Faire un spectacle avec son voisin de palier

Hier sur le blog, Daniel Larrieu, chorégraphe et interprète de Divine, écrivait ceci : "Lorsque Gloria Paris, m'a proposé de travailler et de dire et de danser Divine, j'ai vu là, sans le savoir vraiment, (je m'en pensais bien incapable, voilà un an) la possibilité de faire vivre en moi, mon Daniel des Fleurs, que nous portons toutes et tous, de donner corps à l'imagination d'un Genet en prison, jamais aussi libre intérieurement. Restait le travail immense de prendre la parole…"

J'ai demandé à Gloria Paris, qui a eu l'idée du projet et l'a mis en scène, de nous raconter la genèse de Divine.

« — Daniel Larrieu et moi-même sommes voisins d'immeuble : nous ne nous connaissions pas, mais nous avons fait connaissance et chacun a découvert le travail de l'autre. À l'époque, je travaillais déjà sur Jean Genet, et nous en parlions à chaque fois que nous nous croisions dans la cage d'escalier, de plus en plus longuement.
Un matin, en voyant la fenêtre de Daniel s'ouvrir, j'ai réalisé qu'il fallait que nous travaillions ensemble sur Jean Genet, et je suis arrivée chez lui avec son premier roman, Notre-Dame-des-Fleurs. Je lui ai demandé de choisir les extraits qu'il aimait, et c'étaient les mêmes que les miens…

Je voulais qu'il danse et qu'il joue.


Toute l'écriture de Genet est traversée par le corps du danseur ; ce roman a en outre été écrit en prison, et il contient toute la révolte, le désespoir, la sensualité, le sublime et le dérisoire de l'œuvre de Genet. La danse est le langage idéal pour rendre compte du silence que contient Notre-Dame-des-Fleurs : j'ai donc demandé à quelqu'un qui pratique le silence depuis trente ans de venir parler sur scène.

Je n'aurais pas eu cette idée sans avoir rencontré Daniel Larrieu : Divine ne serait pas là sans son désir de parole et mon désir de corps dansant.
Daniel incarne les sentiments les plus obscurs de l'être humain en transformant en poésie l’audace de l'écriture de Genet. Ce texte parle d'abord du manque, du désir et de la rencontre avec l’autre



Divine se joue jusqu'à demain, ainsi que Les Bonnes de Jean Genet mises en scène par Jacques Vincey.
Demain à 17h, une rencontre aura lieu au foyer-bar de l'Athénée pour explorer les liens entre Les Bonnes et la psychanalyse : intitulé "Les Bonnes sur le divan", le débat réunira le metteur en scène Jacques Vincey et le psychanalyste et pédopsychiatre François Ansermet. L'entrée est gratuite.

La semaine prochaine, en accord avec les froids polaires de ces derniers jours, c'est Voyage d'Hiver de Schubert qui s'installera à l'Athénée !

Le blog prend prend un week-end prolongé et reviendra mercredi. A très vite...


On sent bien la difficulté du voyage

Depuis que Daniel Larrieu (l'interprète et chorégraphe de Divine d'après Jean Genet) est à l'Athénée, nous avons échangé beaucoup de mails. 

Je ne résiste pas à vous livrer celui qu'il m'a envoyé mardi, alors que je l'interrogeais sur son cv : chorégraphe et danseur, Daniel a commencé par faire des études d'horticulture avant de se former à la danse bien sûr, mais aussi au feng-shui et à la psycho-généalogie.

Le texte vous paraîtra un peu long de bon matin mais je vous assure, il mérite d'être lu et relu.


Voici la question que j'ai posée à Daniel : « Quel est le lien entre l'horticulture, la danse, le feng-shui et la psycho-généalogie ? »


Et sa réponse :
« Du corps à la maison et de la maison à la nature, tout de l'horticulture à la choré-culture parle bien de ses orientations intérieures, sa boussole : on dirait "ne pas perdre le nord..."

