La femme sans tête

Athénée - Mannequin Petra von Kant

 

 

Les femmes abîmées des Larmes amères de Petra von Kant peuplent la salle de l’Athénée jusqu’à demain soir.


De son côté, le blog fait une petite pause pour reprendre jeudi !




Très long PS : Après mes difficultés pour trouver des pièces de théâtre proposant un personnage homosexuel féminin en lien avec Les Larmes amères de Petra von Kant et vos efforts pour m’aider, voici la liste promise des pièces de théâtre lesbien disponibles en français.

Les pièces de théâtre françaises, ou au moins traduites en français, mettant en scène des femmes homosexuelles sont donc apparemment si peu nombreuses qu’on peut les lister (et je passe sur le fait qu’elles sont difficiles à trouver dans les librairies et à ma connaissance peu montées) :


17e siècle
Iphis et Iante d'Isaac de Bensérade (éditions Lampsaque)


19e siècle
Deux Gougnottes d’Henri Monnier (éditions Poulet-Malassis, disponible sur le site Gallica de la Bibliothèque Nationale de France)


20e siècle
Les Détraquées d'Olaf et Palau (téléchargeable ici)

Les Innocentes (The Children's Hour) de Lillian Hellman (parue dans L’Illustration, introuvable à moins d’écumer les brocantes)

Jeunes filles en uniforme de Christa Winsloe (disponible en occasion uniquement aux éditions Livre de Poche)

Lulu de Franck Wedekind (éditions théâtrales)

Huis Clos de Sartre (éditions Gallimard)

Hanjo, in Cinq Nô modernes de Mishima Yukio (Éditions Gallimard)

Les Larmes amères de Petra von Kant de Rainer Werner Fassbinder (jusqu’à demain à l’Athénée, éditions L’Arche)

Maladies ou femmes modernes de Jelinek (éditions L’Arche)

Slaves ! : Réflexions sur les éternels problèmes posés par la vertu et le bonheur : une courte pièce en trois actes avec prologue et épilogue de Tony Kushner (paru chez Actes Sud Papier)

Sang pour Sang de Madeleine Chapsal (éditions Fayard)

Les Monologues du Vagin d’Ève Ensler (Denoël)

La Quadrature du sexe de Kwame N’Goran (édité chez Klanba)


21e siècle
Marie Hasparren de Jean-Marie Besset (éditions L’Avant-Scène Théâtre)

Une Nuit dans la montagne de Christophe Pellet (éditions L’Arche)

Swimming Pool de François Ozon (éditions L’Arche)

La Résurrection de Jeanne d’Arc (The Second Coming of Joan of Arc. Sans mention d’éditeur) de Carolyn Gage qui en a écrit beaucoup d’autres mais à ce jour non traduites en français

La Nef des sorcières, pièce collective disponible aux éditions Typo (à acheter à la libraire Violette and Co)

Quelques textes de Pol Pelletier et de Jovette Marchessault (introuvables en France, ou alors j’ai mal cherché, à part la pièce Alice et Gertrude Nathalie et Renée et ce cher Ernest de Jovette Marchessault parue aux éditions Pleine Lune et disponible sur le site internet Babelio)

L’Autre, d’Enzo Cormann (éditions de Minuit)


L’on pourrait également citer d’autres pièces anglophones non traduites en français, comme Swollen tongues de Kathleen Oliver, Karla and Grif de Vivienne Laxdal ou The Lieutenant Nun d’Odalys Nanin—l’universitaire canadienne Rosalind Kerr a d’ailleurs publié un livre rassemblant et présentant des pièces lesbiennes, malheureusement et bien sûr indisponible en français.

Merci à tous ceux qui m’ont aidée à constituer la liste. N’hésitez pas à la compléter en commentaire.


Nous avons tous besoin de consolation

L’histoire des Larmes amères de Petra von Kant de Fassbinder est celle de l’amour déçu de Petra pour Karine.
Passionnelle et déséquilibrée, leur relation détruit Petra au fur et à mesure de la pièce jusqu’au jour de ses trente-cinq ans où elle explose devant sa mère Valérie, sa fille Gabi, son assistante Marlène et son amie Sidonie.

L’apaisement arrive après cette scène d’anniversaire apocalyptique, quand Petra se retrouve seule avec sa mère Valérie.
La discussion est l’occasion de parler de leur relation, du rapport entre Petra et sa fille Gabi et de son amour pour Karine. C’est une très belle scène, qui est aussi la dernière de la pièce. Extrait :


« VALÉRIE : Gabi dort à présent.
PETRA : Je vais me ressaisir, mère.
VALÉRIE : Devant la peur, l’homme est tout petit.

