Nous avons les moyens de vous assister

Contrairement à ce que l’on pourrait peut-être penser, assister le metteur en scène ne consiste pas à lui apporter du café et l'aider à porter ses paquets, mais il faut bien préciser que le mot prend, selon les équipes, des sens assez caractérisés.

Au cours de la saison passée, l’Athénée Théâtre Louis-Jouvet a accueilli quelques pièces montées par des metteurs en scène assistés: avec En attendant Godot, Cosi fan tutte et La Cantatrice chauve, explorons cette fonction souvent cachée mais surtout très variée.

La Cantatrice chauve - François Berreur

François Berreur a mis en scène l’opéra La Cantatrice chauve donné du 30 avril au 3 mai à l’Athénée et présentera deux spectacles la saison prochaine: Les Règles du savoir-vivre dans la société moderne de Jean-Luc Largarce et La Cantatrice chauve d’Ionesco dont il reprend la mise en scène du même Jean-Luc Lagarce.
Il faut dire que François Berreur a été très proche de l’auteur et metteur en scène disparu en 1995 et que leur collaboration s’est construite sur la durée, François Berreur étant parfois assistant de Lagarce sur certains spectacles.
Chargé de l’organisation pratique de la mise en scène, François Berreur explique qu’il était là également en tant que regard extérieur, disant si ce qu’il voyait sur scène correspondait à la ligne que Jean-Luc Lagarce avait exprimée.
François Berreur est ensuite passé de l’assistant au metteur en scène dans la continuité: au décès de Jean-Luc Lagarce, il a achevé la mise en scène de Lulu d’après Wedekind que celui-ci avait commencée sans avoir le temps de la terminer. Grâce à François Berreur, Lulu dans la mise en scène de Jean-Luc Lagarce a ainsi été créé en décembre 1995 à… l’Athénée.

La Cantatrice chauve - Gilda Cavazza

L’assistant passé metteur en scène n’a pas perdu l’habitude de travailler à plusieurs, et Gilda Cavazza a été son assistante sur l’opéra La Cantatrice chauve. Sortant d’une expérience d’assistanat avec un autre metteur en scène, elle a pu nous donner deux points de comparaison.
Sur ce spectacle précédent, il s’agissait d’une tâche assez complète où elle réfléchissait autant à la dramaturgie, au jeu, à la scénographie ou aux comédiens, ayant un rôle artistique même si les idées qu’elles soumettaient n’avaient peut-être pas la légitimité d’un véritable collaborateur artistique.
Ce qui l’a plus marquée dans La Cantatrice chauve reste le rapport au lieu même de l’Athénée: étant dans un lieu extérieur n’appartenant pas au metteur en scène, il s’agissait non seulement de faire la jonction entre les équipes techniques et artistiques mais aussi de prendre en charge les trois hiérarchies différentes créées par cet accueil, à savoir la compagnie théâtrale, l’orchestre Lamoureux et l’Athénée.
De même, le temps très court de la création a poussé l’équipe artistique a être extrêmement rapide et efficace, d’autant que l’équipe technique de l’Athénée a vite eu besoin d’éléments précis.
Pendant les répétitions, sa tâche était d’observer et ensuite, après les répétitions, d’aller faire part de ses impressions essentielles à François Berreur concernant des points techniques, dramaturgiques ou visuels; il s’agissait donc d’un travail d’observation et de réflexion sur le travail en cours, sans que Gilda Cavazza se définisse pour autant comme un regard extérieur.
Hors du temps des répétitions, Gilda Cavazza prenait en charge l’organisation technique, logistique et humaine de la mise en scène, comme l’élaboration des différents plannings, la gestion de problèmes techniques ou encore la réception des costumes (entre autres nombreux exemples!) : véritable pont communiquant, Gilda Cavazza faisait le lien entre tous les membres de l’équipe.
Malgré la diversité de ces expériences d’assistanat à la mise en scène, Gilda Cavazza n’estime pas pour autant qu’il s’agit d’un métier si flou: selon elle, l’assistant a toujours un rôle précis même s’il existe différents types d’assistants et différents processus par rapport à la création qui peuvent varier d’un metteur en scène à l’autre, voire d’un spectacle à l’autre, y compris des spectacles créés par la même équipe. Si le début est souvent incertain et que l’assistant doit d’abord être aux aguets pour comprendre où se situe exactement sa place, son rôle est rapidement défini et ses tâches très concrètes.
 

