Faire un spectacle avec son voisin de palier

Hier sur le blog, Daniel Larrieu, chorégraphe et interprète de Divine, écrivait ceci : "Lorsque Gloria Paris, m'a proposé de travailler et de dire et de danser Divine, j'ai vu là, sans le savoir vraiment, (je m'en pensais bien incapable, voilà un an) la possibilité de faire vivre en moi, mon Daniel des Fleurs, que nous portons toutes et tous, de donner corps à l'imagination d'un Genet en prison, jamais aussi libre intérieurement. Restait le travail immense de prendre la parole…"

J'ai demandé à Gloria Paris, qui a eu l'idée du projet et l'a mis en scène, de nous raconter la genèse de Divine.

« — Daniel Larrieu et moi-même sommes voisins d'immeuble : nous ne nous connaissions pas, mais nous avons fait connaissance et chacun a découvert le travail de l'autre. À l'époque, je travaillais déjà sur Jean Genet, et nous en parlions à chaque fois que nous nous croisions dans la cage d'escalier, de plus en plus longuement.
Un matin, en voyant la fenêtre de Daniel s'ouvrir, j'ai réalisé qu'il fallait que nous travaillions ensemble sur Jean Genet, et je suis arrivée chez lui avec son premier roman, Notre-Dame-des-Fleurs. Je lui ai demandé de choisir les extraits qu'il aimait, et c'étaient les mêmes que les miens…

Je voulais qu'il danse et qu'il joue.


Toute l'écriture de Genet est traversée par le corps du danseur ; ce roman a en outre été écrit en prison, et il contient toute la révolte, le désespoir, la sensualité, le sublime et le dérisoire de l'œuvre de Genet. La danse est le langage idéal pour rendre compte du silence que contient Notre-Dame-des-Fleurs : j'ai donc demandé à quelqu'un qui pratique le silence depuis trente ans de venir parler sur scène.

Je n'aurais pas eu cette idée sans avoir rencontré Daniel Larrieu : Divine ne serait pas là sans son désir de parole et mon désir de corps dansant.
Daniel incarne les sentiments les plus obscurs de l'être humain en transformant en poésie l’audace de l'écriture de Genet. Ce texte parle d'abord du manque, du désir et de la rencontre avec l’autre



Divine se joue jusqu'à demain, ainsi que Les Bonnes de Jean Genet mises en scène par Jacques Vincey.
Demain à 17h, une rencontre aura lieu au foyer-bar de l'Athénée pour explorer les liens entre Les Bonnes et la psychanalyse : intitulé "Les Bonnes sur le divan", le débat réunira le metteur en scène Jacques Vincey et le psychanalyste et pédopsychiatre François Ansermet. L'entrée est gratuite.

La semaine prochaine, en accord avec les froids polaires de ces derniers jours, c'est Voyage d'Hiver de Schubert qui s'installera à l'Athénée !

Le blog prend prend un week-end prolongé et reviendra mercredi. A très vite...


On sent bien la difficulté du voyage

Depuis que Daniel Larrieu (l'interprète et chorégraphe de Divine d'après Jean Genet) est à l'Athénée, nous avons échangé beaucoup de mails. 

Je ne résiste pas à vous livrer celui qu'il m'a envoyé mardi, alors que je l'interrogeais sur son cv : chorégraphe et danseur, Daniel a commencé par faire des études d'horticulture avant de se former à la danse bien sûr, mais aussi au feng-shui et à la psycho-généalogie.

Le texte vous paraîtra un peu long de bon matin mais je vous assure, il mérite d'être lu et relu.


Voici la question que j'ai posée à Daniel : « Quel est le lien entre l'horticulture, la danse, le feng-shui et la psycho-généalogie ? »


Et sa réponse :
« Du corps à la maison et de la maison à la nature, tout de l'horticulture à la choré-culture parle bien de ses orientations intérieures, sa boussole : on dirait "ne pas perdre le nord..."