Valérie va au bar, prépare deux drinks, en apporte un à Petra.

PETRA : Merci
VALÉRIE : Ça va faire presque trente-cinq ans que tu es née. Gabi a été choquée.
PETRA : Ah maman, je t’en prie.
VALÉRIE : Ce n’est pas un reproche, Petra. Il faut que tu le saches, c’est tout. J’ai été sur la tombe de père, quelqu’un y avait déposé des fleurs. Je ne sais pas qui. C’est la deuxième fois que ça arrive.
PETRA : J’avais peur que tu me méprises à cause de Karine.
VALÉRIE : Je sais. Peut-être même l’aurais-je fait, qui sait. Il y a trente-cinq ans, il pleuvait. La pluie frappait à la vitre.
PETRA : J’ai souvent peur, mère. On est si seul.
VALÉRIE : Maintenant je vais souvent sur la tombe de père. Bien plus souvent qu’autrefois. Je retourne aussi à l’église.
PETRA : Ces six derniers mois, même le travail ne me faisait plus plaisir. Et toujours la sensation que ma tête allait éclater de douleur.
VALÉRIE : Il faut trouver le courage d’avoir la foi. Nous avons tous besoin de quelque consolation. Tous, Petra. Et... sans Dieu, nous sommes seuls, tous.
PETRA : Non, mère. Ce n’est pas une consolation. Il faut apprendre à aimer sans rien exiger.
VALÉRIE : C’est la même chose, Petra. Crois-moi.
PETRA : Je ne l’ai pas aimée. Je l’ai simplement voulue pour moi. C’est passé. Ce n’est que maintenant que je commence à l’aimer. J’ai appris, mère, et ça a fait très mal. Pourtant apprendre, ça devrait être beau, ça ne devrait pas faire souffrir.
VALÉRIE : Il te faudra être bonne pour Gabi. Les enfants sont tellement sensibles.
PETRA : Je sais.
VALÉRIE : Avant de s’endormir, elle a beaucoup pleuré. Il faut que tu lui donnes une chance de réapprendre à te connaître.
PETRA : Ne me fais pas souffrir, mère. Qu’est-ce que tu y gagnes ?
VALÉRIE : Ce qu’on sait, on doit pouvoir le dire.»


Texte français : Sylvie Müller. Éditions l’Arche



Les Larmes amères de Petra von Kant de Fassbinder mis en scène par Philippe Calvario avec Maruschka Detmers, Joséphine Fresson, Julie Harnois, Roberto Magalhaes, Odile Mallet, Carole Massana et Alix Riemer se joue jusqu’à samedi.


Les lesbiennes invisibles

Les Larmes amères de Petra von Kant de Fassbinder actuellement à l’Athénée mettent en scène une femme, Petra, amoureuse d’une autre, Karine.
Ni féministe ni misogyne quoiqu’on ait pu en dire, la pièce n’attache au final que peu d’importance au caractère homosexuel de la relation, les sujets centraux étant surtout la souffrance et la destruction amoureuses, la passion ou encore l’envie dévorante d’être aimé(e).

Les personnages lesbiens étant cependant assez rares au théâtre pour que cela attire l’oeil, j’ai voulu faire un article sur les pièces de théâtre comportant des personnages de femmes homosexuelles pour me heurter rapidement à un obstacle de taille : j’ai eu beau chercher, aucun texte ne m’est venu à l’esprit.

Heureusement, beaucoup de lecteurs, amis et collègues se sont employés à répondre à mon appel à l’aide en m’envoyant leurs suggestions de pièces donnant à voir l’homosexualité féminine par Facebook, sms ou mails : d’abord, un très grand merci. Mais surtout, bravo pour leur efficacité, enfin presque :  



Celui qui ne voit pas mais qui ne désespère pas de trouver un jour
Pascal : “Ça ne me dit rien du tout pour l’instant.”



Celles qui ne voient pas mais qui n’espèrent pas trouver un jour
Laura : “Déjà qu’il n’y a pas de pièces sur les femmes, alors sur les femmes homosexuelles....”

Florence : “Dame, il faut croire que ce sujet n'est que très rarement abordé dans le théâtre, car je n’ai aucun exemple en tête!”

Julie : “Ouh là... grosse colle effectivement...! Pour l'homosexualité masculine... il y a de la matière. Mais féminine... je sèche!”

