Bizarre, bizarre...

«—Bizarre, bizarre…
— Qu'est-ce qu'il a ?
— Qui ?
— Votre couteau!
— Comment ?
— Vous regardez votre couteau et vous dites "bizarre, bizarre". Alors je croyais que ...
— Moi, j'ai dit "bizarre, bizarre", comme c'est étrange ! Pourquoi aurais-je dit "bizarre, bizarre" ?
— Je vous assure,  cher cousin, que vous avez dit "bizarre, bizarre".
— Moi, j'ai dit "bizarre"... Comme c'est bizarre. »
 

En 1937, dans Drôle de drame de Marcel Carné, Louis Jouvet et Michel Simon jouaient avec beaucoup de sérieux un dialogue absurde qui allait devenir culte.

 

La scène dure deux minutes.
Si vous ne voyez pas la vidéo sur YouTube, cliquez ici.

 

 

Louis Jouvet a été le directeur de l'Athénée de 1934 à sa mort en 1951.

C'est en son hommage qu'un lecteur du blog, Pierre, m'a envoyé une carte de voeux créée par ses soins et dont je vous fait profiter également pour vous souhaiter la bonne année :

 

Si vous ne voyez pas l'image, cliquez sur "charger/afficher les images" dans votre messagerie ou allez sur le blog en cliquant ici.


Encore mes meilleurs voeux pour 2012 et à demain !

 

 

Le sondage sur la définition de l'opéra-bouffe est toujours en ligne sur le blog. Pour vous aider, le petit article que j'avais écrit en 2009 sur le sujet se trouve ici

La Botte secrète se joue jusqu'à ce week-end!


On est gâtés

Pierre Guillois est le metteur en scène de La Botte secrète actuellement à l'Athénée.
Rencontre un soir de représentation dans un bureau du Théâtre :



«— La compagnie des Brigands fait appel à un metteur en scène différent chaque année : pour La Botte secrète, c'est toi qu'ils ont choisi. Comment s'est passée la rencontre avec la compagnie ?
—J'ai rencontré Loïc Boissier, directeur des Brigands et du Théâtre Musical de Besançon, à l'occasion d'un opéra-bouffe dont j'avais réalisé la mise en scène, Abu Hassan de Carl Maria von Weber. Il connaissait déjà mon travail pour avoir vu ma mise en scène du Ravissement d'Adèle de Rémi de Vos au Théâtre du peuple de Bussang dont j'étais le directeur. De mon côté, je connaissais déjà Les Brigands pour avoir vu Toi c'est moi et Phi-Phi.

— Tu montes donc aussi bien des spectacles lyriques que théâtraux : mettre en scène des spectacles musicaux occasionne t-il une difficulté particulière, en particulier dans le travail avec les chanteurs ?

— Effectivement, je travaille aussi bien en théâtre qu'en musique, et ce depuis longtemps. Je ne ressens pas de difficulté particulière sur les spectacles musicaux : il y a de toutes façons toujours des difficultés à diriger des acteurs, car il n'y a pas un chanteur ou un acteur qui ressemble à un autre. À Bussang par exemple, je collaborais aussi bien avec des amateurs qu'avec des professionnels… Et pour La Botte secrète, il  y avait beaucoup de travail à réaliser "sur l’acteur" étant donné que le livret comporte de véritables scènes de vaudeville parlées.
Le terme "direction d'acteurs" est d'ailleurs une vilaine expression. On ne dirige pas des acteurs, on est là pour dialoguer avec eux et les guider. On échange sur le sens de la pièce, sur ce qu'on joue, sur ce qui se passe entre les partenaires, sur les enjeux... La direction d'acteurs consiste à maintenir tous ces éléments ensemble.

— Tu parlais des scènes de vaudeville de La Botte secrète : c'est vrai qu'il y a quasiment autant de passages parlés que de passages chantés...
— Oui, les passages parlés sont conséquents, et offrent de véritables scènes de théâtre : c'est la spécificité de cet ouvrage. Comme tout vaudeville, les situations à un moment donné dégénèrent et la mise en scène doit être là pour faire passer toute la folie du livret et la fantaisie de la musique.

