
Quel toupet !
Cristèle Alves Meira est la metteure en scène de Splendid's de Jean Genet. En 2007, elle avait présenté une autre pièce de Genet, Les Nègres, à l'Athénée.
«— Cristèle, qu'est-ce qui te plaît chez Jean Genet en général et dans Splendid's en particulier ?
— Il y a chez Genet une dimension cérémonielle extrêmement présente, une grande théâtralité. Ses pièces touchent à un métaphysique (même s'il n'aimerait pas le terme) qui nous renvoie à un théâtre sacré : les personnages qu'il porte dans son théâtre, ou en tout cas à qui il donne la parole, sont toujours des figures qui ont en elles une image, qui possèdent une certaine identité. Et c'est précisément cette image qu'il s'amuse à déconstruire dans Les Bonnes, Le Balcon ou Les Nègres : comme si ses personnages étaient des figures qu'il éclaire d'un regard extérieur et qu'il détruit en jouant sur les stéréotypes et clichés.
Il donne également la parole aux morts : son théâtre est jalonné de résurrections… Les fantômes sont moins présents dans Splendid's, même si le personnage de Scott déclare : "nous avons déjà cessé de vivre". Ils sont déjà morts, ou en tout cas ils sont condamnés à l'être : j'ai essayé de jouer sur ceux qui sont presque morts et ceux qui le sont déjà...
J'aime également dans Splendid's cette imagerie du gangster, qui est chargée dans le texte d'un imaginaire propre aux années 1950 et que je tente de revisiter. Les années 1950 sont imprégnées des polars ou films américains de gangsters de l'époque ; il s'agit d'une imagerie particulière : j'ai fait un autre choix sur la figure du gangster, inspiré des bandits d'aujourd'hui et que Genet n'aurait pas pu concevoir à l'époque.
— Pourquoi as-tu choisi de placer l'action au Maroc ?
— J'ai fait ce choix de manière indirecte : c'était cette année le centenaire de la naissance de Jean Genet, qui est enterré à Larache au Maroc, où il a passé la fin de sa vie. L'Institut français de Tanger m'a proposé de présenter une pièce pour lui rendre hommage.
J'avais déjà en vue de travailler sur Splendid's, et cette invitation, ce contexte ont été le point de départ de mon choix de mise en scène. Les révolutions arabes, qui sont intervenues après, nous ont rattrapés : cela inscrit notre travail dans une certaine actualité et lui donne de nouvelles résonances, mais ce n'était pas du tout volontaire.
Le choix de jouer quelques passages en arabe induit de nouvelles lectures et donne une nouvelle dimension à la figure de l'otage américaine : l'arabe fait intrusion dans le français, le monde arabe fait face à l'Occident.
— Quel arabe avez-vous choisi pour les passages que vous avez traduits ?
— Nous avons beaucoup réfléchi à ces questions… Le policier s'exprime en arabe dialectal marocain et la radio en arabe classique, car c'est souvent le cas des médias nationaux au Maroc.
— Pourquoi ce titre, Splendid's ?
— La pièce a porté plusieurs titres : d'abord Leur toupet était célèbre, puis Frolic's… Splendid's est le nom de l'hôtel où sont retranchés les gangsters. À l'instar des personnages de la pièce qui se donnent des noms américanisants, le titre porte aussi cette connotation anglophone qui participe à l'ambiance de gangsters des films noirs des années 1950…»
Splendid's se joue encore jusqu'à la fin de la semaine prochaine. Et pour poser vos questions en vrai à Cristèle Alves Meira, rendez-vous ce soir au foyer-bar de l'Athénée apès la représentation! Elle sera là ainsi que son équipe pour une rencontre publique. Bonne journée à tous.

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