leurs deux professeurs, Mihu et Christian, et de la réalisatrice Frédérique.

Le projet a été suivi par Alexandra, responsable des relations avec le public scolaire à l'Athénée et qui apparaît en guest star pour un rôle muet dans le film (tout comme moi d'ailleurs, sauf que j'avais du texte).

Les élèves ont donc écrit le scénario, filmé et joué dans le film, et ils en réaliseront le montage. En attendant le résultat, voici quelques photos du tournage (les visages des élèves sont floutés pour des raisons de droit à l'image).

 

Les élèves font des repérages dans la grande salle avant de commencer le tournage qui aura lieu dans tout le théâtre.

 

On amène les lumières sur le lieu de tournage

 

Entre deux prises dans la grande salle. Contrairement aux apparences, il y a deux personnes sur cette photo.

 

Entre deux prises dans la grande salle.

 

Dans la grande salle, les deux professeurs, Mihu et Christian, entre deux prises.

 

Dans la grande salle, juste avant le "action!". On aperçoit au premier plan Frédérique et une élève en train de filmer. Sur la scène, le décor du spectacle Une visite inopportune.

 

Mano, régisseure générale de l'Athénée, et Antoine, stagiaire à l'Athénée présents pour assister les élèves lors du tournage dans la salle Christian Bérard.

 

Sur la scène de la salle Christian Bérard, Alexandra se prépare pour son rôle.

 

Bon jeudi !


Une visite sonore de l'Athénée

L'Athénée accueille de nombreux collégiens, lycéens et étudiants lors de ses représentations.
Certains d'entre eux ont également la chance de pouvoir participer à des ateliers, d'assister à des répétitions ou de venir rencontrer les artistes.

Jeudi dernier, une classe du lycée Simone Signoret à Vaux le Pénil est venue voir L'Échange de Paul Claudel.
Dans l'après-midi, les élèves ont pu discuter avec Jean-Luc Vincent, assistant à la mise en scène de L'Échange, de sujets aussi divers que la façon dont on monte concrètement une pièce, la différence entre naturalisme et symbolisme, les petits usages du théâtre, Paul Claudel ou encore les métiers de la scène.

Comme il leur restait un peu de temps avant de partir manger, Alexandra, qui s'occupe des relations avec le public scolaire à l'Athénée, leur a proposé une petite visite improvisée du théâtre. La ballade a duré presque trois quarts d'heure que je vous ai condensés dans une petite bande-son de trois minutes. Bonne écoute !

 

 

Si vous n'entendez rien, cliquez ici pour aller sur YouTube

 

Cet atelier a été rendu possible par Tick'Art, un dispositif de la région Île-de-France qui facilite l'accès des lycéens à la culture.
Il y a un peu plus d'un mois, je vous racontais un autre atelier organisé par Tick'Art où l'acteur Bruno Putzulu était venu rencontrer des lycéens de Saint-Denis : c'est ici.

L'Échange de Paul Claudel mis en scène par Bernard Lévy se joue jusqu'à samedi !

 

 

Merci aux élèves du lycée Simone Signoret, à Madame Lemaire, à Alexandra Maurice, à Tick'Art et à Jean-Luc Vincent.


Et si vous preniez ma place?


Que diriez-vous d’écrire un matin dans l’année à plusieurs milliers de spectateurs de l’Athénée?


Dit comme ça, certes, ça peut faire peur: mais voyez, je le fais tous les jours depuis plus d’un an et jusqu’à présent, j’ai survécu.
Les commentaires, mails et autres lettres que quelques-uns d’entre vous m’ont écrits au fil du temps m’ayant en outre laissé entrevoir votre potentiel de créativité, je me suis dit qu’après tout, j’allais bien vous laisser la place pour quelques billets.

L’appel à projet est donc ouvert: ceux qui se sentent la fibre créatrice dans un domaine publiable sur le blog (texte, photographie, vidéo, dessin, musique...) peuvent m’envoyer leur création à mon adresse mail, clemence(at)athenee-theatre.com, ou à l'Athénée (Clémence Hérout, Athénée Théâtre Louis-Jouvet, 24 rue de Caumartin, 75009 Paris).
NB: dans mon adressse mail, remplacez le (at) par @, c’était pour éviter les spams.


Je publierai vos envois au fur et à mesure
pendant l’année mais attention, quelques précisions:
- Les contributions envoyées doivent avoir un lien avec l’Athénée! Quelques pistes: votre première fois à l’Athénée, votre dernière fois à l’Athénée, toutes vos fois à l’Athénée, une anecdote en rapport avec l’Athénée, une photo de l’Athénée bref, tout ce que vous souhaiterez en rapport avec l’Athénée.
- Votre création doit être de qualité: pas de photo floue prise avec un téléphone portable, pas de vidéo non montée, pas de brouillon de texte, même si nous pourrons bien sûr peaufiner votre projet ensemble.
- Attention, plusieurs milliers de personnes vous regardent: essayez d’être original!
- Essayez de ne pas faire trop long! Voici quelques exemples de limites à ne pas dépasser: pas plus de cinq photos ou dessins (sauf s’il s’agit d’une série), pas plus de six cents mots pour les textes, pas plus de dix minutes pour la vidéo ou la musique…
- Respectez la loi et ne m’envoyez que des documents dont vous êtes exclusivement l’auteur.
- Soyez altruiste: les contributions ne peuvent pas être rémunérées.
- Prenez votre temps: nous avons jusqu’au mois de juin prochain.