Car nos orientations intérieures, nos choix, nos désirs, nos épreuves, sont des formes de traversées, d'expériences à vivre.
Une aventure avec le monde, les autres et soi-même, comme ce que disait Myrto Procopiou [NDLR : actrice dans Les Bonnes, jouées en même temps que Divine à l'Athénée], en plaisantant à moitié à propos des Bonnes, "c'est comme une croisière en Grèce, mais sans l'Ouzo, sans le soleil et sans la mer".
On sent bien la difficulté du voyage, on en rit, car c'est, bien sûr, très dur.


L'horticulture, lointaine formation, m'a appris à observer, à voir le sens de la croissance du végétal, son expansion, son cycle aussi. Même les arbres ont une durée de vie, c'est un cycle complexe.
Gilles Clément parle des migrations (graines, pollen...) On pourrait dire que pour passer d'une saison à une autre, il nous faut en saisir la respiration, pour glisser de la nature au corps, souplement.


La danse qui est une forme de rituel, comme le mouvement de la danseuse de Bali est un signe qui peut mettre en branle un monde car il procède d'un monde dont le sens nombreux est inavouable (Notre-Dame-des-Fleurs de Jean Genet)  ; c'est une pratique du silence en soi, de trouver à chaque instant un geste qui s'invente, qui croît, qui vient, qui éclôt, qui vit et disparaît et qui exige un seul apprentissage d'aimer "apprendre à apprendre".


J'ai voulu en quittant l'institution en 2002, comprendre comment, déboussolé par tant de travail et d'ardeur, ma vie s'était bâtie : de rencontres, une carrière curieuse, faites de choix, une culture du mouvement, dans la culture elle-même dont on peut ou pas, se sentir en croissance ou en décroissance, appartenir !

J'ai commencé un travail patient en trans-générationnel qui est une forme d'analyse de l'être, de jardiner son présent, de le visiter avec plus de détails de finesse, d'en saisir les obstacles, les flux et puis je me suis engagé dans une formation dans ce domaine.
J'ai écouté d'autres, parlé aussi, bien accompagné, compris que nos boussoles intérieures sont des outils de composition de notre présent.
Dans le cadre de cette formation, une question éclairante : quel corps, quelle maison!


"Dans cette grande mansarde montmartroise où par la lucarne entre les bouillonnés de mousseline rose qu'elle a fait elle même, Divine voit sur une mer bleue et calme voguer des berceaux blancs, si près qu'elle en distingue les fleurs, d'où sort un pied cambré par la danse…" (Notre-Dame-des-Fleurs de Jean Genet)

On comprend que Divine est bricoleuse, qu'elle rêve, qu'elle sait voir, qu'elle aime les choses légères, que sa piaule est réduite, mais grande intérieurement! Que son corps est tout pareil dans la vision de Genet. Un grand coeur (corps d'ange dans un monde de brutes, qu'elle adorera bien sûr, prête à disparaître d'elle-même)...

Ainsi nous pouvons toujours imaginer que nos lieux de vies, de travail, sont des images de nous-même : j'ai rencontré dans l'art du Feng-shui une personne qui à partir de l'analyse de son lieu de vie, sa carte énergétique, de son centre de gravité, éclaire une expérience à traverser ! Pas trop à voir avec la couleur des rideaux, mais bien avec le courage qu'il nous faut pour être ce que nous sommes, en profondeur, d'en accepter les conditions d'y faire face.


Tout aussi végétal que le texte de Genet, j'ai constitué avec toutes ces rencontres des ponts entre danse, horticulture, corps, cycles, saisons.


Lorsque Gloria Paris, m'a proposé de travailler et de dire et de danser Divine [NDLR : texte établi à partir de Notre-Dame-des-Fleurs de Jean Genet], j'ai vu là, sans le savoir vraiment, (je m'en pensais bien incapable, voilà un an) la possibilité de faire vivre en moi, mon Daniel des Fleurs*, que nous portons toutes et tous, de donner corps à l'imagination d'un Genet en prison, jamais aussi libre intérieurement.

Restait le travail immense de prendre la parole… de faire l'expérience de la rencontre entre texte, corps et le public, d'être l'interprète, le passeur, le jardinier!