— La scénographie est très particulière également, puisque la boutique de chaussures où se déroule La Botte secrète est en sous-sol...
— Avec Florence Évrard qui a conçu la scénographie, on souhaitait mettre l'accent à la fois sur les chaussures et des jambes qui marchent. Cet opéra-bouffe est une œuvre potache ; je souhaitais y mettre du sel en mettant en avant le fétichisme autour de la chaussure qui est présent dans l’ouvrage ; les jambes des passantes que l'on aperçoit par le soupirail participent de cet érotisme.
Florence a conçu une scénographie qui permet de représenter à la fois la rue et la boutique, mais qui permet également de dégager une seconde scénographie pour la revue qui succède à La Botte secrète en deuxième partie de spectacle. Cette boutique en sous-sol avec des soupiraux qui donnent sur la rue et un escalier en colimaçon pour s'y rendre est une réponse très pratique à nos questionnements de départ.

— C'est aussi une scénographie très sombre alors que l'œuvre est légère…

— Dès mes premières discussions avec Florence Évrard qui a conçu la scénographie et Axel Aust qui assure les costumes, nous avons décidé de ne pas aller dans le sens des couleurs pastels et de la légèreté souvent associées à l'opérette. De même, nous ne souhaitions pas que l'œuvre soit datée, d'où le choix d'une boutique de chaussures de luxe stricte et classe, car le luxe est très intemporel : je crois qu'il n'y a pas tant de différences entre une boutique Chanel aujourd'hui et il y a trente ans.
Nous avions la volonté de donner un peu de tenue à une œuvre annoncée comme légère —d'ailleurs, pourquoi la légèreté serait-elle rose plutôt que grise ? Ce n'est pas pour autant que le spectacle est sombre, tout au contraire : la fantaisie et l'éclat apparaissent grâce au jeu des acteurs.

— Tu évoquais la revue de la deuxième partie du spectacle : j'imagine que la mise en scène de cette suite de chansons prises dans différentes œuvres a dû être un exercice compliqué…
— Nous avons beaucoup collaboré avec Christophe Grapperon, le directeur musical, et Loïc Boissier, le directeur des Brigands, sur la composition de l'ensemble et le choix des airs. Quant à la réalisation elle-même, je dois beaucoup à Stéphanie Chêne qui a assuré toute la partie chorégraphique.
La difficulté était de trouver une cohérence de l’ensemble sans pour autant essayer de raconter une histoire qui aurait lié les morceaux de manière artificielle : c’est un art particulier que celui du cabaret, de la revue, qui a ses propres règles, qui a besoin de la virtuosité des interprètes ; avec ces dix-sept chanteurs, j’ai été gâté.»



Pour voir La Botte Secrète, vous avez jusqu'au 8 janvier! Bonne journée.

 

(et bonne année bien sûr !!!)


Bouffons

La Botte secrète actuellement à l'Athénée est définie comme un opéra-bouffe. Mais qu'est-ce que cela signifie, exactement ?


L'opéra-bouffe est
- un opéra où alternent passages chantés et passages dansés
- un opéra où il était permis de manger dans la salle lors des représentations
- un opéra humoristique
- une opérette en quatre actes


Pour répondre à la question, cliquez ici pour cocher une réponse dans la colonne "sondage" à votre droite.

 

Indice : j'avais fait une tentative de distinction sur le blog entre opérette, opéra-bouffe et opéra-comique à l'occasion des représentations d'Au Temps des Croisades à l'Athénée il y a deux ans.

Bonne chance !


La Botte secrète
se joue jusqu'au 8 janvier.


C'est louche

La Botte Secrète, l'opéra-bouffe actuellement à l'Athénée, ne compte que six personnages: pourquoi alors trouve t-on de nombreux portants à costumes disséminés partout dans les coulisses du Théâtre ?

 

 

Les Brigands, la compagnie actuellement à l'Athénée dans La Botte secrète, fête ses dix ans. Pour l'occasion, ils vous offrent en deuxième partie de spectacle une revue de leurs spectacles passés, où vous retrouverez dix-sept chanteurs et trente-quatre costumes.

Pour les découvrir, c'est à l'Athénée jusqu'au 8 janvier.
Ce soir, si vous arrivez entre 19h et 19h30, n'hésitez pas à vous rendre en salle Christian-Bérard (au-dessus de la grande salle) pour écouter le musicologue Philippe Cathé vous donner quelques clés sur La Botte secrète.


Alfred et Claude

L'Athénée accueille actuellement La Botte secrète, une opérette de Claude Terrasse et Franc-Nohain. En avril prochain, le théâtre programmera Ubu enchaîné d'Alfred Jarry, avec Éric Cantona dans le rôle-titre.

