Fi !

Un exemplaire du livre La Cerisaie posé sur la scène pendant une répétition

 

À l'Athénée, le cycle consacré à l'écrivain Anton Tchekhov s'est terminé ce week-end avec les dernières représentations de La Cerisaie.

 

Voici les résultats du sondage lancé sur le blog le 8 novembre dernier, qui montrent une présence massive et une certaine fidélité des amateurs de Tchekhov :

Avez-vous déjà vu des représentations d'Oncle Vania, des Trois Soeurs et/ou de La Cerisaie ?

Oui, j'ai déjà vu au moins l'une de ces trois pièces et j'aimerais la/les revoir à l'Athénée : 74%
Oui, j'ai déjà vu au moins l'une de ces trois pièces mais je préfère aller voir autre chose : 9%
J'ai déjà vu d'autres pièces de Tchekhov mais pas celles-ci. Je découvrirais avec plaisir une ou plusieurs de ces trois pièces à l'Athénée : 6%
Je n'ai jamais vu/lu de pièces de Tchekhov : 12%


Tournons la page avec cette citation de Tchekhov à laquelle Vincent Debost, qui interprétait Simeonov dans La Cerisaie, me disait penser chaque soir avant de monter sur scène :

« La vie est ainsi faite que les hommes ne s'entretuent pas, ne se pendent pas, ne se déclarent pas leur amour à tout moment. Ils ne font pas à tout moment entendre des remarques caustiques. Ils mangent, boivent, flirtent, parlent de tout et de rien, et c'est justement cela qu'il faut montrer au théâtre...Les hommes mangent, ils se contentent de manger et pendant qu'ils mangent, se joue leur bonheur ou leur destruction totale. »

(Je n'ai pas la référence exacte, mais la citation serait apparemment extraite d'une lettre à Gorki)

 

 

Les deux pianos (enfin, surtout un, on n'aperçoit qu'un bout du deuxième sur la gauche) dans le décor de La Cerisaie.

 

La semaine dernière, les pianistes Claire-Marie Le Guay et Éric le Sage posaient leurs pianos dans le décor de la pièce pour un concert à quatre mains rassemblant Stravinski, Hersant, Liszt et Brahms.
Le dernier concert de la résidence de la pianiste Claire-Marie Le Guay aura lieu en mars prochain.

 

 

Les comédiens de La Cerisaie pendant les saluts

 

C'est la fin de Tchekhov, mais aussi le début des Brigands ! Comme les années précédentes, la compagnie des Brigands vient à l'Athénée pour sa traditionnelle opérette des fêtes : à partir de jeudi, découvrez Phi-Phi ! La musique est d'Henri Christiné, le livret d'Albert Willemetz et Fabien Sollar.

Bon début de semaine !


Hypnose générale !

Si, en France, l'on connaît surtout Tchekhov par son théâtre, c'est plutôt par ses nouvelles qu'il est devenu célèbre en Russie.
À la tradition du roman-fleuve à la Tolstoï ou Dostoïevski, Tchekhov privilégie la concision, la suggestion, les non-dits et la rigueur scientifique. Ses sujets de nouvelles sont souvent tirés de la vie quotidienne et comportent rarement un début, un milieu et une fin, offrant plutôt des étapes ou tranches de vie.
Si son style est laconique, il est aussi très musical et visuel, produisant une grande impression de spiritualité malgré l'apparente banalité des sujets traités. Il en a écrit environ cent cinquante, parmi lesquelles on peut citer La Dame au petit chien, Récit d'un inconnu, Un royaume de femmes ou La Fiancée.