Car nos orientations intérieures, nos choix, nos désirs, nos épreuves, sont des formes de traversées, d'expériences à vivre.
Une aventure avec le monde, les autres et soi-même, comme ce que disait Myrto Procopiou [NDLR : actrice dans Les Bonnes, jouées en même temps que Divine à l'Athénée], en plaisantant à moitié à propos des Bonnes, "c'est comme une croisière en Grèce, mais sans l'Ouzo, sans le soleil et sans la mer".
On sent bien la difficulté du voyage, on en rit, car c'est, bien sûr, très dur.


L'horticulture, lointaine formation, m'a appris à observer, à voir le sens de la croissance du végétal, son expansion, son cycle aussi. Même les arbres ont une durée de vie, c'est un cycle complexe.
Gilles Clément parle des migrations (graines, pollen...) On pourrait dire que pour passer d'une saison à une autre, il nous faut en saisir la respiration, pour glisser de la nature au corps, souplement.


La danse qui est une forme de rituel, comme le mouvement de la danseuse de Bali est un signe qui peut mettre en branle un monde car il procède d'un monde dont le sens nombreux est inavouable (Notre-Dame-des-Fleurs de Jean Genet)  ; c'est une pratique du silence en soi, de trouver à chaque instant un geste qui s'invente, qui croît, qui vient, qui éclôt, qui vit et disparaît et qui exige un seul apprentissage d'aimer "apprendre à apprendre".


J'ai voulu en quittant l'institution en 2002, comprendre comment, déboussolé par tant de travail et d'ardeur, ma vie s'était bâtie : de rencontres, une carrière curieuse, faites de choix, une culture du mouvement, dans la culture elle-même dont on peut ou pas, se sentir en croissance ou en décroissance, appartenir !

J'ai commencé un travail patient en trans-générationnel qui est une forme d'analyse de l'être, de jardiner son présent, de le visiter avec plus de détails de finesse, d'en saisir les obstacles, les flux et puis je me suis engagé dans une formation dans ce domaine.
J'ai écouté d'autres, parlé aussi, bien accompagné, compris que nos boussoles intérieures sont des outils de composition de notre présent.
Dans le cadre de cette formation, une question éclairante : quel corps, quelle maison!


"Dans cette grande mansarde montmartroise où par la lucarne entre les bouillonnés de mousseline rose qu'elle a fait elle même, Divine voit sur une mer bleue et calme voguer des berceaux blancs, si près qu'elle en distingue les fleurs, d'où sort un pied cambré par la danse…" (Notre-Dame-des-Fleurs de Jean Genet)

On comprend que Divine est bricoleuse, qu'elle rêve, qu'elle sait voir, qu'elle aime les choses légères, que sa piaule est réduite, mais grande intérieurement! Que son corps est tout pareil dans la vision de Genet. Un grand coeur (corps d'ange dans un monde de brutes, qu'elle adorera bien sûr, prête à disparaître d'elle-même)...

Ainsi nous pouvons toujours imaginer que nos lieux de vies, de travail, sont des images de nous-même : j'ai rencontré dans l'art du Feng-shui une personne qui à partir de l'analyse de son lieu de vie, sa carte énergétique, de son centre de gravité, éclaire une expérience à traverser ! Pas trop à voir avec la couleur des rideaux, mais bien avec le courage qu'il nous faut pour être ce que nous sommes, en profondeur, d'en accepter les conditions d'y faire face.


Tout aussi végétal que le texte de Genet, j'ai constitué avec toutes ces rencontres des ponts entre danse, horticulture, corps, cycles, saisons.


Lorsque Gloria Paris, m'a proposé de travailler et de dire et de danser Divine [NDLR : texte établi à partir de Notre-Dame-des-Fleurs de Jean Genet], j'ai vu là, sans le savoir vraiment, (je m'en pensais bien incapable, voilà un an) la possibilité de faire vivre en moi, mon Daniel des Fleurs*, que nous portons toutes et tous, de donner corps à l'imagination d'un Genet en prison, jamais aussi libre intérieurement.

