C'est monstrueux

La Vénus hottentote montrée comme une bête de foire en Angleterre et en France a de drôles de collègues.

 

Retrouvez Vénus de Suzan Lori-Parks mis en scène par Cristèle Alves Meira à l'Athénée jusqu'au 27 mars.


Ce soir, dans le cadre des "Entre nous-cinéma" (cartes blanches laissées aux metteurs en scène de l'Athénée au cinéma Le Balzac,) vous pourrez découvrir le film Freaks de Tod Browning dont je vous parlais vendredi: c'est ce soir à 20h30 au 1 rue Balzac dans le 8e arrondissement de Paris.

Bon lundi politique!

 


Monsieur Muscle - 300e billet du blog!

En 1932, Tod Browning, réalisateur de L’Inconnu, Dracula ou L’Homme de fer, termine son film Freaks, la monstrueuse parade.
Échec à sa sortie, sans doute parce qu’il avait été présenté comme un film à la Frankenstein, Freaks (monstres, en anglais) est aujourd’hui considéré comme l’un des plus grands chefs d’œuvre du cinéma.

Dans un cirque où se côtoient une trapéziste, un monsieur Muscle, des sœurs siamoises, des lilliputiens ou une femme à barbe, la monstruosité n’est pas toujours là on le croit et la normalité pas si facile à définir.

Recourant à de véritables bêtes de foires, Tod Browning explose les clichés et pose la question du regard de l’autre: mettant en scène trois fins possibles selon le montage choisi, Freaks, la monstrueuse parade bouleverse encore aujourd’hui par sa liberté, sa beauté et ses audaces.

En partenariat avec le cinéma Balzac et en complément du spectacle Vénus qui a commencé hier à l’Athénée, Freaks sera projeté lundi prochain à 20h30 au Balzac, 1 rue Balzac dans le 8e arrondissement de Paris.


Vénus a commencé hier et se joue jusqu'au 27 mars.
Bon week-end à tous!


Mi-figue, mi-raisin

Que faire avec du raisin?

- Du vin
- Du champagne
- Du jus de raisin
- De la gelée de raisin
- Des biscuits, en y ajoutant de la cannelle (ou du miel. Ou les deux)
- De la salade de fruits
- Du raisin sec
- Du vinaigre de vin
- Des cakes
- Des scones (mais en ce qui me concerne, je les préfère nature)
- Du pudding
- Un accompagnement de volaille, type caille, coquelet ou pintade
- Des flans
- De l’huile de pépin de raisin
- Des compléments alimentaires censés lutter contre la cellulite
- Des cosmétiques censés lutter contre le vieillissement

 

Guillaume Gallienne en fait un accessoire très discret de théâtre dans son spectacle Les Garçons et Guillaume, à table! qui se joue jusqu’à samedi et reprendra à l’Athénée à partir du 26 juin.

Ce soir, Guillaume Gallienne sera présent au cinéma Le Balzac pour vous présenter le film Noblesse oblige qu’il a choisi pour accompagner son spectacle.
Rendez-vous ce soir à 20h30 au 1 rue Balzac 75008 Paris! Plus d'informations ici.

Bon lundi


Bon appétit, messieurs!

«Bon appétit, messieurs !» lance Ruy Blas en interrompant la séance du conseil privé du Roi avant de continuer:
«Ô ministres intègres !
Conseillers vertueux ! Voilà votre façon
De servir, serviteurs qui pillez la maison !
Donc vous n'avez pas honte et vous choisissez l'heure,
L'heure sombre où l'Espagne agonisante pleure !
Donc vous n'avez ici pas d'autres intérêts
Que remplir votre poche et vous enfuir après !
Soyez flétris, devant votre pays qui tombe,
Fossoyeurs qui venez le voler dans sa tombe !
– Mais voyez, regardez, ayez quelque pudeur.
L'Espagne et sa vertu, l'Espagne et sa grandeur,
Tout s'en va. […]»

(Vous pouvez trouver ce passage en intégralité sur le site de l’Académie de Rouen)


Valet d’un marquis qui le fait passer pour son cousin, Ruy Blas se fait nommer premier ministre par la Reine d’Espagne avec qui il partage un amour secret. C’est au début de l’acte III qu’il fait irruption parmi les membres du conseil où règnent népotisme, favoritisme et distribution des richesses au mépris de l’intérêt général (cela vous rappellera peut-être quelque chose).

Drame romantique de Victor Hugo où l’amour se mêle à la réflexion politique autour d’un personnage de valet devenu ministre, Ruy Blas pose la question de la justice sociale et de la noblesse de cœur dans un style fastueux faisant fi des règles du classicisme.


Passage quasi-obligé des élèves comédiens, cette tirade lyrique en forme de réquisitoire posa quelques problèmes à Guillaume Gallienne à ses premiers cours de théâtre: pour l’écouter le raconter lui-même, rendez-vous à l’Athénée pour son spectacle Les Garçons et Guillaume, à table! qui se joue jusqu’au 20 février et reprendra le 26 juin à l’Athénée.