Cosi fan tutte - Marie-Édith Le Cacheux

Pour Cosi fan tutte qui s'est joué à l'Athénée du 31 mars au 4 avril, le metteur en scène Yves Beaunesne s'est adjoint les services de Sophie Petit et Marie-Édith Le Cacheux, toutes deux désignées comme "assistantes à la mise en scène", mais chacune dans deux rôles bien distincts, d'autant qu'Yves Beaunesne avait également choisi un collaborateur artistique à la mise en scène, Jean Gaudin.
Sophie Petit et Marie-Édith Le Cacheux étaient dans un rapport de complémentarité, la première ayant une grande expérience de l’opéra là où la seconde vient plutôt du milieu théâtral, toutes deux aux côtés d’Yves Beaunesne, metteur en scène de théâtre travaillant de plus en plus à l’opéra.
Sophie Petit prenait en charge la notation de la mise en scène et l’établissement des plannings de répétition avec une relation directe avec le metteur en scène et les chanteurs, tandis que Marie-Édith Le Cacheux avait surtout un rôle technique de mémoire des répétitions, prenant des notes sur la partition de Cosi fan tutte au fur et à mesure de l’avancée du travail.
Marie-Édith le Cacheux ne se revendique donc pas comme une collaboratrice artistique, se voyant davantage comme un régisseur chargé de faire le lien entre Yves Beaunesne et ses autres collaborateurs comme le costumier, les décorateurs ou l’orchestre, d’organiser les répétitions et d’accompagner le metteur en scène au quotidien dans son travail.

Sur Cosi fan tutte, Marie-Édith Le Cacheux cumulait également son rôle d’assistante à la mise en scène avec d’autres fonctions: responsable de la logistique de la tournée de Cosi fan tutte (il s’agit alors d’organiser la tournée au niveau très pratique des voyages, réservations d’hôtel ou des relations avec les salles accueillant le spectacle), elle était également chargée du surtitrage de l’opéra où il s’agit de saisir sur le logiciel de surtitres la traduction française du livret de Da Ponte et d’assurer sa projection au fur et à mesure du spectacle pendant la représentation.
(Et nous ne pouvons donc que lui souhaiter d’avoir pu prendre des vacances après Cosi fan tutte)

En attendant Godot - Jean-Luc Vincent

Jean-Luc Vincent était à la fois dramaturge et assistant aux côtés du metteur en scène Bernard Levy sur En attendant Godot qui s'est joué à l'Athénée en mars dernier.
Le dramaturge désigne souvent l'auteur de textes de théâtre, mais dans notre cas il s'agit du deuxième sens que l'on donne au mot : autrement dit, le dramaturge est l'intellectuel de l'équipe qui, aux côtés du metteur en scène, travaille avant les répétitions sur le texte, l'étudie, l'analyse et prend en charge les recherches historiques, biographiques, littéraires (et caetera) à effectuer pour compléter la réflexion sur la mise en scène. Véritable caution intellectuelle, il contribue évidemment à la création artistique du spectacle.

Pendant les répétitions dont il avait conçu le calendrier, Jean-Luc Vincent assistait Bernard Levy et tenait une sorte de journal des répétitions où il prenait tout en note: mémoire de l'équipe, il aidait les acteurs à reproduire de jour en jour les scènes selon le travail effectué la veille mais était également le garant du respect du texte qu'il suivait toujours des yeux. Intervenant peu pendant le travail avec les acteurs, il discutait toujours beaucoup avec Bernard Levy hors du temps de répétitions.


Pour la saison 2009-2010 de l’Athénée, d’autres assistants à la mise en scène viendront contribuer aux nombreux spectacles théâtraux qu’offre l’Athénée: pour les découvrir, cliquez ici!

Bon mardi.


Flash-back

La saison 2008-2009 de l’Athénée s’est terminée avec Les Mains sales et Les Justes (ou Les Mains justes, pour ceux qui voudront aller plus vite), mais vous souvenez-vous des spectacles qui ont habité l’Athénée et ce blog depuis septembre dernier?
Flash-back (ou analepse, pour ceux qui préfèrent éviter les anglicismes) très subjectif:

 

Le texte oublié sur le banc de Rêve d’automne
de Jon Fosse mis en scène par David Géry.



«Il y a quelque chose qui pourrait toucher à la pornographie dans l’opéra.»
Paul-Alexandre Dubois, le metteur en scène de L’Opéra de quatre notes de Tom Johnson en entretien sur le blog.

Extrait du Tribun/Finale de Mauricio Kagel mis en scène par Jean Lacornerie:
«La police, c’est vous!»

 

La seule photo que j’avais réussi à prendre de Claus Peymann/Sik Sik,
le spectacle double de Carlo Cecchi.

 

«Si tu veux essayer de plaire à tout prix, tu pleures dès que tu en entends un tousser dans la salle! Si je peux te donner un conseil : pense à ta grand-mère et fais une œuvre!»
Céline Sallette, actrice dans après la répétition d'Ingmar Bergman mis en scène par Laurent Laffargue, à des étudiants en art venus voir le spectacle.