Restait le travail immense de prendre la parole… de faire l'expérience de la rencontre entre texte, corps et le public, d'être l'interprète, le passeur, le jardinier!


Divine enfant savait danser, juste en lisant un article dans Cinémonde... il avait aussi appris le violon, il préfère les vierges en plâtre colorié (Notre-Dame-des-Fleurs) pour que le miracle opère, il, elle a choisi une vie toute personnelle !

Au moment de ma rencontre avec l'équipe des Bonnes, tout anxieux de savoir comment j'allais m'en sortir avec ce défi joyeux, Marilu Marini [NDLR : actrice dans Les Bonnes, jouées en même temps que Divine à l'Athénée] me donna une nouvelle clé, joyeuse...
"Marilu Marini : — Comment va Divine?
Je lui répondis mes grandes peurs pour attaquer la montagne de Notre-Dame-des-Fleurs de Genet en bon soldat...
Marilu Marini : — Laissez-la faire... "

Il me restait un seul geste à faire, laisser ma boussole dans ma loge… et tous les soirs tenter une rencontre avec Divine, troquer mes chaussures de marches pour les escarpins...

* me suis fait nommer ainsi par le directeur technique de l'Athénée... Denis Léger...
 »




Demain, fin de la semaine spéciale "interventions extérieures sur le blog" pour un entretien avec Gloria Paris qui nous expliquera comment elle a proposé à Daniel Larrieu de le mettre en scène dans Divine.
Et fin également de Divine et Les Bonnes qui se terminent ce samedi… Je précise qu'il y a deux représentations des Bonnes samedi, à 15h et 20h.


On enlève le bas

J'ai souvent eu l'occasion d'exprimer combien l'équipe de l'Athénée était déterminante dans le contenu et la longévité de ce blog (j'en profite pour le redire).

C'est le même esprit qui souffle dans les murs du Théâtre et, comme le soulignait un metteur en scène programmé récemment à l'Athénée, "on sent tout de suite qu'il y a un souffle, une personnalité, quelque chose d'humain, ici".

Ainsi, au-delà du blog, l'Athénée a également son profil Facebook alimenté par l'équipe de la communication et des relations publiques.
À l'occasion des Bonnes et de Divine, Alexandra, Constance, Églantine, Florence et Isabelle nous ont livré au fil des jours une série de photos et vidéos que je ne résiste pas à vous faire découvrir…
Il faut savoir, pour ceux qui n'ont vu aucun des deux spectacles, que l'un utilise des gants de vaisselle pendant que l'autre évoque beaucoup la problématique du corps (et des chaussures à talons).

 

(Je précise que je ne suis pas l'auteure de ces photos et vidéos et que je ne porte aucune responsabilité dans leur réalisation)

 

 

Vendredi 13 janvier 2012

"Ce soir, première des Bonnes, la com' vous dévoile le haut !
Mardi première de Divine, on vous montre le bas…"

 

 

 

Mardi 17 janvier 2012

"Ce soir première de Divine, et comme promis on vous montre le bas !"

 

 

Vendredi 20 janvier 2012

"Le vendredi à partir de 18h c'est le quart d'heure glam de la com' ! ?
Leçon n°1 : rester chic avec des gants de vaisselle."


 

 

Vendredi 27 janvier 2012

"C'est l'heure du 1/4 d'heure glam de la com !
Leçon n°2 : rester divine en talons aiguille (avec Maître Daniel Larrieu)"

 

 

La question du positionnement des lieux culturels sur internet agite beaucoup le monde culturel depuis un ou deux ans : après quelques réticences, les "professionnels de la profession" (l'expression est de Jean-Luc Godard) s'intéressent dorénavant au sujet, et de nombreuses rencontres professionnelles sont organisées sur le thème des blogs et réseaux sociaux comme Facebook ou Twitter.
C'est ainsi que j'ai pu intervenir dernièrement au nom du blog de l'Athénée aux Biennales Internationales du Spectacle à Nantes la semaine dernière, aux journées de La Scène en octobre à Bruxelles, pour les formations ACT' et à l'occasion de nombreuses rencontres professionnelles.