Les commentaires de ce billet vous sont ouverts ainsi que mon adresse mail pour toute remarque ou question!

À bientôt j’espère, et bon mercredi.


Et plus si affinités - interview!

Guillaume Bourgain est le secrétaire général de l’Athénée, c’est-à-dire qu’il coordonne la communication, les relations publiques, la presse, la billetterie et l’accueil; c’est vers lui que Patrice Martinet nous avait envoyée lorsqu’on lui avait posé la question soulevée par le slogan de la nouvelle saison que vous avez pu découvrir sur la brochure: qu’y a t-il dans l’air?

«_ Ou, plus exactement, d’où vient cette phrase en couverture de la brochure, “il y a quelque chose dans l’air” ?
_ Nous cherchions un fil conducteur pour guider la saison, et nous nous sommes aperçus que tous les spectacles programmés à l’Athénée à partir de septembre prochain témoignaient de la volonté de s’affranchir de quelque chose: des convenances dans Les Règles du savoir-vivre dans la société moderne, d’un statut social dans Julie, d’une certaine éducation dans Les garçons et Guillaume, à table!, de clichés colonialistes dans Vénus, d’un poids familial et social dans Une Maison de poupées
L’élaboration de ce slogan a en tout cas été un vrai travail d’équipe, car pour y réfléchir nous avons sollicité tout le monde à l’Athénée, et plus particulièrement Lola Gruber, qui est responsable de tous les contenus écrits, ou Malte Martin, notre graphiste.

_ Le premier slogan auquel vous aviez pensé était “Et plus si affinités”, pourquoi?
_ C’était une phrase qui renvoyait moins aux spectacles qu’à tous les “plus” que l’on a décidé de proposer au public pour la saison prochaine.
Pour mettre en place toutes ces activités autour des spectacles, nous sommes partis de l’idée que les spectateurs comme les artistes disent se sentir bien dans ce Théâtre: c’est un lieu où l’on a plaisir à se retrouver, à tel point qu’un jour je me suis entendu dire “on verra ça à la maison” pour parler de l’Athénée! Nous avons donc souhaité continuer à tisser des liens avec le public au-delà du spectacle lui-même, c’était d’ailleurs déjà l’idée de ton blog, en construisant un parcours autour de chaque spectacle et en variant les propositions: chaque spectacle aura son “Entre nous” sous une forme différente.
Il y a aura des tchats (ce sont des conversations par internet) avec certains metteurs en scène, des rencontres introductives avant le spectacle, des discussions avec les artistes après… Il y aura également des café-débats animés par Lola Gruber qui seront de vrais moments de réflexion autour de la programmation et de son lien avec l’actualité: le thème du débat sera établi environ un mois à l’avance et les invités viendront d’horizons très différents afin de conserver la liberté de ton spécifique de l’Athénée.
Et nous continuons bien sûr à proposer des événements à l’extérieur, comme des concerts et rencontres à la FNAC, des débats à la Bibliothèque Nationale de France, des projections de films en lien avec les spectacles au cinéma Le Balzac… La programmation au Balzac est d’ailleurs plus dense que la saison qui vient de s’achever: il y aura cinq films la saison prochaine dont un avec un accompagnement musical en live!

_ L’Athénée semble prendre un vrai virage allant vers l’échange avec le public : vous êtes confiants dans votre succès?

_ Évidemment, on ne peut pas prévoir ce que cela va donner: le principe étant d’instaurer un échange détendu et libre, la relation qui se créera dépendra des interventions du public, des artistes, de nos partenaires… L’idée centrale est vraiment de se dire: puisque nous nous sentons bien ensemble, prolongeons le débat ! J’espère que nous arriverons à créer de vrais moments de rencontres où la parole pourra circuler entre tous.»

Espérons donc que vous serez donc autant au rendez-vous sur les tchats, rencontres, débats, projections que vous l’avez été cette année! Bonne journée à tous.


Et vous, à quoi rêvez-vous?

Vendredi dernier a eu lieu le cinquième forum de discussion jeunes organisé par l'Athénée Théâtre Louis-Jouvet. Autour des spectacles En attendant Godot, Les Mains sales et Les Justes, plus de quatre cents lycéens étaient invités à réfléchir à deux questions: à quel monde meilleur rêvez-vous? Et comment allez-vous le construire?

Aujourd'hui prise en charge par toute l'équipe communication et relations publiques de l'Athénée et plus particulièrement par Alexandra Maurice, chargée des relations avec le public scolaire, l’idée est venue il y a quelques années de Dorothée Burillon, alors secrétaire générale de l’Athénée : dégager des questions posées par la programmation et travailler de longue haleine avec des professeurs et intervenants pour permettre à des jeunes d’y penser pendant plusieurs mois en nourrissant leur réflexion de spectacles vus à l’Athénée.
Sur des thèmes comme les rapports entre filles et garçons, le statut des femmes, l’engagement politique ou les nègres d’aujourd’hui, il s’agit pour ces jeunes de développer une pensée tant individuelle que collective en liant le théâtre à des problématiques d’ordre politique ou social.