 

Le Magazine, l’émission de Lionel Esparza diffusée sur France Musique en direct de l’Athénée à l’occasion des voix d’Olivier Messiaen.

 

«Cette compagnie est un véritable collectif, une troupe où on travaille dans le sens de l'œuvre et non dans celui des individualités. C'est un dialogue constructif où tout le monde va dans la même direction.»
Jean-Philippe Salerio, le metteur en scène de l’opérette La Cour du Roi Pétaud, en entretien sur le blog.

 

Les bouts de bois que l’on frappe l’un contre l’autre dans
La Puce à l’oreille de Georges Feydeau mis en scène par Paul Golub pour faire un bruit de claque.

 

Les enfants partant du premier concert de Claire-Marie Le Guay, pianiste en résidence à l’Athénée: un deuxième concert a suivi, et vous pourrez la retrouver l’année prochaine!

 

Le lustre magnifique de l’opéra Les Enfants terribles de Jean Cocteau et Philip Glass mis en scène par Paul Desveaux.

 

«Dans En attendant Godot, chaque réplique ouvre mille portes…»
Patrick Zimmermann, comédien dans En attendant Godot de Samuel Beckett mis en scène par Bernard Levy, en entretien sur le blog.



La traduction française de la morale de Cosi fan tutte, l’opéra de Mozart et Da Ponte mis en scène par Yves Beaunesne et dirigé par François Bazola:
«Heureux celui qui, malgré les ennuis, arrive à prendre la vie du bon côté…»

 

Chantal et Gérard: c’est le prénom des deux spectateurs qui, après avoir vu Riders to the Sea de Ralph Vaughan Williams d’après John Millington Synge à l’Athénée, ont décidé de se rendre sur les îles d’Aran où se déroulait l’action de l’opéra.

Un concentré (et une sélection!) des effets sonores que l’on pouvait entendre dans La Cantatrice chauve, un opéra de Jean-Philippe Calvin d’après Eugène Ionesco mis en scène par François Berreur.
(Retrouvez la vidéo ici sur YouTube)

 


«À quel monde meilleur rêvez-vous? Et comment allez-vous le construire?»
étaient les questions posées pour le cinquième forum de discussion des jeunes organisé par l’Athénée: le 15 mai dernier, quatre cents lycéens ont ainsi pu débattre à l’Athénée avec Daniel Cohn-Bendit, François Durpaire, Susan Georges et Bruno Rebelle.

 

Après trois ans de résidence et quatre concerts cette saison à l’Athénée Théâtre Louis-Jouvet, le Quatuor Psophos tire sa révérence avec le concert de clôture, Brahms/Strauss, dans le décor des Mains sales.



«Le théâtre de l’engagement, c’est peut-être vouloir défendre le texte dans un monde où les paroles sont sommées de laisser la place à l’image, où le fond cède à la forme. Mais quand il n’y a plus de paroles, c’est le début de la barbarie! C’est ce que nous combattons.»
Guy-Pierre Couleau, le metteur en scène des Mains sales de Jean-Paul Sartre et des Justes de Camus, en entretien sur le blog.

La troupe des Justes d’Albert Camus mis en scène par Guy-Pierre Couleau salue pour sa dernière représentation à l’Athénée.

Le public de la présentation de la saison 2009-2010 de l’Athénée commençant à sortir du théâtre: si vous n’avez pas pu y assister, cliquez ici pour découvrir les spectacles que vous propose l’Athénée à partir de septembre prochain!

 

 

Et vous, qu’avez-vous retenu de cette saison 2008-2009 de l’Athénée Théâtre Louis-Jouvet? Pour nous le dire, cliquez ici et laissez un commentaire sur le blog!

Bon début de semaine à tous.


PS : des commentaires au billet de jeudi se sont ajoutés pendant le week-end, promis, je vous réponds aujourd’hui! Le sondage sur votre lecture du blog est toujours actif.

 


Ça se produit

La création française de La Cantatrice chauve, l’opéra de Jean-Philippe Calvin composé sur le texte d’Eugène Ionesco, s’est terminée hier à l’Athénée dans la mise en scène de François Berreur et la direction musicale de Vincent Renaud avec l’orchestre Lamoureux.

