Peut-on échapper à sa famille?

De gauche à droite:
Jean-Louis Ezine, Lola Gruber, Nicole Prieur et François de Singly.


Depuis cette saison 2009-2010 et en partenariat avec Philosophie Magazine, l’Athénée organise des café-débats modérés par Lola Gruber, qui écrit également les programmes (ou “bibles”) et brochures à l’Athénée, destinés à éclairer certaines interrogations communes à plusieurs spectacles du Théâtre.

Après “Besoin d’ordre, envie de désordre” en novembre 2009 et “Moi aussi, je veux être une victime!” en janvier dernier, le café-débat “Peut-on échapper à sa famille?” a eu lieu samedi à l’Athénée.
Les invités en étaient Jean-Louis Ezine, écrivain et journaliste, Nicole Prieur, psychanalyste et François de Singly, sociologue.


Dans ce débat d’une heure et demie qui s’est terminé sur la prise de parole de certains spectateurs présents, il fut par exemple question:

- Du texte d’Une Maison de Poupées qui sera joué en mai à l’Athénée dans une mise en scène de Nils Öhlund et interrogé ici essentiellement par Nicole Prieur et François de Singly (quels sont les ressorts de la domination dans un couple? La domination masculine est-elle une période révolue? Est-il vrai que “lorsqu’on aime, on ne compte pas?” Les petits mots d’amour sont-ils neutres? La non-reconnaissance d’un geste de don mène-t-elle à la violence? La transgression des normes sociales est-elle synonyme de trahison?)

- De la définition de la famille (Jean-Louis Ezine parle de “taiseux”, traduisant par là l’obstination familiale dans le silence, mais aussi d’”engendrerie” pour parler de la famille, tout en pointant la coloration négative des mots “bâtards” ou “enfant illégitime”, pendant que Nicole Prieur fit remarquer que plus elle travaillait avec des familles, moins elle savait définir la famille)

- Des Amours tragiques de Pyrame et Thisbé de Théophile de Viau, proposé en mai-juin à l’Athénée monté par Benjamin Lazar et qui raconte l’histoire de jeunes gens empêchés de s’aimer par leurs parents (quelle est la nature des reproches faits aux parents? Pourquoi la littérature met-elle quasiment toujours en scène des enfants dénonçant leurs parents mais jamais des parents reniant leurs enfants? Doit-on abolir l’accouchement sous X ?)

- Et évidement, de la possibilité ou non d’échapper à sa famille (quelle est la différence entre s’en échapper et s’en libérer? Comment se représenter ses origines? Peut-on réécrire l’histoire familiale?)



Pour répondre (ou non) à ces questions et en poser d’autres, vous pourrez regarder la vidéo intégrale du débat qui sera disponible très prochainement sur le site de l’Athénée et de Philosophie Magazine (je vous préviendrai).



Samedi soir, cela ne sera pas l’heure d’échapper à votre famille: si le conte musical Timouk interprété entre autres par Claire-Marie Le Guay (piano) et Marie Gillain (récitante) intéressera les grands, il est également accessible aux enfants. C’est samedi à 20h à l’Athénée!


Hier, la manifestation destinée à défendre les arts et la culture à laquelle participait une partie du personnel de l'Athénée a réuni entre 2500 et 3000 personnes. Plus d'informations sur les dépêches AFP du spectacle vivant publiées par le site des professionnels du spectacle: cliquez ici.

Bon mardi sous la pluie.


J’admire.

En période de spectacle, les techniciens arrivent avant les comédiens et repartent souvent plus tard.

Il y a en effet de nombreuses choses à faire avant et après chaque représentation: avant, il faut préparer le plateau, tester le son, vérifier le fonctionnement des projecteurs et mettre en place le décor et les accessoires; après, il faut ranger, sécuriser la scène et tout éteindre.

Dans cette vidéo de six minutes, vous aurez un aperçu du travail  quotidien (et du sens de l’humour) de Marie-Noëlle, Jean-Noël, Richard, Jérôme ou Julien avant chaque représentation de Vénus.

 


Si vous n’arrivez pas à lire la vidéo, cliquez pour aller sur YouTube.