Décalés et participatifs, ces médias permettent d'instaurer une autre relation avec les artistes et les spectateurs
, même si, comme tout outil, ils présentent évidemment des limites.

Pour suivre l'Athénée sur Facebook, c'est ici.
Le blog a également sa propre page ici.


Bon lundi ! Les Bonnes et Divine se jouent jusqu'à ce week-end.


Soutenons-nous les uns les autres

Un souteneur est à la fois une personne dont l'action favorise la réussite de quelque chose et un homme vivant de la prostitution de plusieurs femmes en donnant l'apparence de les protéger.

Si le roman Notre-Dame-des-Fleurs de Genet dont est tiré le spectacle évoque la prostitution, c'est bien au premier genre de souteneurs que Divine a fait appel.

Comme beaucoup de monde en ce moment, le spectacle Divine manquait de moyens. Souhaitant trouver de nouvelles formes de financement du projet en hommage à l'esprit de Notre-Dame-des-Fleurs, Daniel Larrieu, chorégraphe et interprète du spectacle fit, selon ses propres termes, «une forme bien honnête de racolage culturel de circonstance (en tout bien tout honneur). Les très bien-pensants du monde de la communication diraient "une levée de fond"...»

L'idée était de demander un peu d'argent à des mécènes en leur proposant à chacun une lecture privée du texte de Divine par Daniel Larrieu lui-même ainsi qu'un compte-rendu régulier du déroulement des répétitions.

Divine compte donc dix souteneurs grâce à qui le spectacle a pu se créer, sans compter les personnes qui ont fait un apport direct de leurs compétences sur le spectacle.

Particuliers ou théâtres, les souteneurs sont cités dans la bible (ou programme de salle), et chacun(e) a une représentation dédicacée. Certains ont souhaité garder l'anonymat et se sont choisis un pseudonyme tiré du nom des personnages de Notre-Dame-des-Fleurs.

Divine existe donc grâce au soutien de Mimosa 1, Mimosa 3, Wild Daffodil, Marie-Thérèse Allier, Michèle Levy, Alfredo Arias, Laurent P. Berger, Le Tone, Le Manège de Reims, L'Échangeur de Fère-en-Terdenois, le Théâtre de Vienne et la Comédie de Picardie.

Divine d'après Genet mis en scène par Gloria Paris et chorégraphié par Daniel Larrieu se joue jusqu'au 4 février en petite salle.
Les Bonnes de Genet mises en scène par Jacques Vincey sont représentées en même temps dans la grande salle.



Merci à Daniel, Anne et Colin.


Sans lendemain, sans rien qui dure

"Sans lendemain, sans rien qui dure
Un homme passe et puis s'en va
Sans lendemain mes aventures
Depuis toujours s'arrêtent là
Jamais l'espoir d'un autre soir
Bonjour bonsoir adieu l'amour
Sans lendemain, sans rien qui dure
Voilà ma vie depuis toujours

J'en ai connu de toutes sortes
Des mal foutus et des beaux gars
Chaque fois que s'ouvre la porte
Mon coeur se dit "c'est celui là"
Oui mais le destin bientôt l'emporte
Comme tous les soirs je reste là"


Cela fait partie des mots que vous entendrez dans Divine actuellement à l'Athénée : car si le spectacle reprend des extraits du roman Notre-Dame-des-Fleurs de Jean Genet, il fait également entendre un univers sonore conçu par Le Tone en collaboration avec Daniel Larrieu et Gloria Paris, la metteure en scène.


Je me suis créé pour l'occasion un profil sur Deezer où quelques morceaux utilisés dans Divine sont disponibles à l'écoute gratuitement sur ce lien.

 

Vous pourrez ainsi entendre :

 

Sans lendemain de Frehel dont je vous recopiais quelques paroles ci-dessous
(La vidéo est ici sur Dailymotion)

 

Love in Portofino de Fred Buscaglione
La vidéo est ici sur YouTube


Cala Meo Amor de Sylvia Telles, à écouter sur Deezer ici.

