ça vous botte ?

Il y a plusieurs types de chaussettes :
- les socquettes (qui s'arrêtent à la cheville),
- les mini-socquettes (qui ne couvrent que le pied),
- les mi-bas (qui sont plus fins et vont jusqu'au genou),
- les chaussettes pour des sports comme le football (plus épaisses et qui s'arrêtent juste en-dessous du genou),
- ou encore les jambières (qui montent jusqu'à mi-cuisses).
- Les chaussettes à proprement parler, si elles désignent dans le langage courant l'ensemble des sous-vêtements couvrant le pied, s'arrêtent à mi-mollet.

Les chaussettes font normalement partie des vêtements qui ne se voient pas (ou peu), ce qui n'empêche pas certaines personnes de faire parler des leurs : il y a eu les chaussettes rouges d'Édouard Balladur (et de François Fillon) ou la chaussette trouée d'un grand patron français posant dans Paris Match, mais aussi, plus proche de nous, les chaussettes rouges de Bob Wilson interprétant Krapp's Last Tape à l'Athénée la semaine dernière.

Seule touche de couleur dans une scénographie en niveaux de gris, ces chaussettes rouges ont donné lieu à différentes interprétations chez les personnes qui ont écrit sur le spectacle : pour Armelle Héliot du Figaro, elles évoquent le diable ; pour Dashiell Donnello d'Un Fauteuil pour l'orchestre, elles sont une transgression à la perfection, tandis que René Solis de Libération met en avant la dimension clownesque de la silhouette de Bob Wilson.

Il sera peut-être à nouveau question de chaussettes à l'Athénée, car le spectacle qui commence vendredi parle de pied : dans l'opéra-bouffe La Botte secrète, on cherche en effet celui qui a bien pu botter les fesses du prince (et la main qui va avec, car la princesse en a un souvenir ému).
La marque laissée par la botte sur le postérieur est le point de départ d'un jeu de piste chez les chausseurs de Paris : la princesse trouvera t-elle chaussure à son pied ?

Réponse à partir de vendredi avec La Botte secrète, opéra-bouffe de Claude Terrasse et Franc-Nohain monté par la compagnie des Brigands : accueillie depuis ses débuts à l'Athénée, la compagnie des Brigands fête ses dix ans !



PS : Et vous, quelles chaussettes mettez-vous ? Êtes-vous plutôt du genre chaussettes dépareillées, toujours noires, souvent trouées ou assorties à vos vêtements ?

Bonne semaine


Appuyez sur play

Dans La dernière bande de Beckett, le personnage de Krapp s'enregistre à chaque anniversaire pour évoquer les événements de l'année écoulée.

Écrite en 1958, La dernière bande utilise ainsi un procédé qui existe depuis la fin du 19e siècle mais qui s'est généralisé dans les années 1950 en Europe : l'enregistrement magnétique grâce à un appareil qu'on appelle aujourd'hui magnétophone (il s'agit au départ d'une marque déposée par la firme allemande AEG)
L'enregistrement consiste à convertir le signal acoustique (le son) en signal électrique, lui-même mémorisé sur un support.

Ce support peut être un cylindre, un disque ou un ruban enroulé sur une bobine : c'est ce dernier type qu'utilise le magnétophone (et le personnage de Krapp chez Beckett).
Il s'agit d'une bande magnétique, c'est-à-dire que le ruban en plastique est recouvert d'une couche composée de cristaux d'oxyde de fer ou d'oxyde de chrome qui doit avoir une surface lisse et parfaitement constante.

Permettant à la fois d'enregistrer et de lire le son, facile d'utilisation, le magnétophone se diffuse largement dans les foyers à partir des années 1960, en particulier grâce à la cassette inventée par la firme Philips.
Évitant de manipuler la bande soi-même, la cassette (ou K7) permet de généraliser le magnétophone en le déclinant : le répondeur téléphonique, le dictaphone, l'autoradio ou le baladeur se multiplient ainsi dans les années 1970 et 1980.

Concurrençant sérieusement le disque vinyle, la cassette tombe en désuétude avec l'invention du Compact Disc au début des années 1980 et sa généralisation dans la décennie suivante.

Pour voir et entendre un vrai magnétophone à bande, vous pouvez aller à l'Athénée ce soir pour la dernière représentation de La dernière bande (Krapp's Last Tape) de Beckett mis en scène et interprété par Bob Wilson.