Pour voir Vénus, il vous reste ce soir et demain. Demain aura également lieu un café-débat sur le thème “peut-on échapper à sa famille?”: rendez-vous à l’Athénée de 17h à 18h30!

Bon week-end.


N'oubliez pas, c'est une histoire d'amour...

Gina Djemba est comédienne: c’est elle que vous avez beaucoup vue en photo sur le blog ces derniers temps et qui tient le rôle-titre de Vénus actuellement à l’Athénée.

Conversation à 16h dans le foyer des comédiens de l’Athénée, avant que Gina se prépare pour la représentation.


«_ Tu dînes déjà?
_ Oui, je ne peux pas manger juste avant une représentation, sinon je me sens trop lourde. J’ai besoin d’être vide pour prendre…

_ Jouer, c’est prendre?
_ C’est à la fois prendre et donner, que cela soit avec ses partenaires ou avec le public. Les relations avec les spectateurs ou les autres comédiens sont différentes chaque soir, et je suis particulièrement attentive aux réactions du public: un regard, un rire, cela n’a l’air de rien, mais c’est déjà énorme. C’est une forme de don.

_ Les réactions des spectateurs sont-elles différentes d’un soir à l’autre sur Vénus? Y a-t-il des choses qui t’étonnent?
_ Non, les réactions sont assez égales sur Vénus. Mais il m’est déjà arrivé sur d’autres pièces de sentir des salles glaciales… J’ai le sentiment que le public de Vénus est extrêmement impliqué. Il y a tout de même une chose qui m’a étonnée au début, c’est l’absence de rires sur les scènes de la pièce intérieure, Pour l’amour de la Vénus [passages d’un vaudeville écrit au 19e siècle sur la vénus hottentote et réintégrés dans la pièce par Suzan-Lori Parks. Extrait vidéo publié sur le blog le 17 mars]; ces scènes grotesques nous faisaient beaucoup rire en répétitions, et je me suis rendue compte lors des représentations que cela ne prêtait en fait pas nécessairement à rire: finalement, ne serait-ce pas être complice du drame vécu par la vénus hottentote que de s’esclaffer devant cela?
De même, il m’arrive d’entendre des rires nerveux lors de certaines scènes très dures: parce que parfois, devant la violence, on ne peut avoir aucune autre réaction que celle-ci… C’est par ce genre de signaux que je sens que le public de Vénus est impliqué dans ce qu’il voit -le texte étant assez complexe, l’écoute est de toutes façons nécessaire...
J’aime beaucoup la scène où je descend en salle pour raconter l’histoire du chocolat et en offrir quelques-uns aux spectateurs: je perçois à ce moment-là une écoute extrême de la part du public et me sens entièrement connectée à lui. Cette écoute attentive m’aide d’ailleurs beaucoup, car il s’agit d’un passage où je dois sortir du personnage de Vénus pour raconter l’histoire du chocolat: je m’appuie beaucoup sur les spectateurs pour me dégager de toute l’agitation de mon personnage.

_ C’est un rôle qui me semble difficile à endosser, parce qu’il porte la pièce, qu’il demande une certaine nudité et qu’il ne ressemble à aucun personnage “classique”. Tu n’as pas eu peur en découvrant la pièce?
_ Je ne connaissais pas l’histoire de Saartje Baartman, la véritable vénus hottentote, avant de lire la pièce. Je me suis sentie mise en confiance dès l’audition: d’habitude, un casting, c’est très expéditif. Là, Cristèle Alves Meira, la metteure en scène, a pris le temps de m’expliquer sa démarche, de me faire faire des improvisations… Elle m’a fait jouer différents stades de la vie de Vénus, a abordé mon rapport à la nudité, m’a fait travailler sur l’obscénité, le monstrueux… Elle a une véritable vision: avec elle, tout a un sens, et la nudité, lorsqu’elle apparaît, est nécessaire.

_ Quelles sont les difficultés propres au rôle de Vénus?