Lundi, Guillaume Gallienne aura carte blanche au cinéma Le Balzac: pour accompagner son spectacle, il a choisi de vous faire découvrir le film Noblesse oblige de Robert Hamer où l’acteur Alec Guinness interprète huit personnages différents dans une atmosphère empreinte de références littéraires et d’humour très british.
Guillaume Gallienne sera présent pour vous présenter le film avant sa projection: pour y assister, c’est lundi prochain à 20h30 au cinéma Le Balzac dans le 8e arrondissement de Paris. Plus d’informations ici.

Bon week-end et à lundi!

 

PS : le sondage lancé hier sur le micro-mécénat est toujours actif: pour voter, cliquez ici et regardez à droite.


“Allons, attachez-vous à moi, et ne faites pas le timide !”

Qui connaît Faust?

Homme légendaire qui aurait vécu en Allemagne vers la fin du 15e siècle et à qui l’on attribue des pouvoirs magiques provoqués par un pacte avec le diable, Faust est d’abord l’objet d’un livre populaire vite repris par le dramaturge anglais Christopher Marlowe à la fin du 16e siècle.

De personnage récurrent de théâtre de foire et de marionnettes, Faust devient un héros romantique sous la plume de Müller, Klinger et surtout Goethe qui écrit une fin optimiste en le faisant échapper à la damnation.

Le mythe de Faust est ensuite repris dans des opéras comme chez Gounod ou Berlioz: il est souvent réduit à l’histoire d’amour tragique avec Marguerite et donne lieu à de nombreux films au cinéma, dont six de Méliès.

Incarnation du surhomme résistant à toutes les catastrophes, Faust se transforme en héros national avec la première guerre mondiale: l’entre-deux guerres achèvera de l’asservir au nationalisme allemand et il fut suspecté après la seconde guerre mondiale d’avoir nourri la propagande nazie.
Dans son Docteur Faustus, Thomas Mann retourne élégamment cette coloration patriotique pour en faire le symbole de la grandeur et décadence de la nation allemande: compositeur dont la folie est la contrepartie du génie, Faust prend alors une dimension artistique, philosophique et historique inédite.

Parce qu’il est souvent dépeint sous les traits d’un conquérant aspirant à l’infini qui pose la question de la liberté de l’homme, Faust a parfois été comparé à Don Juan: dans l’opéra The Rake’s Progress, le compositeur Stravinsky et l’auteur Auden créaient ainsi en 1951 un personnage à mi-chemin entre Don Juan et Faust.

Pour suivre le piètre destin de Tom Rakewell dans The Rake’s Progress de Stravinsky, c’est demain, jeudi, vendredi et dimanche à l’Athénée dans une mise en scène d’Antoine Gindt et une direction musicale de Franck Ollu.

Et pour découvrir le film Faust de F. W. Murnau (1926), c’est ce soir à 20h30 au cinéma Le Balzac (Paris 8e): le film sera présenté par Julia Peslier, spécialiste de Faust, et un accompagnement musical du film sera interprété en live par Bachar Khalifé (percussions) et Rami Khalifé (piano).

À ce soir pour le ciné-concert et à demain pour la première de The Rake’s Progress! Bon début de semaine à tous.


PS : la citation en titre est extraite du Faust de Goethe dans la traduction de Gérard de Nerval.


The show must go on

Charlie Chaplin a soixante-trois ans lorsqu’il réalise Limelight (Les Feux de la Rampe), et c’est en se rendant en Europe pour présenter le film qu’il décidera de ne pas rentrer aux États-Unis.
Né à Londres, émigré aux États-Unis au début des années 1910, Charlie Chaplin entretient un rapport ambigu à sa patrie d’adoption: ses héros luttent pour leurs libertés dans une optique chère au rêve américain, mais ils vivent dans la misère ou sont des bourgeois opportunistes et vulgaires. Il avait en outre refusé de s’engager contre le communisme comme il n’avait pas souhaité demander la nationalité américaine: entre autres choses, c’en était assez pour déclencher les foudres de l’administration qui, en pleine guerre froide, se chargeait d’éradiquer toutes les activités dites “anti-américaines”.

Réflexion sur le comique et l’art de l’acteur, Les Feux de la rampe est sans doute l’un des films les plus poignants de Chaplin qui interprète un clown déchu devenu incapable de faire rire. Le théâtre dans le théâtre et le music-hall dans le cinéma pénètrent dans l’intimité des artistes et la scène entre Charlie Chaplin et Buster Keaton rappelle les sommets du film muet.

Gerold Schumann, le metteur en scène de Minetti de Thomas Bernhard, a choisi Les Feux de la rampe pour sa carte blanche au cinéma Le Balzac lundi soir: l’équipe du spectacle lira quelques textes avant de vous laisser découvrir les parallèles entre ces deux portraits de l'artiste en vieil homme.

Pour voir Les Feux de la rampe, c’est lundi 12 octobre à 20h30 au cinéma Balzac, 1 rue Balzac dans le 8e arrondissement de Paris.
Et pour Minetti, c’est à l’Athénée jusqu’au 24 octobre!

Bon week-end à vous et à lundi.


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