De son côté, le blog prend un long week-end et sera de retour mardi matin ! Prochain spectacle à l'Athénée : La Botte secrète par la compagnie des Brigands.



PS 1 : les réponses à l'énigme d'hier ne sont pas vraiment convaincantes. Vous pouvez continuer à tenter votre chance ici !

PS 2 : L'Athénée programmant régulièrement des textes de Beckett, j'ai déjà eu l'occasion de parler de lui sur le blog. Voici une petite sélection d'articles pour ceux qui souhaiteraient s'y replonger :
Une rapide biographie de Beckett
Une interview des acteurs d'En attendant Godot mis en scène par Bernard Levy : Vladimir et Estragon ici, Lucky et Pozzo là.
Et un court article sur le théâtre de l'absurde où on a parfois (trop souvent) inclus Beckett.


Le gros machin noir et carré

Si vous avez vu Krapp's Last Tape de Bob Wilson, vous avez peut-être aperçu ça :

 

Installée dans une loge de la corbeille, la chose sert activement le spectacle de Bob Wilson: saurez-vous deviner ce que c'est ?


Indice : c'est plus facile quand on a vu le spectacle. Et pour cela, il vous reste ce soir et demain. Si vous pensez avoir une idée, laissez votre réponse en commentaire sur le blog ici !


Bon mercredi.


Cher journal

Suite à mon petit lexique d'hier sur les mots inconnus (de moi) présents dans le texte de Beckett actuellement joué à l'Athénée par Bob Wilson, un lecteur, Emmanuel, me fait remarquer un sens de "turne" que je n'ai pas mentionné : la turne peut en effet également désigner une chambre d'étudiant.
Mais, termine Emmanuel, "n'ayant pas vu la pièce ni lu le texte, est-ce que ce sens est adapté ici, je vous laisse juge".

On le sait dans le texte de Beckett, le personnage de Krapp a soixante-dix ans —précisément l'âge de Bob Wilson qui met en scène et interprète le texte. Le lieu de l'action est donc davantage une "chambre sans confort" ou un "endroit où l'on se rend pour travailler" qu'une chambre de cité universitaire.

Chez Bob Wilson, la turne prend des allures de bibliothèque cauchemardesque d'où émergent des piles de journaux : aperçues ici de l'arrière du décor ou avec le rideau fermé, elles marquent également la géométrie du plateau.


 

Il reste trois représentations  de Krapp's Last Tape de Beckett par Bob Wilson : ce soir, demain et jeudi.


La turne près du bief où l'on peut cueillir à l'ombre de l'anémomètre des groseilles à maquereaux

Vendredi soir, à la première de Krapp's Last Tape mis en scène et interprété par Bob Wilson, j'ai découvert dans le texte de Beckett des mots qui m'étaient totalement inconnus —et j'ai pensé que je ne serais peut-être pas la seule.


"La turne de Krapp" (dans la didascalie qui ouvre le texte)
Maison mal tenue, logement sale et misérable.
Endroit où l'on se rend pour travailler, jugé généralement déplaisant.
Chambre, pièce exiguë et sans confort.


"Ombre de l'opus… magnum."
Grand œuvre, grand art


"Le banc près du bief d'où je pouvais voir sa vitre"

Lit de rivière et de fossé
Secteur d'un cours d'eau compris entre deux chutes ou deux rapides successifs
Canal qui conduit l'eau d'une rivière ou d'un ruisseau sur une roue hydraulique pour la faire tourner
Partie d'un canal ou d'une rivière canalisée comprise entre deux écluses.


"Les yeux ! Comme des…
(il hésite)chrysolites !"
Pierre précieuse d'un jaune verdâtre formée de silicate naturel de fer et de magnésium et appartenant à la famille et au genre péridot.


"l'anémomètre qui tourbillonnait comme une hélice"
Instrument utilisé pour mesurer la vitesse du vent


"en cueillant des groseilles à maquereaux"
Baie solitaire, verte ou rougeâtre, plus grosse que la groseille ordinaire, qui entre, à demi-mûre, dans la préparation d'une sauce dont on accommode le maquereau.



Il reste le mot "viduité" dont je vous laisse découvrir directement le sens dans le texte où il est expliqué.

 


Krapp's Last Tape (La dernière bande) se joue à l'Athénée jusqu'à jeudi
. Bon début de semaine !

 

Mes définitions sont tirées du dictionnaire Trésors de la Langue Française.