Cette année donc, à quel monde meilleur rêvaient nos lycéens? Grâce à leurs professeurs et à un dossier pédagogique réalisé par l’Athénée en partenariat avec la revue Philosophie magazine, le forum a pu aborder les notions d’utopie, d’altermondialisme, de révolution, d’écologie, d’engagement ou d’action politique.
Forts de leurs questions et de leurs raisonnements, nos jeunes en provenance des lycées André Malraux de Gaillon, Romain Rolland de Goussainville,  Fontenelles de Louviers, Henri Matisse à Montreuil-sous-Bois, Paul Bert, Condorcet et Jules Ferry de Paris et du lycée international de Saint-Germain-en-Laye sont venus rencontrer Daniel Cohn-Bendit, François Durpaire, Susan Georges et Bruno Rebelle pour deux heures vendredi 15 mai 2009 à l’Athénée Théâtre Louis-Jouvet.

Daniel Cohn-Bendit, coprésident du groupe des Verts-EFA au Parlement européen, a d’abord fait une courte introduction présentant les thèmes du débat en s’attardant sur des questions d’écologie, d’émigration, de solidarité et de respect avant de laisser la parole aux intervenants.

Bruno Rebelle est ancien directeur de Greenpeace France et aujourd’hui responsable de la coordination des actions de Greenpeace International.
Pour lui, on ne peut pas promettre un avenir meilleur. La crise écologique, l’implication d’enjeux écologiques, sociaux et politiques et le risque de l’inaction ou du repli identitaire ne devraient pas cependant empêcher le rêve collectif.
Le changement est possible, et il est reste nécessaire de trouver le rêve qui fait que la vie vaut la peine d’être vécue. En cela, la prise de conscience écologique est, à son sens, essentielle.

Susan George est membre du conseil scientifique d’Attac.
Elle a rappelé la différence entre altermondialisme et antimondialisme en prenant soin de préciser qu’Attac appartient à la première mouvance : il s’agirait de changer la mondialisation actuellement dominée par les banques et les entreprises, tout en rappelant qu’il ne fallait pas avoir d’illusions sur la démocratie au niveau mondial. De son point de vue, des organisations comme le Fonds Monétaire International et l’Organisation Mondiale du Commerce règnent comme des super-ministères où le citoyen n’aurait pas sa place.
Le changement est un travail de longue haleine qui, selon elle, doit respecter des principes de non-violence pour des raisons éthiques et stratégiques : elle a enfin appelé à l’union pour aller vers des progrès qui finissent par changer le monde petit à petit.

Historien, enseignant et chercheur, François Durpaire est venu aborder la question de l’homme providentiel.
Avec la victoire d’Obama, les États-Unis pourront-ils se remettre à espérer? Alors que, d’après lui, les Américains ne croyaient plus en rien, Obama est le sujet d’un culte de la personnalité qui l’aurait transformé en figure du messie. C’est l’Amérique post-raciale, c’est-à-dire qui ne pense plus en termes de races, qui aurait voté pour lui.
Son statut de sauveur ne le rendrait pas pour autant démagogique, et il pourrait au contraire s’appuyer sur sa popularité pour réformer la société nord-américaine.

Les lycéens ont ensuite pu poser leurs questions aux intervenants, provoquant ainsi un débat d’une heure et demie modéré très courtoisement par Daniel Cohn-Bendit, s’improvisant pour l’occasion professeur en gestion de micro («on ne t’entend pas, fais comme si tu étais une chanteuse!» puis, vers la fin, pour faire plus court:  «La chanteuse!!!»). Questions (et réponses) choisies:

«_ Notre société traverse une crise violente: en Grèce, aux Antilles, on a vu des jeunes être en tête de la contestation. Pourquoi en métropole les mouvements étudiants ne sont-ils pas moteurs? Aussi, pourquoi les révoltes de banlieue ne débouchent-elles pas sur des collectifs (ou autre organisations)?»
Pour François Durpaire, aucun homme politique n’a compris les émeutes de 2005. Pour lui, il s’agit d’une révolution ethnique et non sociale, liée à la ségrégation raciste qui existerait de fait en France.
Susan George interprète quant à elle les émeutiers de 2005 comme des gens demandant à ce que la démocratie fonctionne aussi pour eux.

«_ Peut-on être menacé en France par un régime totalitaire?»
Pour Bruno Rebelle, oui, sans aucun doute. Nous serions même déjà menacés par ce régime totalitaire…

«_ Est-il possible d’imaginer aujourd’hui un combat politique qui ne soit pas mené par une logique “d’idéal extrême” comme l’ultralibéralisme, le communisme, et aujourd’hui “l’ultra écologie”? »

_ Pour Bruno Rebelle, “l’ultra” implique une idéologie simple là où le monde reste extrêmement complexe : pour lui, il faut sortir de “l’anti” et croiser des faisceaux.