Divine enfant savait danser, juste en lisant un article dans Cinémonde... il avait aussi appris le violon, il préfère les vierges en plâtre colorié (Notre-Dame-des-Fleurs) pour que le miracle opère, il, elle a choisi une vie toute personnelle !

Au moment de ma rencontre avec l'équipe des Bonnes, tout anxieux de savoir comment j'allais m'en sortir avec ce défi joyeux, Marilu Marini [NDLR : actrice dans Les Bonnes, jouées en même temps que Divine à l'Athénée] me donna une nouvelle clé, joyeuse...
"Marilu Marini : — Comment va Divine?
Je lui répondis mes grandes peurs pour attaquer la montagne de Notre-Dame-des-Fleurs de Genet en bon soldat...
Marilu Marini : — Laissez-la faire... "

Il me restait un seul geste à faire, laisser ma boussole dans ma loge… et tous les soirs tenter une rencontre avec Divine, troquer mes chaussures de marches pour les escarpins...

* me suis fait nommer ainsi par le directeur technique de l'Athénée... Denis Léger...
 »




Demain, fin de la semaine spéciale "interventions extérieures sur le blog" pour un entretien avec Gloria Paris qui nous expliquera comment elle a proposé à Daniel Larrieu de le mettre en scène dans Divine.
Et fin également de Divine et Les Bonnes qui se terminent ce samedi… Je précise qu'il y a deux représentations des Bonnes samedi, à 15h et 20h.


Faire une cocotte réaliste

Je vous livrais hier le début de la rencontre qui a eu lieu entre l'équipe des Bonnes et ses spectateurs. Voici aujourd'hui la suite et fin des questions/réponses.

 

Une spectatrice : — Votre travail est-il plus d'ordre corporel ou intellectuel ?
Jacques Vincey, metteur en scène : — On travaille forcément d'abord sur le sens.
Hélène Alexandridis, actrice : — C'est un mélange des deux, le cerveau n'irait pas sans le corps ni sans l'émotion. Et une fois qu'on est arrivé à un endroit, on ne sait plus très bien par où on avait commencé…
Myrto Procopiou, actrice : — Pour moi, le corps est très important. Le corps, c'est tout : un coeur, de la chair, un cerveau… Enfin quand on en a un….


Une spectatrice : — J'étais étonnée de la façon dont vous avez traité le rôle de Madame, interprétée par Marilu Marini. N'est-elle pas censée être gentille, voire trop gentille ?
Jacques Vincey : —À force d'en parler, Madame apparaît comme si elle sortait de l'imaginaire de deux bonnes. Claire et Solange ont besoin de cette présence, mais c'est comme une apparition : cette Madame se prête donc au jeu demandé par les bonnes….
Vanasay Khamphommala, assistant à la mise en scène : — On compose aussi avec l'univers des actrices : et avec quelqu'un comme Marilu Marini, c'était de toutes façons difficile de faire une cocotte réaliste…
Lola Gruber, modératrice de la rencontre : — Je précise quand même qu'il y a quelques années, Marilu Marini jouait précisément Les Bonnes à l'Athénée, cette fois dans le rôle de Solange, et que c'était le metteur en scène, Alfredo Arias, qui tenait le rôle de Madame : je ne me prononcerai pas sur son potentiel de cocotte réaliste…

Une spectatrice : — Toujours sur le rôle de Madame, j'ai eu l'impression que vous en faisiez une caricature sociale…
Jacques Vincey : — Il est beaucoup question de rapport de domination et de soumission dans le texte, plus que d'un simple rapport de classe d'ailleurs. Nous avons un peu décalé cet aspect pour lui apporter une dimension fantastique qui nous permettait d'attraper un autre imaginaire.
Vanasay Khamphommala : — Les choses ne sont pas aussi caricaturales qu'on le croit, car la vulgarité bourgeoise est une réalité… La phrase "Vous avez de la chance qu'on vous donne des robes. Moi, si j'en veux, je dois les acheter" qui figure dans le texte, Genet affirme l'avoir vraiment entendue.