Le lien? Claude Terrasse et Alfred Jarry ont travaillé ensemble à de nombreuses occasions, à commencer par la création d'Ubu Roi de Jarry en décembre 1896 : on l'a aujourd'hui largement oublié, mais Ubu Roi était à sa création un spectacle musical dont la partition avait été écrite par Claude Terrasse.
Quasiment introuvable à l'exception de trois passages qui ont fait l'objet d'une publication séparée, la musique de scène d'Ubu roi est très rarement donnée lorsqu'on représente la pièce de nos jours.

La complicité de Terrasse et Jarry ne s'arrête pas à Ubu Roi : un an après la création de la pièce, Claude Terrasse ouvre dans son atelier un théâtre de marionnettes, le Théâtre des Pantins, où il collaborera bien sûr avec Jarry mais également avec Franc-Nohain et Pierre Bonnard.
Une plaque commémorant l'aventure est toujours visible rue Ballu, dans le 9e arrondissement de Paris.

 

(c) Mu

 

Les deux artistes créent ensemble d'autres œuvres, mais, comme la musique de scène d'Ubu Roi, ces opérettes ou opéra-bouffes alliant un texte de Jarry (avec parfois la collaboration d'Eugène Demolder) et la musique de Terrasse sont aujourd'hui injouables : l'opéra-bouffe Pantagruel n'a pas donné lieu à de véritable édition, la partition de Par la taille n'est disponible que dans un centre de recherches du Texas, et celles de Léda et du Manoir enchanté ont été perdues.
De même, beaucoup d'opérettes de Jarry et Terrasse n'ont jamais dépassé le stade du projet, comme L'Amour maladroit, Le bon Roi Dagobert, Le Guignol de Lyon aux 4-Z'Arts (Jarry a ensuite réutilisé son texte dans la pièce Ubu sur la butte), Jef, Le Moutardier du Pape ou Pieter de Delft.

Les œuvres composées sur des livrets du poète Franc-Nohain ont eu plus de chance : après Au Temps des croisades donné à l'Athénée il y a deux ans, l'opérette La Botte Secrète est proposée jusqu'au 8 janvier dans la version des Brigands, mise en scène par Pierre Guillois et dirigée par Christophe Grapperon ! Bonne journée.

Merci à Philippe Cathé, auteur d'une biographie de Claude Terrasse. Site internet ici.


J'entends un bruit de bottes

(Pour voir la photo, cliquez sur charger/afficher les images dans votre messagerie)

 

Trouverez-vous chaussure à votre pied sans être mis en boîte ?


Depuis vendredi, la compagnie des Brigands donne à l'Athénée des airs de halle aux chaussures classe et décalée les bottes se suivent à la trace pendant que les égoutiers se défilent.

Pour fêter les dix ans de la compagnie des Brigands, La Botte secrète, qui ne dure que cinquante minutes, est suivie d'une deuxième partie en forme de rétrospective où vous réentendrez quelques airs ayant marqué l'histoire des spectacles de la compagnie.

La Botte secrète a commencé vendredi et sera à l'Athénée jusqu'au 8 janvier. Bon début de semaine.


Au commencement il n'y avait rien

 

Dans la semi-pénombre du début du montage des lumières, le décor de La Botte secrète, sans les filtres qui donnent des couleurs aux projecteurs et en l'absence des costumes et accessoires, se présentait au début de la semaine sous un jour très graphique presque inquiétant.

 


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À quelques heures de la première, le montage technique est terminé et les artistes prêts à monter sur le plateau : pour découvrir la scène de La Botte secrète à son état naturel, c'est à partir de ce soir et jusqu'au 8 janvier.

Ce dimanche à 20h30, vous pourrez découvrir au cinéma Le Balzac le film musical Dédé, précédé d'une ouverture musicale proposée par la compagnie des Brigands qui interprète La Botte Secrète (informations ici)


ça vous botte ?

Il y a plusieurs types de chaussettes :
- les socquettes (qui s'arrêtent à la cheville),
- les mini-socquettes (qui ne couvrent que le pied),
- les mi-bas (qui sont plus fins et vont jusqu'au genou),
- les chaussettes pour des sports comme le football (plus épaisses et qui s'arrêtent juste en-dessous du genou),
- ou encore les jambières (qui montent jusqu'à mi-cuisses).
- Les chaussettes à proprement parler, si elles désignent dans le langage courant l'ensemble des sous-vêtements couvrant le pied, s'arrêtent à mi-mollet.