 

Ou encore Settanta volte sette d'Ennio Morricone, musique du film La Tragédie d'un homme ridicule de Bernardo Bertolucci, à écouter sur Deezer ici.
Ci-dessus en vidéo, un extrait du film à voir sur YouTube ici.

 


Les Bonnes mises en scène par Jacques Vincey se joue en même temps que Divine, dans la grande salle.
Ce soir après la représentation, vous pourrez rencontrer Jacques Vincey
au foyer-bar. Bon mardi !


Il faut se grouiller, apparemment

En ce moment, l'Athénée propose tous les soirs deux spectacles sur des textes de Jean Genet : Divine en salle Christian-Bérard et Les Bonnes dans la grande salle.

Plus nombreux que d'habitude, les spectateurs sont ainsi à l'étroit dans le hall du Théâtre et il est plus facile de se faufiler parmi les gens pour entendre quelques bouts de conversation à la volée, quelques minutes avant le début des représentations (merci à ceux et celles qui se reconnaîtront).

 

 

 

Une jeune femme : "— Quelle foule ! C'est comme Où est Charlie, mais sans Charlie."

Deux messieurs aux cheveux gris :
"—Ça dure 1h40 ? Ça va !
— Oui, quand j'ai vu que cela durait 1h40, j'ai pensé que tu voudrais bien m'accompagner…."

Un monsieur à un autre : "— Bonne année !"

Une dame au téléphone : "— Alors reviens vers l'arrière de l'opéra… Prends la rue Scribe. Non, pas vers la Madeleine ! Le repère, c'est la station Auber du RER A, c'est juste en face. Tu vois où elle est ? (silence) Bon. Quand tu es face à l'opéra, tu prends la rue Scribe, à gauche. Non, tu ne passes pas devant les Galeries Lafayette, enfin ce n'est pas très loin, mais tu ne passes pas devant. (silence) Tu es rue Scribe là ? Oui, SCRIBE ! Dès que tu vois la station Auber, c'est la rue juste à gauche. (silence) Bon, grouille-toi !"

Une dame en rejoignant une autre : "—Comme j'étais en avance, j'ai fait les courses à côté… Du coup je suis en retard"

À la billetterie, avec un monsieur et une dame souhaitant acheter des places pour Divine en dernière minute : "—Je suis désolée messieurs-dames, on ne va vraiment pas pouvoir vous faire rentrer à Divine, c'est plein. Est-ce que vous voulez réserver pour un autre soir?
— Je ne sais pas, j'aimais bien cet horaire, 19h… Les autres soirs, c'est à 20h, non ?
— Mardi prochain, c'est aussi à 19h, si vous voulez.
— Va pour 19h mardi prochain alors.
— Très bien, je vais prendre votre nom… Et vous, Madame ?
— Eh bien moi du coup je vais rester là et aller voir Les Bonnes, s'il y a de la place ce soir…
— Oui c'est possible. Vous verrez, Les Bonnes, c'est très bien aussi."

Toujours à la billetterie : "— Vous réglez ensemble ? Cela fera 25€ pour les deux."

Au comptoir des invitations et places réglées :
"—On jongle, c'est un spectacle très prisé!"

Alors que le hall se vide et que la plupart des spectateurs ont gagné leurs places, très peu de temps avant le début des représentations :

"—Excusez-moi, je viens avec une amie, mais elle n'est pas encore arrivée… Ça va commencer tout de suite ?
—On a encore un tout petit peu de marge… Vous savez où elle est ?
—Je ne sais pas, je vais l'appeler…. (au téléphone) Ouais, t'es où là ? Mais grouille-toi !!!"

 

Pour voir Divine mis en scène par Gloria Paris et chorégraphié par Daniel Larrieu et/ou Les Bonnes mises en scène par Jacques Vincey, c'est tous les jours à l'Athénée (sauf le lundi) jusqu'au 4 février ! Bon début de semaine.