Un spectateur : — Genet est-il un auteur plus difficile à jouer qu'un autre ?
Hélène Alexandridis : — Chaque écriture donne des difficultés. Genet ne me semble pas plus difficile qu'un autre… Jouer à jouer, comme c'est le cas dans Les Bonnes, est d'ailleurs assez jouissif !
Myrto Procopiou : — Je pense à un auteur particulièrement dur à jouer qui s'appelle Galère… Euh… Je veux dire Valère… Pardon ! Valère Novarina donc, ce n'est plus du jeu dans le jeu, c'est carrément du saut à l'élastique.
Hélène Alexandridis : — Thomas Bernhard est un auteur difficile à jouer aussi.
Myrto Procopiou : — Bernhard, Genet et Novarina sont trois auteurs à la langue difficile qui ont connu un enfermement d'une manière ou d'une autre. Je ne sais pas si c'est lié !
Lola Gruber : — Après avoir parlé d'enfermement, je propose qu'on libère tout le monde… Bonne soirée à tous.

Pendant toute la rencontre, Daniel Larrieu, qui joue Divine d'après Genet dans la petite salle de l'Athénée en même temps que Les Bonnes, était debout au fond du foyer-bar, équilibrant de sa présence discrète et attentive le joyeux petit chahut de la discussion.

Les Bonnes et Divine se jouent tous les soirs à l'Athénée jusqu'au 4 février.


Soutenons-nous les uns les autres

Un souteneur est à la fois une personne dont l'action favorise la réussite de quelque chose et un homme vivant de la prostitution de plusieurs femmes en donnant l'apparence de les protéger.

Si le roman Notre-Dame-des-Fleurs de Genet dont est tiré le spectacle évoque la prostitution, c'est bien au premier genre de souteneurs que Divine a fait appel.

Comme beaucoup de monde en ce moment, le spectacle Divine manquait de moyens. Souhaitant trouver de nouvelles formes de financement du projet en hommage à l'esprit de Notre-Dame-des-Fleurs, Daniel Larrieu, chorégraphe et interprète du spectacle fit, selon ses propres termes, «une forme bien honnête de racolage culturel de circonstance (en tout bien tout honneur). Les très bien-pensants du monde de la communication diraient "une levée de fond"...»

L'idée était de demander un peu d'argent à des mécènes en leur proposant à chacun une lecture privée du texte de Divine par Daniel Larrieu lui-même ainsi qu'un compte-rendu régulier du déroulement des répétitions.

Divine compte donc dix souteneurs grâce à qui le spectacle a pu se créer, sans compter les personnes qui ont fait un apport direct de leurs compétences sur le spectacle.

Particuliers ou théâtres, les souteneurs sont cités dans la bible (ou programme de salle), et chacun(e) a une représentation dédicacée. Certains ont souhaité garder l'anonymat et se sont choisis un pseudonyme tiré du nom des personnages de Notre-Dame-des-Fleurs.

Divine existe donc grâce au soutien de Mimosa 1, Mimosa 3, Wild Daffodil, Marie-Thérèse Allier, Michèle Levy, Alfredo Arias, Laurent P. Berger, Le Tone, Le Manège de Reims, L'Échangeur de Fère-en-Terdenois, le Théâtre de Vienne et la Comédie de Picardie.

Divine d'après Genet mis en scène par Gloria Paris et chorégraphié par Daniel Larrieu se joue jusqu'au 4 février en petite salle.
Les Bonnes de Genet mises en scène par Jacques Vincey sont représentées en même temps dans la grande salle.



Merci à Daniel, Anne et Colin.


La quadrature de la scène

 

 

Prison, manège infernal, escaliers qui finissent toujours par nous faire redescendre, mélange de massif et d'aérien, jeu entre ombre et lumière, incitation à l'imagination ou agressivité ?

Déroutant, le décor conçu par Pierre-André Weitz pour Les Bonnes n'en finit pas de susciter les commentaires —preuve en était à la rencontre qui a eu lieu mardi soir entre l'équipe des Bonnes et les spectateurs.