_ Tout d’abord, il faut lui donner une forme de naïveté, ou de simplicité: elle a des difficultés à parler et évolue par étapes. Il y a donc quelque chose de primitif, ou d’élémentaire, d’animal, chez elle, qu’il fallait jouer sans pour autant la rendre bête.
C’est d’ailleurs la deuxième difficulté: ne surtout pas en faire une femme stupide, car elle est loin de l’être. S’il existe une ambiguïté d’une femme qui se laisse exploiter, on sent tout de même qu’elle possède un fort caractère: elle a décidé de partir, quand même… Ce paradoxe entre la détermination et la soumission d’une femme contrainte et forcée qui se retrouve face à ce qu’elle n’aurait jamais imaginé est très intéressant à jouer.
Ce qui m’a beaucoup motivée, c’est sans doute le fait que Vénus soit tiré de l’histoire d’une femme qui a réellement existé: je me sens au service de Saartje Baartman, et c’est sans doute pour cela que j’ose beaucoup de choses sur scène. Je me suis aussi beaucoup documentée sur sa véritable histoire.

_ Dans l’interview qu’elle m’a accordée, Cristèle Alves Meira, la metteure en scène, me parlait de la prothèse des fesses en disant qu’il était indispensable que tu en sentes bien le poids. Es-tu d’accord avec cela?
_ Entièrement. D’ailleurs, la prothèse des fesses a mis beaucoup de temps à se construire, et j’ai eu l’impression de devenir Vénus au fur et à mesure qu’elle prenait forme… Ces fesses sont comme un masque : elles me donnent l’impression d’être habillée et sans elles, je n’aurais pas pu être Vénus.

_ Les différentes perruques que tu portes agissent-elles aussi comme une forme de masque?

_ Les coiffures apportent un port de tête, et elles montrent également l’évolution du personnage. La perruque à la Brigitte Bardot est le signe extérieur d’appartenance à une certaine bourgeoisie. À ce sujet, la scène où elle se maquille a été très difficile [extrait vidéo de la scène en répétition sur le blog le 8 mars], car je ne voulais pas singer les bourgeoises de cette époque: mais c’est une scène où c’est l’imaginaire de Vénus qui parle, c’est son échappatoire, sa respiration… Cela permettait de faire exister sa fantaisie et ses espoirs autant que sa désillusion. Dans cette scène, on voit en fait qu’elle a quitté sa prison pour une cage dorée où elle se conduit comme une enfant qui joue à la grande dame… La poudre que je mets fait aussi office de masque en transformant Vénus en une sorte de clown triste. Pour moi, c’est la scène la plus difficile à vivre, bien plus que celles où je me fais battre, car elle intervient après le premier avortement, après qu’elle se soit fait couper les cheveux… Ce moment où elle se fait couper les cheveux correspond à une perte d’identité, à une négation de sa féminité, à une déchéance: elle est entièrement devenue un objet d’études au point de se faire couper les cheveux pour qu’ils soient analysés. C’est le dernier stade, on ne peut plus aller plus loin…

_ Lorsqu’elle a rencontré Cristèle Alves Meira, Suzan-Lori Parks, l’auteure du texte, lui a dit: “n’oubliez pas que c’est une histoire d’amour”. Vénus, c’est une histoire d’amour, pour toi?
_ Oui, mais c’est l’histoire d’amour la pire qui soit! Vénus et le Baron-Docteur sont deux individus tous les deux perdus dans leur solitude qui se retrouvent parce que chacun espère devenir quelqu’un grâce à l’autre. C’est donc davantage une histoire sur l’idée d’amour qu’une histoire d’amour proprement dit…

_ Le lieu même de cette histoire d’amour, le lit, est d’ailleurs à l’image de ce que tu viens d’expliquer: de loin, il a l’air confortable, et puis quand on se met dedans, quelle horreur...
_ Oui, c’est un lit formé d’un matelas gonflable, de poufs avec des billes en polystyrène et d’oreillers en plume. C’est un lit où tu sombres comme dans un gouffre… Le lit devrait évoquer quelque chose de paisible, mais c’est en fait l’endroit où se déroulent les choses les pires: rien de ce que l’on fait d’habitude dans un lit ne s’y passe! Ils n’y font pas l’amour, et lorsqu’ils dorment, ils font des cauchemars… À la fin, le lit devient d’ailleurs le tombeau de Vénus…

_ Je crois que tu tournes également une série télévisée pendant la journée, ce n’est pas fatiguant de tout cumuler?
_ Si, mais le théâtre est à la base de tout. J’aime beaucoup tourner pour le cinéma et la télévision car c’est un autre exercice tout à fait intéressant et complémentaire. Mais au cinéma, c’est aussi le montage qui détermine ce que sera un film. Au théâtre, tu agis en fonction du public, de tes partenaires et des imprévus. Il y a une véritable marge personnelle. Je suis d’ailleurs assez désespérée de voir que pour beaucoup de gens, le travail du comédien consiste juste à apprendre un texte...»