Hors de son théâtre, de ses nouvelles et de son abondante correspondance, Tchekhov aura également laissé un essai célèbre, L'Île de Sakhaline. Médecin, humaniste, dépensant beaucoup de son temps et de son argent pour aider les pauvres, soigner des malades ou construire des écoles, Tchekhov entreprend, malgré son très mauvais état de santé, un voyage sur l'île de Sakhaline : son but ? Visiter les bagnes russes et révéler au grand jour ce qui s'y passe.
Le 9 mars 1890, juste avant de partir, il écrit à Souvorine, l'un de ses plus proches amis (et son éditeur) : « Vous dites que personne n'a besoin de Sakhaline et que cette île n'intéresse personne. Est-ce juste ? Nous avons chassé des hommes enchaînés, dans le froid, pendant des dizaines de milliers de verstes, nous les avons rendus syphilitiques, nous les avons dépravés, nous avons procréé des criminels... Nous avons fait pourrir en prison des millions d'hommes, fait pourrir inutilement, sans raison d'une manière barbare, en rejetant la responsabilité de tout cela sur les surveillants de prison aux nez rouges d'ivrognes. Non, je vous assure, aller à Sakhaline est nécessaire et intéressant, et on ne peut que regretter que ce soit moi qui y aille et non quelqu'un d'autre, plus qualifié et plus capable d'émouvoir l'opinion ».
Il y passera trois mois et livrera un compte-rendu sec de cet avilissement de l'homme dans un essai qui paraîtra quatre ans plus tard. Après ce voyage, l'on trouvera en filigrane dans les œuvres de Tchekhov le thème de l'abnégation pour son prochain et le refus de fermer les yeux sur la dureté de la condition humaine.

Il écrit ainsi dans la nouvelle Groseilles à maquereau parue en 1898 : « Nous ne voyons pas, nous n'entendons pas ceux qui souffrent, et tout ce qu'il y a d'effrayant dans la vie se déroule quelque part dans les coulisses. C'est une hypnose générale. »


Le cycle Tchekhov
à l'Athénée se termine ce week-end avec les dernières représentations de La Cerisaie : il vous reste ce soir, demain à 15h et demain soir.


Ce billet a été écrit avec l'aide des articles sur Tchekhov rédigés par Sophie Laffitte et Jean Bonamour parus dans l'encyclopédie Universalis.


Papillons de nuit

 

Phénomène paranormal,
boules à facettes d'un nouveau genre pour triste bal,
système inédit d'éclairage
ou illusion d'optique ?

 

La Cerisaie vous réserve encore ses surprises jusqu'à samedi.

Bon jeudi !


Psychanalyse en famille

Il y a une semaine, Paul Desveaux, le metteur en scène de La Cerisaie, nous parlait en vidéo des rapports entre Tchekhov et le théâtre contemporain et Tchekhov et la comédie.

Aujourd'hui, découvrez "Tchekhov et la famille", "Tchekhov et l'acteur" et "Tchekhov et la psychanalyse".

 

Si vous ne voyez pas la vidéo, cliquez ici pour la voir sur le blog ou pour la voir sur YouTube.

 

La Cerisaie se joue jusqu'à samedi !


Elle perd toujours toutes les choses qu'on lui donne

 

Dans La Cerisaie, Firs cherche le porte-monnaie de Lioubov

 

en s'aidant d'une bougie.

Il faut dire que celle-ci a tendance à tout perdre, à commencer par son argent qu'elle sème à tout va.

 

La vodka à volonté,

 

les tours de magie de Charlotta

 

et les fleurs dans les cheveux ne dissimuleront la vérité que le temps d'une soirée :

 

les clés de la cerisaie changeront de mains

 

et tout le monde devra faire ses valises.

 

Restent quelques douceurs à manger le long du voyage…

 

 

La Cerisaie de Tchekhov mise en scène par Paul Desveaux se joue jusqu'à la fin de cette semaine à l'Athénée.


Conversation avec des spectateurs après La Cerisaie

Mardi dernier, l'équipe de La Cerisaie retrouvait les spectateurs de la pièce au foyer-bar de l'Athénée après la représentation : modérée par Lola Gruber, qui écrit les textes des programmes et brochures du Théâtre, la discussion a permis d'échanger à chaud sur le spectacle.

Notes en vrac :

Paul Desveaux, le metteur en scène, travaille avec la chorégraphe Yano Iatridès depuis de nombreuses années, dans l'idée de "réinjecter du corps dans le travail théâtral par la danse". Cette collaboration s'imposait d'autant plus dans La Cerisaie qu'un bal a lieu au cours de la pièce.

Pour Yano Iatridès, chorégraphe du spectacle, c'est très différent de travailler avec des comédiens et des danseurs. Le processus serait même contraire : alors que chez le danseur, il faudrait gommer l'esthétique et la technique pour faire ressortir l'humain et la sensibilité, chez le comédien ce fond est déjà là : on y ajoute l'esthétique ensuite.