Comme je vous l’expliquais mardi dernier, il existe plusieurs types de contrats liant l’Athénée Théâtre Louis-Jouvet aux artistes qu’il programme. Exceptionnellement, La Cantatrice chauve est une coproduction du Théâtre et de l’orchestre Lamoureux avec la compagnie de François Berreur, Les Intempestifs.
On l’a dit, monter une production est une tâche très lourde que l’Athénée réalise extrêmement rarement. La Cantatrice chauve a en fait bénéficié de circonstances particulières que Patrice Martinet, directeur de l’Athénée, nous a détaillées :

«_ L’opéra a d’abord été créé en 2006 à Covent Garden à Londres dans une version qui ne satisfaisait pas entièrement son compositeur, Jean-Philippe Calvin, qui a décidé d’en réécrire une version définitive. Une fondation liée à une grande banque britannique avait souhaité soutenir le projet d’une nouvelle création de l’œuvre, et cette nouvelle production de La Cantatrice chauve devait se jouer à Londres et à l’Athénée qui devait accueillir le spectacle selon ses habitudes, en coréalisation.

Malheureusement, la crise financière étant intervenue entre-temps, la fondation décida de se retirer du financement du projet : seulement, pour l’Athénée comme pour l’orchestre Lamoureux, les dates étaient déjà programmées!
Annuler un spectacle prévu et annoncé  auprès du public paraissait impossible, d’autant que l’Athénée et l’orchestre Lamoureux tenaient au projet : faire découvrir Jean-Philippe Calvin, brillant compositeur français paradoxalement très connu en Grande-Bretagne et aux États-Unis mais moins en France et accompagner l’orchestre Lamoureux dans un projet artistique original et ambitieux ont ainsi été le moteur d’une aventure de longue haleine. L’orchestre Lamoureux a donc travaillé main dans la main avec l’Athénée et la compagnie Les Intempestifs pour trouver des partenaires souhaitant s’associer au projet.

La Cantatrice chauve
a ainsi reçu le soutien exceptionnel de la New York University in France, qui a associé son quarantième anniversaire au centenaire d’Eugène Ionesco. Pour les quatre-vingts ans de Tom Bishop, ancien directeur de cette université, professeur très attaché à la culture française et ami de l’Athénée, le cadeau d’anniversaire du comité des amis de Tom Bishop fut une représentation de La Cantatrice chauve à l’Athénée...
Le projet a également obtenu l’aide de la SPEDIDAM et de l’ADAMI, deux organismes qui veillent aux droits des artistes-interprètes, ainsi que du Fonds de Création Lyrique initié par la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques pour soutenir la création contemporaine en opéra, théâtre musical et comédie musicale et qui, outre la SACD, réunit le Ministère de la Culture, l’ADAMI et le Fonds pour la Création Musicale. La Cantatrice chauve devrait aussi bénéficier du soutien de la ville de Paris.

Nous espérons que La Cantatrice chauve pourra être programmée ailleurs : c’est un spectacle avec une vingtaine de musiciens et de jeunes chanteurs qui est certes plus important qu’une pièce de théâtre mais beaucoup plus léger qu’un opéra : nous militons pour que ces petites formes lyriques aient leur place, car elles permettent de rendre l’opéra accessible à un public plus large

Souhaitons donc longue vie à cette Cantatrice chauve et la bienvenue aux Mains sales de Jean-Paul Sartre qui arrivent à l’Athénée dès jeudi dans la mise en scène de Guy-Pierre Couleau !

Bon lundi


Chauve qui peut !

(J’ai fait ce jeu de mots pourri à l’insu de mon plein gré)

Entretien avec François Berreur

François Berreur est le metteur en scène de l’opéra La Cantatrice chauve représenté à l’Athénée jusqu’à dimanche. Conversation au foyer-bar du théâtre une heure avant la répétition générale :

«_ Vous avez été le collaborateur de Jean-Luc Lagarce qui avait lui-même monté une Cantatrice chauve créée en 1991 et reprise à l’Athénée en 2007 : est-ce que cela a une signification particulière pour vous de travailler une nouvelle fois sur ce texte?
_ C’est Patrice Martinet, le directeur de l’Athénée, qui m’a sollicité pour faire cette mise en scène. Cela ne me dérange pas de retravailler sur La Cantatrice chauve après ma collaboration avec Jean-Luc Lagarce : au moins, je connais bien le texte… C’est de toutes façons le travail de beaucoup de metteurs en scène, de monter des textes que plein d’autres metteurs en scène ont monté avant vous. Je pense en tout cas avoir mis en place un univers vraiment différent du spectacle de Jean-Luc Lagarce. Enfin je crois, peut-être que non, en fait!