Je sais garder un secret

Krapp's Last Tape, le texte de Beckett mis en scène et interprété par Bob Wilson, commence ce soir.

Parce qu'il y a des spectacles que l'on risque de gâcher en les dévoilant trop, je ne publierai pas de photos de la scénographie —d'autant que les arrières du décor sont en soi déjà bien assez intriguants…

 

 

Si vous ne voyez pas les photos, cliquez sur "charger/afficher" les images dans votre messagerie ou allez sur le blog.


Krapp's Last Tape (La dernière Bande) se joue jusqu'à jeudi prochain.


"Bob aime la vodka, et moi j'aime le scotch"

En mars 1998, Robert Wilson, le metteur en scène et interprète de Krapp's Last Tape qui commence demain à l'Athénée, était à Paris pour une rencontre au Théâtre du Rond-Point sur l'invitation de l'Académie expérimentale des théâtres.

La retranscription de cette rencontre menée par Georges Banu a été publiée sur le site de la revue Mouvement en juin 1998 : vous pouvez la lire en intégralité ici.
Voici quelques extraits qui donnent un bon aperçu de son théâtre.


"Le théâtre que je fais est un théâtre formel, qui a toujours eu une certaine distance entre le matériau et l'acteur, entre le public et la scène […]. Ce n'est pas un travail d'interprétation, c'est un théâtre qui pose des questions."


"Pour nous, metteurs en scènes, acteurs, designers, c'est très important de laisser un espace ouvert au spectateur, afin de pouvoir échanger quelque chose qu'on n'impose pas directement."


"Je hais le naturalisme. Je pense que le naturalisme a tué notre théâtre. […]. Si j'accepte que c'est une chose artificielle, en un sens cela devient plus naturel, ou authentique. Jouer naturel sur scène, c'est toujours comme un mensonge."


"Une fois, j'étais avec Heiner Müller pour un débat à l'Université de Harvard. Il y avait une introduction d'une heure trente, par un homme très brillant qui essayait d'expliquer notre travail. Après cette longue introduction, un des étudiants a demandé à Müller : 'Pouvez-vous m'expliquer la différence entre Monsieur Wilson et vous?' Il a dit : 'C'est très simple. Bob aime la vodka, et moi j'aime le scotch.'"


"Les gens disent que dans mes pièces, les gens bougent très lentement. Si l'acteur bouge lentement, et a conscience qu'il bouge lentement, c'est très ennuyeux. Le temps n'a aucun concept. Si l'acteur bouge lentement, mais n'y pense pas, à ce moment-là le mouvement sera plein de temps."


"Je n'ai pas étudié le théâtre. Si j'avais étudié le théâtre, je crois que je ne ferais pas ce que je suis en train de faire. J'ai une formation de peintre et d'architecte, et j'ai étudié l'administration. J'ai appris le théâtre en faisant du théâtre. Et le théâtre que je fais est quelque chose de très personnel. […] On ne verra pas mon travail dans le futur, il fait partie de notre temps. C'est un peu comme une étoile filante."


Krapp's Last Tape commence demain et se joue jusqu'à jeudi prochain.

 

Crédits
Robert Wilson était l'invité de l'Académie expérimentale des théâtres au Théâtre du Rond-Point le 30 mars 1998.
Traduction Philippe Chemin.
Transcription Françoise Féraud, Agnès Dahan, Jean-Marc Adolphe.
Reproduction avec l'aimable autorisation de Robert Wilson.
Remerciements à Michelle Kokosowski et à l'Académie expérimentale des théâtres.
Publié le 01-06-1998
Source : Mouvement


Le regard de Krapp on the Beach

«— Est-ce que tu veux m'accompagner vendredi soir à l'Athénée ? C'est la première du spectacle de Robert Wilson…
C'est qui, Robert Wilson ?»

À trop baigner dans un monde, on en oublie parfois que ce qui nous semble évident ne l'est pas pour tout le monde.

Robert Wilson est un acteur, metteur en scène, plasticien et scénographe nord-américain né en 1941 ; il pratique également la peinture, la sculpture et la vidéo.