Églantine : “Je ne vois pas non plus...”




Celle qui a la mémoire sélective
Hélène : “La Lesbienne invisible d’Océane Rose Marie évidemment, mais je pense que tu y as déjà pensé...

Clémence : Même pas! Le spectacle était très bien mais je cherche des textes de théâtre de facture plus classiques, pas un one woman show...

Hélène : Là je suis plus embêtée... Et chez Elfriede Jelinek? Maladie ou femmes modernes. J’ai lu ce truc et je n’en ai aucun souvenir.

Clémence : Je ne connais pas du tout. Comment t’es-tu retrouvée à lire ça ?

Hélène : J’avais étudié un truc de Jelinek en allemand. Ça m’avait bien plu et j’avais acheté une de ses pièces de théâtre au pif.

Clémence : Et donc tu n’en as aucun souvenir à part que cela évoque l’homosexualité féminine, c’est ça ?

Hélène : Non mais attends, je me souvenais déjà de l’auteure alors j’ai cherché sur internet et ça parle d’une vampire lesbienne. Et même ça je ne m’en souvenais pas.”


(NDLR : Elfriede Jelinek est une écrivaine autrichienne, Prix Nobel de littérature en 2004)




Celui qui a l’esprit mal tourné
Sébastien : “Les Femmes savantes de Molière.”



Celle qui n’a pas tout suivi
Amandine : “Les Larmes amères de Petra von Truc ?”



Ceux qui l’ont étudié en quatrième
Matthieu : “Il y a une femme homosexuelle dans Huis Clos de Sartre.”

Amandine : “Huis Clos? (un petit peu)”

Eimelle : “C'est vrai qu'à première vue .. ce n'est pas évident, quelques allusions dans Huis Clos de Sartre, mais rien d'autre qui ne vienne naturellement...”

Frédéric : “Le personnage d'Inès dans Huis Clos.”

Lesly : “Dans Huis Clos de Sartre, Inès me semble un exemple emblématique de ce que vous cherchez.”



Ceux qui m’épatent
Elsa : “Iphis et Iante, d'Isaac de Bensérade... du XVIIe siècle !”

Drexel : Il existe une pièce d'Henri Monnier, auteur fameux du XIXe siècle qui traite du sujet et s'intitule Les gougnottes !

(NDLR : c’est exact ! Le titre de la pièce d'Henri Monnier est Deux Gougnottes et la pièce n'est pas à mettre entre toutes les prudes mains)



Celle qui met le doigt (sans mauvais jeu de mots bien sûr), sur ce qui était pourtant relativement connu
Clémence (une autre) : “Je crois que Les Monologues du Vagin d’Eve Ensler abordent le sujet aussi, je ne sais plus.”



Ceux qui savent que la vie est ailleurs (et surtout dans le monde anglophone)
Sarah : “Tout ce qui me vient, ce sont des pièces anglaises non traduites !”

Guillaume : “Le théâtre québécois, ça va ?” (NDLR : avec un lien renvoyant vers un article de Lynda Burgoyne évoquant les textes des écrivaines canadiennes Pol Pelletier et Jovette Marchessault)  

Eimelle : “Il me semble que le thème est plus souvent abordé dans le théâtre contemporain du Canada (chez Rosalind Kerr)
J'ai trouvé un article ici qui pourra peut-être apporter de l'eau au moulin.. ou pas!” (avec un lien renvoyant vers le même article que Guillaume)

Frédéric : “Ah, et puis la pièce The Children's Hour de Lillian Hellman (1934) dont j'ai seulement vu l'adaptation au cinéma. Elle a été adaptée deux fois par William Wyler (Ils étaient trois en 1936 et La Rumeur en 1961).
Christa Winsloe a écrit la pièce Gestern und Heute en 1930, adaptée elle aussi deux fois au cinéma sous le titre Jeunes filles en uniforme.
Il y a l'air d'avoir beaucoup de travail sur le théâtre lesbien aux Etats-Unis... Carolyn Gage par exemple a apparemment écrit au moins cinq livres sur le sujet.”