Paul Desveaux explique qu'il n'a pas cherché à monter La Cerisaie de façon réaliste: pour lui, Tchekhov étant un poète, il fallait lui redonner sa dimension poétique. Contrairement à une idée répandue, Tchekhov ne serait pas forcément un écrivain du quotidien.
Un spectateur fait remarquer que si Oncle Vania et Les Trois Sœurs ont été montés de façon assez réaliste à l'Athénée, ce n'était en effet pas le cas du tout pour cette Cerisaie...
Pour Paul  Desvaux, à part dans la mise en scène d'Alain Françon qui avait repris le décor de Stanislavski, les mises en scène de La Cerisaie sortent souvent du réalisme, aussi parce que Tchekhov s'en détache déjà lui-même dans son texte : par exemple, il est dit à un moment que le jour se lève alors qu'il est deux heures du matin, chose impossible en Russie quelles que soient la région ou la saison.  De même pour le bruit que l'on entend et dont les personnages ne savent pas s'il s'agit d'une benne, d'un grand duc, d'un héron ou d'une impression étrange.
Daniel Delabesse, qui interprète Gaev, fait remarquer qu'à ce niveau en particulier, Tchekhov aura été le précurseur de Beckett ou Sarraute.

Océane Mozas, qui interprète Lioubov, rapproche son personnage de Winnie dans Oh les beaux jours de Beckett : toutes deux arborent un masque souriant malgré les difficultés et angoisses.
Quant à Amandine Gaymard, elle explique qu'au-delà des clichés d'amoureuse un peu coquette dont on affuble Douniacha, qu'elle joue, il s'agit surtout d'une jeune femme qui veut sortir de sa condition.

À un spectateur qui s'interroge sur la présence de tous les personnages sur le plateau pendant toute la pièce, Paul Desveaux répond qu'il a voulu que la parole ne reste pas intime et que la révélation se fasse par le discours, comme en psychanalyse. Mettre tous les personnages sur scène permet à la parole de prendre une autre dimension et de révéler une certaine violence latente chez Tchekhov.

Une spectatrice demande pourquoi le personnage de l'étudiant, Trofimov (interprété par Christophe Giordano), paraît plus révolutionnaire et exalté que philosophe. Pour Paul Desveaux, c'est un choix. Le discours de Trofimov lui fait peur : il est intelligible et intéressant, son raisonnement est passionnant, mais il est dépassé par sa propre parole. Ce n'est pas un être raisonnable, car il se perd lui-même dans son propre discours. Mais avec ce personnage, Tchekhov a été précurseur et visionnaire en prévoyant le mouvement socialiste qui va se révéler en 1905 (soit un an après La Cerisaie) puis en 1917.

Après Trofimov, c'est le personnage de Lopakhine (joué par Christophe Grégoire) qui est interrogé : comme l'a demandé Lola Gruber, est-ce qu'il ne devrait pas faire peur, lui aussi ? Pour Paul Desveaux, à travers Trofimov et Lopakhine, on voit l'opposition entre l'être et l'avoir. Il a une certaine affection pour Lopakhine, mais il n'aime pas la société qu'il propose où tout se résout par l'argent.
D'après un spectateur, Lopakhine veut aussi prendre la place des maîtres de ses parents et serait donc un personnage très contradictoire. Mais pour Paul Desveaux, Lopakhine ne prémédite pas cette idée : il ne s'en rend compte que sur le moment. Rachète-t-il la cerisaie pour sauver la propriété ou pour prendre l'ascendant ? Tchekhov ne donne pas de réponse : il décrit Lopakhine mais il ne juge pas. Mais il est vrai que, d'après Paul Desveaux, Lopakhine est un personnage très ambigu : il a accumulé d'immenses richesses et s'endort dès qu'il lit un livre, il veut prendre l'ascendant sur les maîtres de ses parents tout en espérant qu'ils reviendront à la cerisaie l'été prochain, il veut sauver la cerisaie tout en la détruisant…
Pour Jean-Claude Jay, qui joue Firs, le personnage de Lopakhine est très complexe et ne peut se comprendre que si l'on part du fait qu'il est amoureux de Lioubov : pour lui, si Lopakhine n'est pas amoureux de Lioubov, alors il n'y a pas de pièce. Ce à quoi Daniel Delabesse, l'interprète de Gaev, répond tout en concluant la rencontre : "De toutes façons, Tchekhov avait dit que les Français ne comprendraient rien à Lopakhine…".