Les chaussettes font normalement partie des vêtements qui ne se voient pas (ou peu), ce qui n'empêche pas certaines personnes de faire parler des leurs : il y a eu les chaussettes rouges d'Édouard Balladur (et de François Fillon) ou la chaussette trouée d'un grand patron français posant dans Paris Match, mais aussi, plus proche de nous, les chaussettes rouges de Bob Wilson interprétant Krapp's Last Tape à l'Athénée la semaine dernière.

Seule touche de couleur dans une scénographie en niveaux de gris, ces chaussettes rouges ont donné lieu à différentes interprétations chez les personnes qui ont écrit sur le spectacle : pour Armelle Héliot du Figaro, elles évoquent le diable ; pour Dashiell Donnello d'Un Fauteuil pour l'orchestre, elles sont une transgression à la perfection, tandis que René Solis de Libération met en avant la dimension clownesque de la silhouette de Bob Wilson.

Il sera peut-être à nouveau question de chaussettes à l'Athénée, car le spectacle qui commence vendredi parle de pied : dans l'opéra-bouffe La Botte secrète, on cherche en effet celui qui a bien pu botter les fesses du prince (et la main qui va avec, car la princesse en a un souvenir ému).
La marque laissée par la botte sur le postérieur est le point de départ d'un jeu de piste chez les chausseurs de Paris : la princesse trouvera t-elle chaussure à son pied ?

Réponse à partir de vendredi avec La Botte secrète, opéra-bouffe de Claude Terrasse et Franc-Nohain monté par la compagnie des Brigands : accueillie depuis ses débuts à l'Athénée, la compagnie des Brigands fête ses dix ans !



PS : Et vous, quelles chaussettes mettez-vous ? Êtes-vous plutôt du genre chaussettes dépareillées, toujours noires, souvent trouées ou assorties à vos vêtements ?

Bonne semaine


Appuyez sur play

Dans La dernière bande de Beckett, le personnage de Krapp s'enregistre à chaque anniversaire pour évoquer les événements de l'année écoulée.

Écrite en 1958, La dernière bande utilise ainsi un procédé qui existe depuis la fin du 19e siècle mais qui s'est généralisé dans les années 1950 en Europe : l'enregistrement magnétique grâce à un appareil qu'on appelle aujourd'hui magnétophone (il s'agit au départ d'une marque déposée par la firme allemande AEG)
L'enregistrement consiste à convertir le signal acoustique (le son) en signal électrique, lui-même mémorisé sur un support.

Ce support peut être un cylindre, un disque ou un ruban enroulé sur une bobine : c'est ce dernier type qu'utilise le magnétophone (et le personnage de Krapp chez Beckett).
Il s'agit d'une bande magnétique, c'est-à-dire que le ruban en plastique est recouvert d'une couche composée de cristaux d'oxyde de fer ou d'oxyde de chrome qui doit avoir une surface lisse et parfaitement constante.

Permettant à la fois d'enregistrer et de lire le son, facile d'utilisation, le magnétophone se diffuse largement dans les foyers à partir des années 1960, en particulier grâce à la cassette inventée par la firme Philips.
Évitant de manipuler la bande soi-même, la cassette (ou K7) permet de généraliser le magnétophone en le déclinant : le répondeur téléphonique, le dictaphone, l'autoradio ou le baladeur se multiplient ainsi dans les années 1970 et 1980.

Concurrençant sérieusement le disque vinyle, la cassette tombe en désuétude avec l'invention du Compact Disc au début des années 1980 et sa généralisation dans la décennie suivante.

Pour voir et entendre un vrai magnétophone à bande, vous pouvez aller à l'Athénée ce soir pour la dernière représentation de La dernière bande (Krapp's Last Tape) de Beckett mis en scène et interprété par Bob Wilson.

De son côté, le blog prend un long week-end et sera de retour mardi matin ! Prochain spectacle à l'Athénée : La Botte secrète par la compagnie des Brigands.



PS 1 : les réponses à l'énigme d'hier ne sont pas vraiment convaincantes. Vous pouvez continuer à tenter votre chance ici !

PS 2 : L'Athénée programmant régulièrement des textes de Beckett, j'ai déjà eu l'occasion de parler de lui sur le blog. Voici une petite sélection d'articles pour ceux qui souhaiteraient s'y replonger :
Une rapide biographie de Beckett
Une interview des acteurs d'En attendant Godot mis en scène par Bernard Levy : Vladimir et Estragon ici, Lucky et Pozzo là.
Et un court article sur le théâtre de l'absurde où on a parfois (trop souvent) inclus Beckett.


10 de der

 

© Malte Martin

 

 

Une bonne année 2011 à tous.

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