Scouffy : “Quelques liens :
Dyke Drama / The Enduring Power of Lesbian Theater
La présence lesbienne dans le théâtre féministe québécois des années 1975-1985.
Lesbian plays



Celle qui n’a pas bien lu la question :
Jennifer :Bent de Martin Sherman ! Trop triste mais magnifique.”
(NB : Bent met en scène des homosexuels masculins)



Ceux qui ne savent pas mais qui ont une bonne adresse
Daniel : “Bonjour Clémence, tu te doutes que je suis ton blog tous les jours sur les Larmes amères et le reste d'ailleurs.
J'ai pensé que Yagg qui donne l'actualité notamment des droits des gays, trans, lesbiennes... pourrait être une bonne adresse; il répond en partie à beaucoup des dernières questions sur le droit des trans, la législation, des témoignages,  les droits des couples homosexuels, mais aussi des dérapages divers... une mine... pour le blog de l'athén(g)ay
Et une bise bien sûr. "

Elsa : “Bonjour Clémence, votre blog est génial, très belle continuation à vous! Une idée serait de contacter le Centre Gay et Lesbien ("Centre LGBT"?), ils auront peut-être matière à vous fournir des informations... Bonne chance et encore bravo!”

Laura : “Tu peux appeler des centres de ressources théâtrales...”
(NDLR : effectivement, le moteur de recherche sur le site du Centre National du Théâtre m’a donné quelques résultats)

Simone : “allez voir dans les librairies Des femmes ou chez Violette and Co (je ne suis pas sûre du nom)”
(NDRL : Des Femmes se situe rue Jacob à Paris, Violette and Co rue de Charonne, toujours à Paris)

 


Celui qui compatit
Mister K : “C'est toute la difficulté d'un blog quotidien. Que dire ? Et lorsque le sujet est trouvé comment en parler? Dans le cas présent, c'est vrai que le thème de la sexualité au théâtre est difficile lorsque l'on aborde le saphisme ou lesbianisme Ah ! La difficulté de la page blanche. Courage Clémence !” (avec un lien récapitulant des auteurs dits lesbiens)




Des recherches sur internet m’ayant surtout menée sur des sites ou forums où des internautes se posaient la même question que moi, j’ai pensé qu’un récapitulatif et une tentative d’explication de cette absence en intéressera plus d’un : affaire à suivre!


En attendant, l’une des seules pièces de théâtre lesbien disponible en français se joue à l’Athénée : pour voir Les Larmes amères de Petra von Kant de Fassbinder mis en scène par Philippe Calvario avec Maruschka Detmers, c’est jusqu’à la fin de la semaine. Et ce soir après la représentation, vous pourrez rencontrer toute l’équipe au foyer-bar de l’Athénée !


Cet article ne respecte pas la loi Evin

Suite à mon article d’hier sur la régie plateau, voici de quoi vous donner une idée en images du nombre d’accessoires à placer correctement chaque soir sur le plateau des Larmes amères de Petra von Kant.

Je reporte sous certaines photos ce qui est mentionné dans la liste à disposition des régisseurs :

 


Téléphone
Billets
Cendrier en forme de petit panier + deux cigarettes

 

 

 

 


Blouse de travail sur paravent avec deux tissus dans poche

 



Cendrier + cigarette (tasser le bout) + briquet
Bouteille cognac + deux gros verres
Bouteilles carrée whisky + Polignac Cognac
Verre jus d’orange
2 verres remplis d’eau

 



Télécommande table lumineuse
Cendrier + briquet

 


Un gâteau de type tropézienne, Paris-Brest ou Saint Honoré
Vérifier régulièrement état des bougies anniversaires n°3 et n°5

 

 

 


(Mentions légales : fumer pue et boire rend bête)



Les Larmes amères de Petra von Kant de Fassbinder avec Maruschka Detmers continuent jusqu’au 9 juin. Leur metteur en scène, Philippe Calvario, lit à partir de ce soir et jusqu'à samedi en salle Christian-Bérard Les Visages et les corps de Patrice Chéreau.


Gaffe aux initiales

Luxe
Effondrement
Séduction

Lesbienne
Absence
Ravages
Mentor
Elégance
Séparation

Amour
Muse
Emois
Rage
Ellipses
Second degré
 
Destruction
Excès

Passion
Erotisme
Transmission
Ravage
Almodovar

Vivre à deux
Outrance
Naïveté

Karin
Amazone
Nitescent
Tragédie


L’histoire d’amour à la fois tragique et drôle des Larmes amères de Petra von Kant de Fassbinder commence demain à l’Athénée dans la mise en scène de Philippe Calvario, présent l’année dernière dans Une visite inopportune de Copi.

Saurez-vous dire quelle est la figure de style utilisée dans ce billet ? N’hésitez pas à donner votre réponse en commentaire.

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