NB : L'Athénée propose régulièrement des rencontres autour des spectacles : les café-débats permettent d'échanger sur des problématiques liées aux pièces programmées, les "d'abord" vous proposent une petite introduction au spectacle et les "ensuite" sont l'occasion de discuter avec l'équipe artistique après avoir vu le spectacle.


La Cerisaie se joue encore jusqu'à la fin de cette semaine !

Ce soir, vous pourrez assister au concert de la pianiste Claire-Marie Le Guay, en résidence à l'Athénée pour la troisième année : en duo avec le pianiste Éric Le Sage, elle interprétera des œuvres de Liszt, Stravinsky, Hersant et Brahms. Un premier concert aura lieu dans l'après-midi pour des élèves d'écoles primaires : pour le grand public, c'est à 20h!

Bon lundi.


Tchekhov, Joyce, Minyana, Koltès, Beckett et moi

Paul Desveaux est le metteur en scène de La Cerisaie de Tchekhov actuellement à l'Athénée.

Il m'a accordé une interview vidéo sur quelques thèmes liés à la pièce : aujourd'hui, "Tchekhov précurseur du théâtre contemporain" et "Tchekhov et le comique".

 

Si vous ne voyez pas la vidéo, cliquez ici pour la voir sur le blog ou pour la voir sur YouTube.


Vous pourrez découvrir la deuxième partie de l'entretien la semaine prochaine ! Paul Desveaux y abordera les liens entre Tchekhov et la psychanalyse, la question de la famile chez Tchekhov et la spécificité d'interpréter Tchekhov lorsqu'on est acteur.

 

La Cerisaie se joue jusqu'au 11 décembre !

Bon jeudi.


Partez sur-le-champ

Dans La Cerisaie de Tchekhov, Varia a peur qu'Ania perde sa cerise avec Trofimov et que Lopakhine ne lui permette pas d'en faire de même. Il faut dire que Lopakhine a d'autres desseins que le spectateur ne saisit pas tout de suite : mais comme c'est au fruit qu'on connaît l'arbre, Lopakhine se révèle au moment où il a le champ libre. Les efforts de Gaev (qui était un peu monté à l'arbre à ce sujet) pour éviter la vente de la cerisaie n'auront pas porté leurs fruits : on peut le dire, Lioubov a définitivement la cerise.

Iacha, lui, se tient au gros de l'arbre, et est ravi que, pour un temps, Douniacha lui tombe régulièrement sur la cerise : mais le ver était dans le fruit, et il préférera repartir à Paris, toujours avec le sourire.
Simeonov a lui aussi toujours la bouche en cerise : pour demander de l'argent avec fruit, mieux vaut en effet savoir convaincre —ce à quoi échouerait sans doute Epikhodov, dont les problèmes de bottes ne sont que l'arbre qui cache la forêt. Quant à Firs, il n'a pas grand-chose à cacher : il mourra sans doute avant les prochaines cerises et après avoir appris quelques détails sur l'arbre généalogique de Charlotta —cerise sur le gâteau, en plus d'être gouvernante, celle-ci est en effet douée pour la magie du fait de ses origines.

À la fin de La Cerisaie, Lioubov semble être un fruit sec obligée de quitter sa patrie. À moins qu'elle ne soit partie pour vivre un nouveau temps des cerises

La Cerisaie de Tchekhov mis en scène par Paul Desveaux se joue à l'Athénée jusqu'au 11 décembre.
Samedi à 15h, la Fondation Royaumont
propose le deuxième concert de sa résidence à l'Athénée sur le thème "4 récitals pour 6 chanteurs" : Strauss, Ravel, Chabrier, Pfitzner et Brahms seront au programme.

Le sondage sur vos envie de voir du Tchekhov est toujours en ligne sur le blog ! Votez ici.


Quelques précisions :
Sur-le-champ : immédiatement
Perdre sa cerise : perdre sa virginité
C'est au fruit qu'on connaît l'arbre : on juge les gens d'après leurs actes
Avoir le champ libre : avoir toute liberté d'action
Monter à l'arbre : se laisser prendre à une mystification
Porter ses fruits : obtenir du succès ou des résultats heureux
Avoir la cerise : être malchanceux
Se tenir au gros de l'arbre : rester fidèle aux valeurs qui ont prouvé leur sûreté
Tomber sur la cerise : tomber dessus (exemple : ils nous tombaient toujours sur la cerise)
Le ver est dans le fruit : quelque chose contient en lui-même la cause de sa propre destruction
Avoir la bouche en cerise : avoir la bouche rouge et charnue
Avec fruit : avec succès
C'est l'arbre qui cache la forêt : les détails empêchent de voir l'ensemble
Aux prochaines cerises : au printemps
Arbre généalogique : tableau montrant sous forme d'arbre les filiations d'une famille
Cerise sur le gâteau : petit détail qui parfait une réalisation (en anglais, on dit "the icing on the cake", le glaçage sur le gâteau)
Fruit sec : personne qui a déçu les espoirs que l'on fondait sur elle
Le temps des cerises : le début de l'existence, la jeunesse.