_ C’est votre première mise en scène d’opéra : est-ce que c’est difficile de passer du monde théâtral au monde lyrique?
_ C’est surtout un plaisir, et quelque part c’est même plus facile : je suis toujours très attentif au rythme de mes spectacles, et dans l’opéra tout est déjà mesuré dans le temps grâce à la musique! Mais mentalement, c’est globalement la même chose, avec simplement davantage d’indications. Il faut rentrer dans deux univers, celui de l’auteur, Eugène Ionesco, et du compositeur, Jean-Philippe Calvin ; je me suis d’ailleurs beaucoup appuyé sur les différences entre le livret et la pièce.
Mais le rapport entre la pièce, le livret, la musique et la mise en scène sont vraiment différents : la pièce et l’opéra sont des choses définitives alors que la mise en scène est éphémère, et j’espère que d’autres monteront cet opéra après moi !

_ Je crois que c’est la question du langage qui est, pour vous, au cœur de La Cantatrice chauve, est-ce que vous pourriez expliquer pourquoi?

_ Oui, à mon avis le texte d’Eugène Ionesco est une pièce de rupture sur le langage, et le point central est vraiment l’uniformisation du discours. Le langage est complètement déconstruit jusqu’à un certain moment où cela ne fonctionne plus et que cela éclate : à la fin, on assiste à une véritable explosion de la langue où la sociabilité n’est plus possible.
Mais la pièce est également une mise en abyme théâtrale, car elle garde son sens même lorsqu’elle est censée ne plus en avoir : la langue théâtrale est visible même lorsqu’elle est déconstruite…
La musique composée par Jean-Philippe Calvin va d’ailleurs dans ce sens en faisant quelques références musicales, en se rapportant à quelque chose que l’on connaît pour tout destructurer ensuite.

_ J’imagine que le décor et les lumières du spectacle s’inscrivent dans la même idée?
_ Oui, le canapé et la table basse proviennent d’une marque d’ameublement célèbre : on connaît tous ces meubles, soit qu’on ait les mêmes chez soi, soit qu’on les ait vus chez ses voisins ou ses amis. Il n’y a rien de particulier dans ces objets qui plaisent à tout le monde, et tout le monde a ou pourrait avoir les mêmes : c’est le degré zéro de la décoration, et la scénographie blanche renforce cette uniformisation.
Il n’y a rien d’autre sur scène, parce que la pièce est comme un univers mental dans lequel on voyage : on se retrouve dans l’esprit de Monsieur Smith ou Monsieur Martin apprenant une langue étrangère, et l’imagination y occupe une grande place. Lorsqu’on apprend une langue, car cela été le point de départ d’Eugène Ionesco pour écrire La Cantatrice chauve, on imagine des personnages qui se mettent à parler et ont une vie propre, mais on a une vision très basique de leur existence. Et dans le spectacle, cette pensée devient réelle : les personnages sont interchangeables, la bonne récite un poème qui nous propulse sur une scène de music-hall… Ce qu’on imagine est réalité !»

Laissez libre cours à votre imagination pour les deux dernières représentations de La Cantatrice chauve qui se joue à l’Athénée encore ce week-end, et bon premier mai!


On nous cache des choses

Hier soir, Claire-Marie Le Guay, pianiste en résidence à l’Athénée, offrait un mini-récital suivie d’une rencontre à la Médiathèque musicale de Paris. Organisé par Églantine Desmoulins de l’Athénée en partenariat avec la Médiathèque, l’événement prépare le concert que Claire-Marie Le Guay donnera à l’Athénée le 11 mai : vous en entendrez donc reparler très vite!

La Cantatrice chauve commence quant à elle ce soir à l’Athénée pour trois représentations. Il y a des choses dissimulées dans la salle, et voici ce que l’on pouvait trouver en fouinant un peu pendant les répétitions :



Dans l’une des loges, derrière le panneau de surtitrage, se cachent quelques percussions : il faut dire que la fosse d’orchestre de l’Athénée est parfois trop petite pour contenir tous les musiciens nécessaires.


D’ailleurs, dans la loge d’en face, les surtitres se préparent…



Un étrange cylindre de métal perforé, normalement caché dans les cintres au milieu des projecteurs, a été descendu le temps de le remplir : de quoi, d’après vous ?


J’ai comme qui dirait l’impression que le spectacle va être mis en boîte.



Pour découvrir l’opéra composé par Jean-Philippe Calvin sur la pièce d’Eugène Ionesco, rendez-vous ce soir, samedi et dimanche à l’Athénée! Bonne journée...