Pour le voir côté (grande) salle, vous avez jusqu'au 4 février!
Pendant ce temps, dans la (petite) salle, Daniel Larrieu continue à jouer Divine, également un texte de Genet.

 

 

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Il faut se grouiller, apparemment

En ce moment, l'Athénée propose tous les soirs deux spectacles sur des textes de Jean Genet : Divine en salle Christian-Bérard et Les Bonnes dans la grande salle.

Plus nombreux que d'habitude, les spectateurs sont ainsi à l'étroit dans le hall du Théâtre et il est plus facile de se faufiler parmi les gens pour entendre quelques bouts de conversation à la volée, quelques minutes avant le début des représentations (merci à ceux et celles qui se reconnaîtront).

 

 

 

Une jeune femme : "— Quelle foule ! C'est comme Où est Charlie, mais sans Charlie."

Deux messieurs aux cheveux gris :
"—Ça dure 1h40 ? Ça va !
— Oui, quand j'ai vu que cela durait 1h40, j'ai pensé que tu voudrais bien m'accompagner…."

Un monsieur à un autre : "— Bonne année !"

Une dame au téléphone : "— Alors reviens vers l'arrière de l'opéra… Prends la rue Scribe. Non, pas vers la Madeleine ! Le repère, c'est la station Auber du RER A, c'est juste en face. Tu vois où elle est ? (silence) Bon. Quand tu es face à l'opéra, tu prends la rue Scribe, à gauche. Non, tu ne passes pas devant les Galeries Lafayette, enfin ce n'est pas très loin, mais tu ne passes pas devant. (silence) Tu es rue Scribe là ? Oui, SCRIBE ! Dès que tu vois la station Auber, c'est la rue juste à gauche. (silence) Bon, grouille-toi !"

Une dame en rejoignant une autre : "—Comme j'étais en avance, j'ai fait les courses à côté… Du coup je suis en retard"

À la billetterie, avec un monsieur et une dame souhaitant acheter des places pour Divine en dernière minute : "—Je suis désolée messieurs-dames, on ne va vraiment pas pouvoir vous faire rentrer à Divine, c'est plein. Est-ce que vous voulez réserver pour un autre soir?
— Je ne sais pas, j'aimais bien cet horaire, 19h… Les autres soirs, c'est à 20h, non ?
— Mardi prochain, c'est aussi à 19h, si vous voulez.
— Va pour 19h mardi prochain alors.
— Très bien, je vais prendre votre nom… Et vous, Madame ?
— Eh bien moi du coup je vais rester là et aller voir Les Bonnes, s'il y a de la place ce soir…
— Oui c'est possible. Vous verrez, Les Bonnes, c'est très bien aussi."

Toujours à la billetterie : "— Vous réglez ensemble ? Cela fera 25€ pour les deux."

Au comptoir des invitations et places réglées :
"—On jongle, c'est un spectacle très prisé!"

Alors que le hall se vide et que la plupart des spectateurs ont gagné leurs places, très peu de temps avant le début des représentations :

"—Excusez-moi, je viens avec une amie, mais elle n'est pas encore arrivée… Ça va commencer tout de suite ?
—On a encore un tout petit peu de marge… Vous savez où elle est ?
—Je ne sais pas, je vais l'appeler…. (au téléphone) Ouais, t'es où là ? Mais grouille-toi !!!"

 

Pour voir Divine mis en scène par Gloria Paris et chorégraphié par Daniel Larrieu et/ou Les Bonnes mises en scène par Jacques Vincey, c'est tous les jours à l'Athénée (sauf le lundi) jusqu'au 4 février ! Bon début de semaine.


Ça en jette

 

 

 

À leur répétition d'hier à l'Athénée, Les Bonnes jetaient de l'ombre.

 

Pour voir Hélène Alexandridis, Marilu Marini, Myrto Procopiou et Vanasay Khamphommala dirigé(e)s par Jacques Vincey côté face, c'est dans Les Bonnes de Jean Genet à partir de ce soir.

