Ça brille

Sur le plateau des Larmes amères de Petra von Kant, les matières brillantes, réfléchissantes ou jouant de la transparence laissent apparaître le lustre de la grande salle aux endroits les plus inattendus : dans l'entrebâillement d’un rideau de perles, dans le sol doré ou dans l’assise d’une chaise.

 

Athénée - Lustre Petra von Kant

Athénée - Lustre Petra von Kant

Athénée - Lustre Petra von Kant

Athénée - Lustre Petra von Kant

Athénée - Lustre Petra von Kant

Athénée - Lustre Petra von Kant

 


Ce soir à 20h30 au cinéma Le Balzac, vous pourrez découvrir le film que Fassbinder tira de sa propre pièce en 1972. La projection du film se fera en présence de l’équipe du spectacle Les Larmes amères de Petra von Kant, qui se joue jusqu'à samedi.


La contrebasse était à Strasbourg

Si vous avez assisté aux représentations d'Ali Baba ou les quarante voleurs, vous n'aurez probablement rien remarqué d'anormal dans la fosse d'orchestre : pourtant, Pascal, le contrebassiste, ne jouait pas sur son instrument habituel.

Retour à une vingtaine d'heures avant la première d'Ali Baba : la répétition générale commence dans une demi-heure, les instrumentistes et chanteurs s'échauffent, mais j'aperçois un musicien arpenter les coulisses de l'Athénée de long en large d'un air un peu contrarié. Je lui demande s'il cherche quelque chose, pensant pouvoir l'aider. Réponse : "Oui, ma contrebasse". Oups.

Quelques coups de fil plus tard, on apprend que la dite contrebasse est restée à Strasbourg, d'où vient le spectacle.
La répétition générale est maintenant dans vingt minutes
, et chacun y va de son contact pour espérer trouver quelqu'un acceptant de nous prêter une contrebasse d'ici-là : l'Orchestre Lamoureux avec qui l'Athénée avait collaboré pour l'opéra La Cantatrice chauve, le chef d'orchestre Sébastien d'Hérin qui sera bientôt à l'Athénée pour Didon et Énée...

Mais si les bonnes volontés ne manquent pas, il y a quand même un problème : une contrebasse, ça ne rentre pas dans un taxi. C'est gros, c'est cher, ça mesure presque deux mètres de hauteur et ça pèse une vingtaine de kilos. Et si trouver une contrebasse en vingt minutes s'annonce difficile, trouver une contrebasse en vingt minutes qui puisse aller se chercher à pied paraît impossible.

C'est Cyrille Normand, premier corniste solo et délégué de l'orchestre Lamoureux, qui nous oriente sur Swen Mentec, luthier spécialisé en contrebasses officiant rue de Constantinople, à deux pas de l'Athénée.
Patrice Martinet, directeur de l'Athénée, l'appelle et lui demande s'il loue des contrebasses et, le cas échéant, si on pouvait passer en prendre une dans… allez, disons dix minutes ?
Monsieur Mentec accepte et retarde la fermeture de son atelier pour attendre Patrice et Bertrand, responsable de production de l'Opéra de Rhin, qui partent illico vers Saint-Lazare.


Ce matin, j'ai appelé Swen Mentec pour qu'il me donne quelques précisions sur la contrebasse fournie : ceux qui étaient assis près de la fosse d'orchestre lors d'Ali Baba auront en effet sans doute remarqué que son chevillier, c'est-à-dire là où sont chevillées les cordes, en haut, était sculpté en tête de lion.
Cette tête reproduit celle d'un modèle de contrebasse conçu au 19e siècle par les luthiers Gand Bernardel ; le modèle avait d'ailleurs déjà été reproduit auparavant par le père de Swen Mentec, également luthier.
Swen Mentec m'apprendra également que les locations de dernière minute pour cause d'instrument perdu ou accidenté étaient en fait assez fréquentes, et que l'appel de Patrice Martinet lui demandant une contrebasse pour dans dix minutes ne l'avait pas surpris outre mesure.

 

 

 

C'est ainsi que Patrice et Bertrand revinrent très chargés à l'Athénée (le tube porté par Patrice contient l'archet, qu'ils avaient d'abord oublié de prendre : il fallut courir après Swen, déjà monté sur sa moto pour rentrer chez lui…) et que les premières représentations d'Ali Baba ou les quarante voleurs purent avoir lieu.


Pour voir le spectacle et sa jolie contrebasse, il vous reste encore ce soir ainsi que demain à 15h et 20h !

Bon week-end.


À vol d'abeille

À chaque fois qu'un nouveau spectacle arrive à l'Athénée, le Théâtre organise un petit pot d'accueil pour souhaiter la bienvenue à ses artistes et techniciens et permettre que chacun se présente. D'habitude, une petite vingtaine de personnes (équipe de l'Athénée comprise) se réunissent au foyer-bar, et retenir les prénoms de chacun s'avère assez facile avec un peu d'entraînement.

Changement d'ambiance avec Ali Baba et les quarante voleurs, même si les voleurs du titre ne sont qu'une vingtaine sur scène : entre les choristes, les chanteurs, les instrumentistes et les techniciens, le foyer-bar est bondé d'une cinquantaine de personnes, plein de petites jambes s'agitent autour des tables, les prénoms et les rires fusent, et je renonce dès le départ à essayer de collecter les coordonnées de toute l'équipe.