«_ Pourquoi une entreprise peut-elle délocaliser pour polluer ailleurs et moins cher?»
Parce que, expliquent Susan George et Bruno Rebelle, il n’existe pas de régulation, mais il peut tout de même y avoir des freins. Le consommateur a en particulier son rôle à jouer pour mesurer ce qu’il y a comme sang, comme sueur et comme pollution dans ce qu’il achète.

Aux dernières questions posées à la suite par manque de temps et demandant, en vrac: s’il n’était pas urgent de faire la révolution, si nos intervenants choisiraient la liberté, l’égalité ou la fraternité, si une troisième guerre mondiale était probable et si rêver à un monde meilleur n’était pas une démarche personnelle (est-il possible et souhaitable de rêver tous de la même chose?), nos intervenants ont proposé une réponse globale en forme de conclusion .

Susan George a réaffirmé qu’en matière de changement, il y avait urgence, et qu’il fallait rêver à haute et intelligible voix avec d’autres. Sur la révolution, elle a demandé à ce qu’on lui indique où étaient le tsar à renverser et le Palais d’Hiver à prendre, rappelant ainsi que l’adversaire n’était pas si évident à trouver…
Des trois valeurs françaises, elle choisirait la fraternité, indiquant que pour elle, la solidarité était primordiale pour réduire les inégalités, et a terminé sur la nécessité de construire un héritage pour ceux qui viendraient après nous.

François Durpaire a choisi d’insister sur l’histoire de la France qui ne fonctionnerait que par des cycles révolutionnaires, rappelant que le mot révolution signifiait aussi, presque paradoxalement, “retour sur soi-même”. Lui aussi mettrait l’accent sur la fraternité tout en rappelant l’existence du mot sororité : hé oui, les femmes sont là aussi...
Sur la probabilité d’un conflit mondial, il a indiqué que la question ne le faisait pas sourire, connaissant l’influence de la crise économique de 1929 sur le déclenchement de la seconde guerre mondiale. Comme Susan George, il aimerait bien qu’on lui indique quel  est le tsar à renverser, et a enfin exhorté les jeunes à se battre pour participer à la vie publique partout où elle se trouve.

Bruno Rebelle a distingué l’urgence de la précipitation en estimant que le facteur déclenchant du changement serait la crise écologique dans ses convergences avec la crise sociale. La valeur principale reste également la solidarité pour lui, afin que nous puissions vivre ensemble et que les pays en voie de développement aient leur place. Avec la crise, il a beaucoup été question de richesse et de bien-être : pour lui, la rencontre de l’autre, la culture et l’échange sont pourtant d’autres moyens de penser le bonheur.

Daniel Cohn-Bendit a enfin conclu sur l’impossibilité de penser la société et le changement sans le respect de l’autre avant de clore le débat : enfin, de le clore officiellement, car avec Daniel Cohn-Bendit et François Durpaire en haut et Susan George et Bruno Rebelle en bas, la discussion continuait à tous les étages de l’Athénée…

 

Et vous, à quel monde meilleur rêvez-vous?
Sur ces questions de projet et d’action politiques, vous pouvez aller voir Les Mains sales
de Sartre mis en scène par Guy-Pierre Couleau actuellement à l’Athénée jusqu’au 30 mai. Bonne journée !


J'aime beaucoup ce que vous faites

Mardi soir, deux classes de lycéens sont venues assister à la représentation des Mains sales et, grâce aux bons soins d’Alexandra Maurice de l’Athénée, ont ensuite pu rencontrer trois comédiens, Nils Öhlund, Anne Le Guernec et François Kegourlay. Extraits du dialogue très décontracté qui a eu lieu :

« _ Anne va arriver dans quelques minutes.
_ Super, elle était vraiment bien!
_ Vous aussi vous êtes trop beau!

_ Donc elle, elle joue bien, et moi je suis juste beau, d’accord, merci…
_ Non mais vous êtes les deux!»

«_ Ça vous fait mal tous les soirs quand vous tombez au moment de vous faire tirer dessus ?
_ Non, sinon je ne le ferai pas…»

«_ Alors, ça vous a touché, ému, ennuyé?…
_ Non c’était pas ennuyeux, par contre parfois c’était compliqué!
_ Quand ils discutent des alliances politiques autour du bureau de Hoëderer par exemple? Est-ce que vous pourriez essayer de me résumer les enjeux de cette scène ?
(Très long silence)
Je crois qu’on est mal partis.»

«_ Finalement, pourquoi Hugo tue-t-il Hoëderer? C’est par jalousie ou c’est vraiment politique?
_ Ce n’est pas vraiment de la jalousie vis-à-vis de sa femme : finalement il est surtout touché que Hoëderer l’ait trahi! D’après vous, quels sont les rapports entre Hugo et Hoëderer?
(Plusieurs en choeur) _ Père et fils !
_ Voilà, c’est cela : finalement Hugo avait aussi trouvé une figure paternelle chez Hoëderer.
_ Et Hugo, est-ce qu’il regrette d’avoir tué Hoëderer ?
_ Oui, il l’a tué par réaction, pas vexation, mais n’explique pas vraiment son geste : c’est terrifiant d’avoir, en quelque sorte, tué son propre père! C’est un idéaliste qui réagit au mensonge
_ C’est compliqué…
_ Mais heureusement que c’est compliqué, parce que si ce n’était pas compliqué, il n’y aurait pas de pièce!»