Répète un peu !

Alors que la Cerisaie se joue depuis déjà quelques jours, retour sur la répétition qui a précédé la première à l'Athénée :

 

Christophe Grégoire et Amandine Gaymard

 

Christophe Grégoire

 

Fany Mary, Amandine Gaymard, Gilian Petrovski, Jean-Claude Jay, Vincent Debost, Maëlle Poesy, Daniel Delabesse, Océane Mozas et Christophe Giordano.

 

Maëlle Poésy

 

Océane Mozas, Daniel Delabesse, Jean-Claude Jay, Christophe Grégoire

 

Océane Mozas et Justine Moulinier

 

Fany Mary et Jean-Claude Jay

 

Gilian Petrovski

 

Maëlle Poesy

 

Christophe Grégoire

 

Fany Mary

 

Maëlle Poésy, Justine Moulinier et Amandine Gaymard

 

Daniel Delabesse et Océane Mozas

 

Océane Mozas

 

Même les saluts se répètent !
De gauche à droite : Jean-Claude Jay, Amandine Gaymard, Vincent Debost, Océane Mozas, Christophe Giordano, Fany Mary, Baptiste Roussillon, Maëlle Poésy, Gilian Petrovski, Justine Moulinier, Christophe Grégoire, Alexandre Delawarde. Il manque Daniel Delabesse.

 

Jean-Claude Jay et Amandine Gaymard. Au fond, Océane Mozas.

 

Vincent Debost, Océane Mozas, Christophe Giordano

 

Océane Mozas, Christophe Giordano, Fany Mary, Baptiste Roussillon

 

Gilian Petrovski

 

Justine Moulinier et Christophe Grégoire

 

Alexandre Delawarde

 

 

La Cerisaie de Tchekhov mis en scène par Paul Desveaux se joue jusqu'au 11 décembre ! Ce soir, vous pourrez assister à une rencontre après le spectacle.

 

J'ai oublié de vous dire hier que vous pouviez (ré)écouter le café-débat "Faut-il rêver sa vie au risque de la perdre" ici.


La vie rêvée

« Faut-il rêver sa vie au risque de la perdre ? » C'était le thème du café-débat qui a eu lieu à l'Athénée il y a deux semaines.
Animé par Lola Gruber, le débat réunissait Volodia Serre, metteur en scène des Trois Sœurs de Tchekhov passé à l'Athénée, et Jean-Pierre Martin, écrivain.

 

Dans le foyer-bar de l'Athénée.
De dos, le public. De face au fond, Jean-Pierre Martin, Lola Gruber et Volodia Serre.



Est-on maître de son destin, vit-on sa vie, décide-t-on de son existence ?
Jean-Pierre Martin et Volodia Serre ont donné quelques pistes de réponses à partir de leur vie personnelle et des pièces de Tchekhov, évoquant la question de la reproduction sociale conceptualisée par Pierre Bourdieu, l'idéalisation du passé chez les personnages de Tchekhov ou l'impression tenace que la génération d'avant vivait mieux que la nôtre.

L'on ne peut ainsi s'empêcher de penser à l'existentialisme dans le sens que lui donnait Jean-Paul Sartre et souvent résumé dans la phrase « l'existence précède l'essence » : selon Sartre (en le simplifiant), l'être humain aurait le choix de se définir au cours de sa vie ; il naît d'abord et se détermine ensuite : condamné à être libre, l'homme ne se construit que par ses choix. Ce sont ses choix qui définissent ce qu'il est, et il n'y a pas de nature humaine préalable.

(pour mémoire, j'avais fait une  courte note sur l'existentialisme à l'occasion du passage des Mains sales de Jean-Paul Sartre à l'Athénée, à (re)lire ici)

Dans le foyer-bar de l'Athénée.
De gauche à droite, Jean-Pierre Martin, Lola Gruber et Volodia Serre.