Pour voir Gina Djemba et ses partenaires dans Vénus, vous avez jusqu’à samedi!

Samedi aura également lieu le troisième café-débat de la saison sur le thème "peut-on échapper à sa famille?". Pour écouter débattre Jean-Louis Ezine, Nicole Prieur et François de Singly, rdv à 17h à l'Athénée! L'entrée est libre.

Bon jeudi.


Encore une histoire de fesses (cette fois en vidéo)

Cristèle Alves Meira est la metteure en scène de Vénus de Suzan-Lori Parks qui sera donné à l’Athénée en mars prochain.

Elle a eu la gentillesse de m’accorder un entretien vidéo dans l’une des loges du théâtre: elle y évoque l’histoire racontée par la pièce, l’écriture de Suzan-Lori Parks, l’appel au mécénat lancé pour le spectacle, les avantages dont bénéficient les donateurs et les répétitions actuellement en cours.

 

(Durée : 8 minutes)
Pour regarder la vidéo sur YouTube, cliquez ici.

 

Vous pourrez rencontrer Cristèle ce samedi à 17h pour le deuxième café-débat de cette saison à l’Athénée: sur le thème “Moi aussi, je veux être une victime!” et autour des spectacles Julie, Vénus, Une Maison de poupées et Dans la Colonie pénitentiaire, une discussion aura lieu entre Cristèle Alves Meira (metteure en scène de Vénus), Geneviève Fraisse (philosophe au CNRS), Thierry Lévy (avocat pénaliste et auteur) et Richard Rechtman (psychiatre et anthropologue).
Plus d’informations ici.



Bon mercredi!



PS : et ce soir à 17h30, c’est Guillaume Gallienne, auteur et acteur de Les Garçons et Guillaume, à table! actuellement à l’Athénée, que vous pourrez rencontrer à la FNAC des Ternes dans le 17e à Paris. Plus d’informations ici.


Billet-à-brac

La Cantatrice chauve se termine demain: autour du spectacle, un tchat avec François Berreur, regard extérieur du spectacle, et un café-débat autour de la notion d’ordre et de désordre ont eu lieu à l’Athénée.
Pour ceux qui ne pouvaient pas être là (dont moi-même), résumé des épisodes que vous avez manqués:

Le tchat avec François Berreur

nono: Comment avez-vous rencontré Jean-Luc Lagarce ?
François: J'étais étudiant à Besançon, et il m'a vu jouer dans un spectacle amateur. Il avait déjà fondé La Roulotte amateur, sa compagnie, et après les spectacles se sont enchaînés.

Vanille: Pourquoi avoir fondé la maison d'édition des Solitaires Intempestifs?
François: Au départ c'était pour publier un auteur que personne ne voulait publier, nous trouvions avec Jean-Luc ses textes intéressants : il s'agissait d'Olivier Py. Jean-Luc Lagarce ne voulait pas que l'on publie ses textes mais comme il montait Music-Hall et qu'il n'y avait pas d'édition, je l'ai un peu convaincu de nous laisser publier son texte
Vanille: !!!!! Vous avez eu le nez creux....
François: Pas complètement, puisqu'il est parti chez Actes Sud! Je plaisante car en fait nous n'avions pas les moyens de publier le gros volume de La Servante. Il a eu raison !

kiki: le public monte sur scène à la fin du spectacle. Avez vous des anecdotes sur cette participation non conventionnelle?
François: On en aurait des tonnes, mais la plus belle c'était à Autun, où il y a une école militaire et nous avons vu monter une quinzaine de jeunes gens habillés comme le pompier, ou presque...

Nenette: Comment vous est venue l'idée de mettre plusieurs fins ?
François: Dès l'origine, Jean-Luc Lagarce a souhaité intégrer ces fins qu'il a découvert en Pléiade pour renforcer la référence à la mise en scène de Nicolas Bataille et intégrer cette dimension unique dans l'histoire du théâtre. Une mise en scène qui fait partie du patrimoine collectif.
Les fins ramènent à l'origine de la création et surtout elles montrent combien le projet textuel de Ionesco était incroyablement plus moderne encore.