«_ Je ne comprends pas le personnage de Jessica, elle est bête et en même temps non…
_ Elle est effectivement naïve, mais cette naïveté lui donne du bon sens. Elle s’amuse avec lui.
_ Pourquoi?
_ Toi, qu’est-ce que tu en penses?
_ Mais j’en sais rien !
_ Mais tu es spectatrice toi, tu peux avoir un avis!»

«_ J’ai trouvé qu’il y avait des moments drôles, alors ce n’est pas une pièce vraiment comique…
_ Oui, c’est quelque chose que Guy-Pierre Couleau, le metteur en scène, a vu très vite : le texte de Jean-Paul Sartre va finalement vers des effets assez comiques, mais cela surprend toujours les gens, et moi le premier! J’apprenais mon texte en me disant “Jean-Paul Sartre c’est sérieux, le texte c’est du lourd”, puis Guy-Pierre m’a annoncé que cela devrait être drôle…
_ Et comment crée-t-on des situations drôles?
_ Ah ça, c’est Jean-Paul.. L’humour est déjà dans le texte, il ne faut juste pas chercher à être plus malin que l’auteur…
_ Qu’est-ce qui vous a fait rire, par exemple ?
_ Quand ton personnage n’arrive pas à fouiller Jessica!
_ D’ailleurs, pourquoi les gardes du corps en veulent à Hugo?
_ D’être un gosse de riche, de ne jamais avoir eu faim.
_ Et quand Hugo parle de se respecter, qu’est-ce que cela veut dire?
_ Il considère que les situations sont humiliantes dans le monde et qu’il faut s’engager pour changer le monde, par respect de soi. Alors que les gardes du corps eux, parlent seulement d’arrêter d’avoir faim. Mais Hoëderer réunit les deux en expliquant que ne plus avoir faim c’est aussi du respect de soi, que l’engagement politique réunit l’intime et les principes...»

«_ Au final, quel est le message de Jean-Paul Sartre?
_ Qu’il y a des buts à atteindre et qu’il faut se salir les mains pour y arriver, faire des compromis.»

«_ Quand Hoëderer et Jessica s’embrassent, c’est un vrai baiser ou un baiser de cinéma?
_ C’est un vrai baiser de cinéma…»

Cet après-midi, d’autres lycéens seront à l’Athénée, mais pour un autre genre de rencontre : je vous raconterai lundi en quoi consiste le forum de discussion organisé par l’Athénée pour la cinquième année consécutive…

Les Mains sales
de Jean-Paul Sartre monté par Guy-Pierre Couleau continue ce week-end! Bon vendredi...


La musique à l'oreille

Ils étaient bien là hier après-midi pour le concert de l'apprenti-mélomane de la pianiste Claire-Marie Le Guay : quatre cents cinquante-six enfants très sages et leurs quatre-vingts-dix accompagnateurs (très sages aussi).

Le seul moment où ils ont fait un peu de chahut a été à l'heure du départ : pas besoin de beaucoup de concentration pour enfiler son blouson, d'autant que le concert appelait manifestement à beaucoup de commentaires.

Un long chapelet de gentils mouflets s'est ensuite longuement égrené dans le Square de l'Opéra Louis-Jouvet.

Touchés par la lumière (à moins que j'extrapole à partir d'une photo surexposée, peut-être), nos apprentis mélomanes ont ensuite laissé la place aux spectateurs plus grands du concert du soir.


Le désordre amoureux de La Puce à l'oreille reprend ses droits à partir d'aujourd'hui : vous pouvez y amener vos petits, mais à votre charge ensuite de répondre à leurs petites questions sur les choses de la vie…

Bon mardi !


J'aime beaucoup les enfants

Les enfants étaient bien sages samedi dernier à la FNAC des Ternes à l'occasion de la rencontre avec la pianiste Claire-Marie Le Guay.


Pour la résidence qu'elle entame à l'Athénée, Claire-Marie Le Guay a en effet choisi de mettre en place, en partenariat avec l'équipe du Théâtre, le projet de l'apprenti-mélomane. Après avoir rencontré Claire-Marie Le Guay la semaine dernière, les quatre cents cinquante enfants sensibilisés vont donc venir cet après-midi pour un concert à l'Athénée.

Si vous n'êtes pas un enfant de moins de douze ans, vous pouvez venir ce soir à 20h. Vous pourrez y entendre un beau jeu de miroirs entre les œuvres de Haydn, Mozart et Liszt et surtout, si ce n'est déjà fait, découvrir la musique de Thierry Escaich.

Il faut dire que ce compositeur contemporain né en 1965 n'est pas tout-à-fait un artiste comme les autres. Refusant de se construire un style prédéfini, Thierry Escaich écrit ainsi une musique extrêmement personnelle et inclassable.