La chauve s'affiche

“L’Athénée est en passe de devenir la nouvelle Huchette!” nous disait un lecteur, Jean-Claude, en commentaire d’un de nos billets sur La Cantatrice chauve : il ne croyait pas si bien dire, car si l’Athénée est encore loin du Théâtre de la Huchette à Paris qui joue La Cantatrice chauve et La Leçon d’Eugène Ionesco depuis 1957, ce n’est pas la première fois que l’anti-pièce se retrouve à l’affiche de l’Athénée :

Mise en scène de Gábor Tompa - 2000

 

Mise en scène de Jean-Luc Lagarce - 2007

 

Opéra composé par Jean-Philippe Calvin
Mise en scène de François Berreur
Direction musicale de Vincent Renaud - 2009

 

Pour paraphraser Jean-Philippe Calvin dans l’interview qu’il nous a accordée vendredi dernier, le mariage entre l’Athénée et la cantatrice semble être heureux : nous aurons tout le temps de voir s’il sera vraiment durable…

En attendant le long terme (et non pas quelqu’un d’autre, qu’on a déjà attendu à l’Athénée en mars dernier), vous avez trois représentations pour découvrir la cantatrice qui chante : La Cantatrice chauve, opéra de Jean-Philippe Calvin d’après Ionesco, se joue à l’Athénée dans la mise en scène de François Berreur et avec l’orchestre Lamoureux dirigé par Vincent Renaud demain, samedi et dimanche.

Je vous rappelle que vous pouvez aller écouter un mini-récital gratuit de Claire-Marie Le Guay, pianiste en résidence à l’Athénée, à la médiathèque musicale de Paris ce soir à 19h ! Plus d’informations ici.

Bon mercredi!


Ça se contracte

Une salle qui programme un spectacle dispose de plusieurs solutions juridiques pour établir le contrat qui va les lier : les principales sont la cession, la coréalisation et la production.

Le contrat de (co)production

Dans le cadre d’un contrat de production, le théâtre (souvent en lien avec d’autres salles de spectacle, et cela s’appelle alors un contrat de coproduction) prend en charge le financement du spectacle, est parfois l’employeur des artistes et récupère intégralement les recettes de billetterie.
Il est un partenaire privilégié des artistes de la naissance du projet à sa réalisation, est l’un des piliers du spectacle et a la responsabilité de son montage technique et financier : il faut ainsi trouver l’argent nécessaire, maîtriser le budget, prendre en charge les démarches administratives, trouver des dates de tournée, accompagner les artistes, se positionner comme employeur, en bref faire en sorte que le projet se crée autant artistiquement que techniquement ou humainement. Dans certaines grosses structures disposant d’un atelier décors et/ou costumes, les éléments du spectacle sont même fabriqués par le théâtre ou l’opéra en question.
Produire un spectacle relève donc d’un réel engagement sur la durée, d’un investissement financier et humain ainsi que d’une prise de risque importante : car si le producteur récolte les recettes, il est aussi redevable des éventuelles pertes.

Le contrat de cession

Le contrat de cession est plus simple : une compagnie représente les artistes du spectacle. Employeur des artistes, la compagnie monte le projet au niveau financier, artistique et technique et le propose aux salles comme, si vous me permettez l’expression, un produit fini, ou un spectacle clé en main.
La salle qui désire programmer un spectacle l’achète à un montant fixé par la compagnie et qui lui permettra de couvrir les charges engagées pour les décors, costumes, droits d’auteurs ou salaires mais rarement de faire des bénéfices, pour des raisons de coûts déjà élevés pour un théâtre mais également de statut, les compagnies étant la plupart du temps des associations à but non lucratif.
Le théâtre paye donc un montant forfaitaire correspondant au coût global du spectacle et récolte les recettes de billetterie. Il se doit de fournir une salle en état de marche, c’est-à-dire avec le plateau technique et le personnel nécessaire au montage, démontage, chargement et déchargement ainsi qu’à l’accueil du public.
Lorsqu’un théâtre programme un spectacle selon ce mode contractuel, l’engagement financier et humain est moindre que dans le cadre de la production, mais l’équilibre financier via les recettes de billetterie doit être évidemment maintenu.
Attention, il s’agit bien d’un contrat de cession du droit d’exploitation, c’est-à-dire que le théâtre a le droit d’exploiter le spectacle pour un nombre donné de représentations mais que celui-ci ne lui appartient pas.

Le contrat de coréalisation

La coréalisation a une définition plus floue qui varie selon les contrats et se rapproche de la cession. La compagnie est considérée comme le producteur, la salle de spectacle comme l’organisateur.
Avec ce type de contrat, les risques sont globalement partagés entre producteur et organisateur, le prix de vente du spectacle n’étant pas fixé de la même manière que pour le contrat de cession :  ici, la compagnie perçoit une rémunération proportionnelle aux recettes. En pratique, on établit à l’issue des représentations un décompte des recettes et le partage a lieu selon les pourcentages prévus par le contrat, par exemple 60% pour la compagnie (qui n’obtiendra donc pas d’autre rémunération) et 40% pour la salle -les pourcentages sont donnés à titre purement indicatif.
Il y a souvent un minimum garanti pour le producteur, c’est-à-dire que si le pourcentage des recettes à reverser à la compagnie n’atteint pas un montant minimum, la salle de spectacle est obligée de donner à la compagnie le dit montant afin de lui permettre de couvrir un tant soit peu ses frais.