Bon week-end à tous.

 

Vous ne voyez des carrés blancs ou des croix rouges à la place des photos ?
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"C'est déjà fini, et tu n'as pas pu aller jusqu'au bout"

Deux textes de Genet arrivent à l'Athénée : Divine d'après Notre-Dame-des-Fleurs dont je vous parlais hier et avant-hier qui se jouera dans la petite salle Christian-Bérard, et Les Bonnes qui commencent vendredi dans la grande salle.

Comme la plupart des œuvres de Genet, Les Bonnes créent le malaise : intégrant du théâtre dans le théâtre, utilisant l'outrance et le travestissement dans une ambiance de messe noire très loin de tout naturalisme, le texte vise explicitement à bousculer les spectateurs autant que les conventions théâtrales.
Le style d'écriture change en fonction des scènes, et la pièce ne se plie à aucune des interprétations qu'on aimerait bien lui coller : Genet lui-même expliqua ne pas avoir voulu écrire un plaidoyer sur le sort des domestiques et démentit s'être inspiré du fait divers des soeurs Papin qui assassinèrent leurs maîtresses.

L'histoire est celle de deux domestiques, Claire et Solange, qui visent à tuer leur maîtresse et répètent le meurtre en interprétant leur propre rôle ou celui de leur supposée victime.

Dans leur forme, Les Bonnes relèvent de la tragédie où l'on retrouve la mécanique implacable qui mène à l'issue fatale, mais la détournent : par la cérémonie théâtrale que jouent Claire et Solange d'abord, en donnant la parole à ceux qui ne sont d'habitude que les confidents des royaux protagonistes ensuite (dans sa première version, la pièce s'appelait d'ailleurs La Tragédie des confidentes), et enfin parce que l'issue mortelle n'est pas forcément celle qu'on attendait.

Les Bonnes ont une histoire particulière avec l'Athénée : la pièce y fut créée en 1947 par Louis Jouvet, alors directeur du Théâtre.
Les Bonnes sont revenues à l'Athénée en 2001 avec l'actrice Marilu Marini qui interprétait le rôle de Solange dans la mise en scène d'Alfredo Arias.
Pour cette version 2012 mise en scène par Jacques Vincey, Marilu Marini sera là également, cette fois dans le rôle de Madame. Ceux qui ont vu l'année dernière Le Récit de la servante Zerline la connaissent déjà puisqu'elle interprétait le rôle-titre.

La pièce commencera vendredi et se jouera jusqu'au 4 février. Divine commencera le 17 janvier dans la salle Christian-Bérard jusqu'à la même date.


Et nous pompons toujours !

D'ici quelques jours, l'Athénée accueillera deux textes de Genet : Les Bonnes dans la grande salle, et Divine d'après Notre-Dame-des-Fleurs en salle Christian-Bérard.

Gloria Paris, metteure en scène de Divine, et Daniel Larrieu, son chorégraphe et interprète, répètent à l'Athénée depuis fin décembre, cohabitant ainsi avec l'équipe de La Botte secrète qui se jouait en même temps dans la grande salle.

 

Les pieds de Daniel Larrieu dans les loges de la salle Christian-Bérard

 

Les histoires de chaussures et de coups de pieds aux fesses de La Botte secrète auraient-elles essaimé jusqu'à la salle Christian-Bérard ?

 

 

Toujours est-il qu'une paire de chaussures semble avoir une vraie place dans le spectacle (ici entourée des pieds de Daniel Larrieu et Gloria Paris)

 

Les chaussures de Gloria Paris dans les loges de la salle Christian-Bérard

 

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Les Bonnes de Genet mises en scène par Jacques Vincey commencent vendredi.
Divine d'après Notre-Dame-des-Fleurs de Genet mis en scène par Gloria Paris et chorégraphié par Daniel Larrieu commencera le 17 janvier.

 

 

PS : pour comprendre le titre, il faut avoir lu et relu Tintin - Le Trésor de Rakham le Rouge d'Hergé.