Le café-débat

 

Photo : Florence Cognacq

 

“Le désir de vivre sans règle aboutit à une nouvelle règle…”

“J’assimile la notion de désordre à la notion de bagarre.”

“Je reprends la phrase de Hobbes, L’homme est un loup pour l’homme: c’est le loup le plus fort qui s’en sort…”

“Le rire a une fonction libératrice, mais c’est surtout une question: que se passe-t-il quand on bouleverse la règle du jeu?”

Voir l’intégralité des épisodes est possible: vous trouverez le texte du tchat sur le site de l’Athénée, et la vidéo du café-débat sur celui de Philosophies.tv

Bonne fin de Cantatrice chauve et à la semaine prochaine pour un nouveau spectacle à l’Athénée: l'opéra The Rake’s Progress. Bon week-end à tous !


Véronique et Davina

Jano, Richard et Yoann font-ils du step ou préparent-ils un effet technique de La Cantatrice chauve?
Pour le savoir, c’est à l’Athénée jusqu’à samedi...

Bon lundi!

 

PS: de mon week-end en Suisse, j'ai cru entendre que le café-débat de samedi à l'Athénée sur le thème "Besoin d'ordre, envie de désordre" s'était bien déroulé, et même que le foyer-bar était plein. Quelqu'un parmi vous pourra-t-il m'en dire davantage?


Faites-vous partie des 68% de Français qui…

...estiment que les bonnes manières sont importantes? Ce chiffre date d’une enquête d’opinion réalisée en 1999 ; il était de 21% en 1981.

À quoi ressemble la politesse d’aujourd’hui? À dire “s’il vous plaît” en demandant quelque chose, faire deux bises en disant bonjour à quelqu’un de proche à Paris mais plutôt trois si l’on habite dans les environs d’Avignon, ne pas saucer son assiette avec son pain ou ne pas couper sa salade.

Mais au 19e siècle, le savoir-vivre consistait à ne pas sortir sans ses gants, à ne pas porter de pierres précieuses lorsqu’on était une jeune fille ou, si vous étiez un homme, à offrir systématiquement son bras gauche à une femme qui vous accompagnait en promenade.
La cravate et la canne permettaient de se distinguer et, pour les hommes, l’habit noir était de rigueur.


C’est qu’il existe en effet non seulement une géographie des bonnes manières (la politesse est loin d’être internationale et n’est même parfois pas la même entre deux régions françaises) mais surtout une histoire: parfait reflet de la société qu’elles régentent, les règles de civilité témoignent de la conception des relations humaines d’une époque donnée.
Si révélatrice, la bienséance, que les Révolutionnaires tentèrent d’ailleurs de l’atomiser en tant que signe persistant de l’Ancien Régime nauséabond: incompatible avec l’idée de démocratie, la politesse serait le signe de l’hypocrisie, de la hiérarchie, voire de l’arbitraire -il est vrai en effet que l’émergence et la perpétuation de telles règles seraient impossibles sans l’existence de groupes sociaux solides et bien distincts.

Aujourd’hui, la politesse aurait davantage la fonction de sécuriser nos relations avec l’autre en canalisant l’agressivité de chacun, ou de rétablir un peu de civilité dans une société où l’on a voulu détruire les inégalités sociales, les distances ou les liens de subordination.

Alors, la politesse, relent de l’aristocratie, règne de l’arbitraire ou règle indispensable à la vie en commun?
Explosée par Ionesco dans La Cantatrice chauve, moquée par Jean-Luc Lagarce dans Les Règles du savoir-vivre dans la société moderne (à l’Athénée en décembre), la civilité est aussi le sujet du dernier livre de Frédéric Rouvillois, Histoire de la politesse de 1789 à nos jours, dont je tire mon billet d’aujourd’hui.

