Vocabulaire de l'homme à tout faire

La Zerline du texte d'Hermann Broch actuellement à l'Athénée est définie comme une "servante". L'actualité de ces derniers jours autant que la littérature sur le sujet nous propose cependant d'autres termes souvent considérés comme synonymes.

En me penchant sur la signification de chacun pour en dégager les nuances, je me suis non seulement aperçue qu'il y en avait bien plus que je ne le pensais mais aussi qu'en ce domaine, le masculin avait rarement son exact équivalent féminin et vice-versa.

Tour d'horizon des substantifs de la domesticité :


Domestique : le mot le plus neutre, à la fois masculin et féminin.
Adjectif relatif à la vie de la maison, au ménage et à la vie privée (ou à un animal élevé par l'homme), il désigne en substantif une personne attachée au service et à l'entretien de la maison.

Serviteur : personne qui a des devoirs et des obligations envers une autre ou une institution. Employé attaché à une maison.
Serviteur n'a pas de féminin en français.

Servant, servante
: personne employée au service d'une autre.

Valet : domestique employé par une personne pour la servir.
Il n'existe pas de féminin en français.

Soubrette : jeune femme de chambre. Le mot est particulièrement employé dans le théâtre.
Cette fois, il n'y a pas de masculin.

Femme de chambre
: domestique attachée au service personnel de quelqu'un ou des clients d'un hôtel.
À ma connaissance, on ne parle jamais d'"homme de chambre" mais plutôt de "valet de chambre".

Camérier, camérière : valet ou femme de chambre.

Chambrière : femme de chambre
Chambrier : grand officier de la couronne chargé de l'intendance de la chambre du roi.

Boy : jeune domestique indigène au service d'un Européen dans les colonies ou, plus généralement, domestique de couleur. L'on trouve parfois le féminin "boyesse".

Laquais : valet en livrée chargé d'escorter son maître ou sa maîtresse.
Pas de féminin.

Majordome : chef du service intérieur de la maison d'un souverain.
Pas de féminin.

Maître d'hôtel
: officier préposé à la direction du service de la table.
"Maîtresse d'hôtel" s'emploie aujourd'hui dans l'hôtellerie.

Extra : personne effectuant un service occasionnel à l'occasion d'une fête ou d'une réception.
S'emploie au féminin et au masculin.

Bonne : femme employée à divers travaux domestiques.  Bonne d'enfant : personne attachée au service d'une famille pour s'occuper des enfants.
Bizarrement, on ne parle jamais de "bon" (ça serait drôle, pourtant)



On pourrait également parler de cocher, de portier, de journalier, de gens de maison…
En attendant, Le Récit de la Servante Zerline est à l'Athénée jusqu'à samedi dans la mise en scène d'Yves Beaunesne et l'interprétation de Marilou Marini.

Vous retrouverez d'ailleurs Marilou Marini sous un autre titre l'année prochaine à l'Athénée, avec Les Bonnes de Jean Genet.

Bon(ne) après-midi !

 

Source : Trésors de la Langue Française

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H's Gravatar Je pensais plutôt à "camériste"; camérier existe mais peut-il être féminin ? Ce serait choquant, non ?
# Posté par H | 26/05/11 20:57
Clémence's Gravatar Ah oui, j'ai oublié camériste ! Une camériste est forcément féminin et désigne une dame d'honneur.
Quant à camérière (féminin de camérier), ça existe bien.
Merci pour le commentaire et à bientôt !
# Posté par Clémence | 27/05/11 10:20
Matthieu's Gravatar On peut remarquer que certains mots, à la forme masculine ou à la forme féminine, peuvent designer deux fonctions radicalement différentes : la forme féminine désignant un poste peu valorisé et peu valorisant, tandis que la forme masculine désigne un poste honorable et prestigieux. On le voit ici avec chambrière et chambrier.

On également retrouve le même phénomène avec LE secrétaire, dont le terme est apparu sous l'Ancien régime, et qui désignait alors le poste de l'homme qui avait la responsabilité de détenir et transmettre les "secrets" du roi (les informations capitales et confidentielles pour l'Etat) et LA secrétaire dont le terme se généralise au XXe et désigne désormais une fonction au statut moins valorisé et subalterne.
# Posté par Matthieu | 27/05/11 11:32
Clémence's Gravatar Bonjour Matthieu,
Merci pour votre message ! À ce sujet il existe un texte bien connu que je vous recopie :

Un gars : C'est un jeune homme.
Une garce : C'est une prostituée

Un courtisan : C'est un proche du roi.
Une courtisane : C'est une prostituée.

Un masseur : C'est un kiné.
Une masseuse : C'est une prostituée.

Un coureur : C'est un joggeur.
Une coureuse : C'est une prostituée.

Un rouleur : C'est un cycliste.
Une roulure : C'est une prostituée.

Un professionnel : C'est un sportif de haut niveau.
Une professionnelle : C'est une prostituée.

Un homme sans moralité : C'est un politicien.
Une femme sans moralité : C'est une prostituée.

Un entraîneur : C'est un homme qui entraîne une équipe sportive.
Une entraîneuse : C'est une prostituée.

Un homme à femmes : C'est un séducteur.
Une femme à hommes : C'est une prostituée.

Un homme public : C'est un homme connu.
Une femme publique : C'est une prostituée.

Un homme facile : C'est un homme agréable à vivre.
Une femme facile : C'est une prostituée.

Un homme qui fait le trottoir : C'est un carreleur.
Une femme qui fait le trottoir : C'est une prostituée.
# Posté par Clémence | 30/05/11 17:47

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