Être, c'est être vu

Vendredi commencera à l'Athénée une pièce de Samuel Beckett mise en scène et interprétée par Robert Wilson.

L'Athénée a programmé plusieurs textes de Beckett ces dernières années : Fin de partie, En attendant Godot et Oh les beaux jours en particulier. C'est en cherchant des curiosités afin de ne pas me répéter sur le blog par rapport aux années précédentes que je suis tombée sur un film écrit par Samuel Beckett et interprété par Buster Keaton.

Si vous ne voyez pas la vidéo, cliquez ici

 

Il s'agit de Film (tout simplement), un court-métrage d'une vingtaine de minutes écrit par Beckett et réalisé par Alan Schneider en 1965. L'on y voit un homme de dos, joué par Buster Keaton qui, après avoir terrorisé des passants par sa simple présence, se calfeutre chez lui pour se soustraire à la lumière et au regard des autres.

Étrange objet muet où l'on voit apparaître en filigrane les thèmes de la solitude, de la fuite, du regard des autres, la peur de la mort, le face à face avec soi-même ou de la tentation du rien, sans se départir pour autant d'une légère sensation d'absurde où transparaît l'humour noir de Beckett.

Ce que Samuel Beckett écrivit lui-même sur son film exprime sans doute son point de départ essentiel :  "La recherche du non-être par suppression de toute perception étrangère achoppe sur l'insupprimable perception de soi"
(publiée dans Comédie et actes divers, Minuit, 1972, p. 113).
Il cite également la citation latine Esse est percipi, qui sera peut-être plus claire : être, c'est être perçu.

À l'Athénée, Krapp's Last Tape se joue à partir de vendredi pour sept représentations.


Bibliographie : "Film de Beckett : l'hypoténuse de l'oeil" in La Pénultième est morte : spectographies de la modernité, Jean-Michel Rabaté, Éditions Champ Vallon, Seyssel, 1993
Page consacrée à l'exposition Beckett donnée en 2007 au Centre Georges Pompidou.


C'est bien pire que je ne l'imaginais

Comme vous l'avez sans doute déjà remarqué, la communication visuelle de l'Athénée (affiches, tracts, brochure…) donne à voir des citations des textes programmés.
Ces extraits sont choisis par l'équipe de l'Athénée et Lola Gruber, qui écrit les programmes et brochures du Théâtre, puis travaillés visuellement par le graphiste Malte Martin.

Pour ceux qui n'ont pas encore découvert la brochure de la prochaine saison de l'Athénée ou qui souhaiteraient faire un comparatif entre un texte tout nu et sa version graphique, voici les phrases annonçant chaque spectacle de la saison 2011-12 :

« Il faut que nos crimes fleurissent. »
Splendid's de Jean Genet


« C'est bien pire que je ne l'imaginais ! »
Le Tour d'écrou, opéra de Benjamin Britten sur un livret de Myfanwy Piper


« Heureux celui qui ne se contente pas de la beauté flatteuse, mais qui ne s'en contente pas ? »
L'Egisto, opéra de Marco Marazzoli et Virgilio Mazzochio sur un livret de Giulio Rospigliosi


« À trente-sept ans je me suis dit : un lion. C'est ce qu'il me faut... Un lion vivant.»
Le Shaga de Marguerite Duras


« On s'empêche de mourir par politesse. La salle attend, on lui doit le spectacle. »
Savannah Bay de Marguerite Duras


« Avec toute cette obscurité autour de moi je me sens de moins en moins seul. »
La dernière Bande de Samuel Beckett


« Les égouts ne sont plus dans votre nature ? »
La Botte secrète, opéra-bouffe de Claude Terrasse sur un livret de Franc Nohain


« La beauté de mon crime devait racheter la pauvreté de mon chagrin. »
Les Bonnes de Jean Genet


« Quand je le vois, couché à poil, j'ai envie de dire la messe sur sa poitrine. »
Divine, d'après Notre-Dame-des-fleurs de Jean Genet.


« Je suis arrivé au bout de tous les rêves. Pourquoi m'attarder avec les dormeurs? »
Voyage d'hiver, d'après le cycle de lieder de Franz Schubert sur des poèmes de Wilhelm Müller

« Pour renforcer le pouvoir de la couronne, il faut simuler, le rire comme l'apparence. »
Caligula, opéra de Giovanni Maria Pagliardi sur un livret de Domenico Gisberti


« Il ne faut pas laisser les hommes libres prendre trop de libertés. »
Ubu enchaîné, d'après Alfred Jarry


« Comment ai-je pu vouloir ruser avec moi-même ? »
Nietzsche/Wagner : le Ring, opéra de Richard Wagner et textes de Friedrich Nietzsche


« Ce que j'ai acquis à la force du poignet, je le casse tant que je veux. »
Les Larmes amères de Petra von Kant, de Rainer Werner Fassbiner


« On ne peut pas être à la fois qui on est et qui on était. »
Histoire du soldat, conte musical d'Igor Stravinski sur un texte de Charles-Ferdinand Ramuz


Pour découvrir ces phrases mises en affiche, rendez-vous sur la brochure de l'Athénée ou sur le (nouveau) site du théâtre.

Bon lundi !


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