PPS : et voici les résultats de la devinette sur l'opéra-bouffe ! 65% d'entre vous avaient trouvé la bonne réponse : un opéra-bouffe est un opéra humoristique. Attention, ce n'est pas pour autant synonyme d'opéra-comique ! Vous trouverez plus de définitions (de l'opéra-bouffe, l'opéra-comique, l'opérette, l'opéra-ballet sur cet article paru sur le blog en 2009)


Mais que fait la police ?

Le Shaga et Savannah Bay de Marguerite Duras se sont terminés ce week-end.
J'ai eu l'occasion de vous dire à plusieurs reprises que Le Shaga se jouait dans la petite salle Christian-Bérard de l'Athénée pendant que Savannah Bay se donnait dans la grande, ce qui n'a pas manqué de faire réagir Mister K, lecteur de ce blog :


"OBJET : au sujet de Christian Bérard, UNE FOTE !!!
MESSAGE :
Bonjour Clémence,
Je suis passé tout à l'heure au théâtre pour réserver des places pour le spectacle mis en scène et joué par Robert Wilson.
Dans votre blog vous écrivez "Christian Bérard" sans trait d'union, c'est normal pour un prénom et un nom.
Or sur l'affiche et le programme de l'Athénée, il y a un trait d'union entre Christian et Bérard. Le pauvre doit se retourner dans sa tombe !!!!
Même chose pour Louis Jouvet avec un trait d'union ! Je ne savais pas que Jouvet était un saint du calendrier !!! Notre langue est suffisamment massacrée, c'est inutile d'en rajouter!
Je gagne quoi pour ces deux remarques ?!!!"



Malheureusement c'est l'affiche et le programme de l'Athénée qui avaient raison, et j'ai bien eu vite fait de me ranger derrière la loi de la raison orthographique sur le blog en intercalant un trait d'union entre "Christian" et "Bérard".

Si nous étions d'accord sur la règle, tout le monde à l'Athénée n'avait cependant pas la même explication, et l'on me dit d'abord que cette orthographe était liée au nombre de mots accolés : quand on a un groupe de mots qui va ensemble ("Athénée Théâtre Louis-Jouvet", "rue Édith-Piaf", "salle Christian-Bérard"), on serait tenté de mettre des traits d'union entre chaque mot puisque tout va ensemble, mais les règles typographiques stipuleraient qu'il ne faut mettre un trait d'union qu'entre les deux derniers mots.

J'avais une autre explication, corroborée par une autre personne de l'Athénée et par une amie éditrice : lorsqu'on donne un nom à un lieu, on lui assigne un trait d'union entre le nom et le prénom (ou entre le premier mot et le deuxième), ceci pour marquer le changement d'un nom qui devient un nom de lieu.

Ce sont les exemples donnés par le Lexique des règles typographiques en usage à l'imprimerie nationale (oui, j'ai ce livre dans ma bibliothèque, tout métier a ses inconvénients) qui nous permettent de trancher.
Le livre stipule à l'article "nom de rue" que "Dans une dénomination composée, tous les éléments, à l'exception de l'article initial, sont liés par des traits d'union". Exemples : "la rue du Chat-qui-pêche, la rue Eugène-Sue, la rue Neuve-des-Boulets, la rue du 25-août-1944, l'impasse des Trois-Visages".

Tout nom ou expression qui devient nom de lieu se retrouve ainsi affublé de trait(s) d'union entre chaque mot, quel que soit le nombre de mots. Voilà pourquoi on écrit "Athénée Théâtre Louis-Jouvet" et "Salle Christian-Bérard" lorsqu'on veut respecter les règles typographiques françaises…

Mister K ne gagne donc rien pour son message (à part la mention de son nom sur cet illustre blog), en espérant qu'il ne m'en voudra pas. N'hésitez cependant pas à m'écrire si vous avez d'autres questions ou remarques !

À l'Athénée, Krapp's Last Tape (La dernière bande) de Samuel Beckett mis en scène et interprété par Robert Wilson commence vendredi ! Attention, il n'y a que sept représentations.

Bon début de semaine !

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