Frédéric Rouvillois sera justement l’un des invités du café-débat de demain, “Besoin d’ordre, envie de désordre”, en partenariat avec Philosophie Magazine: autour de trois spectacles programmés à l’Athénée (La Cantatrice chauveLes Règles du savoir-vivre dans la société moderne et Au Temps des croisades), Christophe Bourseiller, Mireille Herbstmeyer, Frédéric Rouvillois et Fred Tousch débattront des règles et de leur transgression dans une discussion modérée par Lola Gruber, rédatrice des programmes et brochures à l'Athénée.

Pour y assister, c’est à partir de 17h demain au foyer-bar de l’Athénée: l’entrée est libre!
Côté spectacle, La Cantatrice chauve continue jusqu'à samedi prochain!


Pour ma part, je serai au bord du lac Léman dès ce soir et ne pourrait donc vous faire de compte-rendu de ce café-débat: si, dans le cadre des billets du blog ouverts aux spectateurs, l’un d’entre vous assistant à cette discussion souhaitait me livrer ses impressions (en texte, vidéo, dessin ou photo), qu’il n’hésite évidemment pas!

Bon week-end à tous.


La Cantatrice compte

Au dos du décor de La Cantatrice chauve figure un étrange calendrier de bagnard.

 

 

Si mes calculs et ce décompte sont exacts, La Cantatrice chauve mise en scène par Jean-Luc Lagarce connaîtra samedi sa 250e représentation: dans les présents à la représentation et/ou au café-débat qui précède sur le besoin d’ordre et l’envie de désordre, qui osera lui entonner sa chanson d’anniversaire?

Bon mardi…



PS: à la suite de mon billet d’hier, je vous signale que le Journal vidéo de Jean-Luc Lagarce sera projeté dans le cadre d’une rencontre à la Bibliothèque Nationale de France en partenariat avec l’Athénée et Le Magazine littéraire sur le thème “Jean-Luc Lagarce, une écriture de l’intime” : rendez-vous le mardi 1er décembre à 18h30 à la BNF (11 quai François Mauriac, Paris 13e). L’entrée est libre.


“La culture, ça fait mal à la tête!”

MME SMITH: _Bonsoir, chers amis! Excusez-nous de vous avoir fait attendre si longtemps. Nous avons pensé qu’on devait vous rendre les honneurs auxquels vous avez droit et, dès que nous avons appris que vous vouliez bien nous faire le plaisir de venir nous voir sans annoncer votre visite, nous nous sommes dépêchés d’aller revêtir nos habits de gala.
M. SMITH, furieux: _Nous n’avons rien mangé de toute la journée. Il y a quatre heures que nous vous attendons. Pourquoi êtes-vous venus en retard?”

La politesse pulvérisée par Ionesco dans La Cantatrice chauve est-elle une convention étouffante ou une règle nécessaire à la vie en société?
De manière générale, comment concilier la nécessité d’ordre et la tentation de la transgression?


C’est l’objet du premier café-débat organisé par l’Athénée autour de trois spectacles: La Cantatrice chauve, Les Règles du savoir-vivre dans la société moderne et Au Temps des croisades. “Besoin d’ordre, envie de désordre” aura lieu le samedi 14 novembre à 17h à l’Athénée en partenariat avec Philosophie Magazine et avec les invités suivants :

- Christophe Bourseiller, comédien et journaliste
- Mireille Herbstmeyer, comédienne dans La Cantatrice chauve
- Frédéric Rouvillois, auteur d’une Histoire de la politesse de la Révolution à nos jours
- Fred Tousch, poète et clown, cofondateur des manifs de droite aux slogans tels que “Faites des enfants, pas des intermittents”, “Non à Victor Hugo” ou “Plus d’indemnités pour Jean-Marie Messier!” (pour voir un court-métrage réalisé par Arnaud Contreras sur le sujet, c’est ici)



Et en attendant le 14 novembre, rendez-vous dès samedi pour une rencontre autour de Jean-Luc Lagarce, le metteur en scène de La Cantatrice chauve!
Autour de Gwenola David de la revue Mouvement, retrouvez François Berreur et Mireille Herbstmeyer pour évoquer l’auteur et metteur en scène aujourd’hui disparu.
Cela se passe à 16h au forum de la FNAC des Ternes (26 avenue des Ternes, dans le 17e arrondissement de Paris) samedi 7 novembre!


Bon mercredi et à demain pour la première de La Cantatrice chauve!


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