 

Mais à écouter Volodia Serre et Jean-Pierre Martin, j'ai également pensé à Jacques Bouveresse commentant Robert Musil. Jacques Bouveresse est un philosophe français vivant, qui a récemment été mis en avant dans les médias pour avoir refusé la légion d'honneur qui lui a été attribuée contre son gré en juillet dernier. Robert Musil est un écrivain autrichien (1880-1942) surtout connu pour L'Homme sans qualités.

D'après Jacques Bouveresse, L'Homme sans qualités pose entre autres la question de l'ironie de l'histoire ou, plus exactement, pourquoi l'histoire ne se réalise jamais de la manière que l'on voudrait. Si l'on parle d'Histoire avec un grand H, citons par exemple le déclenchement de la première guerre mondiale que personne n'avait prédit. Et si l'on parle d'histoire individuelle, notons que notre vie ne se passe jamais comme aimerions —en d'autres termes, le destin se réaliserait sans que nous n'ayons prise sur lui.

Si l'histoire ne se réalise donc pas par l'action des humains, elle se ferait, selon Musil analysé par Bouveresse, par des principes qui leur échappent, comme  :
- le plagiat (les hommes et femmes politiques reproduisent toujours les mêmes recettes et supposées solutions sans inventivité ni réflexion : Musil parle ainsi de « pensée de réserve »)
- la créativité de surface (l'on retrouve souvent la rhétorique du guide ou de l'homme providentiel en politique, alors que celui-ci n'a finalement que peu d'emprise réelle sur l'histoire. En effet, les changements n'adviendraient pas par le centre mais plutôt par la périphérie)
- le train-train (on laisse les choses se faire sans agir en espérant que les problèmes se résoudront d'eux-mêmes)
- l'amplification des erreurs dans la transmission de l'information (comme dans le jeu du téléphone arabe où une phrase passée d'une personne à l'autre finit déformée, le chemin que l'on souhaite suivre n'ira jamais dans le sens exact qu'on essaie de lui donner)
- l'amorphisme humain (il n'y a pas de nature humaine par excellence : l'être humain s'adapte aux conditions extérieures)
- la promenade sans but (l'histoire se réalise selon les lois du hasard, telle un promeneur qui, parti marcher sans but déterminé, s'arrêterait devant un immeuble, prenait le temps de discuter avec un passant et décidait de l'accompagner un bout de chemin pour tourner ensuite dans une rue qui lui paraîtrait intéressante, etc. C'est ainsi qu'il se retrouve à un point vers lequel il ne se dirigeait pas.).

Ce n'est pas pour autant que l'homme serait complètement impuissant à maîtriser sa vie et le cours de l'Histoire : car si l'histoire ne se fait jamais complètement comme on aimerait qu'elle se fasse et que l'imprévu arrive finalement plus souvent qu'on ne le croit, elle se fait à travers l'être humain qui peut, par de petites actions, faire pencher la balance (on se rapproche ici du principe de la créativité de surface selon lequel les changements adviennent par la périphérie). Ainsi, l'être humain pourrait faire l'histoire s'il voulait réellement la faire.

Pour plus de développements sur ces questions, on peut lire L'Homme sans qualités de Robert Musil traduit en français par Philippe Jacottet et Robert Musil. L'Homme probable, le hasard, la moyenne et l'escargot de l'histoire de Jacques Bouveresse.
Dans le cadre du cycle de débats « Théâtre des Idées » organisé par le Festival d'Avignon, Jacques Bouveresse a fait une intervention sur le thème de l'ironie de l'histoire à partir de laquelle j'ai écrit ce billet : il y développe entre autres ses analyses de l'œuvre de Musil en faisant des liens avec la situation actuelle. Vous pouvez l'écouter ici.

La plupart des personnages de La Cerisaie n'ont pas de prise sur leur histoire : incapables d'agir, ils laissent la vie se faire dans une époque qui les dépassent. C'est à l'Athénée dans la mise en scène de Paul Desveaux jusqu'au 11 décembre.

 

PS : vous pouvez (ré)écouter le café-débat ici. Le prochain café-débat aura lieu en mars autour du spectacle L'Échange de Claudel mis en scène par Bernard Lévy.
Jean-Pierre Martin publiera son prochain roman, Les Liaisons ferroviaires, en janvier 2011 aux éditions Champ Vallon.

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