D'abord étudiant en architecture au Brooklyn's Pratt Institute de New York, il fonde la compagnie Byrd Hoffman School of Byrds et crée son premier spectacle en 1969, The King of Spain, suivi du Regard du Sourd en 1970.
Spectacle entièrement muet d'une durée de sept heures, Le Regard du Sourd part de l'histoire d'un petit garçon devenu sourd et muet après avoir vu sa nourrice égorger deux enfants ; inspiré par Raymond Andrews, un enfant sourd que Wilson a adopté quelques années plus tôt, le spectacle voit se succéder des tableaux oniriques d'un monde intérieur où les mots et l'histoire sont quasiment absents, renouvelant ainsi le théâtre de manière radicale.
Présenté à Nancy un an plus tard, le spectacle rencontre un incroyable succès qui propulse Robert Wilson parmi les metteurs en scène dits d'avant-garde.

On parle dans ses spectacles suivants, mais pas nécessairement pour communiquer un sens explicite ; les dialogues sont construits en plusieurs langues en suivant une logique plus musicale que littéraire : il n'y a pas vraiment d'histoire et les mots sont inclus dans un dispositif sonore et visuel, oubliant ainsi la primauté du texte habituelle au théâtre.

Présenté au Festival d'Avignon en 1976, l'opéra de Philip Glass Einstein on the Beach lui apporte la consécration : méditation fascinante où images et sons s'imbriquent, le spectacle explose les codes de l'opéra et ouvre la carrière lyrique de Robert Wilson qui mettra en scène par la suite de nombreux opéras comme The Black Rider de Tom Waits, Parsifal de Wagner, La Flûte enchantée de Mozart, Madame Butterfly de Puccini, Le Château de Barbe-Bleue de Bartok, Pelléas et Mélisande de Debussy ou La Femme sans ombre de Strauss.

Millimétré et onirique, luxueux et épuré, apparemment naïf mais très fouillé, mystérieux et évident à la fois, harmonieux et discordant, son théâtre ne ressemble à aucun autre et s'attire des réactions souvent contrastées.

Sa mise en scène de La dernière Bande de Samuel Beckett qu'il interprète en anglais (surtitré) sera donnée à l'Athénée à partir de vendredi sous le titre original, Krapp's Last Tape.

Vous pouvez consulter des photographies de ses précédents spectacles sur son site internet ici

Bon mercredi.


Sources
"Le regard du sourd, Bob Wilson", article de Jean Chollet dans l'encyclopédie Universalis
"Robert Wilson, repères chronologiques", article de Jean Chollet dans l'encyclopédie Universalis
"Robert Wilson", article de Frédéric Maurin dans l'encyclopédie Universalis
Article "biography" sur le site de Robert Wilson


Être, c'est être vu

Vendredi commencera à l'Athénée une pièce de Samuel Beckett mise en scène et interprétée par Robert Wilson.

L'Athénée a programmé plusieurs textes de Beckett ces dernières années : Fin de partie, En attendant Godot et Oh les beaux jours en particulier. C'est en cherchant des curiosités afin de ne pas me répéter sur le blog par rapport aux années précédentes que je suis tombée sur un film écrit par Samuel Beckett et interprété par Buster Keaton.

Si vous ne voyez pas la vidéo, cliquez ici

 

Il s'agit de Film (tout simplement), un court-métrage d'une vingtaine de minutes écrit par Beckett et réalisé par Alan Schneider en 1965. L'on y voit un homme de dos, joué par Buster Keaton qui, après avoir terrorisé des passants par sa simple présence, se calfeutre chez lui pour se soustraire à la lumière et au regard des autres.

Étrange objet muet où l'on voit apparaître en filigrane les thèmes de la solitude, de la fuite, du regard des autres, la peur de la mort, le face à face avec soi-même ou de la tentation du rien, sans se départir pour autant d'une légère sensation d'absurde où transparaît l'humour noir de Beckett.

Ce que Samuel Beckett écrivit lui-même sur son film exprime sans doute son point de départ essentiel :  "La recherche du non-être par suppression de toute perception étrangère achoppe sur l'insupprimable perception de soi"
(publiée dans Comédie et actes divers, Minuit, 1972, p. 113).
Il cite également la citation latine Esse est percipi, qui sera peut-être plus claire : être, c'est être perçu.

À l'Athénée, Krapp's Last Tape se joue à partir de vendredi pour sept représentations.


Bibliographie : "Film de Beckett : l'hypoténuse de l'oeil" in La Pénultième est morte : spectographies de la modernité, Jean-Michel Rabaté, Éditions Champ Vallon, Seyssel, 1993
Page consacrée à l'exposition Beckett donnée en 2007 au Centre Georges Pompidou.


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