Il a composé spécialement pour ce concert des Études baroques que vous découvrirez ce soir en création mondiale : baroques, parce que ces études sont ce qui reste en Thierry Escaich après avoir écouté des Chorals de Bach, une sorte de surimpression d'aujourd'hui sur de la musique d'hier...

La musique est une vaste histoire de filiation, de correspondances et surtout de transmission : c'est pour cela que Claire-Marie Le Guay et l'équipe de l'Athénée affronteront aujourd'hui quatre cents cinquante enfants âgés de six à onze ans.
Saluons-les d'avoir le courage de leurs ambitions et, honnêtement, souhaitons-leur quand même bonne chance…

À ce soir pour ceux qui seront là, et à bientôt pour La Puce à l'oreille qui continue jusqu'au 7 février. Bon lundi à tous!


Place à l'initiative

Alexandra Maurice, qui vole des perruques pour ensuite se retrouver derrière les barreaux, sait aussi montrer le bon exemple à notre jeunesse : c'est ainsi que, le mardi 25 novembre dernier, elle avait organisé la venue à l'Athénée d'étudiants du lycée l'Initiative situé dans le 19e arrondissement de Paris.

Aéo, Alison, Charles, Clémence, Iolani, Jean-François, Lily, Marie, Romain, Sidonie, Valentine

On vous l'a dit, Alexandra Maurice est responsable des invitations et chargée des relations avec le public scolaire : elle est là pour accompagner les professeurs souhaitant faire découvrir le théâtre à leurs élèves, sensibiliser les jeunes au spectacle et organiser des rencontres entre artistes et étudiants. Comme on peut aussi approcher le théâtre par une stratégie du détour, pour reprendre la formule de Jean-Pierre Sarrazac, les élèves du lycée l'Initiative sont d'abord venus pour dessiner l'Athénée et le décor d'après la répétition avant d'aller voir le spectacle le soir.

C'est ainsi qu'une quinzaine de jeunes déambulèrent, appareil photo et crayon en main, pour capter pendant une heure et demie les lignes et l'esprit de l'Athénée habité par la pièce de Bergman mise en scène par Laurent Laffargue. Pendant ce temps, leur professeur, Monsieur Jean-Luc Parthonnaud, m'accorda un petit entretien tout en prenant de temps en temps ses élèves en photo.

Monsieur Jean-Luc Parthonnaud, Marie, Aurélie, Justine.

"_ Qui sont vos élèves? Et vous d'ailleurs, vous êtes professeur de quoi?
_ Mes élèves sont des jeunes qui préparent les écoles des beaux-arts. Ils sont le plus souvent issus de CAP, de bac pro ou de bac STI et le lycée l'Initiative est comme une passerelle qui les prépare aux concours très difficiles des écoles de beaux-arts de Paris, Strasbourg, Rennes, Cergy, Saint-Etienne, et caetera, avec en moyenne 90% de réussite. Ce sont souvent des gamins en échec scolaire que l'on a mis dans des formations de communication visuelle et de graphisme, qui ont été formatés par l'Education Nationale et qu'il faut absolument sortir du moule de la pensée dominante. Officiellement, je suis leur professeur de français, mais mon rôle est bien de développer leur culture, leur faire faire des découvertes, leur apprendre à argumenter et leur donner des références artistiques. Pour réussir à ces concours, il ne suffit pas d'être bon techniquement, il faut aussi avoir une culture artistique et savoir en parler.

_ En clair, vous êtes là pour former leur goût selon le sens qu'en donnait Hume dans Les Essais esthétiques, à savoir "un sens fort, uni à un sentiment délicat, amélioré par la pratique, rendu parfait par la comparaison, et clarifié de tout préjugé" ?
_ Oui, c'est un vaste programme culturel et humain que j'essaie de mener pendant mes cinq heures de cours hebdomadaires. Je les emmène au théâtre, à des expositions, voir des spectacles de danse… En ce moment, je les fais travailler sur les mythes, qui sont très présents dans l'art mais qui peuvent aussi se retrouver dans l'idéologie et l'exploitation, comme l'explique Roland Barthes. Ensuite, je passerai à Deleuze, Marx, Foucault…
C'est un travail qu'ils doivent d'ailleurs continuer pendant le week-end, car il est important qu'ils développent une sensibilité et un argumentaire personnels! Je suis là pour les aider à apprécier l'art contemporain et à former leur jugement. Cela les oblige à une grande remise en question, car plus on fait de découvertes artistiques plus le goût évolue, et c'est parfois difficile de se dire "mon dieu, comme c'était horrible ce que j'aimais avant!". Cela demande également une certaine implication financière, car il faut payer des places de spectacles ou des billets d'entrée aux expositions, mais on leur apprend que c'est surtout une question de choix et que c'est à eux de décider où dépenser leur argent.

Les étudiants continuent à parcourir le théâtre en silence et je suis, il faut bien le dire, assez étonnée de leur sérieux, de leur tenue et de leur implication manifeste.