Un chant d'amour

En 1950, Jean Genet, l'auteur des Bonnes et de Notre-Dame-des-Fleurs actuellement joués à l'Athénée, réalisait un film muet de vingt-cinq minutes : Un chant d'amour.

À la limite de la pornographie (ce qui explique pourquoi je vous laisserai chercher tous seuls sur YouTube "Genet Chant d'amour" pour le regarder), Un chant d'amour aborde la vie amoureuse de prisonniers dans leur cellule.

À l'époque, la censure existe encore : le tournage se déroule donc dans la clandestinité.
Tous amateurs à l'exception d'un seul (qui fait la doublure du sexe d'un acteur pudique), les comédiens sont des amis et amants de Genet ou des personnes qu'il a rencontrées dans les bas-fonds de Montmartre.
Du côté de l'équipe technique, on trouve en revanche des professionnels reconnus comme le chef-opérateur Jacques Natteau (qui a travaillé avec Marcel Carné ou Jean Renoir), le décorateur Maurice Colasson (décorateur pour Marguerite Duras ou Terence Young) ou les laboratoires Éclair qui développeront les pellicules dans le secret.
Après un essai décevant au format amateur 16 mm, la pellicule 35 mm sera fournie par Henri Langlois. Jean Genet avait apparemment aussi l'idée de commander la musique du film à Stravinski, mais elle n'a pas été réalisée.

Le tournage dura deux mois et eut lieu au cabaret La Rose Rouge à Saint-Germain-des-Prés ainsi que dans les jardins de la propriété de Cocteau à Milly-la-Forêt. Budget total du film : plus de trente mille euros.

Une sortie dans les salles était inimaginable du fait de la nature érotique (ou pornographique, selon les sensibilités) du film.
Mais surtout, au-delà de la légende selon laquelle le film aurait été censuré pendant vingt-cinq ans, on sait en fait que Genet n'essaya tout simplement pas de demander l'agrément auprès de la commission de classification du Centre National du Cinéma, déniant de fait toute existence légale à son film.

C'est donc clandestinement qu'Un chant d'amour rencontra son public : Genet vendit les copies du film à des riches collectionneurs en faisant croire à chacun qu'il était le seul détenteur de l'exemplaire soi-disant unique de la bande du film afin d'en faire monter le prix. Projeté dans des cercles privés en France comme à l'étranger, le film acquit une petite notoriété, cependant limitée aux milieux underground.

Vingt-cinq ans après le tournage, Nico Papatakis, qui a produit Un chant d'amour, décide de présenter le film au Centre National du Cinéma pour obtenir son visa de censure et ainsi pouvoir l'exploiter de manière commerciale.
Dire qu'il a été réalisé par Genet en 1950 avouerait de fait que le film a été tourné dans l'illégalité : Papatakis le fait donc passer pour un court-métrage américain et obtient ainsi le visa espéré —le film sera quand même interdit aux moins de dix-huit ans.

Sauf que Genet n'a pas été consulté, et qu'il ne souhaite ni que son film soit adoubé par la commission de classification, ni qu'il soit diffusé.
Il conclue ainsi sa lettre ouverte publiée dans L'Humanité en août 1975 : « j'ajoute encore que je m'opposerai toujours à la projection publique d'un film que j'avais réalisé pour en vendre des copies à des particuliers, comme après tout j'ai vendu des tirages restreints de mes livres, en me réservant le droit (c'est la loi) d'en modifier la forme définitive. Que personne —sauf moi— ne juge donc encore cette "esquisse d'une esquisse"! »

Un chant d'amour de Jean Genet fait aujourd'hui partie de la collection du Museum of Modern Art de New York et du British Film Institute de Londres, a été récemment réédité en DVD et est visible sur YouTube.

Côté texte, vous pouvez découvrir Genet dans Les Bonnes mises en scène par Jacques Vincey (grande salle) ou Divine mis en scène par Gloria Paris et chorégraphié par Daniel Larrieu (petite salle), tous les deux jusqu'au 4 février.


Le blog prend un week-end de trois jours et sera de retour lundi !