L’Athénée Théâtre Louis-Jouvet utilise le contrat de coréalisation pour les spectacles qu’il programme, à l’exception notable de La Cantatrice chauve dont il est coproducteur avec l’orchestre Lamoureux et la compagnie des Solitaires Intempestifs.
Je vous expliquerai prochainement pourquoi et vous souhaite, en attendant, un beau mardi !

La Cantatrice chauve commence jeudi et, en attendant, vous pouvez aller écouter Claire-Marie Le Guay, pianiste en résidence à l’Athénée, pour un mini-récital gratuit à la médiathèque musicale de Paris demain à 19h ! Plus d’informations ici.


Essayons

Jean-Philippe Calvin, le compositeur de l’opéra La Cantatrice chauve, nous l’expliquait dans l’entretien de vendredi : il a utilisé des effets électroacoustiques pour modifier les voix afin de renforcer le côté absurde de l’œuvre.
Quelques lecteurs m’ont témoigné en privé de leur intérêt pour ces fameux effets en me demandant à quoi ils pouvaient ressembler.

Voici donc, précédé d’un court passage de l’opéra interprété en répétition par l’orchestre Lamoureux, un petit aperçu de ces effets électroacoustiques.

Il s’agit d’essais sonores effectués lors des répétitions que j’ai détachés de leur contexte musical et mis bout à bout sur des photos prises lors d’essais lumières.
Je remercie donc au passage Jean-Philippe Calvin d’avoir accepté que je malmène ainsi sa partition...

Comme d'habitude, si vous ne pouvez pas visionner la vidéo, vous pouvez la lire sur YouTube.


Pour transformer l’essai
et découvrir la musique de Jean-Philippe Calvin dirigée par Vincent Renaud et mise en scène par François Berreur sur un texte d'Eugène Ionesco, c’est à l’Athénée pour trois représentations qui auront lieu jeudi, samedi et dimanche!

Bon lundi.


La cantatrice chante - interview !

Entretien avec Jean-Philippe Calvin

Jean-Philippe Calvin est le compositeur de l’opéra La Cantatrice chauve tiré de la pièce du même nom d’Eugène Ionesco et qui commence jeudi prochain à l’Athénée.

«_ Eugène Ionesco a écrit une “anti-pièce”. Votre Cantatrice chauve est-elle un anti-opéra ?
_ C’est effectivement une anti-pièce dramatique et musicale par sa structure inhabituelle, sa construction en continuum et ses moments complètement anarchiques. C’est d’ailleurs parce que la pièce exige une certaine fantaisie musicale que j’ai utilisé la technologie électroacoustique qui apporte une dimension dramatique à l’œuvre.

_ Justement, j’ai entendu ces effets électroacoustiques en répétition, mais est-ce que vous pourriez les décrire un peu pour que les lecteurs du blog s’en fassent une idée ?
_ Je n’utilise l’électroacoustique que pour les voix et non pour l’orchestre, et m’en sert de deux manières. Il s’agit tout d’abord d’amplifier certaines voix, sans aucun autre traitement, pour que l’on ait parfois l’impression qu’il y a un choeur en coulisses alors qu’il n’y a que les chanteurs solistes.
Mais la technologie électroacoustique sert également à accompagner l’absurde, et plus particulièrement pour la scène du pompier et le final. Il y a vraiment un traitement de la voix qui est modifiée pour transformer un baryton-basse, dans le cas du pompier, en soprano, en chien ou en coq selon ce qui est dit dans le texte : les effets spéciaux accentuent l’absurdité de la pièce, comme pour le final où le son des voix est spatialisé, c’est-à-dire répercuté dans toute la salle. À la fin, les personnages explosent, et il s’agit d’obtenir cette explosion par des moyens sonores : la pièce commence doucement et se termine dans le déchaînement…

_ C’est à cette explosion que correspondent les signes sur la partition?
_ Oui, c’est cela, c’est une partition graphique avec une notation graphique sur un temps proportionnel. Dans la dernière scène, tout est pris en charge par l’électroacoustique, et ce que vous avez vu sur la partition correspond au mélange entre l’électronique et l’acoustique.