Aéo, Sidonie, Romain, Aurélie, Marie

_ Ils sont en tout cas très agréables et souriants, et ils ont l'air contents d'être là, non?
_ Oui, ils comprennent qu'on ne se moque pas d'eux. Après des années à être passés à la moulinette de l'Education Nationale, ils se sentent valorisés ici. Ils voient que beaucoup de gens se démènent pour eux, qu'on les emmène dans des lieux prestigieux, que des artistes prennent le temps de les rencontrer et qu'on est là pour les amener à faire des découvertes. Et il y a de toutes façons une très bonne dynamique de groupe dans cette classe.

_ C'est la première fois que vous les emmenez au théâtre?

_ Cette classe-là, oui. Mais je suis un habitué de l'Athénée, je viens depuis 1978. Un de mes souvenirs le plus marquant se situe en 1997, lorsque j'avais emmené une classe de première pour L'Illusion comique mise en scène par Jean-Marie Villégier : il était venu leur apprendre à lire des passages de Corneille à la façon du 17e siècle!
_ Cela vous semble important, que vos élèves rencontre les artistes?
_ Définitivement oui, car ils ont des arguments d'autorité : si c'est moi qui leur explique qu'ils doivent travailler dur, je suis dans le rôle du vieux con. Si c'est un artiste, ils l'écoutent et cela accélère nettement leur compréhension et leur production. Je repense à Chantal Thomas, scénographe de Jacques ou la soumission et de L'Avenir est dans les oeufs, qui était venue leur expliquer son travail : elle avait amené tous les dossiers préparatoires à la création de la scénographie et avait détaillé tout le processus et le temps incroyable que cela lui avait pris… C'était le silence total dans la salle de classe, et je peux vous dire qu'après, ils ont travaillé comme des fous! D'ailleurs, Fanny Cottençon, actrice dans après la répétition, était venue au lycée à l'occasion de la sortie du film de Roger Coggio, Le Journal d'un Fou, dans lequel elle avait joué.

_ Pour vous, cela doit représenter un investissement énorme…
_ Oui, c'est épuisant, d'autant que l'on doit tout faire dans un laps de temps très court : les dates de concours avancent chaque année. Mais quel plaisir de les amener à faire des découvertes, de leur donner confiance, de les retrouver des années plus tard dans le public des salles de spectacles ou de voir qu'ils ont réussi leur vie professionnelle! J'ai d'ailleurs une ancienne élève qui va travailler avec Chantal Thomas et Laurent Pelly."

 

J'ai laissé Monsieur Parthonnaud et ses élèves terminer leur travail et assister à la représentation d'après la répétition, pour ensuite les retrouver après la pièce pour une rencontre avec Céline Sallette et Fanny Cottençon, actrices dans le spectacle. Morceaux choisis :

"_ Comment en êtes-vous venues à faire du théâtre?
Céline Sallette : _ J'étais amoureuse d'un type qui faisait du théâtre, alors à treize ans je me suis mise à en faire aussi.
Fanny Cottençon : _ Chacun doit trouver son propre moyen d'expression. Vous, ce sont les beaux-arts. Moi, ce sont les mots des autres.

_ Est-ce que vous avez joué dans des films?
Céline Sallette : _ Oui, plein, alors je te conseille d'aller voir sur le site de l'Internet Movie Database, ça ira plus vite.
Fanny Cottençon : _Il paraît qu'Allociné c'est bien aussi.

Le téléphone de Céline Sallette sonne :

_  Excusez-moi, ça doit être ma mère.

_ Comment vous préparez-vous pour entrer dans un personnage? Enfin, comment faites-vous pour dégager une émotion aussi sincère?
_ Quelles études avez-vous faites?
_ Madame Cottençon, comment fait-on pour jouer un personnage qui a bu?
_ Est-ce que cela vous a plus de jouer des actrices?
_ Est-ce que vous cherchez à plaire quand vous jouez?
Céline Sallette : _ Ah non, surtout pas! Tu imagines si tu veux essayer de plaire à tout prix, tu pleures dès que tu en entends un tousser dans la salle! Si je peux te donner un conseil : pense à ta grand-mère et fais une œuvre!
Fanny Cottençon : _ Si tu plais, tant mieux, c'est que quelque part tu as bien fait ton travail. Mais ce n'est pas en cherchant la reconnaissance que tu vas être bon!

_ Mais, finalement, enfin, après la fin de la pièce, ça se termine bien ou pas?
Fanny Cottençon : _ C'est à toi de l'imaginer. Pour toi, comment peut se poursuivre l'histoire après la fin?
_ Je ne sais pas, il n'y a pas vraiment de fin, alors je me disais que peut-être, vous, vous sauriez…"


Ces étudiants reviendront peut-être un jour à l'Athénée de leur propre initiative. En attendant, ils pourront toujours se souvenir de cette journée et remercier leur professeur de tant se démener : souhaitons-leur bonne chance pour leurs concours en espérant qu'un jour, c'est en tant que décorateurs ou scénographes qu'ils pourront déposer leur manteau sur les sièges du théâtre...


Après la répétition
se joue jusqu'à demain soir et laisse ensuite la place à une semaine consacrée à Olivier Messiaen. D'ici là, bon week-end à tous!


