Les Bonnes, c'est comme une croisière en Grèce, mais sans l'Ouzo, sans le soleil et sans la mer

Mardi dernier, l'équipe des Bonnes rencontrait les spectateurs de l'Athénée pour une discussion au foyer-bar animée par Lola Gruber.
Ce soir, c'est l'équipe de Divine qui sera disponible pour échanger après le spectacle : restez en salle Christian-Bérard après la représentation de ce soir !

Disponible à l'écoute ici, la rencontre autour des Bonnes fut une belle occasion de démontrer, s'il en était besoin, que l'humour se marie très bien avec l'intelligence.


Je vous livre une première partie aujourd'hui. La seconde partie arrive demain !

Lola Gruber, auteure des programmes et brochures de l'Athénée :
—Pourquoi avoir choisi d'interpréter sur scène le prologue de la pièce ?
Jacques Vincey, metteur en scène : —Le prologue a été écrit quelques années après la création des Bonnes à l'Athénée en 1947, sans doute en réaction de Genet aux mises en scène de sa pièce. Il y écrit des choses sur le théâtre en général qui rejoignent mes propres conceptions : et comme il s'agit d'une pièce où l'on fait du théâtre jusqu'à l'épuisement voire à la mort, il fallait partir de soi… J'imaginais d'ailleurs que ce seraient les trois actrices qui diraient ce prologue et non Vanasay Khamphommala.

Vanasay Khamphommala, assistant à la mise en scène et acteur :
— Ma présence est liée au souhait de Jacques Vincey d'apporter un contrepoids en même temps qu'un contrepoint aux trois actrices. Quant à ma nudité lors de ce prologue, elle tient à la volonté de prendre Genet au pied de la lettre lorsqu'il écrit que le théâtre est une façon pour lui de se mettre à nu. Et elle était d'autant plus justifiée que le prologue est un doigt d'honneur de Genet aux metteurs en scène…
Lola Gruber : — Et pourtant, vous avez pris des gants, si j'ose dire...
Vanasay Khamphommala : — Si je porte des gants dans ce prologue, c'était pour donner une forme ludique à ce doigt d'honneur tout en déplaçant le signe de la pudeur sur les mains. Le gant reste un signe social qui diffracte les différents étages sociaux, et ils sont d'ailleurs évoqués dès le début de la pièce…

Lola Gruber : — Faut-il tenir compte de ce prologue et des indications que Genet y apporte sur la mise en scène des Bonnes ?
Jacques Vincey : — Le prologue donne une certaine matière, mais Genet a érigé la trahison comme vertu cardinale… Il est beaucoup question de cela dans Les Paravents ou ses romans.
Lola Gruber : — L'on peut donc trahir Genet avec sa bénédiction ?
Jacques Vincey : —En tout cas, ce prologue est pour moi à la fois une déstabilisation du public et une ouverture vers ce théâtre inconfortable.

Lola Gruber : — Hélène Alexandridis et Myrto Procopiou, comment appréhende t-on l'interprétation de ces rôles imposants de Claire et Solange ?
Hélène Alexandridis, interprète de Solange : — On passe évidemment son temps à chercher comment interpréter un texte pareil…
Myrto Procopiou, interprète de Claire : —Travailler sur Les Bonnes, c'est un peu comme faire une croisière en Grèce, mais sans l'Ouzo, sans le soleil et sans la mer. Bref, c'est la merde.

 

Les Bonnes et Divine se jouent jusqu'à ce week-end.

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