La ruche s'exporte ensuite dans les loges et coulisses de l'Athénée qui paraît d'un coup un peu petit pour accueillir tout ce petit monde (disons que c'est très convivial à défaut d'être aéré).
Le joyeux bazar qui semble régner n'en est pas moins très organisé, et la signalétique destinée à guider les artistes sur scène et dans les coulisses a balisé tout le Théâtre : flèches dans les coulisses pour indiquer les entrées et autres chemins à suivre, annonces vocales pendant la représentation pour annoncer le déroulé du spectacle, récapitulatifs et post-its dans la loge maquillage pour se souvenir quelle perruque (ou moustache) est à qui, listes placardées sur les portes de loges pour en afficher les nombreux occupants…

 

Les flèches dans les coulisses pour indiquer les entrées sur scène

 

Topologie de la moustache

 

Les emplacements des perruques des artistes

 

L'Athénée grouille ainsi de multiples voix et les jambes qui furètent partout, mais elles savent où elles vont : après les deux représentations d'hier, Ali Baba ou les quarante voleurs se joue jusqu'à samedi !

PS : j'ai quand même réussi, enfin je crois, à noter les prénoms de tous les voleurs : Isaure, Odile, Ferdinand, Justine, Max, Sylvia, Alice, Judith, Pascal, Marion, Sarah, Mathias, Iona, Émilie, Clémence, Laëtitia, Simon, Adeline, Margot et Léo. Ouf !


Au voleur !

À l'Athénée, l'opéra Ali Baba ou les quarante voleurs commence aujourd'hui.

Hier, les coulisses du Théâtre s'agitaient de bruissements inhabituels, car les quarante jambes des quarante voleurs (qui ne sont que vingt sur scène, donc) couraient entre la salle d'échauffement, la scène, les coulisses, les loges d'artistes et les tables de maquillage pendant que l'orchestre se préparait à la répétition générale.

Aperçu en son et en image :

 

 

 

Pour voir Ali Baba ou les quarante voleurs dirigé par Vincent Monteil et mis en scène par Markus Bothe, c'est à l'Athénée aujourd'hui à 15h et 20, demain et vendredi à 20h ainsi que samedi à 15h et 20h !

Bon mercredi


Ô nuits d'Arabiiiiiiiiiiie

Les Mille et une Nuits n'est pas un livre homogène, et ses origines sont encore mal connues : nés en Inde au 3e siècle, les contes auraient atteint par voie orale la Perse où un premier recueil aurait été écrit ; le recueil se serait ensuite diffusé dans le monde arabe aux alentours du 8e siècle au cours duquel les conteurs arabes auraient ajouté des contes et modifié les histoires déjà existantes en les adaptant selon leur culture et leur religion.

Il existe ainsi d'abord plusieurs recueils différents avec des ajouts de contes d'origine obscure, avant que le manuscrit ne se stabilise aux alentours du 14e siècle : il s'agit donc d'un ensemble dynamique où les conteurs insèrent et suppriment des contes ou les adaptent selon leur bon plaisir et celui de leurs lecteurs, avec des influences indiennes, perses, arabes, égyptiennes et hellénistiques.

La première traduction en langue européenne est réalisée en français par Antoine Galland au début du 18e siècle ; il supprime les passages érotiques et y ajoute trois contes qui ne faisaient pas partie des Mille et une Nuits originelles : Aladin, Sindbad et Ali Baba et les quarante voleurs.
L'édition du texte de Galland rencontre immédiatement un franc succès, est traduit dans d'autres langues européennes et tient une grande part dans la mode de l'orientalisme qui se diffuse dans l'Europe de l'époque. Au cours du 19e siècle, d'autres manuscrits des Mille et une Nuits sont découverts avec des contes inédits, provoquant l'édition de nouvelles versions.

Les Mille et une Nuits est construit sur le principe des récits gigognes, les contes étant enchâssés dans un cadre unique : un roi, pour se venger de la gent féminine après avoir été trompé par sa femme, décide d'épouser chaque soir une nouvelle femme pour la déflorer pendant la nuit et la faire exécuter à l'aube.
Pour mettre fin au massacre, Shéhérazade, la fille du vizir, s'offre au roi et commence à lui raconter une histoire dont la narration est interrompue par le lever du jour : désireux de savoir la suite, le roi décide chaque matin de remettre l'exécution au lendemain, jusqu'au jour où, après mille et une nuits passées à écouter Shéhérazade, il la grâcie.

Cette structure de contes en emboîtement permet ainsi de juxtaposer des histoires au contenu et au style très différents, reliés par le seul personnage de Shéhérazade ; elle a également favorisé l'ajout de contes au fil des siècles et de leur diffusion.

Loin des contes pour enfants que l'on imagine souvent, Les Mille et une Nuits constituent une littérature dense et riche où l'on trouve des style très variés et beaucoup de références poétiques ou religieuses. Sous l'abord du merveilleux et du divertissement, des thèmes de fond y sont abordés et certains reviennent très régulièrement, comme la justice, la clémence, la charité, la tromperie et la spiritualité.

Je n'ai malheureusement pas encore trouvé l'origine exacte du conte Ali Baba et les quarante voleurs ajouté aux Mille et une Nuits par le traducteur français Antoine Galland en 1704 : en attendant, vous pouvez le découvrir en opéra composé par Cherubini en 1833 : Ali Baba ou les quarante voleurs mis en scène par Markus Bothe commence demain à l'Athénée et se joue jusqu'à samedi !
(représentations tous les soirs à 20h, ainsi qu'à 15h demain et samedi)

Bonne reprise post-pascale.

PS : seuls les fans d'Aladdin de Walt Disney auront compris la référence du titre. Pour les autres, rendez-vous en musique ici.

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