La peur du four

Jeune femme au prénom et au visage souriants, Eglantine Desmoulins est attachée aux relations publiques pour l'Athénée Théâtre Louis-Jouvet. Tout comme Alexandra Maurice, qui sourit tout autant, entretient une passion secrète pour les perruques et a la responsabilité des invitations et du public scolaire.

En clair, ce sont Eglantine et Alexandra qui s'occupent tout spécialement de vous, vous concoctent des événements, vous préparent aux spectacles et vont diffuser la bonne parole athénéenne et théâtrale à travers les associations et rencontres : dur métier que celui de RP où il faut savoir susciter l'envie tout en proposant des clés de compréhension du spectacle -sachant que ces éclairages sont des possibilités que le public laisse parfois de côté, l'expérience unique et subjective ressentie par chaque spectateur devant une œuvre échappant aussi à son auteur.
On ne parle pas d'un spectacle comme on vend des yaourts, et c'est pour cela qu'Alexandra Maurice et Eglantine Desmoulins sont là, assistées cette année d'abord de Léa Maalouf puis de Mathilde Ramade et chapeautées par Guillaume Bourgain (ou Dorothée Burillon lorsqu'elle n'est pas en congé maternité). C'est aussi pour cela que Guillaume Burillon ou Dorothée Bourgain (à moins que cela ne soit le contraire) mettent en oeuvre avec Florence Cognacq et l'atelier graphique de Malte Martin et Adeline Goyet une communication visuelle dotée d'une certaine ambition intellectuelle. Les textes exigeants des programmes écrits par Lola Gruber, parce qu'ils proposent un regard nourri et différent sur les pièces programmées, vont dans le même sens.

Nous l'avons déjà évoqué à l'occasion du débat sur la gratuité : l'Athénée étant un théâtre subventionné, il est chargé de participer à l'entreprise de démocratisation culturelle à laquelle les Français sont très attachés. Parce que le théâtre est financé avec l'argent de tous, il se doit de ne pas profiter qu'à quelques-uns, en principe du moins. Subventionner des spectacles joués devant des salles vides s'apparenterait ainsi à un gaspillage inconcevable en République, même si les théories de Jean-Louis Rivière inspiré de Georges Bataille réhabilitent la dépense inutile -cela sera l'objet d'un prochain billet.

Attirer les spectateurs n'est donc pas seulement une question de viabilité économique  ou d'exigence artistique (car on imagine mal des artistes souhaitant présenter leurs oeuvres à des fauteuils) : c'est également un retour exigé sur investissement public, une condition presque sine qua non de la subvention. Les dérives sont donc faciles, et les propositions de Jean-Marie Le Pen souhaitant indexer les subventions sur le nombre de spectateurs en séduiraient certainement certains : subventionner un artiste ou une institution culturelle sur des critères relevant de l'audimat en laissant en retrait les problématiques artistiques reste ainsi une tentation possible.

L'enjeu n'est pas seulement quantitatif mais aussi qualitatif : remplir les salles, c'est bien. Diversifier les profils afin d'accueillir des spectateurs peu habitués au théâtre et sensibiliser les jeunes via une éducation artistique express peu disponible en milieu scolaire, c'est mieux. Notons au passage que les lieux culturels sont ainsi chargés de combler une certaine faille du côté de l'Education nationale, un peu à la traîne question sensibilisation à l'art malgré la volonté de certains professeurs dévoués et motivés.

Nous en revenons donc à Alexandra Maurice et Eglantine Desmoulins aux journées remplies d'interventions, partenariats et rencontres dont la finalité est autant de vendre des billets (il ne faudrait pas se leurrer) que de développer une intelligence et une sensibilité. Vous aurez le détail des journées d'Alexandra Maurice d'ici deux semaines, car  après la répétition est l'objet de nombreuses actions scolaires dont je serai ravie de vous rendre compte. Eglantine Desmoulins, elle, organise des rencontres entre public et artistes à l'Athénée  ou à la FNAC (je n'y étais pas samedi dernier d'ailleurs, quelqu'un peut-il me raconter?), fait projeter des films en rapport avec les spectacles accompagnés de débats aux cinémas Balzac et Action, met sur pied avec Guillaume Bourgain et Dorothée Burillon des tables rondes thématiques à la Bibliothèque Nationale de France, à la médiathèque musicale de Paris ou à la bibliothèque Drouot, vous fait découvrir le bâtiment de l'Athénée et accompagne des associations de spectateurs. De quoi ne pas se comporter en simple spectateur consommateur -ou, pour les néophytes, de quoi se comporter en spectateur tout court.

Vous pourrez profiter du travail d'Eglantine Desmoulins lundi prochain, soit le 24 novembre, au cinéma Action Christine. Au programme à partir de 20h30 : projection du film Après la répétition d'Ingmar Bergman suivi d'un débat modéré par Lola Gruber avec l'équipe artistique du spectacle après la répétition qui se joue depuis vendredi et jusqu'au 6 décembre à l'Athénée Théâtre Louis-Jouvet.

Bonne journée !


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