Source : "L'Histoire chaotique d'un film controversé" de Marine Jaffrézic in Portrait Jean Genet, livre-DVD-CD produit par EPM, Danièle Delorme et SWProductions, avec le concours de l'INA, du CNC et du CNL


Pourquoi porter des chaussures quand on peut les manger ?

Hier, pour la première de Divine, Daniel Larrieu et son collaborateur Colin offraient à toute l'équipe de l'Athénée une petite chaussure à talon en chocolat accompagnée d'un petit mot. Chacun(e) avait déposé la sienne sur son bureau...

 

 

Normalement spécialiste des boîtes de chocolats périmées dans mes placards (j'ai vérifié, il me reste des choses qu'on m'a offertes à l'été 2010), j'ai croqué la mienne en commençant par le talon peu après mon arrivée chez moi hier soir.

 

 

 

Pour voir les véritables chaussures de Divine mis en scène par Gloria Paris et chorégraphié et interprété par Daniel Larrieu, c'est ici sur le blog ou à l'Athénée jusqu'au 4 février. Les Bonnes mises en scène par Jacques Vincey se jouent en même temps dans la grande salle!


C'est dans la boîte

Les Bonnes ont déjà commencé, mais la première de Divine aura lieu ce soir dans la salle Christian-Bérard.

Le décor a été monté la semaine dernière, un jour où je ne pouvais pas venir à l'Athénée.
C'est donc Daniel Larrieu, chorégraphe et interprète de Divine, qui s'est reconverti pour l'occasion en blogueur et a photographié les opérations pour vous.

(c) Daniel Larrieu

 

(c) Daniel Larrieu

 

(c) Daniel Larrieu

 

(c) Daniel Larrieu

 

 

Ceux qui ont vu d'autres créations de Daniel Larrieu comme On été si tranquille, Plus qu'hier ou LUX auront peut-être reconnu les panneaux blancs qui servaient déjà dans ces spectacles.
Tout comme la moquette noire en avant-scène a déjà été aperçue
dans l'installation Ice Dream (toujours de Daniel Larrieu), la moquette bleue dans un projet de la chorégraphe Laure Bonicel et les néons dans une installation du créateur lumières de Divine, Laurent P. Berger.

Ainsi imprégnée d'un héritage artistique et au croisement du théâtre, de la littérature et de la danse, Divine est-elle également inspirée par Les Bonnes qui se jouent en-dessous ?
Daniel Larrieu, qui est aussi passé dans la grande salle au moment du montage des Bonnes, y a pris quelques clichés et remarqué quelques similitudes que nous vous laisserons découvrir.

 

 

 

À ce soir pour la première de Divine !

 

PS : demain, je serai à Nantes pour les rencontres professionnelles des Biennales Internationales du Spectacle où j'interviendrai à 16h45 lors du parcours Nouveaux Médias au sujet de ce blog. Je serais ravie de rencontrer les lecteurs qui seront présents sur ces BIS. N'hésitez pas à me contacter pour se donner rendez-vous en m'écrivant à clemence@athenee-theatre.com.


Bleu et blanc

Divine d'après Jean Genet se répète à l'Athénée depuis décembre en salle Christian-Bérard. Comme il s'agit d'une création, Gloria Paris et Daniel Larrieu entourés de leur équipe ont d'abord répété sur le plateau nu.

La dernière fois que je suis passée les voir, ils avaient amené une moquette bleu klein qui sera effectivement présente dans le spectacle.

 

Si vous ne voyez pas les images, cliquez sur "charger/afficher les images" dans votre messagerie ou allez sur le blog.

 

 

Le reste du décor a été monté avant-hier. Il paraît qu'il ressemble à une grande boîte blanche….


Divine d'après Notre-Dame-des-Fleurs de Jean Genet commence le 17 janvier. Les Bonnes commencent un peu avant, ce vendredi 13 janvier. Bon jeudi !

Plus de billets


BlogCFC was created by Raymond Camden. This blog is running version 5.9.002. Contact Blog Owner