_ J’aurais sans doute dû commencer par là, pourquoi avoir composé un opéra à partir de La Cantatrice chauve ?
_ J’ai toujours eu une fascination pour Ionesco en général en tant qu’auteur, et pour tous ses écrits. La Cantatrice chauve est un beau titre pour un opéra d’ailleurs, d’autant que cette cantatrice ne chante pas et même n’existe pas!… Quant au projet de composition lui-même, il a commencé à germer il y a dix ans lors d’une dispute  amicale avec l’écrivaine américaine Susan Sontag qui me soutenait que les pièces d’Eugène Ionesco n’étaient pas adaptables en musique, alors que je défendais justement le contraire. J’ai attendu d’acquérir davantage de maturité en tant que musicien pour proposer le projet à l’Opéra Royal de Covent Garden, à Londres. On m’a répondu qu’il était original, d’autant que le comique est rare dans la musique contemporaine! Nous avons fait une version mélangeant français et anglais qui a été créée en novembre 2006 à Covent Garden.

_ L’aspect théâtral de la musique est important, pour vous?

_ Oui, pour moi la musique peut avoir une grande puissance dramatique, et j’essaie toujours de donner un côté théâtral à mon œuvre : pour moi, ce que je compose est autant musical que théâtral, et j’aime que les musiciens ne fassent pas que jouer de leur instrument. C’est pour cela que j’utilise beaucoup les expressions faciales et corporelles des interprètes, y compris dans un solo pour trompette, par exemple!

_ Pourquoi ne pas avoir souhaité diriger La Cantatrice chauve, et comment se déroule votre collaboration avec Vincent Renaud, le chef d’orchestre? Vous n’avez pas envie d’intervenir tout le temps pendant les répétitions?

_ Je trouve toujours très délicat de diriger sa propre œuvre. Je préfère laisser Vincent Renaud le faire et prendre du recul pour écouter l’opéra que j’ai composé. Diriger moi-même serait vraiment risqué pour l’orchestre, parce qu’en tant que compositeur, je connais trop bien l’œuvre, je m’attarderais sans doute sur des détails. J’ai parfois envie d’intervenir —parfois je le fais, d’ailleurs! Mais je fais confiance à Vincent Renaud avec qui j’ai de toutes façons beaucoup travaillé sur la partition avant le début des répétitions avec l’orchestre Lamoureux.
Je fais également entièrement confiance à François Berreur, le metteur en scène, et notre collaboration se passe très bien. On dit souvent que la relation entre compositeur et metteur en scène est comme un mariage : pour nous, c’est un mariage très heureux…»

Pour voir le beau mariage de l’opéra La Cantatrice chauve, c’est à partir du jeudi 30 avril à l’Athénée pour trois représentations! Bon week-end.


Face ou pile ?

Après les répétitions de La Cantatrice chauve vues hier côté scène, voici aujourd’hui le côté salle !

Les deux directeurs techniques de l’Athénée, Denis Léger et Dominique Lemaire, passent régulièrement pour s’assurer que tout se déroule bien.

À gauche, admirez le joli marcel de Dominique Lemaire, aperçu fugacement avant sa disparition sous une chemise à motifs (parce que le directeur technique adjoint de l’Athénée n’est pas vraiment du genre à porter des chemises blanches à rayures gris clair, mais nous aurons peut-être l’occasion d’en reparler).

Gilda Cavazza, l'assistante du metteur en scène de La Cantatrice chauve, François Berreur, intervient peu pendant les répétitions mais observe tout avec attention.

 

Assis au premier plan, Stefan Tiedje, responsable de la réalisation électronique (à gauche), et Jean-Philippe Calvin, compositeur de l’opéra (à droite), tanguent comme un seul homme en prenant des notes.

De dos, le directeur musical, Vincent Renaud, dirige les chanteurs présents sur scène pour cette répétition avec piano seul.

 

Plus tard, place à la répétition avec l’orchestre Lamoureux : Vincent Renaud dirige pendant que Jean-Philippe Calvin, le compositeur, veille et se tient disponible en cas de questions.



François Berreur, le metteur en scène, circule régulièrement entre salle et plateau.

On l’a vu hier dirigeant les chanteurs, le voici lors d’une pause en train de parler des effets lumières avec Marie-Noëlle Bourcart, régisseur général placée en régie au premier balcon (et malheureusement trop dans le noir pour se laisser prendre en photo).

 

La même chose, sauf qu’après les effets lumière, François Berreur et Marie-Noëlle Bourcart sont passés à l’effet boule.



La Cantatrice chauve, opéra composé par Jean-Philippe Calvin à partir de la pièce d’Eugène Ionesco, commence à l’Athénée jeudi prochain dans la mise en scène de François Berreur et la direction musicale de Vincent Renaud!

Bonne journée et à demain.

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